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L’Égypte : un atout intouchable de l’Amérique


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Iqbal Jassat
Mercredi 21 Août 2013

 L’Égypte : un atout intouchable de l’Amérique
Le changement de régime, que ce soit par la guerre et l’occupation ou par un coup d’État militaire, semble s’être enraciné dans ce qui passe pour une « démocratie » de style occidentale.
Et malgré toute la persuasion de leurs doreurs d’image pour faire croire qu’ils ne poursuivent pas une politique sélective empestant un deux poids deux mesures hypocrite, très peu de personnes paraissent être convaincues.
L’Égypte est le dernier exemple où la duplicité est une fois encore exposée comme un dogme central à la base d’une hégémonie occidentale.
La triste réalité est que le peuple de ce grand pays a payé un prix énorme pour se rappeler et rappeler au monde que la souveraineté et l’indépendance sont des denrées qui coûtent cher.
Considérer le désastre actuel qui fait suite au renversement du premier Président démocratique d’Égypte élu par la majorité des électeurs simplement comme un « conflit » entre l’armée et les Frères musulmans, sans prendre en compte les autres acteurs, serait une erreur.
Ces autres acteurs ne sont pas des spectateurs oisifs. Ils jouent un rôle de premier plan dans la formation de l’avenir de l’Égypte, comme d’ailleurs ils l’ont fait dans le passé. Leur engagement est très éloigné des objectifs auxquels les Égyptiens ordinaires pourraient s’identifier et ne reflète donc pas l’état d’esprit populaire opposé à la dictature.
D’un côté, vous avez les Frères musulmans et de l’autre leurs accusateurs, une multitude de forces nationales et étrangères que leur sont opposées. En dehors des États-Unis, dans cette équation asymétrique, on trouve d’abord Israël, suivi de l’Arabie saoudite, du Koweït et les monarchies du Golfe.
Aussi surprenant que cela puisse paraître à certains, la réalité est que ces États arabes clients de l’Occident ont un intérêt particulier à s’assurer qu’aucune force politique ne soit acquise par une formation ou une autre dans un mouvement islamique, quel qu’il soit. Cela explique la hâte avec laquelle ces oligarchies non élues ont récompensé le général Sisi et son Conseil suprême des Forces armées en lui promettant des milliards de dollars.
Sans entrer dans l’histoire pour déterminer quel héritage colonial a réorganisé fermement la Péninsule arabique dans les poches illégitimes de ces soi-disant États-nations, la réalité aujourd’hui est que chacun de ces régimes reste illégitime.
Leur manque de valeurs démocratique et le fait que certains d’entre eux se sont accordés avec des « monarchies » artificielles ont pendant des décennies été ignorés par l’Occident, étant donné que leur utilité découle « du pétrole et de la stabilité ». Ces monarchies fournissent une assurance énergétique illimitée et, de façon bizarre, elles restent un rempart sécuritaire pour l’État sioniste d’Israël.
Pour le gouvernement américain, Israël a toujours été un atout stratégique précieux capable d’intervenir comme un chien de garde régional avec son arme nucléaire, pour maintenir sous contrôle les « fauteurs de trouble » potentiels africains/arabes/musulmans, connus aussi sous le nom de « terroristes  ».
Pas surprenant dès lors que les putschistes de la période Moubarak, qui sont de retour aujourd’hui pour un contrôle efficace de tous les leviers de pouvoir en Égypte, aient recours au même langage déshumanisant pour justifier leurs massacres sauvages des manifestants anti-coup d’État.
Mais ce qui est étonnant pourtant, c’est le degré de confiance affichée par l’armée en se lançant dans un parcours sanglant qui non seulement surpasse le régime impitoyable d’Assad en Syrie, mais supprime aussi tout semblant d’État de droit. Cela montre que les généraux restent imperturbables face à une possible retombée négative qui pourrait être préjudiciable pour leurs affaires, d’où une spéculation largement répandue que l’Administration Obama est fermement de leur côté.
Cette perception se trouve encore renforcée par le fait que, bien que le retrait forcé du Président Morsi et sa détention par l’armée soient clairement considérés et à tous égards comme un coup d’État, le gouvernement américain a refusé de les reconnaître comme tel. En outre, et contrairement à sa posture hostile à l’égard de la Syrie, Obama n’a pas fixé de ligne rouge aux usurpateurs militaires.
Le général Sisi doit être plutôt satisfait de l’idée que, après avoir volé une révolution et lâché ses voyous armés sur les manifestants pacifiques, les États-Unis continuent de financer son armée et qu’ils propagent l’idée fausse, comme l’a fait le secrétaire d’État Kerry, que le business va se poursuivre, comme d’habitude.
Après tout, Israël, qui est le meilleur atout stratégique de l’Amérique, a adopté ouvertement le coup d’État en célébrant la chute des Frères musulmans, il a réaffirmé son rôle en recouvrant la région d’une structure militaire qui protège les approvisionnements pétroliers de l’Occident. Cette région, selon une analyse du Département d’État US de 1945, contient « l’un des plus grands trésors dans l’histoire du monde » : le pétrole.
L’armée de l’Égypte est le deuxième plus grand profiteur de l’aide américaine. Israël bien sûr est en tête des bénéficiaires en recevant plus d’aide militaire et civile que n’importe quel autre État-client des États-Unis.
L’histoire rapporte que dans la décennie qui a suivi sa naissance illégale, le régime sioniste, en 1956, a été directement impliqué aux côtés de la Grande-Bretagne et de la France dans une aventure militaire et impérialiste visant à renverser le Président Nasser, le dirigeant charismatique nationaliste de l’Égypte. Dont le « crime », aux yeux de l’Occident, était d’avoir osé nationaliser le canal de Suez, fermant ainsi une artère vitale aux pétroliers à destination de l’Occident.
Sisi a replacé l’Égypte sur une voie impériale et, au mépris de la constitution du pays démocratiquement approuvée durant le court mandat de Morsi, il a déclenché des troubles civils et ouvert un avenir imprévisible dans l’horreur. Dans ce processus, la crédibilité de l’Amérique est, une fois encore, en jeu.


 
Iqbal Jassat est membre exécutif de Media Review Network. – Johannesburg - Afrique du Sud
 The Palestine Chronicle - traduction : Info-Palestine/JPP


Mercredi 21 Août 2013


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