RELIGIONS ET CROYANCES

Faut-il faire la hijra ?



Dimanche 10 Novembre 2013

Faut-il faire la hijra ?

Faut-il faire la hijra ?

Nous venons d’accueillir le mois de Mouharram qui marque le début de l’année 1434 de l’Hégire. Cette date nous rappelle l’épisode de l’émigration du Prophète (saws) de la Mecque à Médine. Certains jeunes se réfèrent à cet évènement pour appeler les musulmans à suivre le modèle du prophète saws en effectuant à leur tour la hijra (l’exode), en quittant la terre des infidèles pour rejoindre la terre d’islam. Cette « hijra » est-elle réellement obligatoire ? Est-il raisonnable de demander à plus de  six millions de musulmans de quitter la France ? Et que faire lorsqu’on est français converti ? Pour répondre à cette question, nous avons voulu partager avec nos lecteurs un passage tiré du livre « La Sunna : mode d’emploi » de Moncef Zenati. A lire et à méditer.

« Le hadîth « Je dégage ma responsabilité de tout musulman qui réside parmi les idolâtres »[[1]]url:http://havredesavoir.fr/faut-il-faire-la-hijra/#_ftn1  :

Certains milieux musulmans se réfèrent à ce hadîth pour interdire à tout musulman de résider en terre non musulmane, exigeant de lui de pratiquer l’exode (Al-hijra) en quittant obligatoirement la terre non musulmane, la terre des « infidèles », pour s’installer sur une terre musulmane.

Tout d’abord, il importe de souligner qu’Al-Bukhârî juge ce hadîth détaché « mursal », ainsi qu’Abû Hâtim, Abû Dâwûd, At-Tirmidhî et Ad-Dâraqutnî. Le hadîth mursal au sens où l’entendent les spécialistes des sciences du hadîth est ce que le tâbi‘î (disciple du Compagnon) attribue au Prophète (saws). Le nom du Compagnon est omis de la chaîne de transmetteurs. Or, le hadîth dit « détaché » ou mursal fait partie des hadîth faibles (da‘îf). Par conséquent, ce hadîth ne peut constituer une source d’argumentation juridique pour interdire au musulman de résider sur une terre non musulmane.

Et même si l’on suppose que ce hadîth soit authentique, son contexte d’énonciation en explique le sens. En effet, le Prophète (saws) envoya une expédition punitive à la tribu de Khath‘am. Pendant le combat, certains se dirent musulmans, mais dans l’impossibilité de les distinguer de l’ennemi, ils furent tués. Lorsque le Prophète (saws) fut informé, il ordonna de verser aux familles des victimes musulmanes la moitié du prix du sang et dit : « Je dégage ma responsabilité de tout musulman qui réside parmi les idolâtres ». Le Prophète (saws) considéra que les musulmans tués par erreur dans la bataille étaient en partie responsables de ce qui leur était arrivé, car ayant résidé parmi les idolâtres en guerre avec les musulmans. Ils avaient ainsi perdu la moitié du prix du sang qui leur revenait de droit.

Le hadîth, en supposant son authenticité, évoque la question du prix du sang et non pas le statut juridique de la résidence sur une terre non musulmane.

Ignorer le contexte d’énonciation ou extraire une partie de l’ensemble du hadîth sont autant de fléaux qui altèrent et déforment la compréhension des textes.

D’autre part, en appliquant la deuxième règle, il est indispensable, pour élucider la question de la résidence du musulman en terre non musulmane, de réunir tous les hadîth portant sur le même sujet.

En effet, Ibn Hibban rapporte que Fudayk (rad), devenu musulman, envisagea de quitter sa tribu pour rejoindre les musulmans à Médine. Attachés à Fudayk, les membres de sa tribu, encore non musulmans, lui demandèrent de rester avec eux lui garantissant sa liberté religieuse. Fudayk alla voir le Prophète (saws) et lui dit : « Ô Messager ! On prétend que quiconque n’émigre pas est perdu ! ». Le Prophète (saws) répondit : « Ô Fudayk ! Accomplie la prière, écarte-toi du mal, et réside parmi ton peuple où tu veux »[[2]]url:http://havredesavoir.fr/faut-il-faire-la-hijra/#_ftn2 .

L’imam Ahmad rapporte le hadîth suivant : « La terre appartient à Dieu, et les hommes appartiennent à Dieu, là où tu obtiens un bien, réside »[[3]]url:http://havredesavoir.fr/faut-il-faire-la-hijra/#_ftn3 .

Le Prophète saws a autorisé les musulmans à se réfugier en Abyssinie car le contexte politique leur garantissait leur liberté religieuse. Aucun texte de la Sîra n’évoque que le Prophète (saws) leur a ordonné de quitter l’Abyssinie, terre non musulmane, pour rejoindre Médine, terre musulmane. An contraire, les musulmans d’Abyssinie ont vraisemblablement rejoint les musulmans à Médine de leur propre choix puisque Ja‘far Ibn Abû Tâlib, accompagné de seize personnes, est arrivé à Médine en l’an sept de l’Hégire. D’autres, comme ‘Abd Allâh Ibn Ma‘mar, sont arrivés en l’an dix.

Par conséquent, il est permis au musulman de résider en terre non musulmane à condition de jouir de sa liberté religieuse. »

Extrait de « La Sunna : mode d’emploi » de Moncef Zenati p 202 – 206


[[1]]url:http://havredesavoir.fr/faut-il-faire-la-hijra/#_ftnref1 – rapporté par Abû Dâwûd et At-Tirmidhî

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[[2]]url:http://havredesavoir.fr/faut-il-faire-la-hijra/#_ftnref2 – Rapporté par Ibn Hibbân

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[[3]]url:http://havredesavoir.fr/faut-il-faire-la-hijra/#_ftnref3 – Rapporté par Ahmad

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L’Hégire : sens et enseignements


Nous accueillons le nouvel an de l’Hégire (1435) qui commémore l’émigration du Prophète (saws) de la Mecque à Médine. Les musulmans, et à leur tête le calife ‘Omar ibn al-Khattab (rad), choisirent cette évènement historique pour marquer le début du calendrier musulman. Leur choix ne fut pas porté sur la naissance du Prophète (saws) car l’islam n’entretient pas le culte de la personnalité, ni sur les victoires décisives remportées par les musulmans à l’instar de celle de Badr ou de la prise de la Mecque. Le début du calendrier musulman commence par l’hégire car cet évènement marque la naissance de l’état musulman. La période mecquoise fut celle de la préparation des fondations de cet état. L’importance de cette période est comparable à l’importance des fondations pour l’édifice, bien qu’invisible, il supporte toute la construction, et toute défaillance dans les fondations vacille l’ensemble de l’édifice. Pendant, treize années, le Prophète (saws) va construire ces fondations dont l’édifice s’achèvera par l’instauration de l’état musulman à Médine.

A noter que l’Hégire a eu lieu pendant le mois de Rabi’ I et non pas au cours  du mois de Mouharram. Mais ‘Omar et les musulmans autour de lui désignèrent l’année de l’Hégire comme l’année de référence pour le nouveau calendrier musulman en commençant l’année par le mois de Mouharram puisque chez les arabes, ce mois est le premier mois de l’année lunaire.

Le sens de l’Hégire :

Le Prophète (saws) dit : « Point d’émigration après la conquête de la Mecque, à l’exception d’un effort dans la voie de Dieu et d’une intention sincère » (rapporté pat al-Boukhari et Mouslim). Ainsi, la prise de la Mecque marque la fin de l’émigration physique. Quel sens a donc l’Hégire de nos jours ?

L’Hégire dont il s’agit est un cheminement vers Dieu, à l’instar du prophète Ibrahim (Abraham) qui dit : « Moi, je pars vers mon Seigneur et Il me guidera » (Sourate 37, verset 99). L’Hégire est donc tout d’abord un voyage spirituel, passer d’un état à un autre, de  l’état d’insouciance à l’état d’éveil, de la désobéissance à l’obéissance, de l’ignorance à la connaissance, de l’égarement à la guidance, transcender du niveau de l’islam vers  celui de la conviction de foi « al-iman » et de la conviction de foi vers l’excellence de la foi « al-ihsan ». A chaque  musulman correspond un état spirituel vers lequel il doit cheminer.


Les enseignements de l’Hégire :

Deux modèles d’hégire se présentent à l’esprit. Celle de ‘Omar (rad) qui émigra ouvertement, se présentant devant la kaaba en défiant les notables de la Mecque : « Quiconque veut faire de son épouse une veuve, de ses enfants des orphelins ou quiconque veut que sa mère le perde, qu’il me rejoigne derrière cette colline !! »

L’hégire du Prophète (saws) était au contraire d’une très grande discrétion, méticuleusement organisée, l’exemple même de l’ingéniosité de la planification humaine. Pourquoi tant de précautions alors que Mohammad (saws), en tant que Prophète, bénéficie de la protection divine ?!

L’émigration de ‘Omar (rad) est différente de celle du Prophète (saws). En effet, ‘Omar (rad) ne représente que sa propre personne. Son choix n’engage en rien les autres musulmans, d’autant plus que pour la plupart d’entre eux, ils n’avaient ni la force ni le courage de ‘Omar pour émigrer ouvertement.

Quant au Prophète (saws), il représente le modèle à suivre. Il aurait bien pu émigrer ouvertement, mais dans ce cas, son choix aurait engagé tous les musulmans qui, en dépit de leurs sexes, de leurs âges ou de leurs forces, auraient été ainsi dans l’obligation d’émigrer ouvertement, ce qu’un grand nombre parmi eux n’aurait pu supporter.

De plus, à travers l’Hégire, le Prophète (saws) a donné à sa communauté une leçon d’organisation et de planification :

1- Pour induire en erreur ses détracteurs, il demanda à son cousin ‘Ali ibn Abi Talib (rad) d’enfiler son vêtement dans lequel il dormait habituellement et de dormir à sa place. La ruse du Prophète (saws) a réussi bien qu’elle était susceptible d’être découverte. En effet, un homme qui vit le Prophète (saws) sortir de chez lui dit aux hommes postés devant la porte : Par Dieu, Mohammad est sorti devant vous, ne remarquez-vous pas que chacun d’entre vous a de la terre sur sa tête ?! Chacun mit la main sur la tête et réalisa qu’il s’y trouvé effectivement de la terre. Puis, ils regardèrent à l’intérieur et observèrent ‘Ali allongé à la place du Prophète (saws) enveloppé de son habit. Ils dirent alors : « Par Dieu, voici Mohammad entrain de dormir enveloppé de son habit. » Ils restèrent alors à leur place jusqu’au matin. C’est alors qu’ils virent ‘Ali se lever et dirent : « cet homme nous disait vrai ! »

En dépit de l’extrême confiance que place le Prophète (saws) en son Seigneur, cela ne l’a pas empêché de prendre les précautions qui sont de son ressort. D’autre part, au moment où Dieu empêcha la vue du Prophète (saws) en sortant de chez lui et leur imposa le sommeil au point de passer tranquillement devant eux, la volonté divine fit en sorte qu’un homme observe le Prophète (saws) et en informe ses ennemis, et c’est ainsi que Dieu protégea son Prophète, non pas par miracle, mais par le monde des causes à travers la planification humaine.

2- Le Prophète (saws) se présenta chez Abou Bakr (rad) à l’heure du midi, au moment de la sieste, où les rues sont désertes à cause de la chaleur ardente du soleil, sachant que l’Hégire a eu lieu au début du mois de septembre, le dernier mois de l’été. Ce qui indique l’extrême discrétion du Prophète (saws). Il mit alors en place avec Abou Bakr (rad) le plan de l’hégire.

3- Puis, le Prophète (saws) et Abou Bakr (rad) sortirent  de nuit par une ouverture située à l’arrière de chez Abou Bakr, car il est fort probable que la maison d’Abou Bakr (rad), en particulier la porte d’entrée,  soit sous surveillance étant donné le lien d’amitié qui lie ces deux hommes.

4- Puis, ils se dirigèrent vers la grotte de Thaour à l’opposée de la direction de Médine où les recherches seront certainement concentrées. Cette grotte se trouve dans la montagne du même nom située à environ onze kilomètres de la Mecque et difficilement accessible.

5-  Abou Bakr (rad) chargea son fils ‘Abdoullah de collecter les informations à la Mecque pendant la journée pour les communiquer au Prophète (saws) de nuit. En effet, la durée du séjour dans la grotte et la suite des opérations dépendent de la connaissance concrète des plans de l’ennemi.

6-  Quant à Asma, fille d’Abou Bakr (rad), elle assurait l’approvisionnement du Prophète (saws) et d’Abou Bakr en nourriture. Une femme enceinte, dans les derniers mois de grossesse, ne pouvait être soupçonnée de parcourir une telle distance pour escalader une montagne aussi difficile !

7- Abou Bakr (rad) chargea son domestique ‘Amir ibn Fahira d’effacer les traces laissées par ‘Abdoullah et Asma à l’aide de son troupeau.

8- Le séjour du Prophète (saws) et d’Abou Bakr (rad) a duré trois jours. Cette durée fut étroitement liée aux informations communiquées par ‘Abdoullah. En plus, le prolongement du séjour aurait pu éveiller les soupçons quant aux déplacements de ‘Abdoullah et d’Asma.

9- Malgré la planification minutieuse du Prophète (saws), malgré la ruse et la discrétion dont il a fait preuve, les mecquois finirent par parvenir à la grotte en question. Un homme s’arrêta devant la grotte. « Il nous voit » dit Abou Bakr (rad). « Non » dit le Prophète (saws), les Anges nous protègent des leurs ailes ». Puis, l’homme se mit à uriner dans leur direction. Le Prophète (saws) dit alors à Abou Bakr  (rad): « S’il nous voyait, il n’aurait jamais fait cela ». Dans la version d’al-Boukhari, Abou Bakr dit : « Ô Prophète de Dieu (saws), si l’un d’eux venait à baisser la tête, il nous verrait ». Le Prophète (saws) dit : « Que penses-tu de deux dont Dieu est le troisième ! ». Dieu dit à ce sujet : « Si vous ne lui portez par secours … Allah l’a déjà secouru, lorsque ceux qui avaient mécru l’avaient banni, deuxième de deux. Quand ils étaient dans la grotte et qu’il disait à son compagnon : « Ne t’afflige pas, car Allah est avec nous » Allah fit alors descendre sur lui Sa sérénité « Sa sakina » et le soutint de soldats que vous n’avez pas vus » (Le repentir : 40). Ainsi, l’attention divine est intervenue une fois que le Prophète (saws) a épuisé tout ce qui relevait de ses capacités humaines. Le Prophète (saws) nous enseigne d’une manière pratique le sens du « tawakkoul », à savoir, entreprendre toutes les causes possibles puis s’en remettre à Dieu. Déployer toute son énergie, tous ses efforts sans pour autant croire que le succès ne soit dû à ces efforts. Les savants disent : « Délaisser les causes est un péché, mais s’en remettre est de l’idolâtrie ». L’effort t’incombe, mais le succès est accordé par Dieu. Dieu te jugera pour ton effort et ta sincérité, non pas pour le résultat, car ce dernier lui appartient.

10- Auparavant, Abou Bakr (rad) avait loué les services d’un guide expérimenté, digne de confiance en dépit de son incroyance, un certain ‘Abdoullah ibn Ourayqit. Il lui confia leurs deux chameaux pour les entretenir jusqu’au moment de leur sortie de la grotte. En sortant, ce guide emprunta un chemin en direction du sud, vers le Yémen, avant de se diriger à l’Ouest, vers le Sahel. Puis, dans un souci de discrétion, il prit la direction de Médine en empruntant un chemin secondaire inhabituel, vers le Nord, en longeant la mer rouge.

A travers tous ces préparatifs, toute cette planification minutieuse pour dérouter ses détracteurs, le Prophète (saws) nous apprend deux choses essentielles :

Premièrement, il nous définit le sens du véritable « tawakkoul » et rectifie par la même les fausses conceptions de cet élément fondamental de la foi musulmane qui consistent à croire que le fait de prendre des précautions traduirait un manque de confiance en Dieu et contredirait, par conséquent, la notion du « tawakkoul ». L’évènement de l’Hégire nous démontre qu’au contraire, se lancer dans l’action sans préparation, sans planification ni organisation n’est pas du « tawakkoul » mais de l’inconscience.

Deuxièmement, il nous inculque l’esprit d’organisation et de planification indispensable pour toute action constructive.

« En effet, vous avez dans le Messager de Dieu un excellent modèle (à suivre), pour quiconque espère en Dieu et au Jour dernier et invoque Dieu fréquemment » (Les coalisées : 21)


L’Hégire dans la pensée de Mohamed al-Ghazali

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Nulle personne possédant les outils de la pensée et du savoir ainsi que les moyens de la perception et du discernement, ne pourrait nier que cheikh Mohamed al-Ghazali est l’un des savants réformateurs de notre époque. Il a, en effet, réussi à former une école de pensée dont sont issus un grand nombre de savants contemporains, à leur tête : Dr. Youssef al-Qaradawi, Dr. Mohamed ‘Amara, Dr. Ahmed al-‘Assal, Dr. ‘Abd al-Halim al-‘Awis, Dr. ‘Imad ad-Dine Khalil et bien d’autres. Havre de Savoir s’honore de s’inscrire dans la lignée de cette école de pensée.

Cheikh Mohamed al-Ghazali a consacré toute sa vie au service de la prédication islamique et à déployer ses efforts pour la restauration de l’identité musulmane de nombreux peuples du monde, notamment en Egypte et en Algérie. Il passa un peu plus de la première partie de sa vie à lutter contre la dictature politique, à dévoiler les ruses des colonisateurs, à faire face aux controverses suscités par les orientalistes et leurs courtiers au sujet du Coran et de la Sunna, à clarifier les enseignements de l’islam et à poser les principes de la prédication et de l’appel à Dieu. Il consacra la deuxième partie de sa vie à lutter contre les compréhensions erronées de l’islam et à réprouver les esprits défaillants et la pensée superficielle.

Cheikh Mohamed al-Ghazali est doté d’une culture encyclopédique qui nous a produit des ouvrages dans les différents domaines de la pensée et de la connaissance. Nous lui trouvons un patrimoine englobant la foi (‘aqida), l’exégèse, la morale, l’éducation spirituelle, la prédication, la réforme … etc. La Sira (vie et œuvres du prophète) est l’un des domaines dans lequel il s’est illustré et à travers lequel il a exprimé sa créativité et son sens d’analyse. En effet, il y a consacré de nombreuses études et a commenté de nombreux évènements et batailles. Tout lecteur pourra y constater une pensé novatrice et une compréhension unique qui suscitent admiration et émerveillement.

Parmi les sujets importants relatifs à la Sira, évoqués par cheikh Mohamed al-Ghazali à plusieurs endroits de ses livres, figure l’évènement de l’immigration du Prophète (BDSL), l’Hégire, dont nous célébrons la mémoire ces jours-ci.

L’Hégire dans la pensée de cheikh Mohamed al-Ghazali est centrée sur les points suivants :

Premièrement : L’Hégire est une idée et non pas un simple voyage

Dans la pensée de cheikh Mohamed al-Ghazali, l’Hégire n’est pas un simple voyage ni une forme de loisir. L’Hégire n’a pas été honoré parce qu’il s’agissait d’un voyage. Nombreux sont ceux qui ont jadis voyagé et voyagent encore aujourd’hui entre la Mecque et Médine.

Une seule action peut être une action épuisante ou un jeu reposant et divertissant. La forme ne change pas, mais ce qui change ce sont les motivations, la quintessence et les circonstances. En effet, la pêche peut être un loisir pour certaines personnes qui vivent dans l’aisance, alors que pour d’autres, il représente un métier, une source de subsistance accompagnée de peine et de souffrance. Voyager d’un pays à un autre peut être motivé par le loisir et la distraction. Il peut également s’agir de parcourir la terre pour acquérir le savoir, gagner sa subsistance ou fuir un mal.

Cette Hégire fut des pas qui firent animer le cœur du croyant dans cette vie, animant ainsi l’extrême confiance et le noble sacrifice. C’est le sentier des vaillants dans lequel affluent les résistants porteurs de croyances, qui ont quitté leurs pays dans lequel on a opprimé leur religion, pour rechercher dans leur exode un lieu sûr pour leur foi qui permet à leur religion de respirer.

Dans cette même Hégire, un homme était parti à Médine pour une femme qu’il aimait. Quelle différence entre ceux qui ont émigré pour leur foi et leur religion, et ceux qui suivent les pas de la passion qui font évoluer la personne sans qu’il y ait de différence entre ces pas et les pas de la bête qui la porte. Certains parmi ceux qui sont restés à la Mecque sont plus honorables que ce vil migrant.

Deuxièmement : Une foi en l’avenir et une confiance dans « l’invisible » (ghayb)

C’est ainsi que cheikh Mohamed al-Ghazali l’a exprimé « Une foi en l’avenir et une confiance dans l’invisible ». On aurait pu s’attendre à « Une foi dans l’invisible et une confiance dans l’avenir », mais en liant la foi à l’avenir, il voulait élever la confiance dans l’avenir au niveau de la foi et de la croyance à l’invisible. La quintessence de la religion ne peut se réaliser complètement dans le cœur sauf si la foi dans l’invisible est au niveau de la croyance au monde perceptible. Nulle religiosité ne peut être valide que si l’être humain est fortement attaché à ce qui se trouve auprès de Dieu comme il s’attacherait à ce qu’il voit et entend dans ce bas-monde. Par exemple, le résistant se bat pour sa conviction ou le martyre. Mais la victoire est pour lui de l’ordre de l’inconnaissable « ghayb », en particulier, lorsque les moyens sont faibles, le soutien est peu et les obstacles s’enchaînent. Cependant, cette victoire émane de sa foi en Dieu. Il continue son chemin amer en ayant confiance dans le résultat final si les autres l’excluent ou en doutent. Quant à lui, sa conviction dans la succession de la nuit et du jour le rapproche de ce résultat, même si le temps parait long, car Dieu a promis de soutenir les monothéistes et d’accorder la victoire aux croyants. Pourquoi donc avoir peur de la difficulté du chemin et de la férocité des ennemis ? Pourquoi douter de la promesse de Dieu, proche ou lointaine ?

Lorsqu’un voyageur achète un billet pour se rendre à un endroit, il n’a aucun doute de l’existence de cet endroit ni que le train s’y rende. La confiance des émigrés dans l’invisible était au même niveau que la foi des autres dans le monde perceptible. Et lorsque la foi dans l’invisible s’élève à ce niveau, les croyants dotés de cette foi seront certainement les vainqueurs et franchiront les obstacles que les imposteurs ont posé devant eux, et la victoire attendue est proche ou lointaine : la victoire proche est dans ce bas-monde, sur le champ de bataille. Quant à la victoire lointaine, elle est auprès de Dieu lorsque chaque âme sera rétribuée pour ce qu’elle a acquis.

Les premiers émigrants n’ont pas manqué de confiance dans l’avenir ni de foi dans l’invisible. Ils ont accompli leur devoir vis-à-vis de la religion qu’ils ont adopté et persisté sur son chemin droit malgré la multiplicité des obstacles et l’abondance des épreuves. Ils ont émigré lorsqu’il fallait émigrer et sacrifié leur vie et leurs biens pour leur foi.

Et bien que Dieu ait promis aux croyants que leur message s’établira, que leur étendard dominera et que l’incroyance en Arabie disparaîtra certainement, il a accroché leurs cœurs à l’avenir lointain, à savoir, l’au-delà. Dieu dit : « Soit que Nous t’enlevons (te ferons mourir) et alors Nous Nous vengerons d’eux ; ou bien que Nous te ferons voir ce que Nous leur avons promis (le châtiment) ; car Nous avons sur eux un pouvoir certain. Tiens fermement à ce qui t’a été révélé car tu es sur le droit chemin. C’est certainement un rappel pour toi et ton peuple. Et vous en serez interrogés » (43 : 41 – 44). Par conséquent l’âme ne peut connaitre la lassitude et le corps ne peut se fatiguer car ses aspirations s’étendent à l’avenir lointain et ses espoirs s’envolent pour atterrir dans les joies de l’au-delà, auprès du Seigneur des mondes.

Il n’est pas nécessaire que l’être voit les fruits de ses efforts et la victoire de sa religion de son vivant. Probablement que la mort l’emportera sans connaître l’issue du combat entre la guidance et l’égarement, et cela arrive souvent, mais la promesse de Dieu ne peut défaillir « Soit que Nous t’enlevons (te ferons mourir) et alors Nous Nous vengerons d’eux ». Cet être devient alors une passerelle sur laquelle traverse les idées et les principes vers une génération qui verra leur victoire et leur établissement.

La meilleure démarche est d’accomplir son devoir sans hâter les résultats des batailles entre la vérité et le mensonge car Dieu s’en est chargé Lui-Même dans Sa grandeur.

Dans le cadre de cette foi profonde, les musulmans ont répondu à l’appel de l’Hégire lorsqu’on leur a demandé d’y répondre, répondant ainsi à l’appel de Dieu et de Son Messager sans crainte ni inquiétude.


Entre l’émigration des Prophètes et l’émigration de Mohammad (BDSL)


Les messagers de Dieu ont émigré d’une manière générale, du moins, un grand nombre parmi eux. Mais leur émigration était différente de celle de Mohammad (que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui). Ibrahim, que la Paix soit sur lui, a émigré. Dieu dit : « Lot cru en lui. Il dit : « Moi, j’émigre vers mon Seigneur, car c’est Lui le Tout Puissant, le Sage » (29 :26). Il dit dans un autre verset : « Et il dit : « Moi, je pars vers mon Seigneur et Il me guidera » (37 :99). Ainsi, Ibrahim, que la Paix soit sur lui, est sorti d’un pays vers un autre, jusqu’à ce qu’il s’établisse en Palestine, dans la ville dans laquelle il a été enterré et qui porte son nom.

Moussa (Moïse), que la Paix soit sur lui, a également émigré. Mais son émigration a eu lieu avant son avènement, lorsqu’il quitta l’Egypte après avoir involontairement tué un copte. Il implora le Pardon de Dieu « et c’est alors qu’un homme vint du bout de la ville en courant et dit : « les notables sont en train de se concerter à ton sujet pour te tuer. Quitte la ville, c’est le conseil que je te donne » » (28 :20). Il alla donc à Madyan où il se maria et vécut dix ans en compagnie de cet homme âgé après avoir épousé la fille de ce dernier. Durant cette période, il ne fit aucune action particulière pour être citée. C’était un jeune vertueux, un bon époux et un noble gendre. Il vécut dix ans avec cet homme sans jouer un rôle particulier.

Mais l’émigration de Mohammad (que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui) n’était pas identique à celle de Moïse lorsque ce dernier dit : « Je me suis donc enfui de vous quand j’ai eu peur de vous : puis, mon Seigneur m’a donné la sagesse et m’a désigné parmi Ses messagers » (26 :21). L’émigration de Mohammad (que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui) n’était pas pour fuir l’épreuve, la persécution et la contrainte. Non ! Son émigration s’inscrit dans la quête incessante de l’instauration d’une nouvelle société ; une société musulmane avec tout le sens que ce terme contient. Son émigration s’inscrit dans son effort d’instaurer une société, de construire une nation et de créer un nouvel état fondé sur la spiritualité, l’humanisme, l’éthique et l’universalisme. Tel était l’objectif de Mohammad (que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui) à travers cette émigration. Et en effet, il a pu établir cet état, fonder cette société et construire cette nouvelle nation.

En résumé ; un nombre de prophètes ont émigré, mais l’émigration du Prophète (que la Paix et la Bénédiction de Dieu soient sur lui) a des caractéristiques spécifiques. Son but n’était pas de fuir la persécution mais l’instauration de l’état musulman.

Par Dr. Youssef al-Qaradawi

Texte arabe tiré du site qaradawi.net, traduit par Havre de Savoir



Dimanche 10 Novembre 2013


Commentaires

1.Posté par abousiya le 12/11/2013 00:36 | Alerter
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énormément d'erreur et de supposition pour une conclusion erronée.
la hijra est obligatoire et sont exemptés ceux qu'ALLAH jalla wa'ala a décrit dans le coran.
en france il est impossible de pratiquer sa religion.
pas étonnant vu l'auteur de l'article

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