Palestine occupée

Façonner l’histoire au bulldozer : comment Israël utilise l’archéologie pour enraciner l’occupation


Le droit international est clair : Israël n’est pas autorisé à effectuer des fouilles dans les territoires occupés. Or depuis 1967, il a procédé à des fouilles sur 980 sites archéologiques en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et s’est approprié de nombreux artefacts


Yara Hawari
Mercredi 7 Mars 2018

Mosquée Al Aqsa sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem et première Qibla Islamique. Principale cible à détruire pour le sionisme talmudique israëlien.
Mosquée Al Aqsa sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem et première Qibla Islamique. Principale cible à détruire pour le sionisme talmudique israëlien.
Parvenu à conquérir l’ouest de Jérusalem en 1948, Israël a occupé l’ensemble de la ville moins de vingt ans plus tard, en 1967, lors de la guerre des Six Jours. Depuis lors, il crée des « réalités sur le terrain » via l’annexion et la construction de colonies visant à cimenter ses revendications vis-à-vis de l’ensemble de la ville.

De fait, dans son essence même de projet colonial, Israël est à la fois férocement expansionniste et exclusif. Le « projet de loi sur le Grand Jérusalem », dont le vote a été récemment reporté et qui cherche à étendre les frontières de la municipalité de Jérusalem afin d’y inclure davantage de colonies illégales et d’exclure des quartiers palestiniens, témoigne de cet expansionnisme.

Dans le même temps, la déclaration du président américain Donald Trump sur le déménagement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem ne viole pas seulement le droit international, mais soutient la colonisation continue de la ville par Israël.
Rayé de la carte

Toutefois, Israël ne se contente pas d’exercer un contrôle absolu sur la ville via l’annexion et la construction de colonies. Israël mène une campagne agressive pour s’approprier ou détruire les sites du patrimoine palestinien afin d’étayer ses revendications de propriété exclusive. Cette campagne s’est accélérée depuis l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza en 1967.

Ces revendications reposent fortement sur un discours biblique qui vise délibérément à faire de la religion un sujet de discorde majeur. C’est on ne peut plus visible dans la vieille ville de Jérusalem qui – en vertu du droit international – est considérée sans équivoque comme un territoire palestinien.

En fait, Israël a commencé à altérer le paysage de Jérusalem dès le lendemain de son occupation de la ville en détruisant l’un de ses plus vieux quartiers.

Harat al Magharibeh (le quartier marocain), qui se situe devant le mur ouest de la vieille ville, n’a pas tardé à être rasé à peine quelques jours après l’occupation israélienne de la ville. Les autorités israéliennes ont justifié cette initiative par la nécessité de faire de la place aux fidèles juifs.

L’un des sites qui fait l’objet de fouilles agressives est Silwan, un quartier en périphérie immédiate des murs de la vieille ville et au sud du Haram al-Sharif. Photo prise le 29 octobre 2014 (AFP)
L’un des sites qui fait l’objet de fouilles agressives est Silwan, un quartier en périphérie immédiate des murs de la vieille ville et au sud du Haram al-Sharif. Photo prise le 29 octobre 2014 (AFP)
Le quartier avait près de 800 ans et n’abritait pas uniquement des bâtiments ayyoubides et mamelouks mais également 650 personnes. Les habitants n’ont eu que quelques heures pour quitter leurs maisons avant qu’elles ne soient détruites. D’ailleurs, on dit souvent que les archéologues israéliens sont les seuls au monde à se servir de bulldozers.
Le Haram al-Sharif en danger

Plus récemment, Israël a réalisé des fouilles dans la zone qui se trouve en-dessous et autour du Haram al-Sharif – le complexe qui accueille le dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa. Ces fouilles ont été condamnées par l’UNESCO qui a pris une résolution en 2016 critiquant Israël pour sa politique générale vis-à-vis du complexe.

Israël a multiplié les tentatives de prise de contrôle du Haram al-Sharif, qui reste sous la garde de la Jordanie dans le cadre du Waqf. Ces efforts sont entrepris à la fois par le gouvernement et les groupes de colons fanatiques qui espèrent détruire le dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa afin de construire un troisième temple juif.

À l’été 2017, la situation a atteint son paroxysme lorsque les autorités israéliennes ont placé des portiques électroniques à l’entrée du complexe. Après plusieurs semaines de protestations palestiniennes soutenues, les portiques ont finalement été retirés.

La situation reste néanmoins tendue et les Palestiniens craignent que le Haram al-Sharif ne soit en danger.

Du point de vue de la pratique archéologique, le droit international est clair : Israël n’est pas autorisé à effectuer des fouilles sur des sites dans les territoires occupés. Pourtant, selon un rapport de l’ONG suédoise Diakonia, Israël a procédé à des fouilles sur 980 sites archéologiques en Cisjordanie occupée depuis 1967 et s’est approprié de nombreux artefacts archéologiques.

Mur fissuré dans une maison de Wadi al-Hilweh, le 4 mars (avec l’aimable autorisation du Centre d’information de Wadi al-Hilweh)
Mur fissuré dans une maison de Wadi al-Hilweh, le 4 mars (avec l’aimable autorisation du Centre d’information de Wadi al-Hilweh)
Parmi les sites faisant l’objet des fouilles les plus agressives figure celui de Silwan, un quartier de Jérusalem-Est situé juste à l’extérieur des murs de la vieille ville et au sud du Haram al-Sharif.

Lundi, les habitants palestiniens du quartier de Silwan ont protesté contre les nouveaux dégâts structurels causés aux habitations en raison de ce qu’ils dénoncent comme des excavations et des fouilles archéologiques israéliennes.

Les habitants de Wadi al-Hilweh se sont confrontés à des travailleurs de l’Autorité des antiquités d’Israël et de la fondation Ir David, deux institutions qui effectuent des fouilles dans le secteur proche de la mosquée al-Aqsa et du mur méridional de la vieille ville.
L’archéologie à outrance

Le discours biblique considère Silwan comme le site originel de la cité de David et les premières fouilles effectuées dans le but de rechercher cette ville originelle ont été menées par les colons britanniques à la fin du XIXe siècle.

Aujourd’hui, le site de fouilles est géré par l’organisation d’extrême droite El-Ad, qui tente de prendre le contrôle de Silwan et de judaïser le quartier. L’organisation dispose de fonds considérables et les oligarques juifs russes Lev Leviev et Roman Abramovich ont assisté à leurs événements.

El-Ad procède à des « fouilles sauvages » qui lui ont permis d’éviter de se procurer des permis auprès du gouvernement.

Ces excavations impliquent des fouilles et des tunnels creusés sous Silwan et s’étendent jusqu’aux terres entourant la mosquée al-Aqsa. De nombreuses habitations palestiniennes ont ainsi commencé à s’enfoncer dans la colline.

L’archéologie n’est qu’un des nombreux mécanismes par lesquels Israël maintient sa domination sur le peuple palestinien. Le recours à ce discours biblique est manipulé de manière à former un écran de fumée pour le projet colonisateur sioniste.

Israël poursuit la pratique consistant à porter une bible dans une main et une truelle dans l’autre, initiée par les archéologues coloniaux britanniques. Son objectif est de manipuler le discours historique sur le passé pour servir ses intérêts dans le présent et éliminer les possibilités d’un avenir palestinien.



- Yara Hawari est spécialiste de la politique palestinienne pour Al-Shabaka, The Palestinian Policy Network. Titulaire d’un doctorat en politique du Moyen-Orient de l’Université d’Exeter, elle écrit fréquemment pour divers médias.

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.


Mercredi 7 Mars 2018


Commentaires

1.Posté par JBL1960 le 07/03/2018 09:03 | Alerter
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Oui, c'est juste, mais il y a de nombreuses personnes qui apportent la contradiction de manière claire et très argumentée, comme Ilan Pappé, Israël Finkelstein, Sand, Atzmon et bien sûr le Dr. Ashraf Ezzat avec son livre phare "L'Égypte antique n'a jamais connu ni pharaons, ni israélites" et j'ai réunifié dans ce PDF ► https://jbl1960blog.files.wordpress.com/2017/12/traductiondelabibleescroqueriehistorique.pdf que je tiens régulièrement à jour avec les nouvelles publications du Dr. A. Ezzat que je traduis (où R71) de l'anglais au français. Et d'ailleurs, je lui ai posé la question, directement sur son blog, concernant le fameux sceau de Jérusalem que des archéologues "auraient" opportunément trouvés en même temps que Trump reconnaissait Jérusalem comme capitale de l'Israël biblique, s'il fait une publication sur ce sujet, je ne manquerai pas de la traduire et d'agrémenter mon PDF avec ! Mais nous avons pu voir, récemment que le temps était très très Mossad sur la planète, et en Égypte y compris ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2018/02/24/le-temps-est-bien-mossad-sur-la-planete/

“Après 70 ans d’excavations et de fouilles extensives sur la terre d’Israël, les archéologues ont trouvé que les actions du patriarche sont des histoires de légende ; nous n’avons pas séjourné en Égypte, ni fait un exode, nous n’avons pas conquis la terre. Il n’y a pas non plus de mention de l’empire de David et de Salomon. Ceux qui s’y intéressent savent tout cela depuis des années, mais Israël est un peuple têtu et ne veut pas en entendre parler.”
 ► Professeur Ze’ev Herzog, chef du département d’archéologie et d’études de l’ancien Proche-Orient à l’université de Tel-Aviv, dans un entretien avec le magazine Ha’aretz le 29 octobre 1999

Et il se peut que Qods soit le dernier piège qui se refermera sur les mensonges pharaoniques et mythologiques d'Israël ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/12/09/qods-le-piege-se-referme-sur-israel/

2.Posté par Saber le 07/03/2018 18:20 | Alerter
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Il n'y a pas que les excavations pour trouver quelques objets archéologiques qui n'ont jamais éxistés, il y aussi les forages pour trouver du pétrole en Palestine avec des supposées preuves bibliques à l'appui.

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