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L’EIIL en Irak : prise d’assaut ou simple pion ? (1ère et deuxième partie)


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La semaine dernière, une large couverture médiatique s’est concentrée sur la prise de la deuxième ville d’Irak, Mossoul. EIIL, qui signifie « Etat islamique en Irak et au Levant » [Islamic State of Iraq and Syria, ISIS] ne se définit pas seulement comme une armée du Jihad, mais comme un réel « Etat islamique », qui parle d’établir un Califat ! Beaucoup de questions ont été soulevées : comment une force d'environ 800 hommes peut-elle vaincre une armée de 30 000 hommes[1] à Mossoul ? Cette victoire présente-t-elle une menace existentielle pour l'Irak, la région, et en dernier ressort, les Etats-Unis d'Amérique ? Et le tant attendu Califat est-il rétabli ?

Une grande partie de la couverture médiatique a obscurci ou sous-estimé, de manière quelque peu délibérée, beaucoup de détails. Avant que nous puissions discuter de ce que l'avenir nous réserve, nous devons comprendre la situation et l'histoire du très obscur EIIL.


Abdullah al Andalusi.
Mercredi 17 Septembre 2014

L’EIIL en Irak : prise d’assaut ou simple pion ? (1ère et deuxième partie)
L’Irak et les origines de L’EIIL

Le groupe proto-EIIL, Tawhid al-Jihad (TJ), est apparu durant la guerre d’Irak, comme un groupe au sein d’une coalition de combattants de la résistance contre l'occupation de l'Irak. Il a changé son nom à quelques reprises : sous Ayad Zawahiri, il est devenu « L'Organisation de la base du Jihad dans le pays des deux fleuves » ; puis l’« Etat islamique en Irak » (EIE, en anglais ISI) en 2006, dans une coalition de plusieurs mouvements de résistance ; et en 2013, il a pris branche en Syrie, et ajouté le titre de « L'État islamique en Irak et au Levant » (EIIL).

TJ, qui est principalement un groupe né en Irak, s'est ensuite allié de manière stratégique avec la franchise internationale Al-Qaïda, pour attirer à lui des financements, des ressources et des volontaires musulmans de l'extérieur de l’Irak, pour renforcer ses rangs. Cependant, il a fait un certain nombre d'erreurs stratégiques, de même qu’il a adopté une méthodologie non-islamique consistant à assimiler les civils à des cibles acceptables en temps de guerre.

La première erreur stratégique a été de déclarer la guerre aux musulman-e-s chiites d'Irak, en réponse aux supplétifs irakiens qui ont aidé les forces états-uniennes à attaquer et tuer des civils irakiens (qui se trouvaient être en majorité sunnites). Malgré le fait qu’une telle déclaration de guerre soit complètement contre l'Islam, cela a été aussi militairement et politiquement contre-productif et préjudiciable à la résistance. Les combattants de la résistance d'Irak incluent des groupes chiites aussi bien que sunnites, même si TJ a réussi à inciter au final les groupes chiites contre les sunnites, provoquant des horreurs et une misère indicibles aux civils musulmans des deux confessions. Cela a aidé l'occupation de l’Irak par les Etats-Unis, ces derniers pouvant maintenant se présenter comme le « moindre mal » et « neutres » vis-à-vis des deux parties. Cette guerre sectaire en Irak est allée si loin dans l’horreur, que même Ayman Zawahiri a du plaider avec l’EII pour cesser les attaques contre les forces et les populations chiites, et se concentrer sur la force d'occupation U.S. Certaines personnes ont même cru que le gouvernement états-unien a délibérément accordé assez de latitude à TJ pour parvenir à ce résultat précis.

La relation de l'EII avec des groupes de résistance sunnites s’est aussi effondrée en raison de leur deuxième erreur stratégique, à savoir leur incapacité à comprendre les nuances des lois islamiques sur la guerre et la gouvernance, et une compréhension superficielle et sans nuances de la loi islamique, qui a conduit à une application de cette loi assez peu différente de celle des milices. Leur politique de tolérance zéro vis-à-vis de toute dissidence, a provoqué un profond mécontentement auprès des musulmans irakiens qui avaient travaillé avec l’EII. Ce dernier s’est unilatéralement (et sans consultation des promesses d'allégeance d'autres groupes) déclaré être un « Etat islamique », et vu son travail et son autorité politique sur tous les musulmans, comme étant islamiquement obligatoire. Cela les a amenés à l’idée selon laquelle quiconque serait par la suite en désaccord avec eux, doit nécessairement être un rebelle et un apostat à la cause de l'Islam, et mériterait donc une sévère punition. Ce qui a conduit à des exécutions sommaires, à des attaques à la bombe contre des chefs tribaux irakiens musulmans, au bombardement de civils et à l'assassinat de collègues commandants de la résistance.

Les décideurs politiques états-uniens ont simplement observé le siège de la population sunnite en Irak, coincée entre l'EII, les « escadrons de la mort » des milices chiites sectaires, et les forces militaires états-uniennes, jusqu'au moment propice où ils ont ensuite offert de l'argent et des armes aux chefs de tribus irakiens et aux combattants de la résistance pour qu’ils arrêtent de combattre les États-Unis et créent leurs propres « Conseils de l’éveil » [Awakening Councils] pour lutter contre l'EII et sécuriser leurs propres terres du maraudage des milices chiites (qui ont brutalisé et tué des civils irakiens sunnites pendant le pic du conflit sectaire). Ainsi, l'EII a perdu ses « alliés » en masse et a été chassé de nombreux territoires, le forçant à entrer dans la clandestinité.

Cependant, après les élections, les partis politiques soutenus par la majorité ont causé beaucoup d'oppression envers les minorités en Irak. Le retour de l’EII serait aidé par la force la plus séparatiste et destructrice socialement jamais connue en politique : la démocratie.

L’EIIL en Irak : prise d’assaut ou simple pion ? (1ère et deuxième partie)
La démocratie irakienne et le retour de l'EIIL

Le parti politique de Nouri al Maliki, Hizb ul Dawah, est parvenu au pouvoir en Irak en utilisant le système politique encadré par les Etats-Unis. Il a ignoré la mise en garde contre l’usage de la démocratie contenue dans les œuvres de son très respecté et défunt fondateur Mohammed Bakr al-Sadr (tué par Saddam), un intellectuel et lettré qui a préconisé le Califat dans ses travaux portant sur la Wilayet al Oumma [Gouvernance de la communauté]. Sadr rejetait fortement la démocratie quand il écrivait dans son livre Notre philosophie, que « la démocratie est un système voué à l'effondrement et à l’échec définitifs ». Il a prédit que la démocratie conduirait à l'oppression de la minorité par la majorité[2], et à la création d'un système où les personnes seraient en conflit permanent les unes avec les autres[3]. Malheureusement, ce qu'il a prédit s'est réalisé en Irak – ironiquement par le fait de l'organisation même qu'il a fondée.

Sous le système démocratique, les divisions déjà bien établies de l'Irak (principalement créées par une stratégie gagnante US du « diviser pour mieux régner ») sont devenues encore plus exacerbées, laissant un territoire profondément divisé entre les « catégories » de « musulmans sunnites », « musulmans chiites » et de « Kurdes » (même si les Kurdes sont la plupart du temps des « musulmans sunnites »). Il convient de mentionner qu’avant l'invasion de l'Irak, le concept qui veut que l’école de pensée d’un seul définisse une communauté distincte dans une société musulmane, était assez étranger aux Irakiens. Toutefois, les germes de la division ont été plantés après la première guerre du Golfe, et aggravés ensuite par le traitement délibéré et différencié que les forces d'occupation US ont adopté face aux Irakiens sur la base des « catégories », dans le cadre de leur stratégie du « diviser pour mieux régner ».

Le régime irakien, principalement composé de politiciens « musulmans chiites », a ensuite fait ce que tout gouvernement démocratique fait lorsqu’il s’appuie sur une majorité : il a mis à l'écart ses minorités, et finalement, les a traitées comme des citoyens de seconde zone, ce qui a conduit en dernier ressort à une campagne de tortures, meurtres, et de graves persécutions. Les politiciens des partis « musulmans sunnites » ont été harcelés, menacés de poursuites lorsqu’ils exprimaient leur opposition[4], emprisonnés, assassinés ou ont dû fuir l'Irak. Le vice-président Tariq al Hashemi, accusé de soutenir le terrorisme, a dû fuir en Turquie. Il a été condamné à mort par contumace[5]. Nouri al Maliki a été un président aussi tyrannique que n’importe lequel ancien dirigeant de l'Irak, à une exception près : l'armée irakienne qu’il a commandée, pour l’essentiel armée et entraînée par l'armée U.S, était indisciplinée et non- professionnelle, et très peu fiable. Elle a surtout dépendu de l'appui militaire des États-Unis pour effectuer ses opérations (et continue de le faire).

En vertu du nouveau régime démocratique de l'Irak, les musulmans du nord sont devenus de plus en plus mécontents, ce qui a offert l'occasion idéale pour le retour de l'EII au premier plan. L’EII n'avait jamais quitté l'Irak, et avait plutôt mené une campagne souterraine de terreur contre les zones de population « chiites », principalement. Plus ils tuaient de civils, plus le gouvernement irakien réprimait les sunnites, et plus la population sunnite serait favorable à l’EIIL.






L’EIIL en Irak : prise d’assaut ou simple pion ? (1ère et deuxième partie)
L’EIIL : une faction minoritaire du soulèvement contre le régime irakien

L’EIIL n’est pas le seul groupe armé du Nord, ni même une majorité parmi les groupes. Il y a des milliers d’anciens combattants de la résistance qui sont armés au sein d’un certain nombre de groupes, comme les anciens militaires baasistes, les « tribus sunnites » irakiennes armées (une seule tribu peut commander 10 000 hommes), le Commandement suprême pour le jihad et la libération (une coalition de 23 groupes, dirigée par le groupe de tête « L'Armée des hommes de l'ordre de Naqshaband »), Ansar ul Sunna, et bien d'autres. Beaucoup de ces différents groupes ont résisté au gouvernement central irakien, et tenté de défendre les Irakiens dans le nord et l'ouest du pays de la persécution du gouvernement. En fait, les chaînes de télévision « pro-sunnites » en Irak comme Al-Rafidain, se réfèrent aux forces « sunnites armées » comme le Conseil général militaire des révolutionnaires irakiens, et NON à l’EIIL[6]. Cela nous amène à cette question : pourquoi presque tous les médias et politiciens occidentaux et ceux du gouvernement irakien, se réfèrent-ils exclusivement aux combattants de l’EIIL ?

On rapporte que l’EIIL aurait tiré les leçons de leur passé sur la façon de travailler avec les autres. Il semble avoir fait une tentative pour essayer de gagner les cœurs et les esprits des populations sunnites, en se concentrant sur ​​la gestion de leurs territoires et en fournissant des ressources et des installations au public. Lors de leur invasion de Mossoul, nous avons entendu de sources variées, que les combattants de l’EIIL ont dans une certaine mesure, été accueillis comme des « libérateurs[7] ».


Vidéo qui montrerait la réception d’un convoi de l’EIIL à Mossoul

Cependant, l'attention médiatique disproportionnée envers l’EIIL, par opposition à la plupart[8] des autres groupes[9] qui luttent contre l'oppression du gouvernement central irakien, est notable et significative. La cause des opprimés irakiens musulmans du nord et de l'ouest a été minimisée, laissant délibérément la seule grille d’analyse valide comme étant celle des « terroristes itinérants de l’EIIL ». Cela a été commodément utilisé à la fois par le régime irakien et par les Etats-Unis. Bien sûr, Bachar al-Assad a également abattu la « carte du terrorisme » avec grand succès dans les médias, pour diaboliser l'opposition syrienne en Syrie.

L’EIIL courtise maintenant attentivement les « tribus sunnites », et d'autres groupes armés, pour s'allier avec lui afin de repousser le régime irakien généralement perçu comme oppressif. Mais malgré cela, l’EIIL a conservé certaines de ses politiques non islamiques. Sa représentation de la lutte comme un combat général contre tous les « chiites » finira par jouer contre lui, en unissant les musulmans dans le sud sous la bannière de la défense contre des adversaires sectaires perçus comme venus les tuer. L'Iran a utilisé cette perception pour tenter d'augmenter son influence en Irak (étant son voisin, et ayant la capacité de déployer facilement des troupes là-bas). Cette perception a également permis à Nouri al Maliki de réveiller les préoccupations sectaires pour recruter désespérément des volontaires à sa cause (et remplacer les soldats défunts de l'armée irakienne). Le grand Ayatollah Sistani, a rassemblé des volontaires pour combattre l’EIIL, estimant comme la plupart des Irakiens du sud, qu'il s'agit d'une guerre contre les terroristes sectaires.

Cela signifie que l’EIIL a provoqué ses adversaires et rallié un grand nombre de personnes contre lui et ses alliés. Ces derniers, des « sunnites irakiens » du nord et de l’ouest, qui souhaitent seulement être libérés d’un gouvernement « démocratique » tyrannique, seront désormais la cible d'ennemis qu'ils n’ont vraiment aucun intérêt à combattre : la majorité de la population chiite du sud, qui n’a rien à voir avec les actions du gouvernement irakien. Le porte-parole proclamé de l’EIIL, Abou Mohammed al-Adnani, aurait déclaré :

« La marche vers Bagdad. Les chiites sont des gens qui font honte. Dieu interdit qu'ils deviennent victorieux sur vous. Comment le peuvent-ils alors qu’ils sont polythéistes. Ne vous arrêtez pas jusqu'à ce que vous atteigniez Bagdad et Kerbala. Soyez prêts ! L’Irak va devenir un véritable enfer pour les chiites et les autres hérétiques. »

Si ces déclarations sont vraies, elles marquent alors la même erreur de jugement qui a conduit l’EIIL aux défaillances antérieures et provoqué des difficultés pour les rebelles et les combattants de la résistance, en Syrie aussi bien qu’en Irak.

Deuxième partie:

Après l’analyse faite dans la première partie des origines de l’EIIL, et du contexte politique qui a permis à ce groupe de prendre la deuxième ville du pays (Mossoul), Abdullah al Andalusi traite cette fois de la manipulation des régimes oppressifs arabes, du rôle des Etats-Unis et des médias occidentaux, et des intérêts de l’Arabie Saoudite et de l’Iran dans cette affaire. Surtout, il revient sur une notion essentielle en Islam, celle de Califat, et en appelle à la nécessaire unité des musulman-e-s et au refus du sectarisme.

Pions manipulés par les régimes oppressifs

En 1991 en Algérie, le parti islamiste du FIS a remporté une victoire écrasante lors d’élections équitables. Avant que le second tour ne puisse avoir lieu, le gouvernement algérien, soutenu par les Etats-Unis et l’Europe, a annulé le scrutin « pour protéger la démocratie » et a interdit le FIS. Cela a conduit à un soulèvement populaire qui a duré 10 ans et a entrainé des milliers de morts. Une résistance armée s’est formée, soutenue par une grande partie de la population algérienne.

Comment le gouvernement algérien a-t-il réagi face à une telle révolte ? Simplement en infiltrant et en faisant la promotion des franges les plus extrêmes, en particulier d’un groupe au sein des peu organisés GIA (Groupes islamiques armés). Le gouvernement a alors mis en place une faction au sein des GIA pour qu’ils se battent entre eux. Cette frange au sein des GIA aurait « apparemment » commencé à tuer ses propres partisans au sein de la population civile, et à combattre des factions rivales, comme la pro-FIS AIS (Armée islamique du salut). La faction marginale du GIA a commis tant de massacres (avec l’aide secrète de l'armée algérienne, et même à son instigation), que les factions non-marginales des GIA ont du publiquement prendre ses distance avec elle et créer leur propre groupe appelé GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat). Cette tactique a été un succès pour le gouvernement algérien, qui se décrit comme le « moindre mal[1] » et lui a permis de gagner la population algérienne à sa cause.

L’EIIL en Irak : prise d’assaut ou simple pion ? (1ère et deuxième partie)
En Syrie, Bachar al-Assad a prétendu avoir libéré des prisons syriennes des membres de l’EII au tout début des manifestations, expressément dans le but de diviser les rebelles. Assad a aussi habillement confessionnalisé le conflit, le faisant passer d’une opposition contre une oppression séculière, à un conflit sectaire, fournissant à l’Iran, aux volontaires du sud de l’Irak et au Hezbollah, le prétexte pour intervenir dans le but de lui venir en aide.

Al Zawahiri, d’Al Qaeda, a imploré le nouvel « EIIL » de cesser les attaques sectaires et l’application de leur principe de « zéro tolérance » dans leurs divergences avec les autres groupes de combattants, le tout sans résultat. Il est évident que le problème de l’EIIL est du aux stratégies politiques rusées du gouvernement syrien, qui divise pour mieux régner. Le gouvernement syrien avait précédemment soutenu la résistance irakienne, l’EIIL inclus, contre l’occupation états-unienne. Des témoins et des rapports provenant de Syrie expliquent que l’EIIL a vendu du pétrole au régime syrien en échange d’argent et d’un accord pour que le régime syrien ne bombarde pas les positions de l’EIIL dans la mesure où ils attaquent les autres groupes rebelles[2] (d’autres rapports affirment que l’arrangement excluait tout bombardement).

En outre, les opérations de l’EIIL en Syrie semblent cibler davantage les autres groupes rebelles, que le régime syrien lui-même. Alors que cela a énormément bénéficié au régime syrien, l’autorisant à affirmer qu’il est « un moindre mal », et privant l’opposition syrienne de l’aide internationale, les bénéfices que l’EIIL a obtenus de sa position de force en Syrie lui ont permis d’accroitre ses sources de financement, pour lui permettre de prendre un rôle majeur dans la rébellion irakienne contre le gouvernement central. Maintenant, Nour al-Maliki peut utiliser l’EIIL pour diaboliser entièrement le soulèvement du nord contre son régime.

En conclusion, l’EIIL conserve encore sa politique non-islamique et stratégiquement contre-productive, qui mine de manière efficace et stratégique les mouvements de résistance islamique à la fois en Syrie et en Irak. Les victoires de l’EIIL en Irak, permettent aussi aux Etats-Unis d’accroitre leur influence dans la région, un gouvernement irakien faible se devant de revenir quémander une aide militaire états-unienne.

Combattants de l'EIIL à Falloujah en Irak, dimanche 5 janvier 2014 (photo Reuters)
Combattants de l'EIIL à Falloujah en Irak, dimanche 5 janvier 2014 (photo Reuters)
Les Etats-Unis ont retiré toutes leurs troupes en 2011, insatisfaits du mandat du gouvernement irakien qui cessait d’exempter les forces US de poursuites judiciaires en Irak[3]. L’EIIL a fourni aux Etats-Unis (une nouvelle fois) le prétexte parfait, alors qu’ils étaient réticents quelques mois auparavant à aider le gouvernement irakien au moyen de frappes aériennes, ce qui a donné à l’EIIL et à l’« insurrection sunnite » la marge de manœuvre dont ils avaient besoin pour devenir un problème pour le gouvernement irakien, et a fourni aux Etats-Unis un nouvel outil de marchandage.

Cela arrangerait les plans des Etats-Unis pour perpétuer leur accès aux installations militaires irakiennes[4], augmenter leur influence en Irak et diminuer celle de l’Iran[5]. Cela ressemble à la situation où le gouvernement pakistanais a été forcé, en raison du mécontentement populaire, de demander aux Etats-Unis d’arrêter les attaques de drones au Pakistan l’année dernière, jusqu’à ce que l’attaque des Talibans pakistanais (TTP) contre l’aéroport de Karachi fournisse au gouvernement pakistanais le soutien populaire qui permet aux Etats-Unis à reprendre leurs attaques aériennes[6].



L’Arabie Saoudite et l’EIIL

Les groupes de médias pro-Bachar al-Assad[7] et certains medias européens, ont spéculé sur le fait que l’EIIL pouvait être indirectement financé par les Etats-Unis et leurs intermédiaires (c’est-à-dire les régimes corrompus comme celui de l’Arabie Saoudite), afin de mener une guerre par procuration contre les « chiites » et l’Iran[8]. Cependant, cette explication tend davantage à exacerber le conflit entre sunnites et chiites qu’à l’expliquer. Cela peut se voir lorsqu’on examine cette histoire de plus près, ce qui permet de découvrir que tout cela ne s’appuie aucunement sur des actions ou des lois du gouvernement saoudien, ni sur leurs intérêts. L’idéologie de l’EIIL considère l’Arabie Saoudite comme un régime illégitime fondé sur des lois non islamiques, et qui doit être renversé. Evidemment, ce sentiment est partagé par la plupart des musulman-e-s, mais là où l’EIIL se démarque, c’est qu’il pense que les dirigeants saoudiens sont des apostats. En conséquence, l’Arabie Saoudite a classé l’EIIL, de même que Jabhat al Nusra et les Frères Musulmans, comme étant des groupes terroristes[9]. L’Arabie Saoudite a également interdit de prêcher, de financer et d’inciter les Saoudiens à aller combattre à l’étranger, ou de voyager dans ces zones de conflits[10].

De plus, les cellules affiliées à l’EIIL en Arabie Saoudite ont été prises en train de planifier une nouvelle campagne de terreur contre le régime[11]. Alors que l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis financent effectivement des groupes comme l’Armée syrienne libre et divers groupes rebelles syriens[12], l’Arabie Saoudite ne voudrait en aucun cas soutenir des mouvements qui promeuvent publiquement sa chute, et qui pourraient se retourner contre elle ou devenir incontrôlables après quelques succès. Cela ne signifie pas que l’Arabie Saoudite n’était pas en train de financer d’autres « groupes sunnites » en Irak qui combattent aux cotés de l’EIIL. Mais si elle l’avait fait, ce serait uniquement avec ceux dont les objectifs sont plus en ligne avec la politique saoudienne (par exemple, un Etat arabe laïc contre l’Iran). Néanmoins, cela ne signifie pas que l’EIIL n’ait pas reçu de fonds étrangers. Selon des experts et des officiels US, beaucoup d’individus dans les pays du golfe persique financeraient illégalement et discrètement de tels groupes[13].

L’EIIL et le « Califat fantôme »

L’appel de l’EIIL au Califat, sentiment communément partagé par les musulman-e-s, permet aux médias occidentaux et aux Etats-Unis de diaboliser et de dépeindre le concept de Califat comme un régime sectaire, profondément ignorant et brutal. Par exemple, il y a deux jours, un programme télévisé de la chaine britannique Channel 4, a relaté la récente prise de Mossoul par l’EIIL sous le titre « Chiites contre sunnites – le nouveau Califat ». Et un grand nombre de sites d’information ont surgi pour traiter de l’EIIL et du « Califat ». Ce peut être une tentative des médias de créer un « Califat fantôme », une observation au départ faite par le professeur Noman Hanif[14], conçue essentiellement pour porter atteinte à l’estime dont jouit le concept dans la mémoire collective musulmane, et en détourner à terme les musulmans (au profit d’un système séculier). L’EIIL n’est pas un « Califat », ni même un Etat, et n’est pas non plus en mesure de diriger effectivement et d’assurer la sécurité des territoires et frontières supposés être sous leur contrôle.

Alors que beaucoup de musulman-e-s sont engagé-e-s dans un travail politique pour (r)établir le Califat, et que davantage encore attendent ardemment son retour, il ne serait pas sage de porter ses espoirs en une milice irrégulière, qui manque non seulement de ressources pour établir un Etat, mais qui est aussi stratégiquement vulnérable.

L’EIIL en Irak : prise d’assaut ou simple pion ? (1ère et deuxième partie)
La politique des Etats Unis dans la région a été cohérente et doit être gardée à l’esprit : elle tend à empêcher le retour du Califat[15], à promouvoir et répandre le système politique occidental, et accroitre l’influence US et son implantation au Moyen-Orient, afin de contrôler la région contre les autres concurrents[16].

En outre, les États-Unis et d'autres puissances occidentales ont intérêt à garder les Etats musulmans faibles et divisés entre eux. Cela empêche non seulement la réunification du monde musulman, mais permet aussi à chaque Etat ​​d'être contrôlé et traité individuellement et facilement. Par conséquent, il est dans l’intérêt des Etats-Unis, d’Israël et des autres puissances occidentales, de maintenir le monde musulman divisé autant que possible en utilisant le prétexte fort utile des fractures sectaires et ethniques.

Au cours de la guerre Iran-Irak, les Etats-Unis ont réussi avec succès à réduire la puissance militaire de deux nations fortes, et c’est un fait maintenant avéré que même la fourniture d’armes aux deux nations simultanément poursuivait cet objectif. C'est pour cette raison que politiciens, experts et médias ont tous repris en chœur l’idée d’une « guerre confessionnelle » et d’un affrontement « sunnites / chiites ». En effet, ils veulent faire croire au public que le conflit sunnites contre chiites a été militairement effectif lors des 1 400 dernières années, sans qu’une fin soit envisageable, sauf à embrasser la laïcité (ce qui est ironique, étant donné que c'étaient des politiques laïques nées du système démocratique qui ont mis en premier lieu l’Irak dans cette position).

Le gouvernement irakien, mis en place et soutenu par les États-Unis, cherche à conserver le contrôle de l'Irak. Il a montré sa totale incapacité à contrôler une insurrection croissante contre lui. L’EIIL fournit désormais l'excuse parfaite à la fois pour saper et occulter les griefs légitimes de la rébellion, pour engranger le soutien interne des Irakiens du sud préoccupés (qui ont été portés à croire que la rébellion du nord constitue une menace existentielle pour eux), et pour obtenir le soutien militaire US pour éradiquer les dissidents sur le terrain.

L’Iran voit à la fois la rébellion labellisée EILL comme une occasion d'accroître son influence et son contrôle sur l'Irak, et limiter l'influence US. Il tentera de mobiliser pour obtenir une sorte de présence militaire en Irak sous le prétexte de la « lutte contre les terroristes », puis de s'assurer que le gouvernement irakien soit plus en accord avec lui. Il avait déjà réussi à monter l'opinion publique irakienne contre la présence continue des forces US, conduisant à leur retrait en 2011. L’Iran jouera aussi commodément la carte sectaire, décrivant le conflit comme opposant les « musulmans contre l’extrémisme (takfiri) ». Cela lui permet de rallier les chiites autour de ses causes, sans déclarer la guerre aux sunnites. Alors que l'Iran ne cherche pas un conflit « sunnite/chiite », il va certainement profiter du sentiment qu’ont les chiites d’être l'objet d'attaques, pour que ces derniers s'allient avec lui.

Les rebelles irakiens du nord et de l’ouest, en raison des défauts inévitables de la démocratie, se perçoivent comme une minorité opprimée définie vaguement par leur école de pensée, contre un gouvernement irakien injuste et sectaire. Alors que la plupart des groupes rebelles se méfient de l’EIIL, beaucoup le considèrent soit comme un « mal nécessaire », ou comme « moindre mal » (les deux étant des concepts non-islamiques). Les groupes rebelles sont formés d’un mélange de nationalistes laïques, et de mouvements pro-islamiques. Leur plus probable objectif est soit de forcer le gouvernement irakien à cesser les politiques sectaires, ou de créer une succession de « zones sunnites » loin du contrôle du sud, un peu comme l'enclave semi-autonome kurde.

Le nord kurde a également exprimé de vives préoccupations au sujet de l’injuste gouvernement central irakien, et a poursuivi un programme nationaliste kurde, s’emparant récemment de la très convoitée Kirkouk, et l’occupant avec des combattants kurdes. Les autorités kurdes n’auront pas l'intention de renoncer à Kirkouk de sitôt (sinon jamais). Les autorités kurdes préfèreront un gouvernement central faible, et peuvent tolérer les nouveaux gains des voisins « Arabes sunnites ». Cependant, ils peuvent être incités à attaquer l’EIIL si leur est promise la reconnaissance de leur contrôle de Kirkouk.



L’EIIL en Irak : prise d’assaut ou simple pion ? (1ère et deuxième partie)
Conclusion

La rapide (et suspecte) retraite de 30 000 soldats irakiens de Mossoul la semaine dernière, peut être juste le signe d’une armée faible et incompétente, ou ce peut être parce que les unités de l'armée irakienne et leurs commandants ont été recrutés parmi la « minorité sunnite » opprimée du nord (qui n’a pas voulu combattre sa propre population[17]), ou alors l’explication est plus sinistre encore[18]. Cependant, le retrait des troupes irakiennes a certainement créé l'image du « succès » des « extrémistes », qui va maintenant commodément attiser la volonté politique nationale et internationale d’une nouvelle intervention des puissances extérieures, visant à juguler et affaiblir encore les musulmans opprimés d'Irak et la cause de l'Islam.

En tant que musulman-e-s, nous ne devons pas être dupes et nous laisser entrainer dans des querelles et combats sectaires. Ceci n’est qu’une distraction, loin de nos obligations islamiques d'unité. En effet, la réalisation de l'unité ne peut être atteinte que par le (r)établissement du Califat. L’Irak a été gouvernée durant des siècles, paisiblement sous la domination ottomane, où les chiites et les sunnites ont été considérés comme un seul « millet », distinct des chrétiens, juifs etc. Durant la majeure partie des 1 000 dernières années, il n'y avait aucune violence à raison des différentes écoles de pensée, l'Etat du Califat ne se souciant que de l'allégeance politique, non des points de doctrine théologique. Cette position neutre sur les points de discorde théologique au sein de l'Islam, a permis au gouvernement ottoman sunnite de prendre la responsabilité de lieux saints désignés, au point que les sanctuaires chiites irakiens avaient été entretenus durant des siècles par des fonds ottomans.

« Et cramponnez-vous tous ensemble au « Habl » (câble) d'Allah et ne soyez pas divisés. » (Coran 3:103)

L'incitation à l'esprit sectaire, et la constante foi aveugle dans la démocratie laïque (Secular democracy) pour parvenir au succès et à l'unité, ont été la cause des problèmes du peuple irakien.

Il a été rapporté que le Prophète Muhammed (saw) a dit : « Si les dirigeants ne gouvernent pas selon le Livre d'Allah, vous devez réaliser que ce n'est jamais arrivé sans qu’Allah en fasse des groupes et les fasse se battre les uns les autres. » [Hadith, collection d’Ibn Majah].

Le monde musulman ne doit pas être conduit à penser à tort que le Califat islamique ressemble à quelque chose comme la compréhension paramilitaire manifestée par l’EIIL. Les Califats historiques étaient éclairés, miséricordieux et guidés par des principes. Malheureusement, le monde musulman actuel souffre d'amnésie post-coloniale et d'analphabétisme quand il s'agit de la pensée politique (et de la jurisprudence) islamiques. Les musulmans d'Irak, de même que le monde musulman, doivent se débarrasser des marionnettes, des gouvernements nationalistes et des querelles de clochers, et établir pour eux-mêmes un gouvernement juste et responsable, qui gouverne selon les lois islamiques, et libère les musulmans de tout contrôle étranger.

Jusqu'à un tel moment, les musulman-e-s qui se battent contre les gouvernements oppressifs en Irak et en Syrie vont affronter des temps difficiles, étant donné qu’une fois encore, leur cause est discréditée et délibérément obscurcie par des politiciens et par l’attention disproportionnée et exclusive des médias pour un groupe marginal parmi eux.

Traduit de l’anglais par SB, pour Etat d’Exception. (1ère partie)
Traduit de l’anglais par LM, pour Etat d’Exception. (2ème partie)



1ère partie
[1] http://www.theguardian.com/world/2014/jun/11/mosul-isis-gunmen-middle-east-states.
[2] « Si nous voulions présenter les maillons de la chaîne des drames sociaux qui ont résulté de ce système [la démocratie], qui n'est ni bien étudié, ni philosophiquement fondé, il n'y aurait pas de place pour le faire dans l'espace prévu pour la présente discussion. A cause de cela, nous allons [seulement] faire une brève allusion à ce point. Le premier de ces maillons est le suivant.
La majorité régit la minorité, ses intérêts vitaux et ses affaires. La liberté politique signifie que la majorité a la prérogative de fixer le système et ses lois (p. 22), ainsi que leur gestion. Imaginons que le groupe qui représente la majorité de la nation saisisse les rênes du pouvoir et de la loi, et adopte la mentalité démocratique capitaliste qui est purement matérialiste dans son orientation, ses inclinations, ses buts et ses désirs.
Quel serait alors le sort de l'autre groupe ? Ou bien, quelle vie imaginez-vous pour la minorité en vertu des lois prises par la majorité avec à l’esprit la préservation de ses intérêts ? Serait-il étrange pour la majorité de légiférer, en particulier à la lumière de son propre bien-être, pour négliger le bien-être de la minorité, et de se tourner vers l'accomplissement de ses désirs d'une manière injuste pour les autres ? Alors, qui préserverait la structure vitale de la minorité, et la défendrait contre l'injustice, si l'intérêt personnel est la [seule] préoccupation de chaque individu, et si la mentalité sociale de la majorité n'a aucune notion des valeurs spirituelles et morales ?
Il est naturel que, dans (ce) système, la règle despotique continue comme avant, et que les phénomènes de manipulation et de négligence des droits et intérêts des autres persistent dans l'atmosphère sociale de ce système, comme ils prospéraient dans la vieille atmosphère sociale. Posez-le brièvement, la différence [entre le système présent et les anciens] est que la négligence de la dignité humaine survint [dans les systèmes plus anciens] par l’action d’individus de la nation ; tandis que dans le système actuel, il se pose du fait de groupes qui représentent des majorités vis-à-vis de minorités. [Mais] l'ensemble [de ces minorités] constitue un grand nombre de personnes. » Notre philosophie, Mohammed Bakr al-Sadr.
[3] « Estimez pour vous-même le sort d'une société établie sur la base de ce système […] dans lequel l’individu vit avec le sentiment qu’il est responsable pour lui seul, et qu’il est mis en danger par les intérêts d'autrui, qui peuvent entrer en conflit avec les siens. C'est comme s’il était engagé dans une lutte constante et un combat continu, muni d’aucune arme autre que ses pouvoirs personnels, et pourvu d'aucun autre objectif que ses intérêts propres. » Notre philosophie, Mohammed Bakr al-Sadr.
[4] http://www.foxnews.com/world/2012/02/06/iraqs-al-qaeda-claims-2-deadly-attacks-on-shiites/.
[5] http://www.nytimes.com/2012/09/11/world/middleeast/top-iraqi-leader-denounces-death-sentence.html?pagewanted=all&_r=0.
[6] http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-27834146.
[7] « Un habitant de Mossoul, Ali Aziz, 35 ans, travailleur humanitaire, a déclaré : « Nous avons eu des déclarations faites par eux confirmant qu'ils ne causeront de tort à personne, et que toutes les minorités seront protégées par eux. Ils sont vraiment les bienvenus, et nous sommes très heureux de les avoir eux plutôt que les forces brutales, sanglantes, de Maliki. [...] Je sens que nous avons été libérés d'un affreux cauchemar qui nous étouffait depuis 11 ans. L'armée et la police n'ont jamais cessé d’arrêter, détenir, et tuer des gens, sans compter les pots de vin pris aux familles de détenus. [...] Mes voisins et moi attendons les nouvelles selon lesquelles les six autres provinces contestataires sunnites sont tombées dans les mains des combattants de l’EIIL, pour proclamer notre région sunnite, comme les trois provinces du Kurdistan. » http://www.theguardian.com/world/2014/jun/11/mosul-isis-gunmen-middle-east-states.
[8] http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-27853362.
[9] http://news.sky.com/story/1281919/west-warned-over-isis-and-sunni-iraqi-alliance.

2ème partie

[1] Pour plus d’informations sur la guerre civile algérienne, lire
http://faculty.virginia.edu/j.sw/uploads/research/Schulhofer-Wohl%202007%20Algeria.pdf.

[2] http://www.bostonglobe.com/news/world/2014/01/29/rebels-syria-claim-control-resources/C1gbUN1hr0cCnaU3hihHaI/story.html.

[3] http://www.huffingtonpost.com/2011/10/15/iraq-withdrawal-us-troops_n_1012661.html.

[4] « Etablir les principales bases aériennes opérationnelles en Irak n'est pas politiquement souhaitable dans un avenir proche. Cependant, les États-Unis ne doivent pas exclure la possibilité d'accès à des installations militaires irakiennes, s’ils y sont invités par un gouvernement irakien souverain, qui pourrait être nécessaire pour répondre aux futures éventualités militaires dans le Golfe. » [Stratégie US dans le monde musulman après le 11/09, RAND Corporation, 2004]

[5] « Les attentes des chiites irakiens pour une plus grande participation à la gouvernance de leur pays présente une opportunité pour les Etats-Unis d’aligner leur politique avec les aspirations chiites pour une plus grande liberté d'expression religieuse et politique, en Irak et ailleurs. Si cet alignement peut être mené à bien, il pourrait être un obstacle puissant à une influence iranienne radicale et la base d’une position US stable dans la région. Bien sûr, cet alignement ne se fera pas facilement. Une reprise de l'engagement US pour une déba'assification en Irak, ou une politique US perçue comme pro-sunnite, minerait la confiance dans l'engagement des États-Unis pour la démocratie, et pousserait au contraire les chiites modérés dans les bras de l'Iran. » [Stratégie US dans le monde musulman après le 11/09, RAND Corporation, 2004]

[6] http://www.bbc.co.uk/news/world-asia-27807123.

[7] http://syria360.wordpress.com/2014/06/11/iraq-under-attack-by-us-france-saudi-arabia/.

[8] http://www.foreignpolicy.com/articles/2014/06/12/iraq_mosul_isis_sunni_shiite_divide_iran_saudi_arabia_syria.

[9] http://english.alarabiya.net/en/News/middle-east/2014/03/07/Saudi-Arabia-declares-Muslim-Brotherhood-terrorist-group.html.

[10] https://www.middleeastmonitor.com/news/middle-east/10189-full-text-of-the-communique-issued-by-the-saudi-interior-ministry-on-proscribed-organisations.

[11] http://www.theguardian.com/world/2014/may/06/saudi-arabia-breaks-up-al-qaida-terror-cell.

[12] http://voiceofrussia.com/news/2013_12_02/Free-Syrian-Army-funded-by-US-and-Saudi-Arabia-FSA-warlord-5758/. Ce lien intéressant contient une vidéo réalisée par l’EIIL d’un transfuge des Forces syriennes libres vers l’EIIL, montrant la collaboration des Saoudiens et des occidentaux avec d’autres groupes rebelles syriens comme étant clairement quelque chose de blâmable.

[13] http://www.washingtonpost.com/world/jihadist-expansion-in-iraq-puts-persian-gulf-states-in-a-tight-spot/2014/06/13/e52e90ac-f317-11e3-bf76-447a5df6411f_story.html.

[14] « Ayant en tête les suggestions du rapport de la RAND sur l'échec des États-Unis à faire dérailler l'islam politique dans le monde arabe et la menace toujours critique de l’effondrement des régimes, la théorie de puissances occidentales forcées d'installer un Califat fantôme docile pour saper le mouvement du califat, a une certaine résonance [...]. Cette suggestion peut paraître extrêmement fantaisiste et conspirationiste au début, mais elle a un précédent. »[« La stratégie du Hizb-ut-Tahrir et la conférence du Califat en Indonésie », 2007]
http://pure.rhul.ac.uk/portal/en/persons/noman-hanif_4133d4d2-5745-418d-b59d-5b2102be5734.html.

[15] « Nous sommes face à un ennemi vicieux, les islamistes radicaux sont là, ils ont l'intention d'essayer de créer un califat dans ce monde et de modifier fondamentalement la nature des États-nations. » (Donald Rumsfeld, 2011)
« Nous ne voulons pas voir établi un califat. » (Ed Royce, Président de la commission des affaires étrangères du Congrès, 2014)

[16] « A moyen-long terme, l'impact de l'Irak sur l'évolution politique du Grand Moyen-Orient dépendra de la manière dont le nouvel Irak apparaîtra comme un Etat pluraliste, raisonnablement démocratique et stable, ou s’il revient à l'autoritarisme ou se fragmente en des enclaves ethniques. La première solution porterait un coup aux perceptions négatives actuelles du rôle des États-Unis dans la région, et montrerait qu'une certaine forme de démocratie, que nous appelons « démocratie aux caractéristiques irakiennes », est possible au Moyen-Orient, et affaiblirait les extrémistes aussi bien que les autocrates. Cependant, tout scénario négatif déstabiliserait davantage le Moyen-Orient, diminuerait la crédibilité et l'influence des États-Unis, discréditerait les politiques fondées sur la démocratie, et ouvrirait des possibilités d'empiètement par les adversaires des États-Unis dans une région vitale du monde. » [Stratégie US dans le monde musulman après le 11/09, RAND Corporation, 2004]

[17] http://edition.cnn.com/video/?/video/world/2014/06/14/sot-damon-iraqi-commander-abandons-post.cnn&video_referrer=.
http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/iraq/10899134/Iraq-crisis-Generals-in-army-handed-over-entire-city-to-al-Qaeda-inspired-ISIS-forces.html.

[18] Entretien avec un politicien kurde de premier plan : Bagdad « voulait que Mossoul soit prise par des extrémistes » : http://www.niqash.org/articles/?id=3456.



Mercredi 17 Septembre 2014


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