Pour ce faire, des tuyaux contenant de l’azote liquide vont être installés à une profondeur de 30 mètres sous terre. La construction d’un gigantesque réfrigérateur souterrain va bientôt commencer, et la fin des travaux est prévue pour 2015.

Depuis l’accident qui a touché les réacteurs nucléaires de la centrale de Fukushima, la situation reste grave. La majorité des experts s’accordent à qualifier ce qui s’y passe actuellement de crise. Or cette crise pourrait se muer en catastrophe si les fuites d’eau radioactive issue de la centrale se poursuivent. Aujourd’hui, les niveau des radiations à la centrale et dans ses environs battent tous les records. Ils sont si élevés qu’ils peuvent tuer un homme en seulement quelques heures. Des échantillons d’eau, qui ont été prélevés le 17 janvier dans la fosse technique située dans l’enceinte de la deuxième unité de la centrale de Fukushima, présentent des taux de radioactivité dépassant les 24 millions de becquerels par litre, alors que la norme est de 150 becquerels. Afin de stopper les fuites répétées d’eau radioactive, les Japonais envisagent de geler le sol qui entoure les quatre réacteurs endommagés. Cette bande de glace mesurera près d’un kilomètre et demi. Des tuyaux réfrigérants seront introduits dans le sol contaminé. Il s’agit d’un système très coûteux, qui n’a jamais été utilisé auparavant sur une telle surface, a indiqué à La Voix de la Russie Oleg Dvoïnikov, rédacteur en chef de la maison d’édition Pro Atom :

« Pour ce qui est de la congélation des sols, il est possible, bien sûr, de résoudre techniquement ce problème. Mais il faut une installation de production d’azote, quasiment une usine à part entière, fonctionnant sans interruption. Le fait que les Japonais ne laissent entrer chez eux aucun expert étranger n’est pas bon. En effet, des propositions d’aide ont été faites non seulement par la Russie, mais aussi par un grand nombre de pays . »

Cet expert estime que de toute façon, le gel des sols n’aidera pas à détoxiquer intégralement les matières dangereuses. Le principal problème réside dans l’organisation du travail. Si la situation n’était pas prise en main par la société d’exploitation de la centrale, mais par le gouvernement japonais avec l’aide de spécialistes étrangers, il serait possible de résoudre le problème plus vite et surtout à moindre coût, estime Oleg Dvoïnikov :

« Les Japonais attendent le dernier moment, et une fois que la situation aura dégénéré, qu’elle commencera à menacer l’humanité entière, alors ils se mettront à imaginer des projets compliqués. On aurait déjà pu construire depuis longtemps des usines d’épuration, en faisant appel aux organisations internationales, et cela aurait été beaucoup plus efficace et moins cher. »

En même temps, les experts s’inquiètent sérieusement du fait que la fosse où ont été prélevés les échantillons d’eau se situe à seulement 40 mètres de la côte. La contamination de l’Océan Pacifique par ces eaux radioactives n’est donc pas à exclure. Près de la moitié de tous les poissons à proximité de Fukushima contient déjà des substances dangereuses. Mais ce n’est pas tout. Récemment des traces de composés chimiques issus de la centrale ont été enregistrées sur des poissons et des baleines se trouvant à un millier de kilomètres de là, a déclaré Igor Ostretsov, responsable des travaux de liquidation des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl :

« Il ne faut pas oublier que les fuites à Fukushima perdurent depuis le début de cette tragédie. Avec le refroidissement du réacteur, l’eau ne s’écoule nulle part, c’est pourquoi le Japon est forcé de tout rejeter dans l’océan. Cette situation va s’aggraver. Et qu’elle que soit la surveillance qui sera faite, les ressources piscicoles finiront par être contaminées. »

Au Japon, on prétend que tout est sous contrôle. On est même persuadé que les problèmes de la centrale n’empêcheront pas aux Jeux Olympiques de se tenir à Tokyo en 2020. Ce faisant, les Japonais semblent oublier les prévisions des experts : l’élimination des conséquences de l’accident dans son ensemble et le démantèlement des réacteurs nécessiteront au moins 40 ans. Ce qui arrivera d’ici là, Dieu seul le sait. Par conséquent, sans programme international pour sauver Fukushima, il est peu probable que le pays du Soleil-Levant s’en sorte.