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Interview : Gilles Ratier s’exprime à propos de sa biographie de Jean-Michel Charlier


Gilles Ratier a écrit une biographie de Jean-Michel Charlier captivante de la première à la dernière page : « Jean-Michel Charlier raconte ». Il a accepté de répondre à quelques questions à propos de ce travail monumental, à la mesure du géant des scénaristes de la bande dessinée francophone.


Frank BRUNNER
Mercredi 31 Décembre 2014

Interview : Gilles Ratier s’exprime à propos de sa biographie de Jean-Michel Charlier
Question :

-"Comment vous est venue l’idée d’écrire une biographie de Jean-Michel Charlier ?"

Gilles Ratier :

-"J’ai toujours été passionné par les bandes dessinées de Jean-Michel Charlier. « Fort Navajo », le tome 1 de la série « Blueberry », a même été le premier album de bande dessinée que j’ai découvert enfant. Je devais avoir à peine 10 ans et j’ai été complètement bouleversé par sa lecture.

Ensuite, au début des années 1980, alors que je commençais à écrire divers articles à droite et à gauche pour la presse quotidienne régionale et pour des revues spécialisées, j’ai sympathisé avec François Defaye qui n’était pas encore directeur artistique du célèbre festival de la bande dessinée de la ville d’Angoulême où il résidait. Il connaissait ma passion pour Jean-Michel Charlier dont j’avais, entre-temps, découvert les autres travaux : notamment « Barbe-Rouge » que je considère comme l’une de ses meilleures séries avec « Blueberry », « Tanguy et Laverdure », « La Patrouille des Castors », « Marc Dacier », « Jacques Le Gall », « Guy Lebleu », « Les Gringos » ou encore « Buck Danny » -même si ce dernier avait un peu moins mes faveurs, car je ne suis pas un grand amateur d’aviation ou d’histoires militaires.
Contacté par le Centre national de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême -l’ancêtre de la Cité de l’image d’Angoulême-, François Defaye m’a alors embarqué dans la réalisation du documentaire vidéo « Un Réacteur sous la plume » : un portrait de Jean-Michel Charlier (1 et 2).

J’allais donc conduire les interviews de ce documentaire et passer trois jours formidables en compagnie de Jean-Michel Charlier, dans son appartement de Saint-Cloud, aux éditions Dargaud, au Bourget, et dans l’atelier de montage de ses documentaires pour la télévision. J’ai ensuite remis en forme cette série d’entrevues pour le n° 44 de « Hop ! » : un spécial Jean-Michel Charlier publié en 1988.

Je pense que c’est à ce moment-là que l’idée d’écrire une biographie de Jean-Michel Charlier vient me titiller, puisque j’en parle même au principal concerné, lorsque je le rencontre à nouveau pendant le festival d’Angoulême. Il me répond alors gentiment que ce n’est pas à l’ordre du jour et qu’il a encore beaucoup trop de choses à faire avant qu’on puisse lui consacrer une biographie. Il faut dire qu’à l’époque, le genre de livre que je voulais déjà faire -très proche de ce que j’ai enfin réalisé avec « Jean-Michel Charlier vous raconte… »- n’existait pas vraiment, même sur d’autres auteurs de bandes dessinées. Le célèbre scénariste pensait certainement que je voulais écrire une biographie grand public, plus « littéraire » ; et pour cela, il avait à sa disposition plein d’amis de talent qui auraient certainement mieux fait l’affaire que moi. Je n’étais alors qu’un amateur passionné, mais qui ne maîtrisait guère l’art de l’écriture. J’espère avoir fait quelques progrès depuis (rires)…"

-"Quelles sont les difficultés que vous avez dû surmonter pour réaliser ce travail ?"

-"J’avais à ma disposition, de nombreuses heures d’interviews que j’avais préparées pour le documentaire vidéo « Un Réacteur sous la plume », et dont seulement une partie (importante, toutefois) avait été dévoilée dans le n° 44 de Hop ! spécial Jean-Michel Charlier ou dans mon ouvrage sur les scénaristes « Avant la case » (3).

Mais il restait pas mal d’ombres bibliographiques qu’il a fallu combler avec d’autres interviews audiovisuelles peu connues que j’ai fini par dénicher ; avec quelques extraits d’autres entrevues que j’avais emmagasinées depuis des années au cours de mes recherches sur son œuvre gigantesque ; et avec les découvertes faites par Philippe Charlier dans la cave où son père entreposait ses archives.
J’ai opté pour une traditionnelle chronologie, afin que le lecteur comprenne bien le cheminement de l’homme Charlier et ne se perde pas dans sa foisonnante production. Il a donc fallu ordonner tout ça, tout en réalisant des focus sur les grandes séries. Ce fut la principale difficulté que j’ai eu à surmonter.

En plus d’une véritable volonté de laisser la parole à l’homme lui-même, je voulais montrer un maximum de documents : planches, tapuscrits et nombreux inédits ou documents peu connus. Retrouver tout ça en bon état, avec des références précises, n’a pas non plus été une mince affaire, loin de là..."

-"Dans votre biographie, à propos des débuts de Jean-Michel Charlier, vous racontez qu’à l’époque les auteurs de bandes dessinées étaient payés l’équivalent d’un euro par planche, à se partager éventuellement entre le dessinateur et le scénariste. Même à l’époque, il devait s’agir d’un salaire de misère. En vous lisant, cela m’a paru incroyable. Confirmez-vous ?"

-"Évidemment, il faut replacer ça dans le contexte de l’époque. Je me suis basé sur les diverses déclarations de Charlier à ce propos, où il donnait des chiffres en francs belges : peut-être exagérait-il un peu. C’était un peu une habitude chez lui (rires). Il était souvent dans le grandiloquent. Mais ce n’est pas impossible…"

-"Ultérieurement, quand Jean-Michel Charlier travaillait pour l’hebdomadaire « Pilote », une fiche de paie mentionne que le tarif par planche avait grimpé à 150 francs français pour le scénariste et le dessinateur, c’est-à-dire 300 francs par planche. Comment cette évolution a-t-elle eu lieu et quel est le tarif actuellement ?"

-"Il s’est passé des années entre les débuts de Charlier chez Georges Troisfontaines et cette rémunération pour « Pilote » correspondait à environ 45 euros. Entre-temps, Charlier et ses complices Goscinny et Uderzo avaient travaillé à l’amélioration des conditions des auteurs de bandes dessinées, créant même le premier syndicat en ce domaine. D’autres, comme Marijac ou Maurice Tillieux, ont aussi changé la donne en se positionnant sur les mêmes voies. Aujourd’hui, je ne connais pas vraiment le salaire moyen pour les auteurs de bandes dessinées -d’autant plus que cela dépend de leur notoriété ou du travail demandé-, mais c’est certainement plus que 45 euros par planche, à se partager en deux !"

-"Avez-vous prévu d’écrire d’autres biographies de scénaristes ou de dessinateurs de bandes dessinées ?"

"Cette biographie m’a demandé des années de travail et une énergie peu commune. Je ne suis pas prêt à remettre le couvert tout de suite. Je me contente, pour le moment, de petits fascicules biographiques réalisés pour les éditions belges BD Must, lesquelles accompagnent leurs rééditions de grands classiques du journal « Tintin » : sur Bob de Moor (pour les « Barelli » et « Monsieur Tric »), sur François Craenhals (pour les « Pom et Teddy »), sur Liliane et Fred Funcken (pour les « Chevalier blanc ») et Raymond Reding (pour les « Jari »). En plus, j’ai toujours beaucoup de travail en tant que rédacteur en chef du site Bdzoom.com et en tant que secrétaire général de l’Association des critiques et journalistes de bande dessinée, postes auxquels il faut rajouter celui de bibliothécaire à la bibliothèque francophone multimédia de Limoges. J’ai aussi une vie de famille à préserver et de moins en moins de temps devant moi. J’ai quand même maintenant 56 ans ! Il faut que je me ménage…

Toutefois, tant que je le pourrai, je continuerai d’entretenir la flamme du souvenir de Jean-Michel Charlier, comme je le fais actuellement au détour de nombreux articles sur le site Bdzoom.com ; mais aussi par l’écriture de conséquents dossiers contenus dans les intégrales de « La Patrouille des Castors » aux éditions Dupuis, « Tanguy et Laverdure » et « Barbe-Rouge » chez Dargaud ou « Thierry le chevalier », « Guy Lebleu », « Simba Lee », « Michel Brazier » et bien d’autres dans la nouvelle collection Jean-Michel Charlier présente que les éditions Fordis viennent de lancer avec la confiance et le soutien du fils du célèbre scénariste, Philippe Charlier.

Propos recueillis par Frank BRUNNER

Notes :

(1) Produit par le Centre national de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême, le Centre d’action culturel Les Plateaux d’Angoulême, le quotidien La Charente libre et les éditions Novedi, en 1987. Une version remaniée passera même sur la chaîne de télévision La 7, en 1989.

(2) Jean-Michel Charlier, un réacteur sous la plume (1988) https://www.youtube.com/watch?v=C2W78362RQE

(3) Paru aux éditions PLG en 2002 (réédition revue et complétée chez Sangam, en 2005).


Mercredi 31 Décembre 2014


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