RELIGIONS ET CROYANCES

Jérusalem/Unesco, ou la Déclaration Balfour version péplum


La résolution de l’UNESCO sur Jérusalem a provoqué une avalanche de réactions indignées. Mais que dit ce texte ? Conformément aux missions de l’agence onusienne, il entend garantir la protection du patrimoine culturel palestinien ; il déplore notamment qu’Israël « n’ait pas cessé les fouilles et travaux à Jérusalem-Est » et lui demande d’y mettre fin, comme le prescrit la loi internationale. Un rappel plutôt anodin, au fond, de cette obligation incombant à la puissance occupante : le statu quo territorial.


Bruno Guigue
Jeudi 19 Mai 2016

Mais rien n’y fait. Dans cette prose inoffensive, les sionistes voient une abomination. Pour Roger Cukierman, elle « insulte les juifs du monde ». A les croire, cette résolution d’inspiration islamiste nierait le caractère hébraïque du Mont du Temple. Elle aurait pour effet d'oblitérer la centralité de Jérusalem pour le judaïsme et d'effacer d’un trait de plume 3 000 ans d’histoire juive. On cherchera en vain de telles assertions dans le texte incriminé, mais qu'importe. Une fois de plus, Israël joue la victime d'une agression symbolique.

En s’élevant contre cette dénégation, fût-elle imaginaire, l’occupant sait bien qu’elle heurte la conscience occidentale. L’outrage infligé à la sacralité biblique lui permet alors de mobiliser le ban et l’arrière-ban. Sonnant le rappel des troupes, elle lui procure les dividendes d’une complicité dont l'exemple cocasse nous a été fourni par François Hollande et Manuel Valls qui, sans craindre le ridicule, finirent par déplorer que la France, dont ils sont paraît-il les dirigeants, ait voté cette résolution décidément suspecte.

Chacun le sait, la révérence craintive à l’égard du texte biblique est l’un des ressorts soigneusement encodés de l’appui occidental au sionisme. Comme le disait Theodor Herzl, « si la revendication d’un coin de terre est légitime, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs ». La judéité de la Palestine étant bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine va de soi. Percutant le droit international, le droit divin sanctuarise l’Etat d’Israël.

Aussi faut-il bien distinguer deux choses. Qu’il y ait un lien historique entre le judaïsme et Jérusalem est incontestable ; mais prendre le texte dans son acception littérale, ici comme ailleurs, est totalement absurde. Selon la Thora, la ville conquise par David s’incorpora à la geste hébraïque lorsque le roi en fit sa capitale. Son successeur Salomon la sanctifia à son tour en y construisant le temple qui devait matérialiser l’alliance. Pour la tradition juive, Jérusalem est l’écrin de la présence divine, et la destruction des deux temples n’altère en rien cette sacralité.

Mais cette narration a autant de rapport avec l’histoire du Proche-Orient que « l’Iliade » avec celle de la Grèce archaïque. Heureusement, les esprits sensés savent encore faire quelque différence entre le mythe et l'histoire. Comme disait Pierre Vidal-Naquet à propos des ruines de Troie, « ces lieux sacrés commémorent moins des faits avérés que les croyances qui en sont issues ». Or ces croyances, le roman national israélien exige précisément qu’on les fortifie à tout prix, qu'on les accrédite par des preuves matérielles. C’est pourquoi Israël s’est lancé, à Jérusalem, dans une quête obstinée des vestiges de sa grandeur passée.

A coup d'excavations frénétiques, la moindre breloque péniblement exhumée vaudra preuve intangible d’une gloire ancestrale:; chaque tesson de poterie attestera le rayonnement immémorial du royaume hébraïque. Il ne reste presque rien du temple, certes, mais on en exhibera les fragments épars, témoignages dignes de foi de sa magnificence passée ! En jetant cette poudre aux yeux des nations, Israël veut les persuader que le royaume de David et Salomon est un fait historique, et non une narration mythique. Fouillant avec ardeur le sous-sol de Jérusalem, l’occupant s’imagine que de faramineuses découvertes accréditeront ses prétentions territoriales. Faisant surgir de terre les vestiges d’une antique grandeur, il entend bien la faire renaître au présent.

Or cet acharnement à fouiller le sous-sol palestinien en sachant d'avance ce qu'on y cherche a toutes les apparences d'un aveu d'échec. Car depuis cinquante ans l’archéologie officielle n’a guère rempli le contrat. Au fur et à mesure des investigations, nombre de certitudes se sont effondrées comme des châteaux de cartes. Et on eut beau chercher la Jérusalem des temps bibliques, elle demeura introuvable. « Les fouilles entreprises à Jérusalem n’ont apporté aucune preuve de la grandeur de la cité à l’époque de David et de Salomon », affirmaient déjà deux éminents archéologues, Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, dans "La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l’archéologie", Bayard, 2002, p. 150.

« Quant aux édifices monumentaux attribués jadis à Salomon, poursuivaient les deux archéologues, les rapporter à d’autres rois paraît beaucoup plus raisonnable. Les implications d’un tel réexamen sont énormes. En effet, s’il n’y a pas eu de patriarches, ni d’Exode, ni de conquête de Canaan, ni de monarchie unifiée et prospère sous David et Salomon, devons-nous en conclure que l’Israël biblique tel que nous le décrivent les cinq livres de Moïse, les livres de Josué, des Juges et de Samuel, n’a jamais existé ? » Questions pour le moins dévastatrices !

La géopolitique du sacré chère aux pères fondateurs d'Israël voulait justifier la colonisation juive. A l’évidence, elle s’est perdue dans les sables mouvants. Mais en définitive, peu importe. A défaut d’être historique, la geste des rois d’Israël fournira toujours un merveilleux roman des origines, un morceau de bravoure picaresque, étonnante illustration de la parenté, au fond, entre roman national et littérature fantastique. Avec le récit trépidant des exploits hébraïques et une poignée de vieilles pierres en guise de témoins muets, les sionistes continueront de s’offrir à bon compte une version péplum de la Déclaration Balfour. Cela vaudra toujours mieux, à leurs yeux, qu’une résolution onusienne.


Jeudi 19 Mai 2016


Commentaires

1.Posté par Depositaire le 19/05/2016 11:34 | Alerter
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Ce qu'il y a d'intéressant dans le démontage de ce mythe c'est que de plus en plus, apparait de façon flagrante l'illégitimité d'israël.

Cette illégitimité prend de l'ampleur au niveau archéologique. Au niveau du droit international, le procès n'est plus à faire tellement cette illégitimité est flagrante, alors que reste t-il ?

Il reste encore le mythe de juif = sémite. L'ouvrage de Shlomo Sand "comment le peuple d'israël a été inventé" a très bien démontré à quel point c'était un mythe.

Mythe, car 90% des juifs ne sont pas et n'ont jamais été des "sémites" en encore moins les descendants des peuples juif de l'antiquité. Ces derniers, de toute évidence, comme le souligne le livre, sont les palestiniens. Convertis en premier à une grande majorité au Christianisme, (et pourquoi ne l'auraient-ils pas fait ? A ses débuts, au moins, le Christianisme apparaissait vraiment libérateur par rapport à un Judaïsme sclérosé et intolérant), puis, lors de l'apparition de l'Islam un grand nombre se sont convertis à cette religion qui apparaissait vraiment encore plus libératrice. Le Christianisme s'étant à son tour sclérosé avec son clergé.

Si on dit, comme le disent les sionistes, que ce sont des arabes, on répondra : "et alors" ? Les sionistes auraient-ils oubliés, pris au piège de leur propre mythe inventé de toutes pièces, que les "arabes" en question sont précisément les peuples autochtones de la région et sont précisément des peuples sémites, au contraire des juifs européens qui n'ont aucune attache avec cette région puisque issus des peuples turco-slaves et germaniques convertis au Judaïsme il y a quelques siècles et les juifs d'Afrique du nord sont descendants de peuples berbères convertis aussi au judaïsme il y a environ mille ans. Ce qui constitue 90% de la population israélienne actuelle.

Quant à l'histoire qui veut que les juifs de l'antiquité auraient été déportés en masse partout en Europe par les romains, précisément, Shlomo Sand dans son livre démontre que cela n'a pas pu être le cas. Et, encore une fois, la conversion au Judaïsme de l'ancien empire khazar qui s'étendait en Europe de l'est il y a quelques siècles est connue. De sorte qu'il est évident que les juifs européens en sont issus après sa dissolution. Ils ont émigré un peu partout en Europe de l'est et de l'ouest. Lors de la conquête du continent américain, bon nombre sont partis dans ce pays pour y faire fortune. Certains ont réussi, d'autres non, mais là aussi les juifs américains ne sont en aucune façon des sémites.

On comprend bien qu'il faut absolument que ce mythe ne soit pas remis en question, car si tel était le cas, ce serait une catastrophe pour israël. Toute la prétendue légitimité sur la Palestine s'écroulerait d'un coup et la hideuse raison apparaitrait au grand jour. Les grandes puissances aussi ont intérêt à maintenir ce mythe car sa diffusion en tant que tel montrerait au monde entier toute leur duplicité et leur complicité sur cette infamie, et leur lourde responsabilité dans le génocide de fait, même s'il est lent, du peuple palestinien.

2.Posté par Aldamir le 19/05/2016 11:47 | Alerter
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L’apparition de la religion judaïque dans la région du Moyen-Orient remonte à 1200 ans avant la Christianisme , suivi 600 ans après par l’Islam. Les peuples sémites arabes disséminés dans cette région se sont convertis successivement à ces trois religion . Et la Palestine qui regroupait plusieurs tribus dont les Philistins, en a été le principal berceau . Tous les écrits l’affirment et l’attestent y compris dans les textes sacrés. De sorte que la Palestine authentiquement sémite n’appartient point à une religion et a gardé toujours ses racines avant l’avènement des religions jusqu’à nos jours malgré toutes les invasions et tous les passages de peuples , qu’elle a connues à travers l’Histoire de l’humanité. De sorte qu’évoquer un droit quelconque ou la moindre légitimité à une religion devient une escroquerie et une arnaque monumentales faite à l’intelligence des hommes et de leur histoire.
Il est fort à craindre d’assister à une falsification délibérée de l’histoire par la destruction des preuves matérielles notamment archéologiques pour la travestir en une nouvelle théorie se basant sur des preuves préfabriquées et que l’on pourrait présenter et certifier comme authentiques. Les anciens nous ont transmis tous leurs savoirs et la réalité des faits après les avoir vérifiés auprès de 5 sources différentes les unes des autres, et qui ont permis de réduire au silence toute contestation.

3.Posté par Karim le 27/05/2016 21:16 | Alerter
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Les grandes civilisations n'ont pas besoin de creuser le sous sol pour prouver leur existence, car elles ont laissé des vestiges apparents. Chose que n'ont pas fait les Juifs. Alors, malgré la richesse, il se trouvent complexés face aux Nations. Ce prestige ne s'achète pas. Alors, on creuse et on creuse dans l'espoir de trouver quelque vestige qui prouverait leur appartenance à cette terre. Faute de preuve, les sionistes continueront à faire vivre les Juifs dans le rêve.
Celui dont la vie est basée sur la tromperie et l'escroquerie, n'a qu'une chose dans l'esprit, la fuite. Alors, il ne peut pas dépenser son argent et son énergie pour construire de grands ouvrages.

4.Posté par briba le 28/03/2017 18:59 | Alerter
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il est vrai que le sionisme veut prouver au monde son appartenance a la Palestine. Toutefois aucun vestige du temple ne sera trouvé. Ce fantasme sera poursuivi inutilement car l'envoyé de Dieu Jésus (QLSSSL) fils de MARIE avait prévu sa destruction en raison de la perversion et l'usure pratiquée par les gardiens du lieu sacré.

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