Néolibéralisme et conséquences

Je suis tombée en décroissance mais… pas lui, pas elle, pas eux…



Mercredi 26 Juin 2013

Je suis tombée en décroissance mais… pas lui, pas elle, pas eux…
Petei Sapiri, dans sa lettre du 21 septembre 2012, nous a dit : « je suis tombée en décroissance… ».(1)
Oui, mais ?
[JE] suis tombée en décroissance…
[JE] suis tombé en décroissance…
L’évidence est là, je suis tombée en décroissance SEUL-E , ….pas elle, pas lui, pas eux….
Lui, elle, eux, ce sont ceux qui partagent ma vie. Compagne, compagnon, enfants, amis, collègues, voisins,  tous ces intimes, tous ces très proches, qui n’ont pas suivi le même chemin.
Nous étions en promenades, insouciants, nous avancions ensemble sur les chemins de la vie, et je me suis retrouvée seule. Sont-ils restés en arrière, bloqués au pied d’un col, arrêtés dans un virage, ont-ils pris un autre chemin, ou au contraire ont-ils été entraînés par le TGV du système ?
Je ne sais pas, mais pour ma part, de petites racines, la germination de graines anciennes oubliées, la rencontre de petits plantules pleins de promesses… et je me suis arrêtée pour les observer. Tel un appel, surgie du passé, une force puissante m’a saisie. L’ « évidence » dont parle Petei Sapiri m’est apparue. Voilà, c’est par là qu’il faut aller. Je leur ai raconté, je leur ai montré, je leur ai donné des exemples, j’ai voulu les emmener avec moi, j’ai changé ma (notre) façon de vivre…une mère de famille peut faire cela. Certains préalables essentiels me sont apparus, évidents, que j’ai mis en œuvre.
Mais…ma décroissance leur est apparue déviante, hors norme, solitaire, irréalisable, invivable, utopiste, leur affection et leur indulgence l’a fait paraître au mieux bizarre, comme peut l’être une expérience de vie. Ils n’ont pas compris, n’ont pas voulu m’accompagner, ont refusé de lire, de s’informer avec moi, Ils m’ont prédit que – petite escargote solitaire -, ma coquille bien trop fragile allait se briser et que je risquais de me détruire, la force et la puissance étant de l’autre côté, pas du mien.
Solitaire, fragile, je le reste. Mes rêves et mes réflexions sont radicalisées pour longtemps. Clivage, incompréhension, manque de souplesse, repli sur soi, désabusement voire dépression sont là et me guettent.
« Ne pas faire  sécession » nous dit Catherine Thumann (La Décroissance n° 91) . Pourquoi ? Mais alors, que faut-il faire ?
Des rencontres, des réunions avec leur partage, leur convivialité, les retrouvailles avec cette autre famille, cette deuxième famille devenue si importante, sont comme des retours à la vie, des remontées à la surface après de longs temps d’apnées.
Mon évidence, notre évidence n’est pas la leur. « Démarche active, réflexive » après un mal-être, couper certains liens car il n’y a plus de partage et qu’aucun partage n’est plus possible, malgré une certaine bienveillance. Une différence existe entre l’escargot et l’escargote, quand même. On dit d’elle qu’elle n’a pas le choix, qu’elle subit un héritage patriarcal ancestral, et on dit de lui qu’il n’a pas su lui montrer, qu’il l’a brimée, harcelée. Les non-choix de nos proches de suivre notre chemin sont ressentis comme autant de coups portés à notre réalité, celle que nous avons compris.
Une consommation effrénée, une haie coupée pour un chantier ; un énième achat de gadget électronique ; un épandage de désherbant ; une crémation répétée de poubelles dans le jardin ; une critique acerbe de l’Autre, celui qui « profite » :  près de chez nous et  un forage de gaz ; une construction de rond-point ; une destruction de zone humide pour un centre commercial, un peu plus loin de chez nous sont des  coups portés à nos idéaux, ceux que nous pensons devoir suivre et ceux que nous pensons nécessaire à la survie de notre réalité d’habitants de la Terre et au BIEN-VIVRE de tous.
Mais tomber en décroissance, c’est une autre vie, l’ancienne n’ayant plus sa place, mais où pourtant les êtres ont encore gardés leur place, figés dans une image illusoire du bonheur obligatoire dans notre société de consommation. HEUREUX car ils ont tout ce qu’il faut avoir…
Un regret exprimé « j’aurais aimé avoir le courage de vivre comme je le voulais, et pas vivre ce qu’on attendait de moi » (regrets de fin de vie-étude du Guardian(2)). Des résurgences d’énergie créatrice d’espaces de « fabrication d’autres possibles » , des racines émergentes nous permettent d’avancer, mêmes s’il-elle-eux sont des liens solides qui telles des algues nous retiennent au fond. L’autre « Ailleurs », celui des « quartiers qui changent d’odeur et » où  « l’air est meilleur » (W.Sheller (3)) nous attendent, ici ou ailleurs…
L’autre « Ailleurs » celui que nous avons trouvé ne doit pas entraîner de regrets, ne doit pas nous obliger à nous renier, à nous perdre. Il doit nous donner le courage de dire, le courage de faire, le courage d’avancer..le courage de vivre un autre bonheur.
« Les vraies récoltes se cueilleront en différé parce que nous ne savons pas aujourd’hui combien de graines d’espoir ont été semées …Prenez soin de vous, de vos envies, rêves et désirs. Ce sont eux qui font à travers votre propre bonheur, le bonheur du monde, à votre échelle et à l’échelle planétaire …» (therese Delfel)
Avec ou sans elle, sans lui, sans eux….
Noëlmh, le 21.06.2013
(1) http://www.partipourladecroissance.net/?p=7705 
(2) http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2012/feb/01/top-five-regrets-of-the-dying 
(3) Ailleurs William SHELLER -Mercury-Universal-1989
 
Je suis tombée en décroissance… comme certains tombent amoureux…

21 septembre 2012
 
Je suis tombée en décroissance comme certains tombent amoureux, comme une espèce d’évidence. Du jour au lendemain, plus aucun compromis ne devient envisageable…. On a beau être écologiste convaincue depuis toujours, tomber en décroissance c’est ouvrir les yeux, d’un coup, d’un seul, sur les contradictions de nos choix de vie personnelle, professionnelle, associative… La transition qui s’amorce dès lors, plus ou moins difficilement, douloureusement, reste passionnante et enrichissante. Ce qui est sûr, c’est que l’on ne sait pas ce qu’il restera à la fin.
Tomber en décroissance, c’est vivre un deuil progressif, voire soudain, d’un imaginaire sociétal dans lequel nous nous étions construits, avions projeté notre avenir… et faire face rapidement à un sentiment d’impuissance abyssal qui nous pousse à aller à la rencontre de ceux qui sont déjà en chemin, de manière boulimique parfois (paradoxalement !), comme pour combler ce vide « conceptuel » brutal…
Tomber en décroissance, c’est accepter que nos rêves et notre réflexion se radicalisent… un temps, ou longtemps. Parfois nos positions se ferment de manière obstinée à tout ce qui composait l’ « avant », sans aucune indulgence vis-à-vis des autres, mais surtout de nous mêmes… Cette forme de radicalisation apporte son lot de clivage et d’incompréhension vis-à-vis de nos proches, sceptiques, et crée un sentiment de manque de souplesse… réel, un temps, ou longtemps… Les risques de repli sur soi, sur un collectif unique peuvent être grands… et pourtant…
Tomber en décroissance c’est avant tout essayer de ne pas reproduire les modèles individualistes et égoïstes que la société capitaliste nous propose. C’est inventer d’autres archétypes. Il s’agit, à mon sens, d’une démarche profondément intime et humaniste… en proposant des rapports ardemment respectueux et soucieux de l’autre, sans se désolidariser de nos contemporains en reniant notre appartenance à un corps social, ou en alimentant des comportements sécessionnistes, voire haineux. Devenir radicale en défendant des idées telles que celles portées par la Décroissance, c’est avant tout s’occuper des autres, en leur donnant toute leur importance, tellement celles-ci sont empreintes de partage, de solidarité, convivialité…
Partant de là, comment ne pas adopter une position radicalement écologique tant d’un point de vue environnemental que social. Comment respecter profondément l’humain si nous sommes partisans d’une exploitation infinie des ressources de la planète, qui pollue, rend malade, tue, détruit l’héritage des générations futures, et altère profondément les liens sociaux. Les terres agricoles et ceux qui les travaillent disparaissent à un rythme effréné. L’équivalent d’un département s’évanouit tous les 7 à 10 ans, recouvert  de bitume et de ciment ! Sur les terres arables restantes, on cultive à grands coups de pesticides au nom du sacro-saint rendement. Comment être favorable au nucléaire civil et militaire, à l’exploitation du gaz de schiste, au maintien de l’armement, à la détérioration des services publics, à l’irrespect des droits fondamentaux ?
Tomber en décroissance est autant une démarche active que réflexive. Les mots, les réflexions ne seraient rien sans les expérimentations concrètes de transition, individuelles ou collectives…
Tomber en décroissance c’est accepter également que cette transition prenne du temps, et admettre que l’on puisse tomber, un peu, voire un peu plus bas que ce que l’on pensait… et s’apercevoir que l’on n’est pas seul.
… alors, que faire ?
Créer des espaces de « fabrication » de possibles, de vies, d’autonomies, de réappropriations, d’inventions, de réinventions, de gratuités, d’échanges, de créations, de relocalisations… Écrire pour rendre visibles nos analyses et nos diagnostics. Ré-investir la cité en inventant d’ authentiques espaces politiques et citoyens. Renouer avec notre vie de quartier, notre identité locale, régionale… Ré-enraciner notre vie et notre consommation à notre territoire, se reconnecter à la terre, ici, chez nous…, offrir des espaces de convivialité et d’échange où ensemble, dans nos diversités,  nous élargissons le champ des possibles et proposons de nouveaux paradigmes pour la société de demain.
Certains parlent d’utopie… Mais l’utopie n’est-elle pas l’irréalisé, et non l’irréalisable, comme le suggérait Théodore Monod ?
Petei Sapiri, le 21.09.2012
 
 
contact@ml.partipourladecroissance.net
http://www.partipourladecroissance.net/


Mercredi 26 Juin 2013


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