Coup de gueule

Et si les pylônes électriques n'étaient pas ces installations moches et ennuyeuses que l'on croit ?


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Régulièrement accusés de défigurer le paysage, les pylônes électriques ont la vie dure. Géants métalliques dégingandés, ils constellent nos campagnes de leur présence surnaturelle, sans essayer le moins du monde de s'y fondre. Si les pylônes ne passent pas inaperçus, il est cependant faux d'affirmer qu'ils ne font rien pour se faire apprécier. En fait, loin de ne répondre qu'à un souci pratique, leur design fait l'objet d'études plastiques pointues. Certains se présentent même comme des oeuvres d'art.


Bertrand Renier
Jeudi 21 Novembre 2013

Et si les pylônes électriques n'étaient pas ces installations moches et ennuyeuses que l'on croit ?
Au fait, pourquoi des pylônes ?

Pour des raisons budgétaires, d'abord. Les lignes à haute tension n'ayant, pour des raisons évidentes de sécurité, pas vocation à s'étirer à hauteur d'homme, on les surélève ou on les enterre. Cette seconde méthode est privilégiée dès que possible. Et pour cause, les câbles souterrains, en plus de ne constituer aucune pollution visuelle, sont aussi plus fiables en cas d'intempéries. Des intempéries causant des dommages qu'il faut bien réparer - notons au passage qu'ERDF a considérablement augmenté sa capacité d'intervention depuis les tempêtes de 1999, disposant à présent de 2.500 agents mobilisables en 24 heures, d'où une célérité impressionnante. Pourtant, tout bien pesé, même à prendre en compte le coût des réparations, il reste moins cher d'exhausser les lignes à haute tension que de les enfouir.

Alors on continue d'ériger des pylônes. En France plus qu'ailleurs. Seules 41% des lignes y sont souterraines, quand ce chiffre atteint les 80% en Allemagne et presque 100% en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg. Pourquoi une telle différence de traitement ? "Chez nous l'habitat est plus diffus", explique ERDF. La société de gestion de réseau de distribution estime à 100 milliards le coût de l'enfouissement total des infrastructures françaises. Un coût qui ne pourrait être supporté sans une hausse substantielle de la facture d'électricité.

Typologie du pylône

On l'aura compris, la disparition de ces escogriffes métalliques n'est pas pour demain. Alors, quitte à vivre avec, si on apprenait à les apprécier plutôt qu'à les maudire ? D'autant que l'étude des pylônes réserve quelques surprises.

Il y a presque autant de types de pylônes que de pays sur Terre. L'armature de la plupart d'entre eux est "en treillis", c'est à dire composée de plusieurs poteaux reliés entre eux par un maillage métallique. Au Canada, on préfère ainsi les pylônes de forme phallique, tandis que dans nos contrées le pylône trapézoïdal a davantage la cote. On les appelle des tétrapodes.

A chaque époque son style architectural. Au fil des ans, certaines variétés de pylônes sont laissées pour compte. C'est le cas du pylône électrique hyperboloïde (en forme de cônes), dont il ne reste plus qu'un seul exemplaire au monde, et quel exemplaire ! La tour Choukhoc sur l'Oka, en Russie, a été construite entre 1927 et 1929 et mesure 128 mètre de haut, pour un poids de 146 tonnes. Costaude. Pourtant, d'autres sont encore plus colossaux.

Les plus grands pylônes au monde sont les Yangtze River Crossing, en Chine. Ils culminent à 346 mètres, devançant ainsi d'une courte tête la tour Eiffel. En France, le plus grand pylône se trouve près de Bordeaux et mesure 118 mètres tout de même.

La France, d'ailleurs, ne plaisante pas avec ses pylônes. Savez-vous que la plupart d'entre eux sont du modèle dit "Beaubourg", en référence au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, où un jury a retenu leur physionomie parmi une quinzaine de projets ? Ces pylônes sont le résultat d'une recherche de cinq années et d'une consultation nationale menée par EDF.

Enfin, en plus de porter des noms un peu snobs, certains pylônes ont des prétentions arty. C'est le cas de ceux de la ligne Amnéville - Montois, en Lorraine, qui ont fait peau neuve après un passage de l'artiste Elena Paroucheva en 2004, et sont désormais colorés. De véritables oeuvres d'art.

Fort de ces connaissances, on est tout à fait en droit de continuer de trouver les pylônes électriques moches. On aura en revanche plus de mal à ne pas leur accorder un certain intérêt.


Jeudi 21 Novembre 2013


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