EUROPE

L’Autriche de retour dans les Balkans ?



Milena Cmiljanic
Mercredi 26 Février 2014

L’Autriche de retour dans les Balkans ?

 

A l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, le mot « révision » est très en vogue dans les Balkans.

Cela est lié aux tentatives de revoir les Accords de Dayton, et aux reproches adressés aux Balkans en raison de leur rôle dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale, mais aussi au retour de l’influence autrichienne.

Peut-être croira-t-on en Europe à un « printemps de Bosnie », mais certainement pas dans les Balkans. Les mouvements ont pu avoir un caractère social au début, mais ils ont rapidement été récupérés à des fins politiques.

Il y a deux facteurs : l’un intérieur, l’autre extérieur. Tout d’abord, cette année, des élections doivent avoir lieu en Bosnie-Herzégovine. Au cours des quatre dernières années, aucun des partis, ou presque, n’a œuvré à améliorer la vie des citoyens. Et maintenant, fidèles à la vieille tradition balkanique, et pour remporter les élections, ils parlent à nouveau d’une Bosnie-Herzégovine unifiée, menacée par une guerre entre les membres de la fédération.

Il y a également un facteur extérieur à savoir la participation active des fonctionnaires autrichiens dans les troubles qu’a connus la Bosnie-Herzégovine. Nommé l’année dernière, le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, s’est dès le jour suivant sa prise de fonctions rendu en Croatie pour « indiquer que la région occidentale des Balkans était une priorité de la politique étrangère de l’Autriche ». Vienne a reconnu le caractère social des troubles de Bosnie-Herzégovine mais considère que leur résolution se trouve dans un nouveau Dayton. Kurz a directement exigé que soit étudiée la question d’une révision de la Constitution :

« Les gens méritent de vivre dans un pays où la structure politique marche correctement. Dayton a été un pas positif pour rétablir la paix. Maintenant, nous avons besoin d’une nouvelle constitution . »

Mais, Valentin Inzko, Haut Représentant pour la Bosnie-Herzégovine, a menacé d’augmenter contingent autrichien dans le pays, et en cas d’une aggravation de la situation, d’envoyer un contingent européen. Mais si les troubles ont un caractère social, comme le soulignent constamment les élites politiques bosniaques et européennes, que pourrait bien faire l’armée ? L’armée n’est pas intervenue lors des manifestations en Grèce, en Espagne, ou en Italie.

Catherine Ashton a rejeté la proposition d’Inzko sur l’envoi de troupes, mais comme l’a confirmé le ministre de la Défense, Gerald Klug, le contingent autrichien de Bosnie-Herzégovine qui se composait l’été dernier de 190 soldats, va recevoir 100 soldats supplémentaires. Récemment, lors d’une réunion du gouvernement autrichien, il a été décidé que durant les six premiers mois de l’année 2014, 130 soldats supplémentaires seraient envoyés au Kosovo pour rejoindre la Kfor. Il y aura en tout 500 soldats autrichiens qui, basés dans le nord, remplaceront les Français. Ainsi, au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine, parmi les Etats non membres de l’OTAN, l’Autriche sera celui à avoir le plus gros contingent.

La relance de la politique de sécurité autrichienne est également perceptible dans les efforts de ce gouvernement pour participer aux missions de l’UE en Afrique centrale et au Mali sous mandat de l’ONU. « Nous devons être présents partout où il y a des crises », a déclaré Klug.

Dans le même temps, des colloques scientifiques sont organisés, des livres publiés et des films tournés sur la Première Guerre mondiale en Autiche. Tout cela dans le but de rejeter la responsabilité du déclenchement de la Première Guerre mondiale sur les autres, et si possible, sur les Serbes. Il n’est ainsi pas étonnant que pendant les émeutes en Bosnie-Herzégovine, les archives d’Etat où sont conservés les documents les plus précieux de la période de l'Empire austro-hongrois aient été brûlées.

Il semble que nous ne célébrons pas seulement le 100 e anniversaire du début de la Première Guerre mondiale, mais que nous vivons comme si ces 100 années n’avaient pas eu lieu. La situation actuelle est très similaire à celle de 1914. L’Autriche recourt à nouveau aux menaces armées, et l’Allemagne fait pression sur la Serbie, pour que les Serbes changent de regard sur l’histoire et l’avenir de leur pays.

http://french.ruvr.ru



Mercredi 26 Février 2014


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