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L’Arabie saoudite engagera-t-elle la bataille en Iran – avec la bénédiction des États-Unis ?


Les propos fortement anti-iraniens du vice-prince héritier d’Arabie saoudite révèlent un consensus croissant et soutenu par les États-Unis selon lequel il est temps de contrer l’Iran


Mustafa Salama
Mercredi 10 Mai 2017

Les propos extrêmement dangereux formulés la semaine dernière par le vice-prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane au sujet de l’Iran signalent une position beaucoup plus hostile, laquelle va bien au-delà la condamnation et de la rupture des liens qui ont eu lieu en janvier 2016.

Les propos de ben Salmane ont été formulés mardi dernier au cours d’une interview d’une heure diffusée simultanément sur plusieurs chaînes de télévision publiques et privées en Arabie saoudite et dans d’autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), une diffusion exceptionnelle qui souligne l’importance de cette interview.

Le vice-prince héritier a longuement parlé de plusieurs problèmes intérieurs et économiques dans le but de répondre aux préoccupations locales concernant l’économie saoudienne. Ensuite, il s’est penché sur des questions régionales, avant bien sûr d’évoquer l’Iran.

Interrogé sur la question du dialogue avec le rival régional saoudien, il a simplement fermé la porte à toute possibilité future : « Comment puis-je avoir un dialogue significatif avec un individu ou un régime qui a une solide conviction [...] que son régime est construit sur une idéologie extrémiste énoncée dans sa Constitution et énoncée dans la volonté de [l’ancien dirigeant iranien, l’ayatollah Rouhollah] Khomeini qu’ils devaient contrôler [...] le monde islamique et diffuser leur propre chiisme duodécimain dans tout le monde islamique jusqu’à ce que le Mahdi arrive ? Comment puis-je le convaincre ? »

Ben Salmane a ensuite affirmé ce qui a fait l’objet de déclarations et de mises en garde de nombreux analystes et observateurs du Conseil de coopération du Golfe (CCG), mais ce dont aucun responsable saoudien n’avait encore discuté publiquement.

« Nous savons que le but du régime iranien est d’atteindre le point focal des musulmans [La Mecque] », a-t-il dit, avant d’ajouter, de façon étonnante : « Nous n’attendrons pas que les combats arrivent en Arabie saoudite et nous ferons en sorte que la bataille soit dans leur camp, en Iran, pas en Arabie saoudite. »
Un consensus régional contre l’Iran

Des propos de ce type n’ont pas été prononcés n’importe comment par le vice-prince héritier, qui détient des portefeuilles clés en Arabie saoudite.

Il est avant tout ministre de la Défense, chef de la Cour royale des Saoud et président du Conseil des affaires économiques et du développement. À la fin du mois dernier, un centre de sécurité nationale a été créé sous la responsabilité de la cour royale qu’il dirige.

Ses propos surviennent dans un climat de consensus régional qui se forme contre l’Iran, avec le soutien des États-Unis.

À la mi-mars, la Ligue arabe a vivement dénoncé les agissements de l’Iran dans la région. À la fin du mois, le commandant américain du CENTCOM, qui supervise les opérations militaires au Moyen-Orient, a décrit l’Iran devant le Congrès comme « la menace la plus importante » au Moyen-Orient et a exigé des mesures plus sévères contre ce pays.

Immédiatement après le retour de Ben Salmane de son voyage aux États-Unis, qualifié de « tournant »par le président américain Donald Trump, le ministère égyptien des Affaires étrangères a balayé les récentes tensions saoudo-égyptiennes, décrivant plutôt l’importance « stratégique » des relations entre les deux poids lourds traditionnels du monde arabe et critiquant l’ingérence de l’Iran dans la région.

Il a également été fait état de perspectives d’une « OTAN du Moyen-Orient », qui comprendrait les alliés arabes des États-Unis ainsi qu’Israël dans le but spécifique de contrer l’Iran.
Les vulnérabilités intérieures de l’Iran

Ben Salmane n’est pas le premier à évoquer l’idée d’engager la bataille en Iran.

La vice-conseillère américaine à la sécurité nationale des États-Unis Kathleen « K.T. » McFarland a discuté à plusieurs reprises de l’idée de susciter le mécontentement en Iran. Plus précisément, elle a suggéré d’exploiter les aspirations non satisfaites des jeunes Iraniens, restreints par la censure sur Internet.

« Nous pouvons détruire le cyber-mur dès que nous le voulons, et on pourra alors s’occuper de la population », a déclaré McFarland. « Ils ont promis énormément de choses à leur peuple et, s’ils ne peuvent pas tenir parole, ils auront des problèmes de sécurité intérieure. »

Dans son interview, Ben Salmane a formulé des propos similaires sur les déceptions connues par la jeunesse iranienne, que l’Iran prive selon lui de développement depuis 30 ans en poursuivant à la place une idéologie extrémiste et expansionniste.

Les aspirations non satisfaites à la liberté et à un meilleur niveau de vie des jeunes Iraniens ont peut-être été exprimées plus clairement après que Mahmoud Ahmadinejad a été annoncé vainqueur pour un second mandat à l’issue des élections présidentielles iraniennes de 2009.

Des protestations ont alors éclaté après des accusations de fraude et de violations généralisées du processus électoral. Les protestations ont été menées par des candidats de l’opposition aux élections – Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi – et sont connues sous le nom de « Jonbesh-e Sabz », ou « Mouvement vert ». Les millions d’Iraniens qui sont descendus dans les rues ont finalement fait face à la brutalité des forces de sécurité iraniennes ; ces protestations ont ainsi fait de nombreux morts et ont été suivies de l’arrestation de centaines de personnes, y compris des personnalités politiques de premier plan.

Aujourd’hui, Moussavi et Karroubi sont toujours assignés à résidence et les tensions entre les factions plus libérales – ou les réformistes – et les conservateurs suscitent toujours des controverses et polarisent l’Iran.

Dans un discours enflammé de soutien à Ebrahim Raisi, le principal candidat conservateur à la présidence en Iran, Hassan Abbasi, officier et principal stratège conservateur du corps des Gardiens de la révolution islamique, a déclaré que « dans un avenir proche », Moussavi, Karroubi et l’ancien président Seyyed Mohammad Khatami seraient jugés puis exécutés.
La discrimination ethno-religieuse

On pourrait s’étendre sur la mise sous silence et la répression que l’opposition subit encore en Iran. Cependant, ces tensions ne sont pas la seule source de vulnérabilité pour le régime iranien.

L’Iran est un pays multiethnique, multilingue et multireligieux, mais cette diversité n’est pas toujours respectée par le régime. Les sunnites en Iran, qui sont plusieurs millions, subissent un traitement sévère et n’ont même pas la moindre mosquée à Téhéran ou dans des grandes villes comme Ispahan, Chiraz et Machhad. Les autorités détruisent régulièrement les espaces privés que les sunnites créent à l’écart du public.

L’Iran comporte également une population kurde considérable qui a connu sa part d’oppression. De même, les Arabes de la région d’Ahvaz – une région du sud de l’Iran qui borde l’Irak – ont fréquemment exprimé leur désaccord face au racisme et à la marginalisation, bien que là la discrimination ne soit pas fondée sur la religion, puisque la majorité d’entre eux sont chiites. De même, les Baloutches à l’est, qui vivent dans les régions les plus pauvres et les moins développées du pays, font face à l’oppression et entretiennent des organisations séparatistes militantes dans leurs régions.

Ces graves vulnérabilités du régime iranien pourraient être exploitées à l’étranger. Sans surprise, quelques jours après les propos de Ben Salmane, le ministre iranien des Affaires étrangères a décrit l’attaque de janvier 2016 contre l’ambassade d’Arabie saoudite à Téhéran, qui a entraîné la rupture des relations, comme « une bêtise et une trahison historique ».

Avec le soutien des États-Unis, l’Arabie saoudite pourrait très bien agir à l’avenir selon la proposition de Ben Salmane et, si l’Iran maintient ses politiques dans la région, cela ne serait pas surprenant.

Certaines voix au sein du CCG ont déjà appelé à agir de la sorte. Cette fois-ci, la diplomatie habile de l’Iran pourrait ne pas suffire pour empêcher ces voix de s’élever. Un changement est peut-être nécessaire dans ses politiques régionales.



- Mustafa Salama, analyste politique, consultant et auteur indépendant, possède une formation universitaire spécialisée sur le Moyen-Orient.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : le président américain Donald Trump et Mohammed Ben Salmane, vice-prince héritier et ministre de la Défense d’Arabie saoudite, s’expriment devant les médias au Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, D.C., le 14 mars 2017 (AFP).


Mercredi 10 Mai 2017


Commentaires

1.Posté par Adam le 12/05/2017 19:47 (depuis mobile) | Alerter
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Frères contre frères jusqu''à ce que leur vent disparaisse. Jamais la nation arabe n''est descendue aussi bas, l''Iran le dernier rempart....

2.Posté par MED le 13/05/2017 07:04 | Alerter
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Sur l’ensemble du territoire (iranien), il existe 47 291 mosquées chiites et 10 344 mosquées sunnites...Source http://observers.france24.com/fr/20150807-iran-teheran-mosquee-sunnite-secrete-destruction-autorites-chiites-punak-minorite.
La population iranienne avoisine 80 millions de personnes et il y a environ 8 millions de musulmans "sunnites"
L'arithmétique montre donc que10% du peuple iranien ( école sunnite) disposent de 25 % des lieux de culte...Ces chiffres montrent donc que l'Iran favorise plutôt , et très fortement même , l'école sunnite...!
Comme chacun peut le voir, cette réalité élémentaire a échappé à notre "spécialiste" du M.E , universitaire , auteur , consultant... Mais qui n'a pas de lacunes ,plus ou moins grandes , dans sa formation!
Pour rester dans le chapitre de l'entraide , rappelons aussi que l'Islam enseigne que la fitna entre musulmans est bien plus grave que le meurtre...

3.Posté par Bina le 13/05/2017 11:09 | Alerter
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Une propagande sans nom qui fait son bonhomme de chemin (sans nom aussi).

Même la pensée est devenue une assistée du système.......................dur de ne pas l'être dans ce monde voué à l'assistanat mondial (bientôt).

4.Posté par yukof le 13/05/2017 11:46 | Alerter
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@ Adam
c'est l'Iran qui a commencé à attaquer et à tuer 350 000 musulmans en 10 ans (dont 200 000 en Syrie en 4 ans ) avec le soutiens Américains en Irak et Russe en Syrie (ce qui fait d'eux des mécréants apostats selon plusieurs savants de l'islam , collaboration avec les ennemis de l'Islam )

... selon toi gros malin faudrait qu'on laisse tout nos territoires aux Iraniens au nom de tes délires complotistes ?

Les sunnites se défendent , les Iraniens et les chiites attaquent ... qui est légitime ici ?

5.Posté par oh-daz le 13/05/2017 16:57 | Alerter
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Si ce prince et ses potes s'attaquent a l'Iran, ce serait avant tout pour rendre service aux u s et aux abonnés
du lamenta-sion.... ce ne serait certainement pas pour raisons religieuses et déviations sectaires...

6.Posté par Saber le 13/05/2017 22:47 | Alerter
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Il a également été fait état de perspectives d’une « OTAN du Moyen-Orient », qui comprendrait les alliés arabes des États-Unis ainsi qu’Israël dans le but spécifique de contrer l’Iran.

Autant dire que les pays du golf veulent détruire leurs pays de leurs propres mains. En face, vous aurez la Russie et la Chine pour le grand cataclysme.

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