Economie et pouvoir financier

HSBC : une banque au lourd passé et au présent sulfureux


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Série : Les banques et la doctrine « trop grandes pour être condamnées » (Partie 4


Eric Toussaint
Lundi 21 Avril 2014

HSBC : une banque au lourd passé et au présent sulfureux
Le sigle HSBC signifie “Hong Kong and Shanghai Banking Corporation”. Rappelons que le groupe mondial HSBC emploie 260 000 personnes en 2014, est présent dans 75 pays et déclare 54 millions de clients |1 |. Dès ses origines, la banque est mêlée au commerce international de drogues dures. En effet, elle a été fondée dans le sillage de la victoire britannique contre la Chine dans les deux guerres de l’opium (1839-1842 et 1856-1860). Ces deux guerres ont joué un rôle décisif dans le renforcement de l’empire britannique et dans la marginalisation de la Chine qui a duré environ un siècle et demi. Au cours de ces deux guerres, le Royaume-Uni a réussi à imposer à la Chine d’accepter les exportations britanniques d’opium en provenance de l’Inde (qui faisait partie de l’empire britannique). La Chine a bien tenté de s’opposer au commerce de l’opium mais les armes britanniques, avec le soutien de Washington, ont eu le dessus. Londres a créé une colonie à Hong Kong et, en 1865, est fondée la Hong Kong and Shanghai Banking Corporation par un commerçant écossais spécialisé dans l’importation d’opium (à l’époque, 70 % du fret maritime qui passait par Hong Kong concerne l’opium venu des Indes). Depuis ce moment, l’histoire de la banque a suivi étroitement la politique extérieure du Royaume-Uni et les intérêts du grand patronat britannique en Asie. Après 1949 et la victoire de la Chine de Mao, la banque se replie sur Hong Kong, resté territoire britannique. Ensuite, entre 1980 et 1997, elle développe ses activités aux États-Unis et en Europe. Elle ne déplace son siège social de Hong Kong à Londres qu’en 1993, avant la rétrocession du territoire à la République populaire de Chine annoncée pour 1997. HSBC reste incontournable à Hong Kong dont elle émet 70 % des billets de banques (le dollar de Hong Kong). Hong Kong constitue un élément clé dans la chaîne du blanchiment d’argent accumulé par la nouvelle classe dirigeante chinoise.
HSBC impliquée dans d’autres crimes financiers
En plus du blanchiment d’argent de la drogue et du terrorisme |2 |, HSBC est impliquée dans d’autres affaires : la manipulation du marché des taux de change (l’affaire a éclaté en 2013 et porte sur un marché quotidien de 5 300 milliards de dollars) |3 |, la manipulation des taux d’intérêt interbancaire (dont le Libor) |4 |, la vente abusive et frauduleuse de dérivés sur les taux d’intérêt, la vente abusive et frauduleuse de produits d’assurances aux particuliers et aux PME au Royaume-Uni (la FSA, l’autorité de contrôle britannique, a poursuivi HSBC dans cette affaire qui a révélé que la banque a vendu des assurances ne servant à rien ou si peu ! |5 |), la vente abusive de Mortgage Backed Securities aux Etats-Unis, la manipulation du cours de l’or et du cours de l’argent (l’affaire a éclaté en janvier-février 2014 |6 |) et l’organisation à une échelle massive de l’évasion fiscale des grosses fortunes (voir ci-dessous).
Hervé Falciani, le Edgar Snowden d’HSBC ?
Hervé Falciani, un citoyen franco-italien, a travaillé aux services informatiques de HSBC Suisse à Genève de 2006 à 2008. Avant de quitter la banque, il a copié 127 000 fichiers qui relient HSBC à des opérations massives de fraude et d’évasion fiscale dans laquelle elle joue un rôle souvent actif. Il s’installe en France. La Suisse décide de l’arrêter et lance un mandat d’arrêt international via Interpol pour « soustraction de données », « violation du secret bancaire et du secret commercial » et « présomption de service de renseignements économiques ». Il faut souligner que la Suisse n’a pas attaqué HSBC.
Début 2009, le domicile niçois de Falciani fait l’objet d’une perquisition effectuée par la police locale. Les infos qu’il détient sont explosives : parmi les 127 000 fichiers se trouvent des exilés fiscaux français (8 231 selon Falciani), belges (plus de 800), espagnols (plus de 600 noms), grecs (la fameuse liste dite Lagarde car la ministre française l’a remise aux autorités grecques en 2010, elle contient environ 2 000 noms), allemands, italiens, mexicains, états-uniens... Hervé Falciani remet tout ou une partie des informations qu’il détient aux autorités françaises et à celles d’autres pays.
Ensuite, selon ses dires, il collabore avec les autorités de Washington auxquelles il livre des informations qui font avancer l’affaire du blanchiment par HSBC de l’argent des cartels de la drogue du Mexique et de Colombie. Puis il se rend en Espagne en 2012 afin de collaborer avec les autorités espagnoles. Il y est d’abord arrêté en application du mandat d’arrêt lancé par la Suisse. La Suisse insiste pour que l’Espagne lui livre Hervé Falciani, ce que l’Espagne refuse en mai 2013 car la justice espagnole considère qu’il est un témoin privilégié dans plusieurs grandes affaires de fraude et d’évasion fiscale |7 |. En effet, la communication aux autorités espagnoles des données dérobées par H. Falciani avait permis dès 2011 de découvrir une grande quantité d’argent (environ 2 milliards €) déposée en Suisse par des membres de la famille d’Emilio Botin, le président de Santander. Celui-ci, acculé, a versé aux autorités espagnoles 200 millions € d’amende. Les données livrées par H. Falciani ont également débouché sur le scandale du financement frauduleux du Parti Populaire, le parti du premier ministre Mariano Rajoy |8 |. La justice espagnole fournit une protection policière permanente à Hervé Falciani. Les autorités belges et françaises rencontrent H. Falciani et utilisent les données fournies, instruisent des dossiers. Il n’est pas du tout certain que cela débouchera sur des condamnations pour fraude car il est plus que probable que des arrangements financiers (en Belgique, cela s’appelle des régularisations fiscales) permettront aux fraudeurs d’y échapper.
Il faut souligner que, dans cette affaire, non seulement la Suisse cherche à arrêter le lanceur d’alerte, c’est le cas également en Grèce où la justice a arrêté l’éditeur de la revue « Hot Doc », Kostas Vaxevanis, parce qu’il avait osé publier en octobre 2012 la liste Lagarde-HSBC-Falciani que les autorités grecques avaient égarée depuis trois ans3. Suite aux réactions citoyennes en Grèce et sur le plan international, le journaliste a finalement été acquitté lors de son procès. Il n’est pas facile de dénoncer une banque et les riches fraudeurs qu’elle protège ou, ce qui revient à peu près au même, de dénoncer les riches fraudeurs qui protègent les banques et leur sacro-saint secret bancaire. Il y a bien une véritable symbiose entre les grandes banques et la classe dominante, comme existent des passerelles permanentes entre les gouvernants et les grandes entreprises, en particulier celles de la finance.
HSBC a décidé de contourner une directive de l’Union européenne
En 2013, l’Union européenne a annoncé qu’elle fixait une limite aux bonus que pouvaient recevoir les dirigeants et les traders d’une banque. Le bonus ne peut pas être supérieur au double de la rémunération salariale fixe. Si un dirigeant a une rémunération fixe de 1,5 million d’euros par an, les bonus ne pourront pas dépasser 3 millions d’euros (donc une rémunération totale de 4,5 millions). Qu’à cela ne tienne, la direction d’HSBC a annoncé en février 2014 qu’elle allait fortement augmenter la rémunération fixe de ces dirigeants afin que leur bonus ne soit pas réduit |9 |.
Conclusion
Le groupe mondial HSBC devrait être fermé, la direction licenciée sans indemnités et poursuivie en justice (de même que les grands actionnaires). Le mastodonte HSBC devrait être divisé sous contrôle citoyen en une série de banques publiques de taille moyenne dont les missions devraient être strictement définies et exercées dans le cadre d’un statut de service public.
 

Notes

|1 | Voir son site officiel : http://www.hsbc.com/about-hsbc
|2 | Voir Eric Toussaint, « Les barons de la banque et de la drogue », publié le 14 avril 2014, http://cadtm.org/Les-barons-de-la-b...
|3 | Voir Eric Toussaint, « Comment les grandes banques manipulent le marché des devises », publié par Le Monde.fr le 13.03.2014 http://cadtm.org/Comment-les-grande...
|4 | Voir la partie 5 de cette série qui paraîtra le lundi 28 avril 2014.
|5 | Le Monde, “Cernée par les scandales, HSBC ternit un peu plus la réputation de la City”, 1er août 2012.
|6 | Financial Times, “Fears over gold price rigging put investors on alert. German and UK regulators investigate”, 24 février 2014.
|7 | Le Soir, « Vol de fichiers bancaires chez HSBC : le récapitulatif », 8 mai 2013, http://www.lesoir.be/239380/article...
|8 | Le Monde, "Evasion fiscale : le parquet espagnol s’oppose à l’extradition de Falciani, ex-employé de HSBC", 16 avril 2013 http://www.lemonde.fr/europe/articl... The New York Times, "A Banker’s Secret Wealth", 20 septembre 2011, http://www.nytimes.com/2011/09/21/b... "The French government passed on to Spain data that it had obtained from Hervé Falciani, a former employee in HSBC’s Swiss subsidiary, naming almost 600 Spanish holders of secret bank accounts. Among those was one belonging to the estate of Mr. Botín’s father." http://www.nytimes.com/2011/09/21/b...
|9 | Financial Times, “HSBC plans to sidestep EU Bonus cap revealed”, 25 février 2014.
Éric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, préside le CADTM Belgique et est membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Prochain livre : Bancocratie, Aden, 1er semestre 2014

http://cadtm.org/HSBC-une-banque-au-lourd-passe-et


Lundi 21 Avril 2014


Commentaires

1.Posté par tom le 24/04/2014 04:30 | Alerter
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j'imagine que par Edgar Snowden on veut dire Edward...

2.Posté par RAPHANEL le 25/04/2014 12:23 | Alerter
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Un article paru sur mes problémes avec HSBC qui a pratiqué pour sa défense par la production de faux, de rectification de document en sa faveur et par de fausse déclaration et aveu judiciaire. L'auergnat de Paris m'a donné l'autorisation de ma servir de cet article et il peut être repris.

2014
Yvan Raphanel, installateur de cuisine et inoxier.

L’homme qui résiste aux banques.

Source L’Auvergnat de Paris du 10 avril 2014.

Cet Auvergnat, natif de Riom, dans le Puy-de-Dôme, a longtemps dirigé Frega, une société d’installation de grandes cuisines qu’il a lui-même créée, en 1973. Mais pendant 20 ans, il a du ferrailler en justice pour défendre et sauver son entreprise, enserrée dans un étau bancaire. Son histoire ressemble à celle de beaucoup de petits entrepreneurs, broyés en pleine santé, par l’aveuglement du système financier.

Depuis près de vingt ans, Yvan Raphanel a entamé un bras de fer avec les banques. Son histoire en dit long sur la dépendance au crédit des PME. Après avoir été poussé avec son entreprise Frega au bord du gouffre, cet Auvergnat s’est rebellé contre ces organismes financiers tentaculaires qui broient nombre de petits entrepreneurs. Il a refusé la fatalité de cet engrenage et pied à pied, il a obtenu gain de cause en justice. La bataille n’est pas tout à fait terminée, mais après la bagatelle de 125 décisions de justice, il a déjà obtenu l’essentiel : la sauvegarde de sa société et de ses biens personnels.
Ceux qui le connaissent bien ne s’étonnent pas de sa farouche résistance. Ce natif de Riom a le caractère bien trempé et son entêtement n’a rien à envier à celui des Bretons. Pour évoquer son obstination, il cite la phrase que Florence Cassez a prononcée à la sortie de sa prison mexicaine : « J’ai résisté parce que je savais que j’avais raison. »
Cet installateur de cuisine est une figure en région parisienne. Son père travaillait déjà dans le secteur de la restauration comme représentant en porcelaine. Yvan a d’abord suivi cette voie. Mais ce négoce traditionnel ne convenait guère à ce dynamique vendeur. Sa petite amie de l’époque qui est devenue depuis lors son épouse, est la fille d’un commercial ,Denis Fluchaire de l’équipe Hobart .La filiale française de l’équipementier américain est alors en plein développement et apporte alors à la restauration des solutions nouvelles. En 1967, grâce à l’appui de son beau-père Yvan Raphanel est accueilli dans la dream team commerciale et prend la responsabilité d’un secteur dans l’ouest de la France. Deux ans plus tard, il intègre la région parisienne où ses dons de vendeur font merveille. Fin 1972, il obtient le titre de meilleur vendeur de la société. Cette récompense l’a tellement stimulé que quelques mois plus tard, il quitte Hobart pour se mettre à son compte en créant une petite société d’installation basée sur le service après vente qu’il pratique lui même. En ce début des années 1970, le SAV des équipementiers est souvent défaillant. Il faut parfois patienter 6 mois pour un dépannage.

Les belles années de la grande cuisine

En créant Frega, il est la fois installateur et dépanneur et revend entre autre le matériel de son ancien employeur avec lequel il est resté en bons termes. « Les équipements de l’époque étant électro-mécaniques, il était facile des les dépanner, raconte-t-il. Je me suis attaché une clientèle grâce a ces dépannages rapides et gratuits pour la main d’œuvre. Le bénéfice résultant de ce service était la prise de commande de matériel neuf sans concurrence. »
Très vite, il va s’attacher la clientèle de restaurateurs parisiens pour qui la notion de confiance dans le SAV est primordiale et en 1975, sa société prend un nouvel essor. Il est été mis en relation avec Claude Terrail, propriétaire de la Tour d’Argent, qui consulte des sociétés pour réaménager les cuisines de son restaurant. Yvan Raphanel et sa petite société font figure d’outsider face aux grands installateurs parisiens. Mais le jeune entrepreneur met toute son énergie sur le marché et s’allie à cette occasion au fabricant de fourneaux Rorgue. C’est finalement lui qui va être choisi. Lors d’un rendez-vous, Claude Terrail lui confie : « J’ai un problème, mon chef est pour Bergerand, mon architecte est pour Labesse et moi je suis pour vous, comme c’est moi qui paie , je vous confie l’installation de ma cuisine. »
Grâce à ce marché, à 31 ans, Yvan Raphanel entre dans la cour des installateurs qui comptent dans la capitale. La presse commence à parler de lui et, en cuisine, le bouche à oreille fonctionne mieux que le téléphone. Yvan Raphanel va enchainer en réalisant une partie du Congrés Porte Maillot pour Gérard Joulie, l’Européen sous la direction du décorateur Slavik. Puis c’est au tour d’Henri Faugeron, (2* étoiles Michelin à l’époque) de lui confier l’installation de sa cuisine, rue de Longchamp. Le chef deviendra par la suite un de ses grands amis.
Il va enchaîner en équipant l’élite de la cuisine parisienne des années quatre vingt : Gérard Vié, Gérard Besson, l’hôtel Plaza Athénée, l’hôtel George V, Le Ritz où officie Guy Legay originaire du Puy de Dôme.
Durant ces belles années de la grande cuisine, Frega grandit. Yvan Raphanel reconnaît qu’il gagnait bien sa vie à l’époque. Ce passionné de cyclisme et coureur amateur, a même pu participer au financement de l’équipe cycliste Eurotel durant une saison. Si l’équipe n’a pas brillé comme il l’espérait, elle a tout de même obtenu une victoire d’étape dans le tour de la Sarthe et il a eu la satisfaction de voir le leader, Franck Morelle, rejoindre par la suite la formation de la FDJ.

Le problème financier passager

Mais en ce début des années quatre vingt dix, les problèmes guettent Frega. Le marché se resserre doucement et surtout, Yvan Raphanel a crée un atelier d’inoxier dans ses locaux de Nanterre afin de pouvoir personnaliser ses installations.
L’investissement requis était important et malheureusement, à ce moment précis, fin 1993, une banque, la BPC, lui a supprimé une autorisation de crédit de 120.000 €. La banque Hervet, banque d’Etat devient alors sa banque principale. Mais celle-ci traversait elle aussi des difficultés et affichait une perte de 1, 2 milliard de francs en 1993. Elle fait la sourde oreille aux demandes d’aide de l’entrepreneur, momentanément dans l’ornière. La banque ne veut pas accorder les 100 000 € de crédit nécessaires à Frega pour surmonter son endettement passager, du a ses marchés saisonniers. Au contraire, elle prélève des taux usuraires sur le découvert de la société de 1986 à 1994 en l’entrainant ainsi surement vers un gouffre financier sans même en informer son client. « La banque a préparé sa défense avec un nombre de pièces modifiées très nombreuses, explique Yvan Raphanel. Le directeur de l’agence avait conclu que la société Fréga, à terme, devait déposer son bilan. Aussi, il m’a fait signer le 11 août 1994 une nouvelle caution de 137 204 € et une autre de la même valeur à mon épouse le 19 août 1994, avant de clôturer mon compte le 24 août 1994. » L’installateur se souvient très bien de cette date qui coïncidait avec celle de son 50e anniversaire. Sa société, pourtant viable est en passe d’être liquidée et sa maison saisie.
Mais, après une courte période d’abattement total, Yvan Raphanel relève la tête et attaque sa banque en justice. Son entourage, sa femme, ses filles et son fils,son personnel et ses clients bien qu’au courant des difficultés,la banque de France en lui redonnant une bonne cotation au vu des marchés traités de grande qualité ainsi que des efforts consentis et la BTP Banque qui connaissant bien le fonctionnement des situations de travaux qui demandent pour leur traitement un délai lui accorda sa confiance, le soutient alors totalement. La famille serre les rangs et quelques amis comme Henri Faugeron sont aussi là pour l’épauler. Avec des trésors d’ingéniosité et de pugnacité, il va ainsi maintenir à flot sa société. Il se diversifie vers des chantiers de cuisine collective et grâce à sa souplesse d’indépendant, il obtient plusieurs gros contrats : Althom, l’Oréal, AGF, Malakoff Médéric, la mairie de Boulogne , les conseils généraux des Hauts-de-Seine et des Yvelines, la ville de Paris , l’université Descartes, la Préfecture des Hauts de Seine.

Il est présent sur tous les fronts. Il travaille quatorze heures par jours et, le soir venu, une autre journée commence. Devant son bureau, il relit inlassablement les manuels et les décisions de justice afin de préparer lui-même sa défense. Il s’est forgé au fil des années une connaissance des arcanes du droit qui laisse pantois les avocats. Lorsqu’il butte sur un problème, il s’adresse aux plus grands spécialistes. Il a ainsi noué des amitiés avec quelques uns des plus hauts magistrats de l’Etat qui, émus par le désarroi de cet entrepreneur, lui ont prodigué de précieux conseils, sans toutefois intervenir dans les procédures comme il semble que cela soit le cas à la lecture de l’actualité politique actuellement.

Le bout du tunnel.

Son combat judiciaire finit par attirer l’attention. Le 23 août 2001, le quotidien Libération (R.Lecadre) titrait « Le cuistot et le banquier à la cour de Versailles ». L’article dénonce les manquements de la justice trompés par les faux produits par la banque. Beaucoup d’autres articles suivront.(La Tribune , Entreprendre et Le revenu)
« Les cautions produites par la banque n’avaient même pas le nom du bénéficiaire et malgré cela, elle a pu prendre une hypothèque sur notre seul bien, notre maison », rappelle Yvan Raphanel. C’est d’ailleurs au motif qu’une caution sans bénéficiaire n’a pas de valeur, que la banque Hervet avait été condamnée par la Cour de Cassation. Malgré cela, la banque HSBC France (qui a absorbé la banque Hervet) refuse toujours d’exécuter sa condamnation contenue dans l’arrêt du 22 2 2001, à savoir le remboursement des intérêts perçus illicitement de 1986 à 1994. »
Depuis une dizaine d’années, Yvan Raphanel et sa famille voient la lumière croître au bout du tunnel. Mais ce patron conçoit toutefois une légitime amertume : « 20 ans pour reconnaître si un compte fonctionnait en ligne débitrice ou créditrice voilà l’équation que la justice, trompée par une banque, n’a pu résoudre à ce jour malgré les attestations de la banque de France affirmant que le compte fonctionnait en ligne débitrice ; ce qui a gâché la vie familiale et professionnelle. »
Aujourd’hui, à 69 ans, Yvan Raphanel a pris du recul. Il a confié son savoir à son fils qui en a réorienté l’activité vers des cuisines pour particuliers. Avant de céder les rênes il a toutefois réalisé des chantiers de cuisine prestigieux : Celui des Deux Magots, ceux des Japonais Hiroyuki Hiramatsu et Kei Kobayashi, mais aussi celui de Christophe Pelé qui a surpris son monde en décrochant 2* Michelin à la Bigarade en deux ans.
Il a désormais du temps à consacrer à ses enfants et petits enfants et peut, l’été venu, aller assister à quelques étapes du tour de France. Il garde de précieux contacts dans ce milieu et a ainsi été récemment coopté au bureau de l’Amicale du cyclisme dont le président est Jean Marie LEBLANC l’ancien directeur du Tour de France. Mais il reste toujours dans la course, lorsqu’il s’agit d’aller effectuer un parcours de reconnaissance à vélo, mais aussi sur le plan professionnel. Il continue de développer des missions de conseil dans la restauration commerciale. Il s’est ainsi forgé ces dernières années une réputation de pompier des cuisines. C’est lui qu’on appelle lorsqu’un chantier part à la dérive ou qu’une installation neuve s’avère inapte au fonctionnement. Avec Yvan Raphanel, il y a toujours une solution !
Jean-Michel Déhais
Source L’Auvergnat de Paris du 10 avril 2014.

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