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Gilad Atzmon, plus qu’un simple musicien

Grand concert au fetsival de Jazz de Londres le 18 novembre


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Peu d'étudiants actuellement à l'université de Londres se souviendront du concert que Gilad Atzmon a donné à la SOAS (Ecole des études orientales et africaines) en 2006. Sa prestation avait été exemplaire, comme le sont toutes celles qu'il donne en direct. Quatre ans plus tard, Atzmon continue à donner des concerts, à écrire et à repousser les limites de la pensée et de l'expression.

Traduit par Anne-Marie Goossens


Joe Rennison
Lundi 15 Novembre 2010

J'ai rencontré  Atzmon à Soho, en face de chez Ronnie Scott. En attendant son arrivée,  je repère son nom sur le programme d'octobre de Ronnie, témoignage du statut d'Atzmon dans la communauté du jazz. Il arrive,  et nous tournons le coin pour aller prendre le  petit déjeuner.
Le 18 novembre, le Festival de Jazz de Londres accueillera Atzmon et The Orient House Ensemble (OHE) qui célèbre son 10e anniversaire. Le groupe est un point fixe pour Atzmon et l'a vu se développer  comme musicien.



Le London Jazz Festival, en association avec BBC Radio 3,  présente : Gilad Atzmon dans un concert célébrant le 10e anniversaire de The Orient House Ensemble



Arts Depot jeudi 18 novembre 2010 19h30









 



L'OHE a été créé en 2000. " J'ai commencé avec Asaf Sirkis", dit Atzmon; " nous nous sommes rendu compte qu'il nous fallait deux personnes de plus;  nous en avons auditionné en assez grand nombre sans trouver personne et c'est alors que Frank est revenu de Boston".
 
' Frank', c'est Frank Harrison, pianiste de grand talent qui a séjourné au prestigieux Berklee College of Music de Boston avant de rentrer en Angleterre. " D'emblée il m'a demandé : 'Gilad, tu veux que j'essaie de jouer comme toi ?' J'ai répondu :  'Tu fais tout ce que tu veux' et ce fut divin et ça continue. "Cet homme ", remarque Gilad, "est un sacré génie".
 
Le concert comprendra trois sets : les débuts de l'OHE, Gilad avec cordes et la musique récente de l'OHE. « Ce sera un marathon. Trois ou quatre heures. Trois sets. Nous jouerons du matériel de nos premiers albums. Ensuite, nous jouerons notre projet à cordes. Et puis, nous jouerons nos nouveaux morceaux de The Tide Has Changed" (Le vent a tourné).
 
Certains ont dit à Atzmon que The Tide Has Changed est ce qui se rapproche le plus de ses concerts en direct. L'Atzmon enregistré et l'Atzmon en direct sont différents. En direct, ses improvisations sont souvent du be-bop hard qui vous font dresser l'oreille et écouter. Ses albums sont souvent plus mélodiques et incorporent également des styles moyen-orientaux.
 
Parmi les morceaux saillants de l'album,  il y a Bolero At Sunrise (Boléro à l'aube), où Atzmon interprète le morceau bien connu de Ravel, et We Lament (nous pleurons) qui semble faire écho à  certains aspects du Ballad Book  de Michael Brecker. L'album illustre aussi les rapports étroits entre la musique d'Atzmon et ses écrits. Le titre de l'album se réfère au conflit arabo- israélien. « Je crois que le vent a tourné », dit Atzmon.
 
Il est plus qu'un simple musicien. Selon le moment où vous le rencontrerez, vous le direz musicien, militant, universitaire, professeur ou philosophe - on peut allonger la liste. Atzmon a étudié à l'Université d'Essex, où il a obtenu un mastère en philosophie. « Je crois que l'université s'efforce véritablement et profondément  de comprendre le monde et de comprendre le sujet qui fait partie de la compréhension ». Il poursuit: " Le problème est que nous avons perdu notre capacité de philosopher. Nous ne savons pas comment poser les questions ».
 
Atzmon critique le politiquement correct. Il dit que l'édification d'une pensée critique est la seule arme que nous ayons contre le politiquement correct et que tout ce que nous pouvons faire est de suivre les prémices d'un argument et le démanteler logiquement. « Qu'est-ce que le politiquement correct ? Le politiquement correct est un parfum politique qui ne permet pas la négation politique », dit Atzmon. « Dans cette société, censément tolérante et libérale, il y a quelques sujets que nous ne pouvons pas aborder ».
 
« Et je regrette de le dire, mais pour moi l'Iran est plus libre que nous. Pour citer l'idée d'Adorno sur la liberté, Adorno dit que dans la Russie soviétique vous étiez plus libre parce que vous connaissiez les limites de votre  liberté. Quand un musicien de jazz joue en do mineur, il est libre parce qu'il peut faire beaucoup de choses,  mais quand il joue du free jazz, il est beaucoup moins libre parce qu'il n'y a pas de limites ».
 
Ceci est un autre exemple où la musique d'Atzmon et sa pensée politique se chevauchent. Certes, Atzmon n'a pas peur de poser des questions. Il est fidèle à lui-même et il ne craint pas la critique. "Au début, quand j'ai commencé à m'exprimer ainsi, beaucoup de groupes politiques ont essayé de s'accrocher à moi et j'ai dû m'en débarrasser parce qu'une fois que vous commencez à travailler avec eux, vous devez vous insérer dans un programme. Je ne veux rien avoir à faire avec la gauche. Je ne veux rien avoir à faire avec la droite. Avec personne.
 
" Mon travail d'artiste est de regarder dans le miroir et de dire ce que je pense et ce que je crois. Je ne veux pas commencer par dire ce que je pense et puis devoir m'assurer que mes paroles s'insèrent dans un programme politique ». Atzmon est d'avis que « les philosophes, les artistes, les poètes, ne doivent pas se couler dans un moule ».
 
« Nous ne le faisons pas pour le pouvoir. Je ne dis pas ' votez pour moi', je ne veux pas que vous votiez pour moi. Rien à foutre. Achetez  mon album si vous pensez que je suis assez bon, venez à mes concerts, parlez-moi, buvons une bière ensemble ».
 
Nous parlons longuement de nombreuses questions, de la philosophie à la politique, à la musique. La pertinence des sujets qu'aborde Atzmon est illustrée par la jeune femme assise à la table d'à côté qui intervient dans la conversation.
 
Atzmon parlait de multiculturalisme. La jeune femme est noire et vit en Allemagne. Elle a dit que sa race déterminait  la facilité avec laquelle elle trouverait un logement dans certains quartiers. Si elle voulait un appartement là où habitaient d'autres noirs, c'était facile, mais s'aventurer en dehors de ces quartiers rendait  la chose beaucoup plus difficile.
 
Atzmon comprend. Son batteur est noir. « Nous allons à un kebab après le concert et si  on y  trouve quelques voyous réacs ou autres, il s'en va parce qu'il comprend qu'il risque d'y avoir du grabuge ».
 
Nous avons terminé notre petit déjeuner,  et avec lui, notre conversation. Si vous le pouvez, assistez  au concert le 18 novembre. C'est une rare occasion de voir toutes les étapes de la musique d'Atzmon en une seule soirée et qui plus est, vous verrez Atzmon en personne - phénomène qu'on ne peut jamais reproduire  sur disque parce qu'Atzmon est beaucoup plus que juste sa musique.


Merci à Tlaxcala
Source: http://www.gilad.co.uk/writings/joe-rennison-gilad-atzmon-more-than-just-a-musician.html
Date de parution de l'article original: 08/11/2010
URL de cet article: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2413

Gilad Atzmon & The Orient House Ensemble The Tide Has Changed
Gilad Atzmon & The Orient House Ensemble The Tide Has Changed


Lundi 15 Novembre 2010


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