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L’Arabie saoudite snobe Obama : Flop de la politique US au Moyen-Orient


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Peter Korzun
Mardi 26 Avril 2016

L’Arabie saoudite snobe Obama : Flop de la politique US au Moyen-Orient
 

Lors de sa visite (20-21 avril) en Arabie Saoudite, le Président US Obama a tenu une réunion privée avec le roi Salmane et assisté à un sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) dédié à la stabilité régionale, à l'Iran et au contre-terrorisme. Manifestant son intérêt envers la sécurité, son entourage incluait le Secrétaire à la Défense, Ashton Carter, la conseillère à la sécurité nationale, Susan Rice, et directeur de l'Agence centrale de renseignement (CIA), John Brennan.
 

    La visite a été assombrie par l'exaspération des pays arabes du Golfe à propos de l'approche US dans la région. Le groupe des monarchies, Arabie saoudite, Koweït, Qatar, Bahreïn, Émirats arabes unis et Oman, sont cruellement déçues par la présidence Obama, la voyant comme une période où, s’étant retirés de la région, les États-Unis ont laissé plus d'espace pour étendre son influence à leur rival, l'Iran.
 

    Plus tôt, à sa descente d’Air Force One, à l’aéroport international King Khalid, Obama n’a pas été accueilli par le roi Salmane, mais par un prince de rang royal inférieur, Faisal ben Bandar Al Saud, gouverneur de Riyad. Avant l'arrivée d'Obama, la télévision d'État saoudienne a montré le roi saluant personnellement les hauts dignitaires des autres pays du Golfe arrivant sur la base aérienne. Contrairement à de précédentes visites, cette fois-ci l’arrivée discrète d’Obama n'a pas été retransmise en direct à la télévision saoudienne.
 

    Les tensions sont aggravées par le rapport du Congrès suggérant que les Saoudiens puissent avoir joué un rôle dans les attaques du 11/9/2001. Pour voir si elles peuvent être publiées, James Clapper, directeur du renseignement national US a examiné les 28 pages classées confidentielles du rapport de la Commission sur le 11/9. Un projet de loi pouvant rendre l’Arabie saoudite responsable d’un rôle dans les attentats terroristes, a le soutien à la fois des républicains et des démocrates, malgré leur opposition. L’Arabie Saoudite est en colère à propos de la reprise possible d’une question que l’on pensait réglée depuis longtemps (quinze des 19 pirates de l’air [inexistants, NdT] du 11/9 étaient des Saoudiens). Riyad aurait averti pouvoir se débarrasser de centaines de milliard de dollars d’actifs US, si le projet de loi bipartite était adopté.
 

    Plus récemment, lors d’une interview avec le magazine Atlantic, Obama a été cité décrivant certains États du Golfe et européens comme des « parasites » qui exigent que les États-Unis agissent sans eux-mêmes en faire assez.
 

    Avant le voyage d'Obama, un groupe de sénateurs a demandé au président d’insister sur la question des droits de l’Homme [sic, NdT, encore le fameux argument pour mettre la pression sur les couillons] en Arabie saoudite, et de mettre sur le tapis l’affaire des deux avocats emprisonnés, le blogueur Raif Badawi et le militant des droits de l’Homme Waleed Abu al-Khair. Craignant une subversion venue de l’extérieur, le gouvernement saoudien a pris les mêmes mesures énergiques contre les dissidents sunnites et chiites, jetant aux oubliettes écrivains, journalistes et militants des droits de l’Homme. La baisse du prix du pétrole a considérablement réduit le budget du gouvernement. Le royaume ne vit pas ses meilleurs jours.
 

    Le sommet a abordé la stabilité régionale, les efforts de lutte contre le terrorisme, et l’Iran – le pays vu comme un rival déstabilisant dans la région par les participants de la réunion. Obama et les dirigeants saoudiens se sont opposés à propos des tensions sectaires dans la région, des guerres au Yémen et en Syrie, et du cas iranien. Les membres du CCG ont exhorté les États-Unis à en faire plus pour éliminer du pouvoir le Président syrien Bachar el-Assad. Officiellement, les alliés étasuniens et du Golfe ont convenu que ce pays en proie au conflit, doit avoir un gouvernement de transition, une nouvelle constitution et des élections libres pour écarter le « régime » du Président Bachar el-Assad.
 

    Obama a dit aussi que les dirigeants et les États-Unis s’opposent aux actes de déstabilisation de l'Iran dans la région. Le Président Barack Obama a défendu l'accord sur le nucléaire iranien, pour lequel son administration a longtemps fait pression, mais a aussi promis la vigilance avec Téhéran. « Nous resterons vigilants pour assurer que l'Iran respecte ses engagements, comme nous remplissons les nôtres, » a-t-il déclaré à la réunion avec le CCG. Toutefois, il a noté que le « dialogue » est nécessaire et a mis l’accent sur le souci de son administration envers la diplomatie [sic, NdT]. « Aucune de nos nations n’a d’intérêt dans un conflit avec l'Iran », a ajouté Obama.
 

    Les dirigeants du CCG étaient ouvertement sceptiques quant à la volonté d'Obama de négocier avec l’Iran. Les États sunnites du Golfe pensent que le soutien de Téhéran aux milices chiites dans toute la région, en particulier au Liban, Yémen et en Irak, est la principale source du sectarisme et de l’instabilité dans la région [resic, NdT]. Les différends sur l’Iran étaient une partie importante des discussions entre Obama et le roi saoudien Salmane et au sommet du CCG.
 

    Ash Carter, Secrétaire à la Défonce US, a eu des entretiens séparés avec ses homologues arabes du Golfe sur les moyens de contrer l’influence iranienne et la lutte contre le groupe État islamique [resic !, NdT, lutter, elle est bien bonne]. Ils ont convenu d’une coopération commune visant à améliorer les défenses antimissiles du Golfe, les forces spéciales et la sécurité maritime, mais aucun nouvel accord n’a été annoncé. Rien n’a été convenu pour donner un nouvel élan à la coopération.
 

    Aucun document n'a été signé et rien n'a été convenu du point de vue pratique. C’est un flop.
 

    En fait, l'administration US n’a pas formulé clairement sa politique au Moyen-Orient, en dehors de l'accord sur le nucléaire iranien qui exaspère tant les pays du CCG. Les politiciens US des deux bords en ont soupé du Moyen-Orient. L’Arabie Saoudite le sait bien. Le royaume s'éloigne progressivement des États-Unis. Il a formé sa propre coalition de 34 États pour lutter contre le terrorisme [c’est-à-dire l’Iran, NdT]. L’Arabie Saoudite favorise des liens plus étroits avec l’Égypte, le plus grand État arabe sunnite mécontent de la politique US.
 

    Et l'économie défaillante de l’Égypte est contrainte de se raccrocher à l’Arabie saoudite et aux autres riches États du Golfe.
 

    Le 8 avril, l’Arabie Saoudite et l’Égypte ont annoncé la construction d'un pont qui reliera pour la première fois la péninsule du Sinaï à la péninsule arabique. L'annonce a été faite lors d’une cérémonie au Caire, au début de la visite de cinq jours du monarque saoudien en Égypte.
 

    Traversant la mer Rouge, le pont l’enjambera sur sept à dix kilomètres, juste au sud du détroit de Tiran. Ce projet produira des milliards de dollars par an de chiffre d’affaires, et la construction va créer des milliers d'emplois pour les Égyptiens. Avant cela, le Président égyptien Abel Fatah el-Sisi, a signé l'accord remettant Tiran et Sanafir, deux îles sous contrôle litigieux du Caire, à l’Arabie Saoudite.
 

    Le rapprochement entre l’Arabie Saoudite et l’Égypte est un nouveau facteur influençant la situation dans la région. Les deux grands États arabes, avec leur longue histoire d'alliés proches des États-Unis, sont insatisfaits de la politique de Washington et ils forgent une alliance.
 

    Pendant que les relations US-égyptiennes sont dans l’impasse, Le Caire renforce sa coopération avec la Russie.
 

    La relation est suffisamment proche pour inclure les questions de défense.
 

    L’Arabie Saoudite s’est aussi attelée à bâtir des relations pragmatiques avec Moscou. Après que le roi Salmane ben Abdulaziz Al Saoud est arrivé au pouvoir l’année dernière, Riyad a adopté une ligne de politique globale et régionale plus autoritaire. Le royaume a commencé à développer des liens plus étroits avec la Russie, en dépit des différences existantes. En octobre dernier, le Président Vladimir Poutine a rencontré Cheikh Mohammed ben Salmane, un fils du roi saoudien, pour discuter des perspectives de coopération en Syrie. Une délégation de l'Assemblée Consultative de l’Arabie saoudite a été en visite officielle à Moscou pour discuter des problèmes régionaux et bilatéraux et des moyens de renforcer les relations. Le dégel des relations entre Moscou et Riyad signale que l’influence US est en déclin dans la région.
 

    « Les liens se réchauffant entre Arabie Saoudite et Russie, ils parlent sûrement du déclin de l'influence régionale des États-Unis, avec qui le royaume est en lien étroit depuis 14 lustres. Après que Barack Obama a entamé le dégel des relations US avec l’Iran, grâce à l’accord sur le nucléaire l’an dernier, et que M. Poutine ait pris en main la guerre en Syrie, Obama a cherché à éviter les Saoudiens qui, convaincus qu'elle peut influencer Téhéran, semblent avoir décidé de travailler avec la Russie. Baignant dans son sang, la Syrie est le poste de pilotage actuel du Moyen-Orient, » écrit  David Gardner, spécialiste des affaires internationales au Financial Times.

* * *

 

    C’était la dernière et la plus futile visite du Président Obama au Moyen-Orient.
 

    Washington et l’Arabie Saoudite avec ses alliés voient différemment les problèmes dans la région. Le paysage est en train de changer. La politique US au Moyen-Orient est en plein marasme, son influence se réduisant grandement dans le contexte du poids grandissant de la Russie. Les politiques des autres acteurs changent aussi ; de nouvelles alliances se forment. La région ne sera jamais plus la même ; elle est réorganisée. Le siècle étasunien a l’air de toucher à sa fin au Moyen-Orient.
 

Strategic Culture Foundation, Peter Korzun, 24 avril 2016

Original : www.strategic-culture.org/news/2016/04/24/saudi-arabia-snubs-obama-failure-us-middle-east-policy.html
Traduction Petrus Lombard



Mardi 26 Avril 2016


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