Acte I . 1930-1950 : Detroit City connaît un essor industriel sans précédent dans l’Histoire. En quelques décennies, la ville devient une métropole de deux millions d’habitants grâce à la présence des trois géants de l’automobile : Chrysler, Ford et surtout General Motors. Henry Ford, présenté comme le père de la classe moyenne américaine, est glorifié.

Il arrive chaque jour en provenance d’Europe et des Etats-Unis 5000 immigrants dans la gare Michigan qui devient le symbole de la prospérité américaine. Detroit, « american dream», surtout pour les classes populaires de noirs américains en provenance du Sud rural.

Acte II. Le développement rapide de la Cité a cependant laissé de côté une population marginalisée et inadaptée. Il s’agit principalement de cette population noire, récemment urbanisée, mais qui n’a pas réussi à s’intégrer économiquement dans une ville pourtant en plein « boom » économique. Cette difficulté s’avère le reflet de l’époque. Les 50 ans du discours de Martin Luther appelant à l’égalité raciale nous l’ont rappelé cette semaine. Il y avait un clivage singulier entre une population embourgeoisée de blancs et les couches noires socialement défavorisées et soumises à un apartheid social.

En 1967, la tension interraciale atteint un paroxysme. Les émeutes de la 12e rue (12th Street riot) se terminent sur un bilan calamiteux : 43 morts, 467 blessés et 7200 arrestations. Les manifestants mettent le feu aux bâtiments publics et aux magasins tenus principalement par des blancs. Plus de 2000 édifices partent ainsi en fumée et le gouverneur doit faire appel aux forces armées de la Garde nationale pour rétablir le calme.

L’élection d’un maire noir en 1973 coïncide avec l’installation d’une politique de gauche néo-socialiste (un des rares cas aux USA) et l’essor du syndicat U.A.W. (United Auto Workers) comptant 1,5 millions de membres. U.A.W. prône la justice sociale et ne cessera de se confronter à la direction des groupes automobiles, obtenant des concessions spectaculaires alors que la mondialisation fait des ouvriers de Detroit les salariés les plus nantis du monde. Egalité et prospérité.

Acte III : Suite aux émeutes, la classe moyenne blanche plie bagage définitivement et quitte le centre urbain pour la périphérie.

La peur des noirs (appelons les choses comme elles sont) n’est cependant pas la seule cause. Les pressions de l’U.A.W. poussent les groupes automobiles à délocaliser massivement pour des horizons moins syndiqués avec une main d’œuvre meilleure marché.

Peu importe, les politiciens ne changent pas le cap. Même si au passage, Detroit est devenue entre temps la capitale de la corruption politique.

Cette politique continuera jusqu’en 2007 où elle culmine avec les « subprimes », des prêts accordés aux pauvres et principalement aux minorités pour qu’elles passent de la caravane au château en Espagne à crédit perpétuel.

Par contre, les derniers survivants de la classe moyenne sont devenus les vaches à lait du système. Les impôts locaux ajoutent au flux sortant des travailleurs devenus chômeurs, un exode fiscal qui laissera la ville avec toujours plus de dépenses et toujours moins de rentrées.

Heureusement, les dieux de Wall street viennent au secours de la cité. Detroit sera sauvée. Le Messie est arrivé et son nom est : la Dette.

Acte final : Detroit est ruinée. Sa classe moyenne évaporée. Seule métropole américaine mono-ethnique avec 90 % de population noire héritière du rêve de Martin Luther qui a viré au cauchemar. De deux millions, la population est désormais passée à 675 000 habitants (2013) et 40 % de ces derniers envisagent de quitter la ville.

Les banqueroutes succèdent aux saisies immobilières (enfin si nous pouvons appeler immobilier les maisons en carton-plâtre construites grâce aux subprimes). Le syndicat U.A.W. ne comporte plus que 300 000 membres salariés mais 600 000 pensionnés qui ont d’ailleurs massivement quitté Detroit. La dette de la ville se monte à 18 milliards de dollars. La police, les pompiers et la Poste ne sont plus qu’un souvenir. La délinquance y est trois à cinq fois supérieure aux autres métropoles américaines. Le chômage réel est d’au moins 30 %. La municipalité n’a même plus les fonds pour détruire les chancres urbains ou ramasser les ordures. On pille les églises pour y «décrocher Jésus» qu’on s’empressera de fondre pour revendre aux ferrailleurs.

Quant à l’immense gare Michigan qui accueillait les migrants, elle n’est plus que le caveau des rêves américains. Anéantie, abandonnée, elle accueille désormais les photographes qui viennent saisir pour la postérité les clichés de la mort d’une ville et de l’assassinat de la classe moyenne. La statue d’Henry Ford trône toujours dans l’attente d’être déboulonnée pour être vendue par des délinquants pour quelques « lignes » de cocaïne.

Le nouveau plan de la ville consiste à colorier des quartiers en orange, violet ou jaune. En précisant que seuls les habitants vivant dans un quartier où on paie des impôts seront encore desservis par les services publics. Pour le reste, ce sera aux bandes urbaines qu’il faudra s’adresser.

Conclusion : Nous serons brefs et vous demandons tout simplement de transposer cette rapide histoire de Detroit et du rêve américain à la sauce capital-socialiste à une ville près de chez vous, en Europe. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Ceux qui dirigent nos pays en Europe ne sont pas différents des fous et des prévaricateurs qui ont mené en quelques décennies une ville à l’apogée de la prospérité en une zone de non-droit post apocalyptique.

Nul besoin d’une guerre pour détruire un pays, donnez-lui des rêves éphémères et des crédits faciles, vous aboutirez au même résultat. /N

 

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction