Actualité nationale

Gilets Jaunes: Par delà l’espace et le temps… Paroles zapatistes en 1995 pour Gilets Jaunes de 2019


“Les Zapatistes du Chiapas ont montré que de petites collectivités autonomes et fédérées pouvaient cultiver la terre par et pour toutes et tous, assurer des soins médicaux, produire une énergie naturelle, renouvelable et gratuite (une option parfaitement ignorée par toutes les mafias écologiques). Il est primordial que la gratuité pénètre, à l’instar de la vie, dans nos mœurs et dans nos mentalités dont elle a été bannie, exclue, interdite, pendant des millénaires.”
~ Raoul Vaneigem, 2019 ~


Résistance 71
Samedi 22 Juin 2019

Le 1er janvier 1994, il y a donc 25 ans et demi, sortaient au grand jour la révolution sociale zapatiste dans la province du Chiapas dans le grand sud mexicain. Elle n’a pas cesser depuis et fait sans cesse des petits.

Pour les zapatistes, nous sommes dans la 4ème guerre mondiale. Après la 1ère et la seconde que tout le monde connaît, il y a eu la guerre froide, qui elle aussi fut planétaire, sournoise et fit des centaines de milliers de morts au nom du capitalisme et du capitalisme d’état que représentait le marxisme-léninisme, qui jamais ne remit en cause le “marché” et la société marchande.

Pour les Zapatistes, nous vivons aussi depuis la fin de la guerre froide (1989-1991), une nouvelle guerre mondiale, celle que le capitalisme dans sa phase (terminale) dite néolibérale voire ultralibérale, livre aux peuples du monde sur les cinq continents, dans une exploitation et un despotisme accrus au pur bénéfice de la société marchande, aujourd’hui financiarisée.

Pas à pas, les peuples se réveillent de leur torpeur sous l’hypnose marchande et commencent à s’organiser pour enfin dire NON ! Assez est assez ! et reprendre ainsi leur autonomie de pouvoir.

Les Zapatistes du Chiapas, à leur manière si particulière et si efficace, nous montrent la voie de l’émancipation depuis un quart de siècle.

Voici quelques paroles zapatistes venues tout droit de 1995 et taillées sur mesure pour le mouvement actuel des Gilets Jaunes…

Gilets Jaunes ! étendons le contre-pouvoir des assemblées populaires et des ronds-points sur l’ensemble du territoire, faisons-en un “territoire Gilets Jaunes en rébellion” pour reprendre l’expression zapatiste qui orne les panneaux de signalisation de l’entrée en territoire zapatiste en rébellion.

Ils nous disent ceci: “Esta usted en territorrio zapatista en rebeldia, aqui manda el pueblo y el gobierno obecede.”

“Vous êtes en territoire zapatiste en rébellion, ici le peuple commande et le gouvernement obéit.”

Remplaçons donc le mot “zapatiste” par “Gilet Jaune”…
Ensemble pour un Réseau de Résistance et de Rébellion International contre la dictature marchande et pour la société des sociétés !

-[]- “Aujourd’hui, nous souffrons tous d’une nouvelle guerre mondiale, une guerre contre tous les peuples, contre l’humanité, contre la culture, contre l’histoire. C’est une guerre internationale, celle de l’Argent contre l’Humanité, menée par une poignée de centres financiers, sans patrie et sans honte. Cette terreur, ce terrorisme international est appelé capitalisme néolibéral, un ordre économique international qui a causé plus de morts et de destruction que les deux grandes guerres mondiales. Nous sommes devenus frères et sœurs ayant toujours plus de morts et de pauvres.
Nous sommes unis dans le mécontentement, la rébellion, le désir de faire quelques chose, par le non-conformisme. L’histoire enseignée par le pouvoir nous a appris que nous avons perdu, que le cynisme et le profit étaient de grandes vertus, que l’honnêteté et le sacrifice étaient des idioties, que l’individualisme était le nouveau dieu, que l’espoir n’était qu’une monnaie dévaluée, que sans monnaie, sans argent sur les marchés internationaux, sans pouvoir d’achat, il n’y avait aucun espoir. Nous avons mal appris la leçon. Nous fûmes de mauvais élèves. Nous n’avons pas cru ce que le Pouvoir nous a enseigné. Nous avons fait l’école buissonnière lorsqu’ils enseignèrent le conformisme, l’obéissance et l’imbécilité. Nous avons échoué l’épreuve de la modernité. Camarades de classe en rébellion, nous nous sommes découverts et nous sommes retrouvés frères.
Nous sommes unis dans l’imagination, la créativité, par demain.”

“Ce que nous voulons est planter l’arbre de demain. Cet arbre est une espace où tout le monde se trouve, où les autres connaissent et respectent les autres Autre et où la fausse lumière perd sa dernière bataille. Si vous me poussez à être plus précis, je vous dirai que c’est un endroit ayant la justice, la démocratie et la liberté, voilà ce qu’est l’arbre de demain.”

“Plus le néolibéralisme avance en tant que système global, plus les armes et les grades dans les armées et les polices poussent. Le nombre de gens emprisonnés, de disparus et de gens assassinés grandit également dans les pays.

C’est une guerre mondiale:
La plus brutale,
La plus complète,
La plus universelle,
La plus efficace.
Chaque pays,
Chaque ville,
Chaque campagne,
Chaque maison,
Chaque personne,
Chacun, chacune est un grand ou un petit champ de bataille.

D’un côté le néolibéralisme, avec tout son pouvoir répressif et toute sa machinerie de mort ; de l’autre côté l’être humain.”

“Frères er sœurs:
Nous continuons à être un obstacle, une épine dans le pied.
Ce que nous disent les théoriciens du néolibéralisme est faux:
que tout est en contrôle, y compris tout ce qui est hors de contrôle.
Nous ne sommes pas une soupape de sécurité pour la rébellion qui pourrait déstabiliser le néolibéralisme ; il est faux de dire que notre existence rebelle légitimise le pouvoir. Le pouvoir a peur de nous. C’est pour cela qu’il nous poursuit avec acharnement et qu’il nous encercle. C’est pour cela qu’il nous jette en prison et qu’il nous tue. Dans la réalité, nous sommes la possibilité de sa défaite et de sa disparition. Nous ne sommes peut-être pas nombreux, mais nous sommes des hommes et des femmes qui luttent pour l’humanité, qui luttent contre le néolibéralisme. Nous sommes des hommes et des femmes qui luttent dans le monde entier. Nous sommes des hommes et des femmes qui veulent que les cinq continents aient enfin:

La liberté !
La démocratie !
La justice !”

Source: “Our word is our weapon, selected writings”,
SCI Marcos, porte-parole du mouvement zapatiste, Seven Stories Press, 2001
Traduction: Résistance 71
Juin 2019



Samedi 22 Juin 2019


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