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Ethiquable ou l’éthique de l’équitable


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Samedi 5 Octobre 2013

Ethiquable ou l’éthique de l’équitable
Pour commencer, pouvez-vous nous présenter Ethiquable et ses spécificités ?

A l’origine, Ethiquable est une entreprise coopérative, une SCOP, c’est-à-dire qu’elle appartient à ses salariés. Nous sommes aujourd’hui 55 sociétaires pour 65 salariés car, selon nos statuts, un salarié devient sociétaire au bout de deux ans. Notre travail consiste à importer des produits du commerce équitable depuis des organisations de producteurs. Tous nos produits sont achetés directement aux producteurs, ce qui permet de laisser un maximum de valeur ajoutée dans le pays d’origine. Parallèlement à l’activité purement commerciale, nous effectuons tout un travail d’accompagnement, d’identification et d’organisation des producteurs. Nous montons des projets avec des groupements paysans d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie.
Nous importons principalement du thé, du café, du chocolat mais également d’autres produits comme des céréales, des jus de fruits, du sucre, et des produits manufacturés, toujours dans le but de laisser un maximum de valeur ajoutée sur place. Nous achetons par exemple des chips de couleur au Pérou, des tisanes faites par les producteurs eux-mêmes en Equateur…
Tous ces produits sont centralisés à Fleurance, dans le Gers, où se trouve notre siège, et nous répartissons l’ensemble dans la grande distribution. Nous sommes présents dans 4 000 points de vente en France. La moitié de nos produits sont envoyés directement dans les magasins, le reste passe par des centrales d’achat. Pour réaliser ces ventes, nous sommes équipés d’une force de vente de 20 commerciaux répartis sur le territoire national et qui s’emploient à expliquer notre démarche et à susciter les commandes.

Comment Ethiquable a-t-elle commencé et quelle est l’éthique que vous proposez puisque vous avez choisi de vous appeler Ethiquable. J’imagine que ce n’est pas juste pour le jeu de mot ?

Nous avons commencé il y a dix ans. Au départ, nous étions trois. Rémy, commercial, Stéphane qui a une formation finances et entreprise mais qui a travaillé dans des pays du Sud sur des problématiques d’agro-alimentaire. Et moi, agronome en relation avec des organisations de producteurs.
Nous avons choisi le nom d’Ethiquable d’abord parce que nous sommes une entreprise coopérative qui a été créée pour faire du commerce 100% équitable à l’exclusion d’autres types de commerce. L’entreprise a été créée pour la grande distribution mais nous souhaitions imposer notre volonté de transparence. L’idée était de dire à nos magasins partenaires « Nous faisons du commerce équitable », de se positionner fortement vis-à-vis de la grande distribution comme une entreprise engagée, de faire valoir nos façons de travailler. Nous voulions nous différencier par rapport aux marques de distributeurs qui font du commerce équitable car nous, nous achetons directement aux producteurs. Nous allons sur le terrain, nous connaissons toutes les organisations de producteurs, nous avons des projets concrets. Le producteur n’est pas juste un fournisseur. Nous centrons notre action sur l’agriculture paysanne, notre idée est de travailler avec des organisations de producteurs qui portent un projet de développement et qui ont des capacités de négociation avec leurs municipalités, avec leurs gouvernements. Ce sont des gens qui défendent quelque chose. Nous, nous sommes là pour apporter un support à leurs projets. C’est notre éthique, nous ne sommes pas juste des « commercialisateurs » de produits.

Quels sont vos liens avec Haïti ?

J’ai connu Haïti en 1991 au début de ma carrière, lorsque je suis parti comme volontaire dans l'Artibonite. J’ai travaillé ensuite avec AVSF (Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières) en Amérique Latine et je suis revenu en Haïti en 1999 pour y monter une délégation AVSF. Cette association avait acquis une compétence dans le domaine de l'irrigation et de la gestion de l'eau en Amérique Latine et c'est d'abord dans ces domaines qu'elle a agi en Haïti ; puis elle a monté un projet d'appui à une petite organisation de producteurs de café du Plateau Central, à Baptiste, en partenariat avec l'ONG haïtienne ICEF (Institut national du café d’Haïti). Cette coopération a duré dix ans et a donné naissance à cinq petites coopératives locales qui sont maintenant unies en « Union des coopératives caféières agricoles de Baptiste » (UCOCAB).
Ethiquable avait appris en Amérique Latine à s'appuyer sur les organisations de producteurs locaux. En 2007, lorsqu'elle a voulu ouvrir un chantier de même type en Haïti ou elle voyait le dynamisme des paysans haïtiens malgré les difficultés du monde rural, où elle voyait aussi que la qualité réelle ou potentielle de la production locale se prêtait à l'exportation, c'est tout naturellement vers cette coopérative UCOCAB qu'elle s'est tournée pour voir ce qui pouvait se faire et c'est maintenant UCOCAB qui fournit le café commercialisé par Ethiquable.
Nous importons désormais régulièrement du café et du cacao. La filière cacao se développant, nous avons consacré une partie de notre gamme au cacao d’Haïti. Nous nous engageons auprès des producteurs pour un achat précis chaque année. Nous signons des contrats pour une quantité précise que nous nous engageons à acheter.
Nous avons également mené une action avec le Mouvement Paysan de Papaye (MPP) autour du rhum et de la transformation de la canne à sucre mais cela a moins bien marché commercialement.

Comment s'est montée la filière cacao « FECCANO (Fédération des Coopératives Cacaoyères du Nord) » ?

Pour le cacao, c’est un projet un peu particulier. AVSF a mis en place un projet d’appui aux coopératives au Nord d’Haïti. Il y a 6 coopératives réparties autour de Cap Haïtien. Auparavant, ces 6 coopératives fonctionnaient pour collecter du cacao auprès des paysans et le revendaient au seul exportateur du Nord qui avait un réel monopole. Il n’existe que 2 exportateurs privés en Haïti, l’autre opérant dans le Sud. Ces situations de monopole ne sont pas favorables aux petits agriculteurs, AVSF a donc mis en place des structures d’appui à ces petites coopératives. Il s’agissait au départ de cacao naturel, non fermenté, séché au soleil. Or, le cacao juste séché au soleil n’est pas destiné à la chocolaterie européenne ni au marché de qualité mais au marché de masse, notamment américain. Le cacao d’Haïti était donc exporté pour être englouti dans le marché de masse. Nous n’avions pas sur le marché de tablettes de chocolat d’Haïti. Le projet - qui a bénéficié de l’appui d’AVSF - a consisté à mettre en place des bacs de fermentation et des séchoirs. Des paysans ont été formés à la pratique de cette fermentation : on dépulpe le cacao, on le fait fermenter pendant 5 jours et on le sèche ensuite. Nous avons fait venir un producteur péruvien puis un producteur équatorien pour transférer le savoir-faire.

Quand ce projet a-t-il été mis en place ?

Quand Ethiquable est arrivé en 2007, le projet était en cours de préparation. Nous l’avons monté ensemble avec AVSF. La mise en place a vraiment commencé en 2008. Dès le début, nous nous sommes engagés à organiser le débouché commercial de ce cacao. La première importation a eu lieu en 2010.
Les coopératives avec lesquelles nous travaillons existaient déjà. C’est un point intéressant parce que, dans un pays comme Haïti où il existe beaucoup d’aide, où le nombre très important d’ONG freine parfois le développement d’initiatives, ces coopératives menaient un travail très concret, rare dans le contexte d’Haïti : elles collectaient du cacao et le vendaient à l’exportation. Ce n’était pas très rentable mais ça fonctionnait, ce qui est remarquable en Haïti où très souvent l’origine des actions vient de projets extérieurs et lorsque les projets s’arrêtent, il ne reste rien. Le projet AVSF apportait quelque chose de plus à une structure déjà construite.
Les techniques apportées permettaient de valoriser le produit. Nous avons offert un prix très rémunérateur et créé ainsi le couple qualité - prix rémunérateur, qui permet de développer une dynamique. Au début, nous avons acheté une petite quantité, puis chaque année nous avons acheté un peu plus. La première commande était de 12 tonnes, nous atteignons aujourd’hui 50 tonnes. Quant au café, nous en importons 20 tonnes par an.
Pour le cacao, à partir de 2011, nous avons organisé la certification bio d’une partie des producteurs. Sur environ 3 000 producteurs, Ethiquable en a fait certifier 350 en bio par Ecocert qui est le certificateur français. Puis, une auditrice bio haïtienne a été recrutée. Maintenant, l’organisation est certifiée bio et les tablettes vendues sont bio.

Pourquoi faut-il que le cacao soit de qualité bio ?

Cela donne plus de valeur au produit. Nous avons d’abord créé un cacao fermenté puis la qualité bio a donné un avantage supplémentaire. Pour les chocolatiers aujourd’hui, avoir du cacao bio d’Haïti revient à avoir un nouveau produit. La certification crée de la valeur ajoutée. C’est ce qu’ont fait les voisins Dominicains il y a 15 ans. Cela permet aux coopératives de capitaliser et de développer leur travail.

La certification date de 2011. Cela se ressent-il déjà dans les faits ?

Le cacao est un produit coté en bourse. A la bourse de New York, il fluctue actuellement entre 2 200 et 2 300 $ la tonne. Or, nous l’achetons à 3 400 $. La coopérative peut ainsi faire un petit bénéfice et investir dans son développement. Le cacao étant à la fois équitable, bio et de qualité fermentée, cela permet de créer une dynamique. Un deuxième client leur paie déjà un bon prix. Nous espérons que demain d’autres clients pourront suivre.

Cette interview a été réalisée par Fatou Sall, membre du comité de rédaction de Nouvelles Images d’Haïti.
 
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Samedi 5 Octobre 2013


Commentaires

1.Posté par CITOYEN47 le 23/10/2013 22:43 | Alerter
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Cette entreprise n'embauche pas de senior, elle privilégie les jeunes ! L'éthique pour l'emploi ???

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