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Extinction Rebellion dispense une formation conçue pour contourner les « obstructionnistes de gauche »


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Lundi 11 Novembre 2019 - 02:10 Gilles Kepel : Créer le chaos


« Nouveau pouvoir » – « La capacité d’exploiter la foule connectée pour obtenir ce que vous voulez »

– Jeremy Heimans, cofondateur de Purpose/Avaaz, expert de la B Team


Cory Morningstar
Samedi 12 Octobre 2019

Document de formation du coordonnateur local d’Extinction Rebellion (XR). Schéma : Le cercle « US » (« NOUS ») en haut signifie Extinction Rebellion. Le cercle orange du milieu identifie les activistes politiques « le plus souvent obstructionnistes » (« d’extrême gauche ») qui doivent être contournés afin d’atteindre le cercle du bas. Le cercle du bas représente les citoyens apolitiques, le public-cible de XR.
Document de formation du coordonnateur local d’Extinction Rebellion (XR). Schéma : Le cercle « US » (« NOUS ») en haut signifie Extinction Rebellion. Le cercle orange du milieu identifie les activistes politiques « le plus souvent obstructionnistes » (« d’extrême gauche ») qui doivent être contournés afin d’atteindre le cercle du bas. Le cercle du bas représente les citoyens apolitiques, le public-cible de XR.
Le contexte

Extinction Rebellion (XR) a été officiellement lancé le 31 octobre 2018. Le 2 novembre 2018, une vidéo a été téléchargée sur le compte YouTube d’Extinction Rebellion. La vidéo documente la session de formation organisée par Roger Hallam, co-fondateur de XR : « Cela a été filmé lors de la formation des coordinateurs locaux d’Extinction Rebellion à Bristol. Roger Hallam explique la dynamique clé de la construction d’un mouvement de masse, à partir d’un niveau de résilience personnelle jusqu’à la création d’un changement de système. »

Ici, il est essentiel de se rappeler qu’il s’agit du modèle d’organisation de masse de XR pour la mobilisation des citoyens du monde entier. Entre le lancement officiel, le 31 octobre 2018, au Royaume-Uni, et le 6 décembre 2018, le nombre des groupes est passé à plus de 130, répartis dans 22 pays. Le 29 janvier 2019, les groupes d’Extinction Rebellion étaient présents dans 50 pays. Dès le 27 avril 2019, XR a annoncé qu’elle comptait près de 400 groupes dans le monde.

Cette expansion mondiale est menée par Margaret Klein Salamon [Source], fondatrice de la Climate Mobilization, qui avait lancé le compte Twitter américain d’Extinction Rebellion le 31 octobre 2018 – le même jour que le lancement d’Extinction Rebellion au Royaume-Uni. Les revendications d’Extinction Rebellion ne sont pas seulement complémentaires de la stratégie d’urgence de la Mobilisation pour le climat (Climate Mobilization) actuellement en cours ; elles en sont le reflet avec le slogan “Tell the Truth” (« Dites la vérité »).



Roger Hallam, cofondateur d’Extinction Rebellion
Roger Hallam, cofondateur d’Extinction Rebellion
Formation des coordinateurs locaux de XR



Pendant la session de formation, Hallam dessine un tableau avec trois cercles. Le petit cercle en haut signifie Extinction Rebellion – des gens qui veulent que les choses se fassent. Le cercle du milieu est rapidement identifié comme le cercle litigieux. Ce cercle désigne les « plus obstructionnistes », hautement politisés, une « gauche dure » qu’il faut contourner pour atteindre le cercle inférieur. Le cercle du bas, le plus grand en taille, représente les citoyens apolitiques, le public cible de XR : « Les gens qui se chient dessus et qui veulent qu’on fasse quelque chose mais qui ne sont pas très politisés ». [Source : Formation des coordinateurs locaux de XR]

Hallam :

Je vais juste finir sur quelque chose qui est un peu tabou, d’accord ? Mais c’est un autre problème majeur que vous allez rencontrer quand vous vous organiserez, ce qui est difficile, des gens politisés.

Ok, donc je vais faire un petit tableau ici.

Comme la plupart d’entre nous dans cette salle, vous trouvez que nous sommes des gens vraiment politisés, mais nous sommes également très pratiques parce que nous voulons accomplir des choses. OK ?

Et puis en dessous de nous, entre guillemets, il y a un autre groupe de gens qui sont vraiment politisés, mais qui ne veulent pas que les choses se fassent, parce qu’ils sont tellement bien politisés. (rires). Je vais les séparer dans une minute.

Et puis en dessous, c’est comme mille fois plus grand, ils veulent vraiment faire quelque chose de bien là, pas vraiment de la politique, vous voyez ce que je veux dire ?

Ces gens veulent vraiment que les choses soient faites. Donc il faut descendre ici et essayer d’impliquer ces gens, et travailler ces gens au corps. »

Hallam parle des dangers posés par les points de vue de « l’extrême gauche », de « l’extrême intersectionnalité » (« nous devons tous être parfaits, ce genre de choses »), de l’extrême désir de diversité, de « l’extrême véganisme », etc. Ses exemples sont délibérément trompeurs et caricaturaux. Sa mention de l’anarchisme déclenche encore plus de rires.

Hallam admet « et souvent ils ont raison », mais il n’a aucune intention de donner à ce groupe les moyens de fédérer davantage les masses « apolitiques » de base ciblées par XR. Son but est plutôt de recruter ceux que l’on peut persuader d’adopter le pragmatisme, tout en bâillonnant ceux qui refusent de se conformer.

Dans le business de Rebellion, l’éthique n’est pas une force motrice, c’est plutôt un handicap:

Écoutez, tous les mouvements les plus efficaces ont un concept central et ce concept est l’équilibre. L’équilibre entre le pragmatisme et l’impératif éthique de changer la société doit supplanter le besoin d’être toujours irréprochablement éthique. »

Le message est clair – ciblez l’aspect pratique et pragmatique. Éloignez-vous des « puristes » égocentriques.

Ils [les 20%] ne s’intéressent pas vraiment à l’efficacité politique. Ils sont intéressés par une approche politique flatteuse pour leur ego. »

Bien que XR affirme « nous travaillons à la construction d’un mouvement participatif, décentralisé et inclusif », c’est contredit par le comportement de XR elle-même :

Le but du jeu est de contourner ces gens, ou du moins de recruter le petit nombre d’entre eux qui comprennent… et de descendre ici. Et c’est ainsi que nous avons réussi à mobiliser des milliers de personnes en trois mois. En organisant une réunion publique. Et si la réunion publique est construite autour de principes participatifs, vous n’aurez pas de type du SWP (Socialist Workers Party, Parti socialiste des travailleurs ) debout devant vous. Tout le monde se sent bien, mais il part dans une diatribe sur la nécessité d’être socialistes, sinon c’est de la foutaise. Ce qui déprime tout le monde. C’est arrivé de nombreuses fois. Et comment on fait pour l’éviter ? On n’a pas de questions-réponses à la fin. Les questions-réponses encouragent les nerds et les absolutistes, (rires), nous le savons tous, non ? Je veux dire que vous pouvez avoir des questions-réponses si vous êtes très confiant et que vous faites partie d’un groupe de gens qui sont généralement similaires, mais dans le monde réel, si vous tenez une réunion publique, 8o% des gens seront des gens normaux qui s’intéressent essentiellement à cette question, et 20% des gens seront des absolutistes politiques. Et ils seront là pour s’approprier votre énergie. »

Et cette idéologie défendue par Hallam est l’idéologie fondamentale qu’Extinction Rebellion enseigne, encourage et nourrit. Hallam : « C’est comme ça qu’on mobilise beaucoup de gens. »

C’est là, en substance, la stratégie-clé d’Extinction Rebellion. Isoler les voix radicales et dominer le récit. Tout en ciblant les pragmatiques. Un angle et une campagne orchestrés au service de la classe dirigeante. D’abord donner un faux sentiment d’inclusion, tout en se moquant de ceux qui ont, d’abord et avant tout, une véritable allégeance envers la Terre. Ensuite, considérer ceux qui réalisent que le système capitaliste – qui détruit toute vie sur notre planète finie – ne sera pas et ne peut pas être réformé par magie pour nous sauver comme des « absolutistes politiques ». Comme Hallam considère que les personnes identifiées dans le cercle du milieu ne sont pas « normales », il recherche l’aval de ses élèves en terminant ses phrases par un « oui ? » ou un « OK ? » plaisants, ce à quoi ils répondent en l’approuvant – en grande partie grâce au pouvoir du conformisme dans un contexte collectif – et les rires s’ensuivent. Personne ne conteste la diatribe d’Hallam. L’identification délibérée de ceux qui ne se conforment pas comme « obstructionnistes » est une ingénierie sociale efficace.

Bien qu’Extinction Rebellion ne prenne pas position contre le capitalisme, Hallam n’éprouve aucune difficulté quand il s’agit de s’en prendre au socialisme. Prenant comme exemple l’expérience de Mondragon en Espagne, Hallam explique que le concept central doit être l’équilibre, « pas le socialisme ou autre ».

Ce sont les principaux points soulignés par/pour les coordinateurs locaux de XR :

Ce n’est pas l’efficacité politique qui les intéresse [le groupe du milieu], mais le fait que les choses soient parfaites et bonnes. Je ne fais pas de jugement personnel, mais ça ne nous aidera pas. »

La majorité, qui doit être regroupée comme des moutons (GCCA/TckTckTck – Global Call for Climate Action) sont « Les gens qui se chient dessus et qui veulent qu’on fasse quelque chose, mais qui ne sont pas très politisés ».

« N ‘ayez pas de questions-réponses. Cela permet aux extrémistes de déprimer tout le monde. »

« 80% sont des gens normaux [et] 20% des absolutistes politiques. Venus là pour s’approprier votre énergie. »

« Il ne s’agit pas d’informations sur le changement climatique, mais de la façon émotionnelle dont nous le disons – il faut créer cette réponse émotionnelle, les réactions personnelles sont incroyablement fortes. »

Pour les dirigeants de XR, l’ennemi de Rebellion n’est pas la domination d’entreprises comme Unilever ou Volans (comme l’a récemment confirmé XR Business [Update : depuis, face à la levée de boucliers interne suscitée par une collaboration aussi ouverte avec l’univers des grandes entreprises, les confondateurs d’XR ont décidé de fermer XR Business, tout en déclarant « Cela dit, le dialogue avec les entreprises, comme avec tous les secteurs de la société, sera nécessaire pour répondre à nos exigences », NdT]. L’ennemi de Rebellion n’est pas le système économique capitaliste qui dévore tout sur son passage. L’ennemi de Rebellion est le militant radical prêt à défendre la Terre « par tous les moyens nécessaires ».



Le pacifisme en tant que pathologie

« Dans certaines situations, prêcher la non-violence peut être une forme de violence. De plus, c’est le genre de terminologie qui s’harmonise parfaitement avec le discours sur les « droits de l’homme » dans lequel, à partir d’une position élevée de fausse neutralité, la politique, la moralité et la justice peuvent être effacées du tableau, tous les partis peuvent être déclarées délinquants au regard des droits de l’homme, et le statu quo peut être maintenu « . – Arundhati Roy, How to Think About Empire

Hallam recommande à ses étudiants d’étudier : « The Psychology of Persuasion » (« La psychologie de la persuasion »), « How to Win » (Comment vaincre ») du « Radical Think Tank » et « This is an Uprising » de Mark Engler (« Ceci est une révolte », avec les avant-propos élogieux de Bill McKibben et Naomi Klein, de 350.org).

Nous avons ici un nouvel effort orchestré pour pacifier encore plus la classe ouvrière asservie par l’État. Il serait sage de jeter « Ceci est une révolte » et de lire à la place « Mensonges sans effusion de sang : Critique du livre This is an Uprising » (7 novembre 2016). C’est un excellent exemple des écrits que ceux qui travaillent dans le complexe industriel sans but lucratif ne veulent pas que vous lisiez. [Résumé lapidaire de l’article proposé par Cory Morningstar : les vrais militants ne sont pas toujours des pacifistes, NdT].

Plutôt que d’éduquer les citoyens sur la nécessité de devenir révolutionnaires pour protéger les derniers vestiges du monde naturel, Hallam encourage ses nouveaux coordinateurs à assumer le rôle de « généralistes ». [Tâches pour les généralistes de XR : « organiser des réunions, être gentil avec les gens, comprendre comment la société change, etc. Pour les théoriciens révolutionnaires – le travail est déjà fait! ; livres à lire : « Ceci est une révolte » (Mark Engler)]. [Source]
Les élites au service du capital

Comme nous l’avons mentionné dans la conclusion de la série Manufacturing Greta Thunberg for Consent, ACT VI (lien en français), Extinction Rebellion est liée à certaines des ONG les plus puissantes du monde, celles qui se tiennent à la tête du complexe industriel sans but lucratif (Avaaz, 350.org, Greenpeace et autres). C’est un mouvement largement dirigé par des Blancs, au service du pouvoir blanc.

Gail Bradbrook, cofondatrice de XR, est également très influente grâce à ses liens de longue date avec l’industrie de la tech. Dans son atelier, Hallam pouffe de rire en disant : » C’est comme Gail, elle a des liens avec les élites. Elle parle au téléphone avec George [Monbiot] ». Parler des « liens avec les élites » de Bradbrook n’est pas exagéré. La prestigieuse publication Financial Times parle de Bradbrook en ces termes : « Vêtue d’un manteau cramoisi et d’un chapeau assorti, alors qu’elle court entre ses discussions de levée de fonds avec un propriétaire de fonds spéculatifs londonien et ses réunions pour recruter les bénévoles d’Extinction Rebellion … »

De fait, « l’activisme » n’a jamais été aussi en vogue, et un don de 50 000 livres sterling par un propriétaire de fonds spéculatifs à Extinction Rebellion [Source], ne soulève pas le moindre questionnement. On peut dire sans risque de se tromper que les vestiges de l’écologisme occidental ont atteint une nouvelle étape de marchandisation et de normalisation. Ceci n’est pas de la rébellion. Ceci est du business. Bien sûr, Bradbrook n’est pas la seule représentante de l’élite à tenir la barre du mouvement.

(Farhana Yamin : « Merci à Jennifer Morgan @WRIClimate @algore pour avoir obtenu le but à long terme d’émissions nettes #Zero dans l’Accord de Paris #COP21 »)
(Farhana Yamin : « Merci à Jennifer Morgan @WRIClimate @algore pour avoir obtenu le but à long terme d’émissions nettes #Zero dans l’Accord de Paris #COP21 »)
Farhana Yamin est « l’une des voix principales du mouvement » d’Extinction Rebellion (Financial Times). Yamin qui « a passé 27 ans dans des négociations de l’ONU sur le climat » et « a aidé à l’accouchement de l’Accord de Paris de 2015 pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre » est membre du conseil d’administration et fiduciaire de Greenpeace. [Source : The rise of Extinction Rebellion, The Financial Times, 12 avril 2019].

« Yamin, l’avocate internationale, qui est également administratrice de Greenpeace UK et qui jouera bientôt un rôle consultatif auprès du WWF, veut construire un pont avec les organisations existantes pour forger un « mouvement de mouvements » beaucoup plus important. « Nous devons tirer parti de la nouvelle forme de leadership que l’on nous demande aujourd’hui », dit-elle. [Source : « Extinction Rebellion, inside the new climate resistance », The Financial Times, 10 avril 2019]

Ancienne « Guerrière du climat » de l’année de Vogue (2015), Yamin est la fondatrice et PDG de Track 0 : « Track 0 est une organisation indépendante à but non lucratif qui sert de plate-forme de soutien à tous ceux qui se dirigent vers un avenir propre, juste et clair pour les générations futures dans le monde, compatible avec les objectifs fixés par l’Accord de Paris. Nous réunissons des dirigeants et fournissons des services de recherche stratégique, de formation, de conseil, de communication et de réseautage aux gouvernements, aux entreprises, aux investisseurs, aux organismes philanthropiques, aux communautés et aux campagnes menées par la société civile. » [La maladresse de la formulation a été conservée, NdT].


Les partenaires de Track 0 comprennent GCCA (TckTckTck), CAN (Climate Action Network), Avaaz, ClimateWorks (The Climate Group, We Mean Business), la Rockefeller Foundation, E3G (fondateur du GCCA), le Prince of Wales Corporate Leaders Group, la European Climate Foundation et Chatham House. [Liste complète]

Les membres consultatifs de Track 0 comprennent Sharon Johnson, « PDG de Havas Media Re: Purpose ». Ceci est incroyable, mais pas surprenant car Havas a créé la campagne TckTckTck 2009, il y a dix ans. Parmi les autres membres consultatifs figurent Betsy Taylor (membre du conseil d’administration de One Sky qui a fusionné avec 350.org, Ceres, The Climate Mobilization, etc.), et Bernice Lee, directrice du Changement climatique au Forum économique mondial de Davos.

Un coup d’œil à la section de Track 0 intitulée « Individuals & Organizations on Track » (Individus et organisations sur des rails [en anglais « On Track », NdT]) permet de comprendre qui est considéré « sur des rails » pour le « zéro-net » par Yamin et autres. Certainement pas les obstructionnistes du cercle central de Hallam.

En plus d’avoir fondé Track 0, Yamin est membre associée à Chatham House et membre du Global Agenda Council on Climate Change du Forum économique mondial.

Track 0, Twitter : »Les leaders de business veulent des actions sur le changement climatique pour stimuler une économie verte. Des buts de long terme faciliteront cela ».
Track 0, Twitter : »Les leaders de business veulent des actions sur le changement climatique pour stimuler une économie verte. Des buts de long terme faciliteront cela ».
Yamin a été conseillère auprès de la Commission européenne pour la directive relative au marché des droits à polluer de 1998 à 2002, puis conseillère spéciale de Connie Hedegaard, commissaire européenne chargée de l’action pour le climat.

« Elle est l’auteur principal de trois rapports d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat sur les questions d’adaptation et d’atténuation. Elle continue de fournir des conseils juridiques, stratégiques et politiques aux ONG, aux fondations et aux pays en développement sur les négociations internationales sur les changements climatiques inscrites dans la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). » [Source]

Comme abordé dans « Une décennie de manipulation sociale pour la captation de la nature par les grandes entreprises » [en français, NdT], alors que l’International Policies and Politics Initiative et la Global Climate Change Alliance (GCCA) contrôlaient le « mouvement » à la COP15, ces mêmes forces contrôlaient également le message via le Carbon Briefing Service (CBS). Ce service d’information a été lancé par Jennifer Morgan (WWF, WRI, Greenpeace, etc.) et Liz Gallagher (E3G) à la fin 2014, avec des financements supplémentaires des fondations ClimateWorks, Hewlett, Oak, Villum et d’Avaaz. [Source] Yamin a participé au groupe, qui fonctionnait seulement sur invitation.

En 2015, Yamin a participé à une retraite d’une semaine organisée par Avaaz. [Source]

Ceux qui ont lu mes travaux passés ainsi que la série sur Greta connaissent Greenpeace et le WWF, tous deux fondateurs de la GCCA (TckTckTck) – et tous deux à la tête de ce faux mouvement. Ces ONG et d’autres phares du du complexe industriel à but non lucratif ont pour mission de créer un nouveau « moment parisien » nécessaire à la financiarisation prévue de la nature, à mettre en œuvre en 2020 (#NewDealForNature), ainsi qu’au déblocage des fonds nécessaires à la quatrième révolution industrielle (pour sauver le capitalisme lui-même).

C’est ici que nous sommes témoins de la préparation des « nouveaux champions », « influenceurs mondiaux » et « nouveaux leaders d’opinion » du « nouveau pouvoir » de demain, tels que définis par les élites les plus puissantes de la planète, par des experts en psychologie sociale-organisationnelle. Au XXIe siècle, la psychologie n’est pas seulement un outil extrêmement important pour influencer l’opinion publique, elle est maintenant considérée comme un outil unique, et le plus important. La nécessité de comprendre les processus mentaux, les désirs et les modèles sociaux de la population en général ne peut être sous-estimée. Travaillant de concert avec des médias contrôlés et les meilleurs dirigeants marketing que l’argent des fondations puissent acheter, les faux activistes, les leaders d’opinion et les caniches des médias d’aujourd’hui sont à la base même de la gestion de la perception d’aujourd’hui.

En 1966, Stokely Carmichael a déclaré : « Et c’est la vraie question à laquelle sont confrontés les militants blancs aujourd’hui. « Peuvent-ils démolir les institutions qui nous ont tous mis dans le pétrin où nous sommes depuis des centaines d’années ? »

Telle est la véritable question à laquelle sont confrontés les militants légitimes aujourd’hui. Est-ce qu’on démolit les institutions ou est-ce qu’on les maintient en place ? Extinction Rebellion a été chargée de soutenir les institutions mêmes que nous devons démanteler. Il y a une raison pour laquelle des « écologistes » préfabriqués et des célébrités sont reconnus comme influenceurs-clés. C’est délibérément que Hallam recommande « Rules for Revolutionaries » (« Règles pour révolutionnaires » (un livre de 2016 fondé sur la campagne présidentielle du [très compatible avec le système, NdT] sénateur américain Bernie Sanders), et ne cite jamais de véritables révolutionnaires comme Marilyn Buck, Malcolm X ou les défenseurs indigènes de la Terre, qui sont en première ligne de front. Ceux-là, souvent, ne sont pas couverts par les médias (jusqu’à ce qu’ils soient assassinés).

Ce sont ceux qui appartiendraient au cercle central d’Hallam. C’est un enterrement de la résistance politique radicale. Un recadrage de la résistance – dans une conformité obéissante. Notez que Rules for Revolutionaries est écrit par Zach Exley, conseiller actuel de la députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez [qui mène une campagne active pour le « New Green Deal », NdT]. Il est à noter que les éloges envers le livre, d’une pléiade d’auteurs, comprennent celles de Robert B. Reich, auteur de Saving Capitalism. (Pour sauver le capitalisme).

Les influenceurs des classes dirigeantes valent leur pesant d’or.

We Mean Business : Top 10 des influenceurs sur le changement de climat de Twitter.
We Mean Business : Top 10 des influenceurs sur le changement de climat de Twitter.

De l’émotion – pas d’information

Un autre impératif critique que Hallam souligne pour la mobilisation de masse est « l’émotion – pas l’information ». Hallam déplore que les gens qui mèneront la « rébellion » seront des jeunes :

"La dernière chose à réitérer, c’est l’émotion – pas l’information… donc les gens qui vont mener cette rébellion vont être des jeunes, des jeunes de 14 et 15 ans… Oh mon Dieu – un jeune de 14 ans est en larmes, non ? à la télévision, sur ce qui arrive… "

Ainsi, une stratégie-clé pour XR était (et continue d’être) « Comment communiquer avec les jeunes – mobilisation des jeunes, discussions dans les écoles/collèges, trouver comment communiquer sur les réseaux sociaux des ‘jeunes' ». [Source]

We Mean Business est en extase devant les grèves climatiques. Tout comme l’est Christiana Figueres.

Figueres, anthropologue, économiste et analyste diplômée de la London School of Economics et de l’Université de Georgetown, a présidé aux négociations qui ont abouti à l’Accord de Paris, en 2015. Pour cet accomplissement, Mme Figueres a été reconnue comme « forgeant une nouvelle forme de diplomatie collaborative ». Avec près de quarante ans d’expérience dans les négociations multilatérales, les politiques nationales et internationales de haut niveau et une forte implication dans le secteur privé, le magazine TIME a nommé Figueres l’une des 100 personnes les plus influentes du monde en 2016.

Aujourd’hui, Figueres est vice-présidente de la Convention mondiale des maires pour le climat et l’énergie, membre du conseil d’administration de ClimateWorks, responsable du climat à la Banque mondiale, responsable de la B Team responsable de Mission2020 (une « transformation exponentielle » axée sur six secteurs qui joueront un rôle clé dans les administrations municipales et les « nouveaux accords verts ») ; et membre du conseil d’aministration du World Resources Institute.

Quand l’oppresseur et l’opprimé marchent bras dessus, bras dessous, c’est en effet « formidable » pour les élites. Pourtant, à mesure que les desseins des élites dirigeantes prendront auprès de la population, ce qui est déjà bien amorcé, nous réaliserons que les citoyens eux-mêmes ont été grossièrement manipulés pour faire naître un cauchemar qui ne ferait qu’aggraver leur propre chute.

[Lire aussi : Qui est exactement Christiana Figueres ? en anglais] https://winteroak.org.uk/2019/04/25/so-who-exactly-is-christiana-figueres/

30 avril 2019 : « Bienvenue dans l’édition d’avril du bulletin de la coalition We Mean Business… Au milieu de nouvelles vagues de protestations exigeant une action accélérée pour le climat, de plus en plus d’entreprises et de décideurs politiques s’activent et apportent le niveau de changement systémique requis pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris ».

We Mean Business – « une coalition d’organisations travaillant avec des milliers d’entreprises et d’investisseurs parmi les plus influents du monde ». Les associés fondateurs de We Mean Business sont : Business for Social Responsibility (BSR) (liste complète des membres et membres associés), CDP (anciennement Carbon Disclosure Project), Ceres, la B Team, le Climate Group, le Prince of Wales’s Corporate Leaders Group (CLG) et le World Business Council for Sustainable Development (Conseil mondial des affaires pour le développement durable, acronyme anglais WBCSD).

Le Climate Group a été incubé par le Rockefeller Brothers Fund en tant que projet interne devenu par la suite une institution autonome.

Ensemble, ces groupes représentent les entreprises les plus puissantes – et les plus impitoyables – de la planète, salivant pour libérer des billions de dollars pour la quatrième révolution industrielle. Cela, associé à la financiarisation de la nature, créera de nouveaux marchés, relancera la croissance économique mondiale et, plus important encore, sauvera le système capitaliste économique mondial qui détruit notre biosphère.

De l’émotion pour masquer l’information : bioénergie avec capture et stockage de carbone (CSC)

L’Institut a une composition unique et inégalée comprenant des gouvernements, des entreprises mondiales, des entreprises privées et des universités. Parmi ses représentants figurent les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni, de la Chine, du Japon et de l’Australie, ainsi que des multinationales telles que Shell, ExxonMobil, Toshiba, Kawasaki et BHP. » – The Global CCS Institute, site Web

Dans le bulletin d’Extinction Rebellion du 3 mai 2019 (no 20), la ligne d’objet se lit comme suit : « Le Parlement répond à notre première exigence ! » Dans le corps du texte : « Il y a beaucoup de bonnes nouvelles encore plus voyantes, mais parlons tout d’abord la déclaration du Parlement sur l’urgence climatique et environnementale. » Ce que XR ne partage pas avec le public, c’est que la législation climatique du CCC (Comité sur le changement de climat) du Royaume-Uni a été une victoire pour l’industrie de la capture et stockage du carbone (acronyme anglais CCS). Tout comme la financiarisation de la nature, la législation et les projets de capture du carbone font d’énormes progrès à huis clos – et sans aucune opposition.

Global CCS Institute, 2 mai 2019, Twitter :

"L’Institut accueille favorablement le rapport de @theCCCuk, qui recommande l’engagement du Royaume-Uni à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) à zéro-net d’ici 2050, et souligne le rôle crucial que la capture et le stockage du carbone doivent jouer pour atteindre cet objectif. #NetZeroUK #climateaction"

Une civilisation industrielle sans émissions n’est pas possible. Pour le maintien de la civilisation industrielle, le CCS est une nécessité. C’est la promesse d’un maintien du statu quo. L’avenir de l’énergie sera dominé par le brûlage de nos forêts restantes, couplé au CCS. Tout comme l’uranium appauvri laissé aux générations futures, le CCS injectera du CO2 dans la Terre ravagée. C’est le cadeau à laisser à Greta Thunberg et à la jeunesse qu’elle inspire. Un cadeau pour les nombreuses générations à venir.

Encore plus que cela, « zéro net » ne signifie pas zéro émissions, et ne l’a jamais signifié. Une autre vérité gênante est que les termes « émissions nettes zéro » et « neutralité carbone » sont interchangeables. C’est la force du langage et de la formulation.


« La capture et le stockage du carbone est une technologie très importante, à laquelle trop peu d’investissements son alloués. » – Directrice du climat à l’ONU Christiana Figueres, 6 mai 2015
« La capture et le stockage du carbone est une technologie très importante, à laquelle trop peu d’investissements son alloués. » – Directrice du climat à l’ONU Christiana Figueres, 6 mai 2015
« Neutralité carbone » est un terme utilisé pour décrire l’état d’une entité (une entreprise, un service, un produit ou un événement, etc), dont les émissions de carbone ont été compensées en finançant une quantité équivalente d’entreprises économes en carbone ailleurs dans le monde. La neutralité carbone est le plus souvent recherchée/atteinte par le biais de la dite « compensation carbone » (achat de compensations, échanges commerciaux et projets).

Question posée par l’ONG The Elders de Richard Branson à Farhana Yamin (2014) : En quoi la neutralité carbone diffère-t-elle des » émissions nettes zéro » ?

Réponse de Yamin : « Les termes ‘émissions nettes zéro’ et ‘neutralité carbone’ sont interchangeables. »

Q : Global News, 3 décembre 2018 : Qu’est-ce que les émissions nettes nulles ?

R : Catherine Abreau, directrice exécutive du Réseau Action Climat : « En bref, cela signifie que la quantité d’émissions rejetée dans l’atmosphère est égale à la quantité capturée. »

Le militarisme – en tant que l’un des principaux moteurs du changement climatique, de la dévastation écologique et de la mort de millions de personnes – n’est toujours pas abordé. Les « nouveaux accords verts » mondiaux garantissent la poursuite de l’impérialisme et l’escalade des guerres. Ces réalités ont été délibérément et avec succès soustraites du débat. Elles sont enterrées dans le cercle des 20%, avec les puristes.

Les preuves sont claires. Le CO2 doit être éliminé de l’atmosphère – c’est connu sous le nom d’élimination du dioxyde de carbone (acronyme anglais CDR), en utilisant des technologies négatives en émissions (NETs) pour atteindre les objectifs de la lutte contre le réchauffement climatique. La bioénergie avec capture et stockage du carbone (acronyme anglais BECCS) apparaît comme la meilleure solution pour décarboner les industries et les secteurs à forte intensité d’émissions, et permettre des émissions négatives ». – 14 mars 2019, Bioénergie avec capture et stockage du carbone, The Global CCS Institute

"Pour que la technologie BECCS soit réellement efficace dans la réduction des émissions de CO2, il faut cultiver de grandes surfaces de terres arables, mais ces dernières ne sont pas toujours disponibles ou facilement utilisables."

— The Global CCS Institute

De l’émotion pour masquer l’information : La financiarisation de la nature

La phase suivante de la mise en œuvre de la financiarisation de la nature a débuté le 29 avril 2019 avec la réunion d’évaluation mondiale de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, le GIEC pour la biodiversité).

La « première évaluation de la biodiversité mondiale en 14 ans », a été publiée le 6 mai 2019, avec la section habituelle du « résumé pour les décideurs politiques ». Nous y trouvons une « approbation scientifique » de haut niveau pour un ensemble complet d’outils de financiarisation de la nature, y compris des mesures globales pour les systèmes d’évaluation, de marchandisation et de compensation.
[Voir page 32 du résumé pour les décideurs politiques, NdT]

Cette rencontre de cinq jours s’est tenue au Siège de l’UNESCO à Paris et s’est achevée le 4 mai 2019.

Il n’y a pas eu de protestations.

Ensemble, ces accords se lisent comme le plus grand accaparement de terres depuis l’Empire britannique. Ceci est le grand déploiement d’instruments de mesure et financiers que le secteur des entreprises, la finance et les classes dirigeantes ont développé. Chaque partie de la séquestration sera utilisée pour satisfaire encore davantage les ambitions en matière de capital naturel, sous couvert de protection du climat.

Les campagnes « New Deal For Nature » et « Voice For The Planet » sont le visage public de cette grotesque entreprise. Elles sont dirigées par le WWF – co-fondateur de la GCCA. Les ONG qui composent la GCCA ont joué le rôle de chefs de file dans l’orchestration des mobilisations mondiales pour le changement climatique au cours de la dernière décennie, en complète servitude envers leurs bailleurs de fonds.

« Voice For The Planet » est particulièrement visible (lien en français), car elle est présentée par le groupe de jeunes du Forum économique mondial « Global Shapers ».

L’exploitation grossière de la jeunesse pour l’expansion du capital est comparable à l’exploitation grossière des peuples autochtones. L’appropriation et l’utilisation de l’imagerie autochtone pour promouvoir des solutions commerciales rentables sont documentées depuis longtemps.

Les entreprises et les ONG partenaires les plus puissantes du monde s’approprient l’imagerie de la culture autochtone pour créer une image de marque chargée d’émotion, alors qu’elles lancent et soutiennent des « solutions » qui forcent toujours davantage les peuples autochtones à partir de leurs terres. Ils ont sapé l’Accord des peuples autochtones de 2010 et l’ont ensuite enterré. Ils parlent de protection des indigènes – alors qu’ils promeuvent activement des programmes de marketing « verts » et de « nouveaux accords verts » qui déplaceront encore davantage les peuples indigènes. Cela accélérera le génocide en cours des peuples autochtones.

« Qui sera le Bill Gates des services liés aux écosystèmes? » – John Elkington. Elkington est cofondateur de Volans,  expert de la B Team (fondée par Richard Branson, la B Team est cofondatrice de We Mean Business), membre du Conseil des Ambassadeurs du WWF, et signataire d’Extinction Rebellion Business (avec Gail Bradbrook, co-fondatrice d’Extinction Rebellion)
« Qui sera le Bill Gates des services liés aux écosystèmes? » – John Elkington. Elkington est cofondateur de Volans, expert de la B Team (fondée par Richard Branson, la B Team est cofondatrice de We Mean Business), membre du Conseil des Ambassadeurs du WWF, et signataire d’Extinction Rebellion Business (avec Gail Bradbrook, co-fondatrice d’Extinction Rebellion)
Ils exploitent la jeunesse mondiale pour voler le monde naturel sous leurs pieds.

Ils exploitent l’amour de la nature pour l’asservir encore davantage.

Alors que le WWF, cofondateur de la GCCA, aide et encourage les déplacements, les violences et les meurtres d’indigènes sous couvert de conservation, leurs partenaires de la GCCA gardent le silence. C’est une perpétuation de la colonisation, reconditionnée sous les étiquettes de conservationnisme et de « vert ».

La civilisation industrielle – est l’ennemie du monde naturel. Nous défendons la civilisation industrielle – ou nous défendons la planète. C’est le choix qui s’impose. La question est, de quel côté sommes-nous ?

Et la réponse à cette question est peut-être la chose la plus terrifiante de toutes.




Cory Morningstar est journaliste d’investigation indépendante et militante écologiste. Elle se concentre sur l’effondrement écologique mondial et l’analyse politique du complexe industriel à but non lucratif. Elle publie sur Wrong Kind of Green, The Art of Annihilation et Counterpunch. Ses écrits ont également été publiés par Bolivia Rising and Cambio, le journal officiel de l’État de Bolivie. Elle vit au Canada.

Traduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo : Extinction Rebellion dans le métro de Londres/Tweeter-Facebook
Resources supplémentaires (en anglais) :

« Trees don’t grow on money – or why you don’t get to rebel against extinction », par Tim Hayward

Climate Capitalists, par Winter Oak Press

« This Changes Nothing, The Paris Agreement to Ignore Reality », par Clive Spash

Video: Selling Extinction, par Prolekult

Between the Devil and the Green New Deal

« New Power” – “The ability to harness the connected crowd to get what you want » – Jeremy Heimans, cofondateur de Purpose/Avaaz, expert de la B Team


Samedi 12 Octobre 2019


Commentaires

1.Posté par jehaislescookies le 12/10/2019 17:30 | Alerter
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voilà ! ils sont sur le "climat", ce sont des réchauffistes, pas des écologistes, ils ne se battent pas du tout pour les vrais drames écologiques : mort des sols , disparition des insectes, disparition des oiseaux, donc il n'y a aucune confiance à avoir en eux.

2.Posté par jehaislescookies le 12/10/2019 17:41 | Alerter
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bref ça confirme qu'il s'agit là d'une "révolution orage" conconctée par des spécialistes US au service du grand capital, pour l'appeler par son nom ! Ils sont très forts, ont potassés les cours universitaire de "coaching" de motivation de cadres sup du secteur privé, de manipulation des foules !

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