Histoire et repères

I- Déficience de l'information et démission banale en Occident


1 - DÉFICIENCE DE L'INFORMATION, MÉCONNAISSANCE D’ORDRE RELIGIEUX et DÉMISSION BANALE EN OCCIDENT

Depuis 1922, date où la Société des Nations confia à la Grande-Bretagne un mandat sur la Palestine à la suite de la défaite des empires centraux et de l’éviction de la Turquie en tant que puissance dominante, depuis 1947 surtout, date à laquelle l’ONU décida de scinder le pays pour y créer deux États, l’un juif, l’autre arabe, il ne s'est guère passé de jour sans que les journaux ne nous apportent une information relative à cette région du Proche-Orient où s’affrontent de façon ininterrompue et plus ou moins violente deux communautés : les Juifs d’une part, les non-Juifs d’autre part, ces derniers étant avant tout des Arabes musulmans.


Mercredi 1 Mars 2006

Les informations n'ont donc pas manqué sur ce sujet. Pourtant, une fraction notable des Occidentaux, notamment dans l’élite intellectuelle et politique, est comme indifférente au drame quotidien qui se joue en Palestine. Un phénomène banal d’accoutumance et de lassitude en est sûrement une raison notable, mais plusieurs éléments sont venus néanmoins y contribuer de manière décisive.



Le premier élément favorable au développement de l’idéologie sioniste et de sa méconnaissance par le grand nombre est sans doute représenté par un phénomène passif : le trop plein ou l'excès de mémoire dont parle Paul Ricœur dans un récent ouvrage (La Mémoire, l'Histoire, l'Oubli) et qu’il dénonce d’une manière générale... Après le cataclysme de 1939-1945, bien plus encore qu’après la guerre de 1914-1918, les études des historiens ne pouvaient qu’être monumentales, fort nombreuses et prolongées. À ces études sont venues s’ajouter logiquement les multiples commentaires et interprétations des politiques et puis, bien sûr, les interventions diverses des polémistes et des partisans : une « montagne » de mémoire en est résultée que les médias de notre époque, notamment la télévision, nous livrent chaque jour. Indépendamment des perspectives et des intentions diverses qui sous-tendent cette information constante et multiforme, la place forcément éminente qu’occupe le génocide des Juifs par les nazis, et partant l’émotion suscitée, ont manifestement joué de façon exceptionnelle en faveur de l’entreprise sioniste, d'abord en faisant négliger la très importante littérature juive formellement opposée à son projet territorial et en supprimant toute réflexion prospective quant aux risques pour l'avenir d'un État spécifiquement « juif », ensuite en voilant la réalité de son présent sur le terrain.



À côté de ce premier phénomène, on peut affirmer d’autre part que l’information relative au Proche-Orient en provenant majoritairement d'une source, israélienne en la circonstance, a été gravement déformée, que l'interprétation des événements a été terriblement partiale et injuste pendant de nombreuses années. « La mémoire sioniste a régné aux dépens de celle des Palestiniens » a écrit l’historien israélien Ilan Pappe de l’université de Haïfa, tandis que le Général de Gaulle pouvait déclarer dans les années 60 : « qu’il existait en France un puissant lobby pro-israélien exerçant notamment son influence dans les milieux d’information. Cette affirmation, à l’époque, fit scandale. Elle contient pourtant une part de vérité qui est toujours d’actualité » (P. Alexandre "Le préjugé pro-israélien", Le Parisien libéré du 29 février 1988).



Il semble bien, en effet, que la méconnaissance des données du problème représente la principale cause de cette indifférence de l’opinion publique occidentale qui n’a manifestement pas pris la mesure de la gravité potentielle des « événements » qu'on lui rapporte chaque jour depuis tant d’années.

Il est d’ailleurs remarquable de constater que - à côté de la multiplicité des informations rapportées en la matière - les commentaires et les jugements que l'on peut voir dans la presse française émanant de journalistes ou d'hommes de lettres sont fort rares. Il est patent aussi que beaucoup de commentateurs non-Juifs apparaissent souvent comme mal à l'aise dans leur rédaction... Quant aux Juifs, religieux ou non, leur situation souvent ambiguë face à Israël, la mauvaise conscience que nombre d'entre eux ont de ne pas y vivre, de ne pas avoir fait leur «aliya » malgré les multiples et pressantes invitations reçues[5], les rend souvent terriblement aveugles et silencieux. Lévinas, après avoir considéré que la création de l’État d’Israël était bien tardive et salué cet événement d’un : « Enfin arrive l'heure du chef-d'œuvre », expliquait ainsi : « Je m'interdis de parler d'Israël, ne courant pas cette noble aventure et ce risque quotidien » tandis qu'Élie Wiesel a pu écrire : « Je ne critique jamais Israël hors d'Israël, c'est le prix que j'accepte de payer pour ne pas y vivre […] la solidarité ne nous permet pas de juger la politique extérieure d’Israël »… Et, a-t-on jamais entendu, par exemple, un rabbin français ou une organisation d'obédience juive dénoncer la torture utilisée en Israël et, fait unique au monde, légalisée jusqu’à une date récente ?



Enfin, il faut bien voir que le judaïsme comme les autres traditions religieuses, entreprises humaines par excellence, contient des éléments potentiellement pervers qu’il s’agit de reconnaître. Le fameux « Qui n’est pas avec moi est contre moi » évangélique n'est-il pas à la base de tous les totalitarismes après avoir entraîné le christianisme dans de folles aventures ?



Bref, il est clair que nombre d’observateurs, ou bien n'ont pas intégré, à propos du sionisme, de nombreuses données d’ordre historique ou religieux, ou bien ne se sont pas comportés en hommes libres, à l'instar d'hommes éminents comme J. P. Sartre quand il écrit : « Je ne peux pas soutenir la politique de l'État d'Israël, mais je ne peux pas non plus m'élever contre elle car alors je me retrouverais dans le camp détestable des antisémites ».

Je dois reconnaître que j’éprouve quelque aversion pour de telles paroles, en même temps qu’incompréhension pour leur auteur : un philosophe écouté qui, subjugué par le Verbe d’un lobby paranoïaque, n’a pas su prendre parti.

Il reste que Jean d'Ormesson, dans un article du Figaro paru il y a quelques années, se demandait avec pertinence, et non sans courage, si la création de l'État d'Israël n’avait pas été une erreur. À cette interrogation, ma réponse personnelle - qui semblait bien être aussi celle de l’auteur - est « oui » sans hésitation. Une mémoire manipulée jointe à une absence de liberté des hommes politiques et, d'une manière générale, des hommes ayant quelque influence sur l'opinion publique, a manifestement contribué au développement de l'idéologie sioniste qui s'est épanouie avec la création de l'État d'Israël et ne cesse d'étendre chaque jour - face à une communauté internationale sidérée - ses méfaits dans les populations juives et non-juives de la Palestine.

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Samedi 1 Avril 2006


Commentaires

1.Posté par Amipal le 25/06/2007 10:36 | Alerter
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C'st éminemment pertinent.

On peut compléter son info, si ce n'est fait, en visionnant sur le site d'Arte-Histoire l'interview du Franco-Israélien Sylvain Cypel , avant de lire son livre "Les emmurés. La société israélienne dans l'impase" (seconde édition) t

2.Posté par Gilles COUTURIER le 25/06/2007 12:38 | Alerter
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_le Général de Gaulle pouvait déclarer dans les années 60 : « qu'il existait en France un puissant lobby pro-israélien exerçant notamment son influence dans les milieux d'information_
Le Général De Gaulle, quand il parlait de l'ONU, disait: "Le Machin"

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