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Il était une fois l’Occident


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Jakob Augstein
Jeudi 18 Août 2011

Il était une fois l’Occident
Le destin américain est un avertissement: Nous devons protéger notre culture politique, nos institutions, notre Etat

Il fut un temps où le mot «Occident» avait une signification. Il contenait des buts et des valeurs, la dignité de la démocratie et la justice envers la tyrannie et l’arbitraire. Mais ça, c’est le passé. L’Occident n’existe plus. Celui qui veut évoquer l’Europe et les Etats-Unis dans un même souffle, devrait en avoir le souffle coupé. Après tout ce que nous entendons par ce terme, l’Amérique n’est plus un pays occidental.
C’est un système de gouvernement qui est fermement tenu par les élites, un militarisme agressif envahissant, qui a provoqué au cours des dix dernières années deux guerres coûteuses, et une société profondément divisée socialement et politiquement, qui s’éloigne par son aveuglement idéologique de plus en plus de l’idée fondamentale de la démocratie: le compromis.
L’Amérique a changé. Elle s’est éloignée de l’Occident.
L’écroulement social de ce pays riche donne le vertige. Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz vient d’en faire la description: Le 1% le plus riche des Américains possède un bon quart du revenu total – il y a 25 ans, la proportion était de 12%. Il possède 40% de la fortune totale – il y a 25 ans, cette proportion était de 33%. Stiglitz affirme que dans un grand nombre des pays du tiers monde, les différences de revenus entre pauvres et riches auraient diminué. Aux Etats-Unis, elles ont augmenté.
L’économiste Paul Krugmann, prix Nobel lui aussi, a écrit que la voie de l’Amérique menait vers un «état de république bananière». Le cynisme social et l’indifférence de la société envers le tiers monde sont devenus le signe distinctif de l’Amérique. Cela accélère la dégradation de la société. Car plus l’inégalité grandit, moins les riches voudront participer à l’intérêt général. Quand une société comme Apple avec ses 76 milliards de dollars dispose de plus de réserves que le gouvernement de Washington, on ne comprend pas, en tant qu’Européen, l’opposition des républicains aux hausses d’impôts, comme quelque chose d’autodestructeur. 
Il en va de même pour la culture politique altérée de l’Amérique qui mérite de moins en moins le nom d’Etats-Unis à juste titre. Dans le débat politique américain, on retrouve quotidiennement un sentiment qu’on ne connaît plus en Allemagne depuis la fin du débat concernant la politique de l’Est de Brandt: la haine. En même temps l’aveuglement ravit la place à la raison. La baisse des impôts devient un culte et l’éloignement de l’Etat une idéologie. Il y a longtemps que dans cette nouvelle guerre civile américaine, le respect de la plus haute charge de l’Etat a été sacrifié. Le fait que Barack Obama soit le premier président noir du pays, a probablement joué un rôle dans ce domaine. 
Il n’y a pas de planche de salut en vue. En Amérique, on ne peut plus miser sur la politique. La dépendance des députés et des sénateurs des dons des riches est trop grande. Il n’y aura pas non plus de prise révolutionnaire d’une bastille quelconque. La rage est grande dans le peuple, mais les élites ont depuis longtemps réussi de la contrôler et de la canaliser. Les frères David et Charles Koch, des industriels milliardaires, étaient les parrains de la fondation du Tea Party Mouvement, et leur porte-voix est la chaîne de télévision Fox News de Rupert Murdoch, spécialisée dans le dénigrement.
Vu de l’Europe, tout ceci fait une impression très étrange: une culture politique différente de la nôtre. D’autres règles, d’autres critères. Nous observons de plus en plus l’Amérique avec le net sentiment d’être différents.
Le destin américain est un avertissement: nous devons protéger notre culture politique, nos institutions, notre Etat. Le succès de Thilo Sarrazin a démontré que l’Allemagne n’est pas non plus à l’abri de la froideur culturelle, dans laquelle les fonctions vitales du système finissent par se figer. Et notre société aussi a déjà bien avancé sur la voie de l’inégalité et de la dédémocratisation.
Le destin des Etats-Unis est aussi une chance: dans la mesure où l’Amérique s’éloigne de nous, nous devrons apprendre à penser en tant qu’Européens. L’Occident, c’est nous.     •

Source: Spiegel Online du 4/8/11.
(Traduction Horizons et débats)

Joseph Stiglitz à propos des Etats-Unis: «Maintenant, nous pratiquons l’inégalité au niveau mondial.»

Longtemps, les Etats-Unis ont été fiers d’être une société juste dans laquelle chacun avait les mêmes chance de s’élever dans la société, mais les statistiques montrent autre chose: Un citoyen pauvre et même un citoyen appartenant à la classe moyenne a moins de chances de parvenir au sommet de la société que dans beaucoup de pays d’Europe. Il est défavorisé dès le départ. C’est ce sentiment d’un système injuste n’offrant aucune perspective qui a provoqué l’embrasement du Proche-Orient: La hausse du prix des denrées alimentaires et un chômage des jeunes croissant n’ont été que l’étincelle. Le fait que le chômage des jeunes aux Etats-Unis se situe aux alentours de 20% (et à certains endroits, il est deux fois plus élevé dans certains groupes socio-démographiques); le fait qu’un Américain sur six qui voudrait avoir un emploi à temps plein n’en trouve pas, le fait qu’un Américain sur sept reçoive des coupons alimentaires (et que la même proportion à peu près souffre d’«insécurité alimentaire»), tout cela indique assez que quelque chose a bloqué l’extension vers le bas de la prospérité réservée au 1% supérieur». […]
Le 1% supérieur des Américains accapare aujourd’hui un quart de la totalité des revenus annuels du pays. Si l’on considère la richesse plutôt que les revenus, on constate que ce 1% supérieur en contrôle 40%. Et sa situation s’est considérablement améliorée. Il y a 25 ans, 12% de la population contrôlaient 33% de la richesse. […]
Si l’on considère simplement la masse de richesses que le 1% supérieur contrôle dans ce pays, on est tenté de penser que cet accroissement des inégalités est un acquis purement américain. Au début, nous étions à l’arrière du peloton
mais maintenant nous pratiquons l’inégalité au niveau mondial et il semble bien que nous allons encore développer cet acquis pendant des années car ce qu’il a rendu possible s’automaintient. […]
Argent et politique correspondent parfaitement: Presque tous les sénateurs et la plupart des députés à la Chambre des représentants font partie du 1% supérieur au moment où ils entrent en fonctions et leur argent les y maintient. Ils savent que s’ils favorisent ce 1%, celui-ci les en récompensera quand ils quitteront leurs fonctions. D’une manière générale, les décideurs politiques les plus importants en matière de commerce et d’économie appartiennent à cette classe. […]
Au plan des inégalités de revenus, les Etats-Unis se situent derrière tous les pays de la vieille Europe que George W. Bush tournait en dérision, la jugeant sclérosée. Nos pendants les plus proches sont la Russie avec ses oligarques et l’Iran. Alors que beaucoup des anciens foyers d’inégalités d’Amérique latine, par exemple le Brésil, se sont efforcés ces dernières années avec un certain succès à lutter contre la pauvreté et à réduire les différences de revenus, les Etats-Unis ont laissé se creuser les inégalités. […]
Au XIXe siècle, les économistes essay­aient de justifier les inégalités qui leur paraissaient si inquiétantes, or elles étaient bien moins marquées qu’aujourd’hui. […]
Les inégalités aux Etats-Unis défigurent notre société de toutes les manières imaginables. […]
Ces dernières semaines, nous avons vu des milliers de personnes descendre dans les rues pour protester contre la situation politique, économique et sociale qui règne dans les sociétés répressives où elles vivent. […]
Observant la passion exprimée par certains peuples dans les rues, nous devons nous poser la question de savoir quand cela se produira aux Etats-Unis. A bien des égards, l’Amérique ressemble à ces pays lointains en crise.
Source: Vanity Fair, www.vanityfair.com/society/features/2011/05/top-one-percent-201105?printable=true #ixzz1ULlbBu4b
(Traduction Horizons et débats)



Jeudi 18 Août 2011


Commentaires

1.Posté par JOJO le 18/08/2011 18:04 | Alerter
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Les USA sont mortes en 1913 quand la FED est devenu une banque privée .

2.Posté par roland le 19/08/2011 15:20 | Alerter
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Les grands empires financiers, les fameux "groupes" comme on les appelle maintenant, sont les nouveaux féodaux (tant combattus en son temps par Louis IX ou Richelieu) qui remplacent les anciens, et tout aussi oppressifs, néfastes et destructeurs de l'interêt national (et en plus ils agissent au niveau de la planète maintenant c'est eux qui sont mus par l'hubris démente d'être les maîtres de tout l'univers). Et n'est-ce pas tout un symbole de voir le lieu d'un ancien palais des tsars saloppé par l'installation d'un immense parc de chateaux forts (oui ! gardés par une floppées de gorilles privés) commerciaux du groupe, devenu mondial, Auchan ( ® saw ââmen !) :

3.Posté par CLOVIS SIMARD le 13/09/2011 12:28 | Alerter
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