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Faisons un rêve : Fatima Karamazov élue Premier ministre d'un nouveau pays, la République de Canaan


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L'article de Gideon Levy que j'ai traduit hier (Une personne, une voix pour Israël-Palestine) redonne toute son actualité à la fiction ci-dessous, écrite en 2003.-FG


Fausto Giudice
Vendredi 31 Janvier 2020

À ceux qui lui disent : « Mais vous rêvez ! », Sami Aldeeb, le "Palestinien planétaire" qui préside l'Association pour un seul État démocratique en Palestine/Israël (ASEDPI) a pris l'habitude de répondre : « Ah! Vous préférez le cauchemar actuel ? »

Il faut rêver. Alors, pour vous encourager à rêver, je vous propose cette petite fiction, écrite le 28 septembre 2003, à la veille du 3ème anniversaire de l'Intifada Al Aqsa, mais toujours actuelle, surtout après le cirque indigne de Genève. À chacune et à chacun de développer selon son imagination cette fiction somme toute réaliste.

Fatima Karamazov Première ministre d'un nouveau pays :
la République de Canaan

Jérusalem/ Al Qods, 30 janvier 2030 - Pour la première fois dans ce siècle et pour la seconde fois dans son histoire, Israël se retrouve avec une Première ministre femme. Mais plus importante que son sexe est l'identité de cette femme jeune - elle n'a que quarante ans - dont la coalition vient de remporter les élections à la Knesset. Fatima Karamazov est en effet de père russe non-juif - il était, en Union soviétique, fonctionnaire du Parti communiste et athée - et de mère palestinienne musulmane. Née en 1990 à Moscou, elle est arrivée à l'âge de 3 ans à Umm El Fahm, dont sa mère était originaire. Ses parents s'étaient connus en 1987 à Léningrad, où sa mère faisait des études de médecine.

Fatima Karamazov, dirigeante de l'Union slave, le principal parti populaire israélien aujourd'hui, avait pris la tête d'une coalition baptisée La Nouvelle Alliance, qui regroupe 127 groupes et mouvements juifs et non-juifs, dont 42 palestiniens et 50 mixtes. Son programme électoral, d'une simplicité révolutionnaire, a séduit 32% des électeurs, mettant la NA loin devant les partis traditionnels sionistes, qui ont recueilli des scores allant de 2 à 15%. Devant l'incapacité de cette myriade de partis à trouver un accord minimal, c'est la Nouvelle alliance qui a été investie de la tâche de constituer le nouveau gouvernement. Son chemin sera semé d'embûches.

Commentant le résultat des élections, le Jerusalem Post a fait une "une" en forme d'annonce de décès, proclamant en grosses lettres noires "La mort du sionisme". Ha'aretz de son côté a fait une "une" multicolore mélangeant les drapeaux israélien et palestinien et proclamant en hébreu, en arabe et en anglais : «Bienvenue en République de Canaan ! »

Parmi les points les plus controversés du programme de la Nouvelle Alliance, on trouve : le démantèlement du Mur de 800 km qui sépare depuis 25 ans le pays en deux, l'adoption d'un nouveau nom pour le pays, la proclamation d'une Constitution soumise à référendum et l'octroi de tous les droits civiques aux citoyens de la "zone B", c'est-à-dire la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-est, annexés entre 2008 et 2010, mais dont les habitants furent privés de la jouissance de la pleine citoyenneté israélienne. On se souvient que cette annexion fut à l'origine de la "Guerre des six mois" de 2011 contre la Syrie et la République islamique d'Iraq, qui fit 50 000 morts du côté israélien et 600 000 morts du côté syrien et iraqien. Personne ne remporta de victoire militaire dans cette guerre, qui marqua le début du déclin israélien.

La Nouvelle alliance a inscrit dans son programme de gouvernement une réduction de 25% du budget militaire, la réduction du service militaire de 3 ans à 1 an et demi, l'introduction d'un service civil de substitution et l'incorporation des Palestiniens dans l'armée et dans la police. En outre, la Nouvelle Alliance a promis de permettre aux travailleurs immigrés résidant depuis au moins 5 ans dans le pays d'obtenir la nationalité israélienne ou une carte de résident de 10 ans. Mais ce qui a alimenté le plus les débats de la campagne électorale a été le projet qu'on prête à Mme Karamazov de changer le nom du pays et d'inscrire ce changement dans le projet de Constitution soumis à référendum. Le nouveau nom de l'État israélo-palestinien pourrait être : République de Canaan. L'arabe deviendrait langue officielle de l'État aux côtés de l'hébreu et le russe, l'anglais et le français auraient le statut de langues nationales.

La Nouvelle alliance a remporté les élections car elle a su réaliser une véritable alliance entre les trois composantes principales de l'électorat : les immigrés slaves et leurs enfants, les Juifs originaires des pays arabes et africains et les "Arabes israéliens". Les artisans de la campagne ont été les jeunes nés dans les "villages mixtes" créés par leurs parents en Israël et en Cisjordanie à partir de 2005 et regroupant des Israéliens de naissance, des immigrés slaves et des Palestiniens. Cette initiative était venue des dirigeants de l'Union slave, créée en 2002 par des immigrants de l'ex-Union soviétique. La population de ces "villages mixtes" se monte actuellement à environ 120 000 personnes.

Cette "nouvelle majorité" relative est la première traduction électorale d'une réalité démographique. Elle deviendra une majorité absolue lorsque les 5 millions d'habitants de la "zone B" en âge de voter deviendront des électeurs. Pour donner une place aux nouveaux élus de la "zone B", la Nouvelle alliance envisage d'augmenter le nombre des sièges de la Knesset (Majlis en arabe) de 120 actuellement à 201.

Le "Front du refus sioniste", qui regroupe 17 groupes fondamentalistes, a prévenu qu'en cas de victoire de Karamazov, il mettrait le pays "à feu et à sang plutôt que de le livrer pieds et poings liés aux hordes musulmanes et chrétiennes". Karamazov, qui a été protégée pendant toute la campagne électorale par une centaine de gardes du corps bénévoles, pour moitié russes et pour moitié palestiniens, a aussi promis une amnistie générale pour tous les détenus politiques et militaires, aussi bien palestiniens que juifs dissidents.

Si le sionisme est mort en ce 30 janvier 2030, tout reste à faire pour que le nouveau pays devienne une réalité stable et tangible. En attendant, le nouveau gouvernement devrait réfléter la composition démographique du pays, avec à peu près autant de ministres juifs que non-juifs. Un chrétien palestinien est pressenti comme ministre de la Justice et une descendante d'Éthiopiens comme ministre des Sports. Les ministres de l'Intérieur et de la défense seraient des Juifs d'origine marocaine et iraquienne. Le ministre des Affaires étrangères serait le numéro 2 de l'Union slave, Konstantin Fédorov, lui aussi né en 1990 de parents émigrés d'Union soviétique et totalement déjudaïsés depuis 3 générations. Il a tout au long de la campagne électorale refusé de répondre à la question : « Êtes-vous juif ? », déclarant : « C'est une affaire privée et non publique. Quand les Israéliens comprendront cela, ils pourront enfin constituer une société humaine normale et banale. »

Jérusalem - Al Qods, capitale d'une nouvelle République universelle ? Avec l'élection de Karamazov, ce rêve devient enfin une réalité. Et la nouvelle Première ministre a une alliée de choix : la présidente US Marta Emilia Hernandez, dirigeante de la Rainbow Coalition (Coalition de l'Arc-en-ciel), actuellement à mi-chemin de son deuxième mandat (elle a été élue en 2024 et rélue en 2028) et qui a été un modèle pour Fatima Karamazov.

Mme Hernandez a été la première à adresser un long télégramme chaleureux de félicitations à Mme Karamazov, dont le premier voyage officiel devrait avoir pour destination Washington. Elle est actuellement en train de mettre au point l'agenda d'une tournée qui la mènera dans les principales capitales de la région et du monde pour faire entendre la voix du "nouveau pays".

Merci à Fausto Giudice
Date de parution de l'article original: 28/03/2003
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=1726

Une personne, une voix pour Israël-Palestine -Gideon Levy-


Le plan de paix au Moyen-Orient de l'administration Trump apporte de bonnes et de mauvaises nouvelles. Il mettra le dernier clou dans le cercueil de ce cadavre ambulant connu sous le nom de solution à deux États - c'est la bonne nouvelle. Il créera également une nouvelle réalité dans laquelle le droit international, les résolutions de la communauté internationale et surtout les institutions internationales n'ont aucun sens.

Remplis de l'espoir que le président usaméricain nous insuffle, dans sa grande miséricorde, commençons par la bonne nouvelle. Une fois sa proposition rendue publique, personne ne pourra plus jamais parler avec sérieux de la solution à deux États. Elle n'a probablement jamais vu le jour, mais maintenant elle est clairement morte. Il n'y a pas d'État palestinien et il n'y en aura jamais.

Le culot de l'USAmérique de soutenir l'annexion israélienne maintenant et la création d'un État palestinien seulement « à l'avenir » - comme si la question brûlante était l'annexion, et non l'occupation - n'est qu'un ornement pour le cercueil. L'Autorité palestinienne, l'Union européenne, les Nations unies, l'establishment juif et la gauche sioniste ne pourront plus évoquer cette option sans se ridiculiser complètement.

Comment les pays européens oseraient-ils mentionner la solution des deux États sans se déshonorer ? Comment la gauche sioniste oserait-elle parler de la création d'un État palestinien ? Où exactement ? Entre Bethléem et Beit Ummar, avec la monstruosité du bloc annexé de Gush Etzion au milieu ? Entre Jérusalem-Est et Jéricho, avec la grande colonie de Ma'aleh Adumim au milieu ? Un Lilliput* palestinien, une Mini-Palestine, un parc miniature avec des maquettes de bâtiments et de personnes à l'échelle réduite dans une démonstration grotesque d'une solution juste.

La vallée du Jourdain et la plupart des colonies de Cisjordanie étant sous souveraineté israélienne, les Palestiniens sont assurés de ne pas avoir d'État, de demi-État, de municipalité ou de quartier à gouverner. Rien d'autre qu'une colonie pénitentiaire. La vallée du Jourdain et la plupart des colonies étant annexées, Donald Trump rend officielle la création de l'État d'apartheid qui sera connu sous le nom d'État d'Israël. Ce que Herzl a commencé à Bâle, Trump l'a terminé à Washington.

Désormais, il sera impossible de laisser la communauté internationale, en particulier le prétentieux et le soi-disant chercheur de bien, continuer à se payer de mots sur la solution des deux États. Cela n'existe pas. Il n'y en a jamais eu. Il n'y en aura jamais. Si la communauté internationale, et avec elle l'Autorité Palestinienne, espèrent un jour résoudre le problème palestinien, elles n'ont qu'une seule voie à suivre : l'établissement d'une démocratie entre la mer Méditerranée et le Jourdain. Il ne reste plus rien d'autre.

L'Europe, qui s'est transformée en muselière des critiques de l'occupation, doit adopter un nouveau langage, celui de l'égalité des droits. Le monde a deux choix : Il peut reconnaître l'apartheid ou il peut soutenir la solution de l'État unique démocratique. L'Europe ne peut pas continuer à donner l’accolade à Israël et à parler de « valeurs communes » avec un État pratiquant officiellement l'apartheid. Elle devra se souvenir, enfin, comment elle s'est comportée avec le prédécesseur de cet État, l'Afrique du Sud, et comment l'Europe et une variante du mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions ont conduit à la chute de ce régime.

Le président palestinien Mahmoud Abbas et l'AP devront également dire adieu au rêve. Il a été mis de côté. Il a été remplacé par un autre rêve, et ils devront l'assumer, parler son langage et travailler pour le réaliser : ce sera ça ou bien céder à l'apartheid en échange de la poignée de dollars promise par les USAméricains. C'est la même chose pour Israël, bien sûr. Leur rêve, un État juif, a également été mis de côté. Le sionisme est terminé. Vous avez gardé le silence, vous avez soutenu, vous avez ignoré. Maintenant, il faut faire avec.

Les nouvelles de Trump et la capitulation du monde, cependant, sont beaucoup plus menaçantes. Trump crée non seulement un nouvel Israël, mais aussi un nouveau monde. Un monde sans droit international, sans respect des résolutions internationales, sans même l'apparence de justice. Un monde dans lequel le gendre du président usaméricain est plus puissant que l'Assemblée générale des Nations unies. Si les colonies sont autorisées, tout est permis.

Ce qui a été gagné avec une force militaire brutale ne sera libéré que par la force. Dans le monde de Trump et de la droite israélienne, il n'y a pas de place pour les faibles. Ils n'ont aucun droit.

Désormais, c'est une personne, une voix : la voix unique de Trump (et Benjamin Netanyahou), ou le vote égal de chaque personne vivant en Israël-Palestine.

Européens, Palestiniens et Israéliens : le temps est venu de choisir entre les deux.

NdT

* Lilliput est une île imaginaire, dans Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, écrit en 1721. Située dans l'océan Indien, au sud de l'Australie, Lilliput est habitée par les Lilliputiens, des hommes de six pouces de haut (moins de quinze centimètres). Lilliput est constamment en guerre contre Blefuscu, une île voisine. Cette île est à l'origine de l'adjectif français lilliputien, défini par le dictionnaire de l'Académie Française dès 1878.

Présentation et commentaires de l'article par Sami Aldeeb, juriste et écrivain palestinien




Traduit par Fausto Giudice
Merci à Tlaxcala
Source: https://cutt.ly/3rE9UCJ
Date de parution de l'article original: 26/01/2020
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=27946



Jeudi 30 Janvier 2020


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