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L’AFFAIRE POSADA AU CONGRÈS: Les procureurs de Bush ont rejeté les aveux enregistrés du terroriste



PAR JEAN-GUY ALLARD, de Granma international


JEAN-GUY ALLARD
Dimanche 18 Novembre 2007

EN septembre 2005, le Département de la Sécurité de la patrie (DHS) des États-Unis a délibérément renoncé à utiliser les aveux enregistrés de Luis Posada Carriles obtenus à Caracas en 1977 par le journaliste nord-américain Blake Fleetwood en présence d’Orlando Bosch.

Telle est la révélation entendue ce jeudi à Washington devant le Sous-comité des Organismes internationaux, des droits de l’homme et de la supervision du Congrès nord-américain, au cours d’une audience convoquée par le congressiste Bill Delahunt au sujet du terroriste international et agent de la CIA.

Fleetwood qui conserve depuis cette époque une copie gravée du témoignage, alors publié dans le revue New Times, avait déjà accepté de témoigner comme le lui demandait l’avocate Jo Ellen Ardingerr, chargée du dossier à cette époque.

«En 1977, j’ai interviewé deux des terroristes les plus dangereux du XXe siècle», a commencé Fleetwood, en racontant comment il avait eu accès, magnétophone à la main, à Posada et Bosch, à la prison vénézuélienne où ils étaient détenus depuis l’explosion de l’avion de Cubana survenue l’année précédente, entrainant la mort de tous ses occupants.

Les deux terroristes, surpris par son apparition soudaine et frustrés par leur situation, se sont mis à se vanter ouvertement de leurs crimes.

«LA CIA M’A ENGAGÉ POUR 300 DOLLARS PAR SEMAINE»

Selon Fleetwood, Posada lui a raconté textuellement: «La CIA m’a engagé pour 300 dollars par semaine plus les frais. La CIA m’a aidé à créer mon agence de détective d’où nous planifions des actions».

Le journaliste raconte que les deux prisonniers «ont parlé de l’assassinat de deux diplomates cubains en Argentine, de l’attentat contre l’ambassade du Mexique à Buenos Aires, de l’attentat contre les bureaux d’Air Panama à Bogota, les bureaux de Cubana à Panama et finalement de l’attentat qui a coûté la vie à 73 civils».

Posada et Bosch ont aussi confirmé que «tout» avait été planifié à la réunion de Bonao, en République dominicaine, où a été créé la CORU qui allait ensuite mener des attentats sur tout le continent.

Fleetwood a expliqué qu’en rentrant à son hôtel, le Anauco Hilton, il avait aussitôt appelé le procureur adjoint Eugene Propper, qui enquêtait alors sur l’assassinat de Orlando Letelier à Washington.

Propper l’a rappelé quelques minutes plus tard : «La CIA a tout raconté à la police secrète. Ils sont à tes trousses. Tu cours un grand danger». Le reporter a su plus tard que le président vénézuélien Carlos Andres Pérez avait donné personnellement l’ordre de le capturer à la DISIP.

«En septembre 2005, j’ai offert l’information, mes notes et les bandes magnétiques au DHS. J’ai été rejoint par Ho Ellen Ardinger, une procureure du DHS. Elle semblait toute excitée par mon information et a communiqué avec moi par téléphone et par courrier électronique», a rappelé Fleetwood.

Ardinger lui a dit que cette information était «exactement» ce dont elle avait besoin pour empêcher que Posada demeure en territoire nord-américain en démontrant qu’il était un terroriste.

«Elle m’a demandé si je voulais témoigner. Je lui ai dit oui».

Des mois plus tard, il apprend que se tient un procès migratoire à El Paso devant la juge Kathleen Cardone.

«J’ai attendu que le DHS entre en contact avec moi pour mes notes et mes bandes magnétiques… Il ne l’a jamais fait».

«LE CHEF A DIT: MINUTE… »

Pour sa part, la journaliste bien connue Ann Louise Bardach, auteure de l’interview du terroriste publiée par le New York Times en 1998, a révélé comment des agents du FBI qui ont enquêté au Guatemala sur des informations concernant les attentats de La Havane, l’ont informée que leur travail

avait été brusquement interrompu après avoir interrogé Antonio Alvarez, un homme d’affaires cubano-américain de Greenville, en Caroline du Sud, propriétaire de WRB Enterprises, une entreprise de Tampa ayant des filiales en Amérique centrale.

Alvarez avait observé deux de ses collaborateurs, amis de Posada, manipulant des explosifs et il avait alors alerté les autorités.

«Nous l’avons trouvé absolument crédible », a dit un agent du FBI à Bardach. «Nous nous sommes dit que ce serait une affaire facile: nous allions accuser et arrêter Posada. Mais nous avons un jour eu une réunion et le chef a dit : ‘ Minute! Certains disent ici que c’est un combattant de la liberté’. Cela nous fait un choc. Ils ont complètement refermé l’enquête sur Posada. Quand nous avons demandé la permission de placer Bosch sous écoute, ils ont refusé».

POSADA N’A JAMAIS EU BESOIN D’INTERPRÈTE

Plus tard, Bardach a aussi surpris l’audience en révélant comment Posada Carriles n’a jamais eu besoin réellement d’un interprète pour communiquer, en rappelant que le prétexte de la mauvaise interprétation avait justifié sa libération. Posada a appris l’anglais étant jeune, a-t-elle souligné.

«Il a fait office de traducteur durant l’Iran-Contra pour les militaires étasuniens. Je l’ai interviewé principalement en anglais comme l’avait fait Blake Fleetwood pour New Times en 1976 et Posada ne nous a jamais indiqué qu’il ne comprenait pas quoi que ce se soit », a déclaré Bardach.

«De fait, son avocat, Matthew Archambeault qui s’est chargé de son dossier, lui parlait en anglais».

La journaliste a rappelé comment le FBI de Miami, en août 2003, a mis fin à toute enquête sur Posada tandis qu’il se trouvait en prison pour terrorisme à Panama.

«La clôture du dossier a permis la destruction des preuves que des agents consciencieux du FBI avaient si méticuleusement rassemblées contre lui durant des années, y compris certains des messages originaux d’Union City à Posada», a-t-elle déclaré en précisant comment Judy Orihuela, la porte-parole du FBI de Miami lui avait affirmé que l’opération s’est faite dans le cadre d’un «nettoyage de routine» de la salle des exhibits appelée The Bulky.

Orijuela a confirmé qu’une telle opération devait être signée par l’Agent spécial qui exerçait les fonctions de chef du bureau de Miami, Héctor Pesquera, et devait recevoir le feu vert du bureau du procureur fédéral Marcos Jimenez.

Des sources du FBI ont plus tard révélé à Bardach que les documents détruits remplissaient cinq caisses.

La journaliste a signalé que cette situation s’est produite alors que les congressistes Ileana Ros Lehtinen et Lincoln Diaz Balart, sollicitaient la libération du terroriste en écrivant par deux fois à la présidente panaméenne MireyaMoscoso.

Parmi les témoins qui ont comparu se trouvait Peter Kornbluh, analyste principal des Archives de sécurité nationale de l’Université George Washington, qui a présenté au panel la masse énorme de documents déclassés concernant les liens de Posada avec des actes criminels.

Le chercheur a invité le congressiste Delahunt à consulter les quelque 700 documents secrets du FBI et de la CIA qui ont été présentés à la justice dans le dossier qui, s’ils n’ont pas été détruits depuis lors, démontrent aussi le caractère terroriste de Posada.

Avec la grâce accordée à Bosch le 17 juillet 1990, par le père de l’actuel président nord-américain qui a ignoré son Département de la justice, et la situation actuelle de Posada, les États-Unis «se trouvent aujourd’hui dans une position franchement inexplicable en ayant non pas un mais deux hommes identifiés par nos agences de renseignement comme responsable de la destruction d’un avion civil, circulant librement en Floride», a commenté Kornbluh.

«Au milieu d’une guerre contre le terrorisme, cela a des répercussions importantes pour les États-Unis», a-t-il affirmé.

Roseanne Nenninger, la soeur d’un jeune Guyanais mort dans le sabotage de l’avion de Cubana en 1976, a livré un émouvant témoignage, entrecoupé de sanglots, sur la tragédie dont sa famille a été la victime à cause du terroriste et agent de la CIA.

Le représentant Delahunt, en mettant fin à l’audience, a assuré qu’il considérait l’enquête comme «une priorité» et il a annoncé qu’il comptait recueillir les témoignages de Freddy Lugo et Hernan Ricardo, complices de Posada et Bosch dans le crime de la Barbade.

Le gouvernement du Venezuela sollicite l’extradition de Posada Carriles depuis déjà plus de deux ans tandis que le gouvernement nord-américain a multiplié les obstacles pour épargner le tortionnaire, assassin et terroriste, lié à la mafia de Miami et au clan Bush depuis des décennies.
 



Dimanche 18 Novembre 2007

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