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Guerre en Syrie : les attentats récents à Damas ne sont que le début


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Alors que les négociations et les options militaires deviennent moins attrayantes, les groupes rebelles semblent se rabattre sur des attentats terroristes de grande envergure


Mona Alami
Vendredi 24 Mars 2017

Dans le contexte du boycott des pourparlers d’Astana par l’opposition syrienne armée et de l’échec des discussions de Genève, une vague de violence ciblant les zones contrôlées par le régime annonce une nouvelle phase du conflit syrien.

L’attentat à la bombe et les quatre attentats-suicides qui ont visé Damas et Homs au cours du dernier mois sont des signes que l’hégémonie du régime d’Assad sur un pays divisé sera marquée par un nombre croissant d’événements terroristes plutôt que par une stabilité retrouvée.

Tout a commencé en janvier avec un double attentat-suicide qui a visé le quartier sensible de Kafr Soussa à Damas, tuant 11 personnes dont 8 soldats.

Moins d’un mois plus tard, le 25 février, une série d’attentats-suicides a touché des installations militaires dans la ville de Homs contrôlée par le gouvernement, dans l’ouest du pays, tuant 32 personnes, dont le général syrien Hassan Daaboul, un allié proche du président Bachar al-Assad. Le brigadier Ibrahim Darwich, chef du département de la sécurité de l’État, a également été blessé lors de l’attaque. Les violences ont coïncidé avec la deuxième journée de rencontres organisées à Genève.

Deux semaines plus tard, le 11 mars, environ 74 personnes – dont 43 pèlerins chiites irakiens – ont été tuées dans un double attentat-suicide au cimetière de Bab al-Saghir, dans le quartier de Bab Mousalla, à Damas. Le quartier abrite plusieurs sanctuaires chiites, dont le mausolée de Sayeda Zeinab, qui est l’un des sites de pèlerinage chiites les plus visités en Syrie.

Le 15 mars, un attentat-suicide a déclenché une explosion au palais de justice de Damas, pour un bilan d’au moins 31 morts et 60 blessés. Le kamikaze du palais de justice a déclenché un engin explosif alors que la police le fouillait. Quelques heures plus tard, une deuxième explosion a touché un restaurant dans le quartier al-Rabweh, blessant 20 personnes.

Lundi, une grosse explosion, probablement provoquée par une voiture piégée, a été suivie d’une incursion importante de rebelles dans l’est de Damas, deux jours avant la tenue en Suisse d’une nouvelle série de pourparlers de paix soutenus par l’ONU.

À l’exception de l’explosion de lundi et de l’attentat à la bombe du 15 mars, les attentats ont été revendiqués par Hayat Tahrir al-Sham, une coalition de forces dirigée par d’anciens membres à tendance salafiste d’Ahrar al-Sham qui ont récemment fait défection, ainsi que par le Front Fatah al-Sham, une ancienne filiale d’al-Qaïda.

L’utilité du terrorisme

Ces attentats soulignent deux tendances importantes. Premièrement, les groupes rebelles, Hayat Tahrir al-Sham en tête, semblent se rabattre sur des attentats terroristes de grande envergure alors que les autres options militaires et de négociation deviennent moins attrayantes.

Alors que la guerre en Syrie a été marquée par des attentats-suicides, perpétrés pour la plupart par le groupe État islamique et le Front al-Nosra, les attaques de guérilla et les attentats terroristes dans le territoire contrôlé par le gouvernement pourraient désormais devenir le plan d’action privilégié pour l’opposition en général suite à des revers militaires majeurs.

Le terrorisme en tant qu’outil politique est généralement abandonné dans trois cas : quand son objectif a été atteint, quand son utilité diminue ou quand de nouvelles alternatives préférables sont disponibles, a expliqué Martha Crenshaw, spécialiste du terrorisme et directrice de recherche au Freeman Spogli Institute et au Center for International Security and Cooperation de l’Université de Stanford.

Aucun de ces cas ne s’applique à la réalité actuelle de la Syrie, où l’échec du dialogue entraîne une recrudescence de la violence. Les tactiques rebelles, qui, jusqu’à l’an dernier, se composaient pour la plupart de guérilla et de guerre conventionnelle, s’acheminent désormais vers des attentats à la bombe, dans la mesure où la marge de manœuvre de l’opposition est de plus en plus limitée.

L’utilité du terrorisme sera perçue comme plus importante dans les rangs de l’opposition affaiblie et divisée, qui lutte contre un régime suffisamment fort pour gagner sur les principaux théâtres militaires mais trop faible pour imposer une quelconque paix durable.

Négocier ou terroriser ?

La deuxième tendance est la domination d’Hayat Tahrir al-Sham sur la scène du terrorisme. L’opposition armée syrienne et plus précisément ses principaux éléments – Ahrar al-Sham, Jaysh al-Islam et l’Armée syrienne libre – subissent une pression importante de la part des États régionaux et internationaux qui cherchent à les pousser à négocier avec le régime.

D’autre part, Hayat Tahrir al-Sham, qui a gagné en marge de manœuvre, a insisté sur le fait que la seule option pour l’opposition était le terrorisme et la guerre militaire.

Le discours d’Hayat Tahrir al-Sham a été soutenu par le cours des événements en Syrie, où des frappes aériennes mortelles se poursuivent, ciblant des zones peuplées en dépit d’un cessez-le-feu mou. La politique d’Hayat Tahrir al-Sham visant à cibler le régime dans son centre damascène a renforcé sa crédibilité ainsi que sa popularité.

L’attentat à la bombe de lundi, suivi des attaques rebelles à Jobar et Qaboun, souligne une redéfinition de la lutte de l’opposition contre le régime et la tentative de cette dernière pour rattraper les efforts de guérilla déployés par Hayat Tahrir al-Sham.

Dans un tel cadre, les attentats terroristes – des attaques kamikazes aux voitures piégées – seront probablement l’outil de prédilection pour cibler principalement les institutions militaires et gouvernementales et les lieux saints chiites.

Si les attentats terroristes inspirent tant de peur, c’est parce qu’ils sont imprévisibles et aveugles, en plus d’offrir des bénéfices à faible coût à leurs auteurs. Pour une opposition syrienne affaiblie, ils redeviendront probablement une arme de choix.



- Mona Alami est une chercheuse et journaliste qui couvre la politique au Levant. Chercheuse non résidente à l’Atlantic Council, elle se focalise principalement sur les organisations radicales. Elle est titulaire d’une licence et d’une maîtrise en management.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : de la fumée s’échappe suite à une frappe aérienne signalée dans les zones sous contrôle rebelle du quartier de Jobar, dans la banlieue est de la capitale syrienne Damas, le 20 mars 2017 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.


Vendredi 24 Mars 2017


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