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Israël veut “donner une leçon” au monde entier sans en avoir les moyens


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Samedi 22 Septembre 2018 - 01:10 Algérie l’Impérialisme à l’algérienne


La réaction tragi-comique du gouvernement israélien après le vote de la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l’ONU a commencé à soulever des interrogations quelque peu angoissées en Israël même, où certains commentateurs moins exaltés que la moyenne nationale se disent qu’elle revient à se tirer une balle dans le pied.


Luc Delval
Jeudi 29 Décembre 2016

Le gouvernement et les principaux diplomates israéliens en pleine séance de réflexion sur les représailles à infliger au monde entier…
Le gouvernement et les principaux diplomates israéliens en pleine séance de réflexion sur les représailles à infliger au monde entier…
Ainsi, le Consul général d’Israël à New York, Dani Dayan, a-t-il suggéré que désormais Israël ne donne plus accès à son savoir-faire technologique qu’aux pays qui lui apportent leur soutien diplomatique. Dani Dayan qui a été dans le passé président du “Conseil Yesha des colonies”, a envoyé un tweet assez délirant :

L’époque est terminée durant laquelle des pays pouvaient profiter du savoir-faire israélien dans les hautes technologies, la sécurité, etc…, du prestige d’une visite en Israël, et d’une participation aux affaires du Moyen-Orient sans rien donner en échange au plan diplomatique.

Le poste de consul général d’Israël à New York – qui est la ville où vit la deuxième plus importante communauté juive du monde, et probablement la plus riche – n’est pas un poste subalterne dans le dispositif diplomatique israélien. Il est donc étrange qu’il paraisse ignorer que les pays qui “profitent du savoir-faire israélien dans les hautes technologies, la sécurité, etc…” assurent pour cela à son pays de confortables revenus en devises.

Étant donné que le soutien diplomatique sur lequel Israël peut compter dans le monde est à peu près nul – ils viennent de découvrir que même le soutien des États-Unis ne leur est pas forcément garanti jusqu’au jugement dernier – si la nouvelle vision de Dani Dayan devait être traduite dans les faits l’économie israélienne s’écroulerait aussitôt. L’Union européenne absorbe 29% des exportations israéliennes, l’Asie 25%, les États-Unis 24%.

Autrement dit, la politique que préconisent d’aucuns dans les sphères du pouvoir israélien reviendrait à faire exactement ce que les militant de la campagne BDS s’échinent à faire depuis des années [1], à savoir exercer sur le gouvernement israélien une pression économique jusqu’à ce qu’il se conforme au droit international et respecte les droits des Palestiniens.

Si les dirigeants israéliens veulent désormais poser le débat en ces termes, on ne peut que s’en féliciter. Les dégâts pour l’économie israélienne, et singulièrement pour son industrie guerrière, dépasseraient sans doute tout ce dont les militants de BDS ont jamais rêvé.

Il ne faut cependant pas se réjouir trop vite. Une bonne partie de l’industrie israélienne des hautes technologies repose sur des entreprises dont une part importante du capital est entre des mains étrangères, en majorité étatsuniennes (notamment des fonds de pensions). On voit mal comment le gouvernement ultra-libéral de Benjamin Netanyahou pourrait les convaincre ou les contraindre à assister sans réagir au sabordage de leurs investissements pour lui permettre de se calmer les nerfs.

Il y a des années qu’Israël cherche à compenser les effets de la défiance croissante des Européens à l’égard d’Israël en intensifiant les relations avec la Chine. Il a vivement encouragé ses ministres à se rendre à Pékin chaque fois que possible. Et voilà soudain qu’après le vote de la résolution 2334 il leur interdit de s’y rendre encore. De même d’ailleurs qu’en France (que Lieberman se charge d’insulter tant et plus) ou en Grande-Bretagne.

Là encore, les réactions hystériques du gouvernement israélien ne peuvent, si elles ont des prolongements dans le temps, que ruiner des années d’efforts pour “renforcer les relations commerciales”.

On verra jusqu’où cela ira, mais Netanyahou obéit à un vieux réflexes des dirigeants israéliens, qui consiste à toujours faire en sorte qu’Israël apparaisse en situation de victime.

Comme l’explique excellemment le cinéaste israélien Eyal Sivan, co-auteur du livre “Un boycott légitime – Pour le BDS universitaire et culturel de l’État d’Israël” [2],

«cette expression existe dans le langage courant en hébreu : “on tire et on pleure”. On tire, et après on pleure. On participe à un massacre, comme Sabra et Chatila, et après, X années après, on dit “ça c’est pas bien, ce qu’on a fait”. […] Mais l’autre, c’est-à-dire le Palestinien, n’existe pas. Celui qui souffre c’est toujours l’Israélien. L’Israélien est toujours dans la position de victime. Quand il est victime, il est victime. Et quand il victimise, il est victime de l’autre, qui l’oblige à le victimiser. C’est Golda Meïr [3], notre premier ministre qui a dit que les Palestiniens n’existent pas, elle a dit aussi “nous ne pardonnerons jamais aux Arabes nous obliger à les tuer et de transformer nos enfants en assassins”. La culture généralisée du “on tire et on pleure” fait des Israéliens “des gens biens” quoi qu’il arrive.» [4]

Reste à savoir si ces “gens bien” peuvent éternellement faire la leçon au monde entier, perchés sur des monceaux de cadavres.


[1] quoique les actions organisées dans le cadre de la campagne BDS aient aussi d’autres objectifs, comme de favoriser la prise de conscience du public des pays occidentaux face à un phénomène colonial anachronique auquel leurs gouvernements s’obstinent à apporter leur soutien
[2] aux Editions La Fabrique – ISBN 9782358720878 – 10 €
[3] Golda Meir, née à Kiev le 3 mai 1898 et morte à Jérusalem le 8 décembre 1978, a participé à la création de l’État d’Israël, a été ministre des Affaires étrangères, ainsi que le quatrième Premier ministre d’Israël du 17 mars 1969 au 11 avril 1974.
[4] extrait d’un entretien avec Laura Raim pour la revue en ligne “Hors Série”, intitulé “La culture, vitrine stratégique d’Israël”A force de vouloir infliger une leçon à la terre entière et de couper plus ou moins durablement les ponts avec tous ceux qui lui ont fait l’affront de rappeler quelques évidences en votant la résolution 2334, le gouvernement israélien pourrait causer un tort considérable à sa propre économie et à son statut international.


Jeudi 29 Décembre 2016


Commentaires

1.Posté par Trik le 29/12/2016 10:53 | Alerter
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Son savoir-faire technologique se résume aussi à la vente d'organes prélevés sur des enfants torturés puis assassinés.
Qui en veut ?

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