Reflexion

L’AVÈNEMENT DE L’ARCHE DE NOÉ DE L’OTAN : Prière pour le déluge du Monde d’en bas


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«Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; (...) faites que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ;(..) Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères!»

Voltaire (1763)


Professeur Chems Eddine Chitour
Vendredi 26 Novembre 2010

L’AVÈNEMENT DE L’ARCHE DE NOÉ DE L’OTAN : Prière pour le déluge du Monde d’en bas
En son temps, Voltaire parlait aussi du désastre de Lisbonne en 1759. 2010 :
un autre désastre issu de l’égoïsme sans borne des hommes, en
l’occurrence, le sommet de l’Otan à...Lisbonne. On sait qu’ après la
Guerre froide, marquée par la dislocation de l’Urss, la fin du Pacte de
Varsovie pendant de l’Otan, on pensait que l’Otan avait perdu sa raison
d’être. Il n’en fut rien, on se souvient comment la Serbie a été démolie
par les avions de l’Otan stationnés sur la base d’Aviano en Italie. Le
Sommet de l’Alliance atlantique, qui s’est tenu à Lisbonne les 19 et 20
novembre 2010, a adopté le nouveau Concept de l’Otan. La nouvelle doctrine
concrétise rien moins qu’un nouveau gouvernement planétaire, sorte d’arche
de Noé pour 47 Etats qui seront «sauvés» parce que protégés de la colère
de l’Otan et les autres qui seront des candidats au déluge parce
n’appartenant pas à la caste des «élus». Des milliards de dollars vont
être dépensés en pure perte alors que la famine menace 1 milliard de
personnes. Le budget de l’Otan est de près de 250 milliards de dollars.
L’ONU demande un don de 100 millions de dollars pour lutter contre le choléra
qui fait des ravages en Haïti.

«Le Sommet de Lisbonne, écrit l’ambassadeur algérien Hocine Maghlaoui,
s’est tenu dans un contexte marqué par une tendance en Europe axée sur les
restrictions budgétaires en matière de dépenses militaires. Ceci est de
nature à creuser l’écart entre ces derniers et les Etats-Unis qui assurent
déjà près des trois quarts des investissements militaires de l’Alliance.
Ceci va donner lieu à des réformes complexes des structures. (...) Le Concept
stratégique est en général accompagné d’une Directive stratégique
destinée à être utilisée dans le cadre de l’établissement des plans de
défense de l’Otan. Le nouveau Concept entend donner à l’Otan une nouvelle
mission. Le Sommet de Lisbonne a adopté le nouveau Concept stratégique de
l’Otan. Le nouveau Concept vise à conforter l’Otan dans un rôle
planétaire et à en faire la seule puissance globale dans le monde au service
des seuls intérêts occidentaux. (...)(1)

L’économiste Jacques Cossart s’interroge sur «Qui donc protéger? Bien
sûr, la tâche est considérée comme aussi noble qu’indispensable :
protéger les peuples du terrorisme! Cette «protection» passe, bien entendu,
par celle des propriétaires du capital. La paix, comme bien commun! La nouvelle
fonction affichée, écrit Niels Anderson du Conseil scientifique d’Attac :
assurer sur le continent européen la stabilité du nouvel ordre mondial. En
1999, le deuxième «nouveau concept stratégique de l’Otan» fixe comme
objectif de «sauvegarder - par des moyens politiques et militaires - la
liberté et la sécurité» de l’Amérique du Nord et de l’Europe,
c’est-à-dire de devenir le bras armé des intérêts occidentaux et de
l’économie de marché. (...) Quel est le troisième «nouveau concept
stratégique» de l’Otan? Pour l’élaboration de ce nouveau concept
stratégique il a été créé en septembre 2009 un «Groupe des sages», groupe
d’experts placé sous la présidence de Madeleine Albright, qui fut la
secrétaire d’État ultra-atlantiste de Bill Clinton, et la vice-présidence
de Jeroen Van der Veer, ancien P-DG de Royal Dutch Shell. Parfaite illustration
d’une Otan instrument militaire de l’idéologie atlantiste et protectrice
des intérêts économiques des transnationales».(2)

«Quelles sont les menaces considérées comme prioritaires? Toujours la
menace terroriste, la piraterie et la prolifération nucléaire, mais d’autres
priorités sont fixées : se défendre contre les risques de cyberattaques qui
peuvent provoquer la paralysie d’un pays (la meilleure des défenses étant
l’attaque, l’Otan profile la guerre cybernétique) et la sécurité des
voies d’approvisionnement par pipelines ou maritimes. Le Rapport précise que
«l’Otan a tout intérêt à protéger les axes vitaux qui alimentent les
sociétés modernes». On ne peut être plus clair, le rôle du Traité de
l’Atlantique Nord est d’assurer la sécurité énergétique et
l’approvisionnement de moins de 15% de la population mondiale. Il est aussi
demandé de prendre en compte la pauvreté, la faim, l’eau, les mouvements
migratoires, le changement climatique, non pas pour résoudre ces fléaux et
menaces mais pour les sources de crises et de troubles qu’ils représentent.
Bras armé du néolibéralisme, l’Otan doit aussi servir à réprimer les
peuples qui luttent pour leur survie».(2)

Des capacités élargies

«Il est en particulier confirmé que l’Otan doit être dotée de
«capacités expéditionnaires pour des opérations militaires au-delà de la
zone du Traité». (...)L’échec de la guerre d’Afghanistan et de la guerre
d’Irak, les conséquences de la crise financière auxquelles est confrontée
l’Otan, sont des réalités qui pèsent sur le nouveau concept stratégique
adopté à Lisbonne. La première étape du nouveau concept stratégique a été
l’élargissement de l’Otan sur le continent européen en intégrant des pays
de l’Europe centrale et orientale. Avec l’adhésion de 12 nouveaux membres
depuis 1999, elle a pratiquement doublé de taille. Leur énumération permet de
comprendre la toile tissée par l’Otan dans la zone euro-atlantique et hors de
celle-ci : le Partenariat pour la paix regroupe les pays européens ou de
l’ex-Union soviétique d’Europe et d’Asie, non-membres de l’Otan,
couvrant ainsi l’ensemble du continent ; le partenariat avec l’Union
européenne, considérée comme un partenaire stratégique global de l’Otan,
autrement dit d’assujettir l’Europe de la défense aux États-Unis, dont le
budget militaire représente 80% des budgets de l’ensemble des États membres
de l’Otan, dans un monde néolibéral, disposer de 80% du capital ou de la
force financière d’une société ou d’une institution, c’est détenir le
pouvoir ; le Partenariat avec l’ONU, sert à légitimer des opérations de
l’Otan en lui transférant des prérogatives de l’ONU, le Partenariat avec
la Russie, le Rapport des experts accorde une grande attention à la relation
avec la Russie et on y relève que Moscou se montre «disposée à soutenir le
transport aérien et terrestre des approvisionnements pour les forces de
l’Otan en Afghanistan». À ces partenariats qui couvrent, au-delà des 28
États membres de l’Otan, l’ensemble de la zone euro-atlantique, viennent
s’ajouter des partenariats ou des alliances ad hoc hors zone»(2)

Niels Anderson décrit une «troisième mission : les interventions militaires
pour «assurer la sécurité internationale». Il écrit : «Le Rapport propose
que l’Otan combine à l’avenir les approches militaires et civiles, en ayant
recours au «savoir-faire dans le domaine civil» des institutions
internationales ou des ONG.(...), la leçon tirée de la guerre d’Afghanistan
n’est pas le développement économique et social, ni de rompre avec la
logique du conflit de civilisations, mais bien d’avoir recours à la
stratégie du déploiement d’un parapluie civil pour couvrir des actes de
guerre! Concernant le retrait des armes nucléaires stationnées en Europe, ses
conclusions sont sans ambiguïté. La stratégie de dissuasion demande le
maintien de la composante nucléaire, aucun plan de désengagement du dispositif
états-unien en Europe n’est envisagé et le groupe d’experts s’est
prononcé contre tout retrait unilatéral. Plus encore, la défense antimissile
est considérée comme «une mission militaire essentielle»(2).

Vladimir Soloviev du journal russe Kommersant a interrogé l’ambassadeur
russe à l’Otan, sur les attentes de Moscou. Ecoutons-le : «Les négociateurs
américains tentent sans cesse d’imaginer de nouvelles obligations pour la
Russie (...) Avant, il s’agissait de retirer nos bases de Géorgie, nous
l’avons fait, et pourtant nous avons eu la guerre. A présent, on voudrait
nous forcer à retirer nos hommes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud (...) Je
n’imagine pas que le président Medvedev revienne sur sa décision et personne
ne peut l’imaginer. (...)La guerre en Géorgie a constitué un révélateur
important. Elle a montré à l’Occident que la Russie était capable de
prendre instantanément la décision de mettre en oeuvre d’importantes forces
militaires pour protéger ses citoyens. Cela a été un choc pour les membres de
l’Otan. L’autre surprise a été pour nous, quand nous avons découvert que
finalement, l’Otan avait poussé la Géorgie. Mais juste après avoir incité
Saakachvili à attaquer, l’Alliance a aussitôt botté en touche».(3)

Pourtant, la Russie de Medvedev s’intègre harmonieusement dans le grand
dessein de l’Otan pour des raisons pécuniaires qui évacuent définitivement
le côté idéologique. Ainsi, le journal Nezavissimaïa Gazeta
vraisemblablement «inspiré», pose les conditions du partenariat. D’abord la
livraison d’armes et d’hélicoptères russes à l’Afghanistan, la lutte
contre le trafic de drogue. Mais aussi sur le «désengagement»
d’Afghanistan, la possibilité pour les pays de l’Alliance de retirer leur
matériel militaire et leurs hommes en passant par la Russie au lieu
d’emprunter le chemin périlleux qui traverse le Pakistan. Les spécialistes
affirment que cet accord nous rapportera plusieurs millions de dollars par mois.
Est-ce une bonne affaire pour la Russie? Oui, et pas seulement du point de vue
financier. Si un accord de collaboration sur un système de défense antimissile
européen est également conclu à des conditions acceptables pour Moscou,
c’est-à-dire en intégrant la production de notre complexe industriel de
défense au lieu de se fonder sur le seul matériel américain, la «valeur
ajoutée» pour notre pays sera indéniable. Cela signifiera une reconnaissance
par l’Europe de la qualité de notre armement qui, pour l’instant,
n’arrive toujours pas à se frayer un chemin vers ces marchés. (..) Pour ce
qui est de la coopération à propos de l’Afghanistan, (... notre armée n’a
aucune raison de vouloir replonger dans ce rôle. (..) Les généraux russes
avaient prévenu leurs homologues de l’Otan qu’une guerre en Afghanistan ne
tournerait pas à leur avantage. On ne les a pas écoutés».(4)

Les grands oubliés

Dans tout ce ballet diplomatique un perdant : le Pakistan. «L’accord,
écrit l’éditorialiste du Daily Times, sur les routes d’approvisionnement
conclu entre l’Alliance et Moscou, dessert les intérêts du Pakistan, qui
n’est plus désormais un passage obligé vers l’Afghanistan. Islamabad y
perd un outil de pression important, d’autant que les frappes de drones vont
s’intensifier. Un article publié dans The Washington Post a secoué le pays.
«Les Etats-Unis veulent élargir la zone d’intervention des drones au
Pakistan», titrait le quotidien américain. Selon ce document, «cette demande
américaine concerne la région de Quetta [capitale de la province pakistanaise
du Baloutchistan] où serait installé l’exécutif du mouvement taliban. Ce
document clarifie plusieurs points. Premièrement, les Pakistanais ont beau
minimiser l’importance de la Quetta Shura [l’organe de décision des
insurgés islamistes, dirigé par le mollah Omar] et nier sa présence, les
Américains sont convaincus du contraire. Les raisons du refus pakistanais sont
nombreuses. Quetta étant une très grande agglomération, les dommages
collatéraux risquent d’être importants. Autre décision d’importance,
l’Otan est parvenue à un accord avec Moscou afin de faire passer
l’approvisionnement militaire occidental par la Russie à la frontière avec
l’Afghanistan.(...) Notre défiance à l’égard de l’Inde et notre
politique de «profondeur stratégique» ne nous ont menés nulle part. Notre
pays est en train de s’effondrer devant nous, (...) Il est temps que notre
gouvernement ouvre les yeux avant que le pays ne soit plus qu’un champ de
ruines».(5)

«Les pays du Sud, écrit l’ambassadeur Hocine Maghlaoui, sont les grands
oubliés. Or, ils doivent être convaincus que l’Otan est autre chose que le
règne de la terreur à travers le massacre de civils dans des frappes
qualifiées de chirurgicales ou l’utilisation d’armes prohibées comme les
bombes à uranium appauvri ou à fragmentations qui causent des dommages
irréversibles aux populations. Que l’Otan n’est pas aussi l’intolérance
intégrale contre tout ce qui s’oppose aux valeurs ou aux intérêts de
l’Occident qu’elle défend par la force brutale en faisant fi des
institutions de l’ONU, mettant en péril le système de sécurité collectif
créé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.(1)

On peut s’interroger pourquoi l’Otan n’est pas «ouverte» à la Chine,
à l’Inde ou plus généralement à tous les autres? Ceux d’en bas qui, eux,
ont plus de besoin de sécurité, notamment de survivre? Pourquoi un bouclier et
contre qui? Même si on appelle un chat un chat l’Iran est une perturbation de
second ordre par rapport à l’armada de chacun des pays. L’ambassadeur
d’Iran en Espagne a déclaré que toute option militaire de l’Occident
contre l’Iran, serait pure folie. S’agissant de la Russie, Dmitri Medvedev,
le nouveau Gorbatchev, est acquis pourvu qu’il ait un strapontin ; nous sommes
loin du nationaliste ombrageux de Vladimir Poutine à moins que lors des
nouvelles élections il y ait une inversion des rôles. Combattre le terrorisme
avec un bouclier antimissile? Cela risque d’être long, coûteux et sans
effet, car le terreau du terrorisme sera toujours là tant que l’injustice des
grands envers les petits continuera. Il est hors de doute que la nouvelle
doctrine fera qu’il y aura plus que jamais un seul gendarme planétaire qui
doit s’assurer des sources d’approvisionnement pérennes, notamment en
énergie. Comme en Irak, l’armée de pacification américaine surveille les
puits, elle le fera ensuite en Afghanistan à partir de 2014.

En conclusion, Niels Anderson remet l’homme au centre du débat. Il écrit :
«Dans le Rapport qui fonde la stratégie de l’Otan jusqu’en 2020, il est un
mot qui n’est jamais mentionné, auquel il n’est nulle part fait allusion :
le mot peuple. Il est donc plus que jamais important que les peuples rappellent
leur existence aux experts, aux états-majors, aux politiques, aux idéologues
atlantistes et qu’ils expriment leur opposition à l’Otan et à ses
objectifs militaires, que les peuples demandent la dissolution de l’Otan et le
respect de l’article 1 de la Charte des Nations unies, fondée sur une vision
multilatéraliste du monde, précisant que seules les forces de l’ONU sont
habilitées à «réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la
paix». Au contraire de ce qui est écrit en conclusion du Rapport, l’Otan ne
répond pas à «des besoins immuables», le seul besoin immuable des peuples
est une politique de paix et non un engrenage et une logique de guerre».(2)

On l’aura compris, les «élus» monteront dans l’arche protégé par un
bouclier. Les damnés seront confrontés à des déluges au quotidien. A
l’insécurité, à la famine, s’ajoutent les colères de la Terre sous forme
de déluges provoqués par un Occident drogué aux énergies fossiles. Est-ce
ainsi que les hommes vivent?

1.Hocine Maghlaoui. L’Otan confortée dans son rôle planétaire.
L’Expression 21.11.2010

2.Niels Anderson : Le «Nouveau concept stratégique de l’Otan» : assurer
la défense et les voies d’approvisionnement des «sociétés modernes»
Attac-France Novembre 2010

3.Dmitri Rogozine : «L’Otan n’est pas le gendarme du monde» Kommersant
17.11.2010

4.Pour un partenariat, mais pas à n’importe quel prix - Nezavissimaïa
Gazeta18.11.2010

5.Editorial : Un grand perdant : le Pakistan Daily Times 22.11.2010

Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


Vendredi 26 Novembre 2010


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