FRANCE

Entretien avec Ramírez Sánchez, dit Carlos ; Eternel débat terroriste ou résistant !



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Mardi 7 Juillet 2009

Entretien avec Ramírez Sánchez, dit Carlos ; Eternel débat terroriste ou résistant !
Ilich Ramírez Sánchez (né le 12 octobre 1949 à Caracas au Venezuela) est mieux connu du grand public sous le pseudonyme de Carlos. Pour certains, c’est un terroriste condamné par la justice française à la réclusion criminelle à perpétuité, pour d’autres, il incarne la plus pure figure du soldat politique et du résistant antisioniste
Fils d’un riche avocat communiste vénézuélien, Carlos fit ses études à l’Université Patrice-Lumumba de Moscou. Convaincu par le justesse de la lutte du peuple palestinien, il rejoignit le Front populaire de libération de la Palestine et après diverses actions armées anti-sionistes, il se fit connaître du monde entier, en décembre 1975, en organisant et dirigeant la prise d’otage de onze ministres de l’OPEP à Vienne.
En 1991, Ilich Ramírez Sánchez trouva refuge au Soudan. L’année suivante, pour le meurtre de deux policiers de la Direction de la surveillance du territoire et de leur informateur survenu le 27 juin 1975, un tribunal français le condamna à la détention à perpétuité par contumace. Le 14 août 1994, à Khartoum, la Direction de la surveillance du territoire française parvint à le faire enlever sur ordre de Charles Pasqua alors ministre de l’Intérieur, sans mandat d’extradition, puis à le ramener vers la France, où il est maintenant détenu à la prison centrale de Poissy.
Converti à l’Islam, Carlos rédigea en 2004, avec le journaliste Jean-Michel Vernochet (bien connu pour sa proximité avec les milieux nationaux français), une autobiographie intitulé L’Islam révolutionnaire qui fut publiée par les éditions Le Rocher.
En Mai 2009, il apporta symboliquement son soutien à la Liste anti-sioniste que Dieudonné présentait aux élections européennes du 7 Juin 2009.
Vous êtes en prison pour “terrorisme”. Mais un “terroriste”, c’est parfois un “résistant” qui a réussi… Comment vous définiriez-vous ?
Je me définirais justement comme un résistant, comme un révolutionnaire professionnel au sens léniniste du terme, comme un cadre militaire de la résistance palestinienne.
Cela dit, je ne suis pas en prison pour terrorisme. Si j’ai été condamné, en 1997, c’est pour l’homicide volontaire, le 27 juin 1975, rue Toullier, de trois personnes dont deux officiers de police, fait que je conteste. Je suis donc légalement un prisonnier de droit commun.
Quelles-sont vos conditions d’emprisonnement ?
Celles de tous les prisonniers condamnés à une longue peine. Mais j’ai été durant dix ans maintenu dans un isolement total. Je n’en suis sorti que grâce à une décision de la Cours européenne de justice.
De toutes vos actions, de laquelle êtes vous le plus fier ? La prise d’otages à Vienne, à la réunion de l’OPEP, en décembre 1975, par exemple ?
Je suis fier de tout ce que j’ai accompli. J’ai fait peu et beaucoup à la fois. J’ai exécuté des choses que peu de gens au monde auraient pu faire.
Je suis fier du travail que j’ai effectué. A Vienne, ils se prenaient pour les maîtres du monde, je leur ai montré qu’ils étaient vulnérables. C’est sans doute ce fait symbolique qui a été le plus important.
Et quelles seraient celles de vos actions dont vous êtes le moins fier ? La mort des deux agents de la DST qui vous est imputée, pour ne citer que celle-là ?
Ce dont je suis le moins fier, c’est de ce que j’ai le moins bien réussi.
Pour la mort en service des agents de la DST, je vous répondrai que l’obligation de tout militant est de résister à l’arrestation. Cela étant, j’ai toujours nié avoir été l’auteur des coups de feu mortels et pourtant j’ai été condamné pour ceux-ci.
Cette affaire de la rue Toullier a été un coup monté pas les usraéliens contre moi, mais surtout contre la DST qui les gênait.
S’il n’était pas devenu Carlos, quel métier Illich Ramirez Sanchez aurait-il aimé exercer ?
Je suis né pour être un révolutionnaire professionnel. Mon père voulait que je le sois et j’avais les capacités pour l’être, alors je le suis devenu… J’étais plutôt un intellectuel et je suis devenu un homme d’action.
Un temps, à la fin de mon adolescence, j’ai pensé devenir avocat comme mon père, mais en même temps je voulais fermement être un révolutionnaire.
A dire vrai, je n’ai pas vraiment choisi d’être ce que je suis devenu, j’ai été choisi par le destin. Après cela, j’ai essayé, comme tout un chacun, de faire mon travail le plus correctement possible…
Vous êtes, on le sait, d’origine vénézuélienne, que pensez-vous de l’action d’Hugo Chavez ?
Hugo Chavez est la figure la plus marquante de l’histoire vénézuélienne depuis Simon Bolivar. C’est un exemple quasi unique de révolutionnaire arrivé au pouvoir par la voie des urnes, ce qui explique les faiblesses de son régime. En effet, faute d’une révolution sanglante, la structure de l’État ancien est resté partiellement en place, avec ses fonctionnaires et ses profiteurs qui freinent ou sabotent l’action de la révolution bolivarienne.
Au niveau géopolitique, il a déjà fait beaucoup. Son idée d’union latino-américaine sur les plans économiques, financiers, pétroliers et militaires, a remis en cause la domination de l’Amérique du Nord sur celle du Sud et a renforcé les partisans d’un monde multipolaire.
Restez-vous en contact avec ce pays, d’une manière ou d’une autre ?
Bien sûr, je reste en contact avec mon pays et avec la vie politique qui s’y déroule. Je suis membre d’honneur des Jeunesses communistes du Venezuela et adhérent du Parti communiste vénézuélien, je soutiens aussi le Parti socialiste unifié du Venezuela qui regroupe tous les chavistes. Il m’arrive, de temps en temps, de rédiger des articles pour la presse de ces mouvements.
Avez-vous l’espoir d’être un jour libéré et que le Venezuela joue un rôle dans cette libération ?
J’ai le ferme espoir d’être libéré. Mais il y a au Venezuela des anciens communistes passés à la réaction qui font tout pour que je ne le sois pas. Mais cela s’arrangera. C’est une affaire de pétrole. C’est la France qui a besoin du Venezuela, pas le contraire.
Un de mes avocats a rencontré Chavez quand il est venu en France en 1999. Chirac lui avait dis alors que je pourrais rentrer au Venezuela quand les affaires judiciaires me concernant seraient closes. Cela fait dix ans que cela a été dit et certaines instructions sont toujours en cours !
Vous qui avez toujours été proche de la cause palestinienne, auriez-vous signé les accords d’Oslo ?
Je n’étais pas proche de la cause palestinienne, j’en étais partie prenante, j’en étais un cadre militaire.
Quand au accords d’Oslo, ce fut une trahison, je ne les aurais pas signé.
Aujourd’hui, quelle peut être, selon vous, l’issue du conflit israélo-palestinien ?
Je crains que la situation actuelle dure encore le temps d’une génération. Mais sur la durée les sionistes ont déjà perdu, leur État artificiel va disparaître à terme. Il sera remplacé, espérons-le, par un État palestinien laïc et démocratique ouvert à tous, y compris aux juifs.
En Palestine, il y a trois catégories de juifs qui y résident. Ceux qui, religieux ou non, qui aiment la terre sainte, ceux qui sont là « par hasard » parce qu’ils y sont né où qu’ils y ont émigré pour des raisons économiques et les sionistes qui sont les tenants d’une hérésie politico-religieuse. Il faut expulser ces derniers de Palestine, les autres choisiront de rester ou de partir car la terre sainte est pour tous, pour tous les homme de bonne volonté et pour tous les croyants.
L’Iran de Mahmoud Ahmadinejad a-t-il une carte à jouer dans ce jeu ? Et si oui, laquelle ?
Oui, l’Iran a un rôle à jouer tant du fait de sa proximité géographique que du fait qu’il existe dans ce pays une communauté juive importante et très ancienne qui n’est pas sioniste et qui peut servir d’exemple de cohabitation harmonieuse entre des musulmans et des juifs.
Le président Mahmoud Ahmadinejad m’est très sympathique. C’est, contrairement aux dirigeants américains, un ancien combattant, quelqu’un qui sait ce qu’est la guerre.
Vous êtes converti à l’islam, dans le même temps vous vous dîtes toujours communiste… Le mélange des deux n’est-il pas contradictoire ?
Je crois en Dieu. Dieu m’a sauvé la vie dans certaines situations difficiles où tous tombaient autour de moi.
Je crois en Dieu et j’ai foi en l’islam, il n’y a pas de contradiction à mes yeux à affirmer cela.
Le Parti communiste vénézuélien, lors d’un de ses congrès, a adopté une motion précisant que l’on pouvait être à la fois communiste et chrétien ou musulman. Au Venezuela la majorité de la population est chrétienne, cette déclaration était donc logique pour partie. Mais, on sait qu’il n’y a pas de communauté musulmane dans ce pays… Cette motion du PCV m’était donc spécialement destinée, elle validait mon choix religieux comme juste pour un communiste.
Pensez-vous qu’il faille attendre quelque chose de Barack Obama ?
Non. Il est vraisemblable que son administration va prendre quelques mesures sociales, que les pauvres et les déshérités vivront un peu mieux. Mais ce sera tout, sur le fond rien ne va changer.
Cela étant Barack Obama, un peu comme Kennedy en son temps, est un homme politique qui inspire la sympathie. Mais ce n’est que du marketing, rien de plus et c’est justement pour cela qu’il a été choisi.
Aux États-Unis, on est élu parce que l’on a assez d’argent pour financer la meilleure campagne électorale. Or d’où vient celui-ci ? Des comptes en banque des capitalistes et des sionistes. Ceux-ci ont décidé de sauver le système américain, pour cela il lui ont donné un nouveau visage : Obama. Mais ce changement cosmétique ne modifie pas la nature intrinsèque du système américain. Obama n’a pas été élu pour faire la révolution mais pour sortir les États-Unis d’une crise, donc il ne changera rien sur le fond, il continuera d’une manière différente ce qu’ont fait ses prédécesseurs. A l’international, même s’ils sont présentés d’une manière moins brutale, les buts resteront les mêmes et il continuera la politique de Bush en Irak, en Iran, en Afghanistan, en Amérique latine…
Et Vladimir Poutine comment jugez-vous son action?
D’une manière positive, comment pourrait-il en être autrement ? C’est un homme qui a été formé par le KGB ce qui signifie qu’il était programmé pour appartenir à l’élite de l’URSS, il est donc normal qu’il se retrouve à la tête de la Fédération de Russie.
Je souhaite que son projet politique connaisse le succès car le monde a besoin d’une Troisième Rome, d’une Russie forte, d’une Russie qui se relève et qui joue de nouveau son rôle historique en s’appuyant sur trois piliers idéologiques : l’orthodoxie, le communisme soviétique et le panslavisme.
Vous êtes aujourd’hui, par la force des chose, résident français. Comment jugez-vous le style et la politique de Nicolas Sarkozy ? Et que vous inspire notre actuelle situation politique ?
Je suis effectivement un résident français, un résident temporaire pourrait-on dire. Je m’intéresse beaucoup à la vie politique française et cela depuis 1966 date à laquelle j’ai commencé à lire Le Monde sur les conseil d’un dirigeant du Parti communiste vénézuélien. Du fait de ma situation, je suis un spectateur et ce que j’observe est intéressant.
Il y a des détails qui sont significatifs. Par exemple l’Élysée n’est plus un palais, un lieu de direction, c’est devenu un simple bureau. Votre président n’y habite pas, il le quitte après le travail pour rejoindre sa nouvelle épouse à son domicile. Le choix de celle-ci est aussi signifiant. Vivre bling-bling ce n’est plus interdit pour un homme politique. Les nouveau riches sont au pouvoir. Les nouveaux Français y sont aussi. A ce propos, je suis toujours surpris quand je regarde la télévision par la place qu’y occupent des Français portant des noms d’Europe centrale ou d’Afrique du Nord et qui ne sont ni de souche ni musulmans.
Cela dit, les citoyens français sont les seuls responsables de cela car ils ont voté pour Nicolas Sarkozy. La France est une démocratie, même si plus d’un Français sur trois n’est pas représenté au Parlement car il vote pour un parti qui n’a pas d’élu du fait de votre système électoral. Vous remarquerez qu’on accuse Hugo Chavez d’être un dictateur, mais qu’au Venezuela les élections se font à la proportionnelle intégrale…
Il faut être lucide, je sais qu’on ne fera jamais une révolution de type bolchevique en France. Mais la France c’est encore quelque chose, cela reste un symbole, alors ce que je souhaite c’est qu’elle soit dirigée un jour par un Président qui défende ses valeurs réelles, qu’elle redevienne une grande puissance, un pays de référence.
Et Ségolène Royal ?
Ségolène Royal c’est une mère de famille, une française catholique, c’est déjà cela et l’essentiel y est.
Vous connaissez comme nous les outsiders de la politique française, de qui vous sentez-vous le plus proche ? Est-ce de Jean-Marie Le Pen ou d’Olivier Besancenot ?
Je suis communiste. Jean-Marie Le Pen est un anticommuniste et un vieux facho, et pourtant j’ai beaucoup de sympathie pour lui. Il est épatant, il ne fait pas de compromis, il est le seul homme politique français à dire la vérité sans l’édulcorer. Dans le temps les véritables communistes étaient comme lui.
Quand à Olivier Besancenot, c’est un trotskiste. Je n’ai donc qu’une chose à vous répondre à son sujet : il appartient à un courant qu’en tant que communiste j’ai toujours combattu.
Que pensez-vous de la décision de Nicolas Sarkozy de réintégrer officiellement l’Otan ?
C’est une décision scandaleuse, bien sûr. Mais c’est aussi une décision qui, dans le fond, ne changera pas grand chose car il y a déjà longtemps que la France se couchait devant les États-Unis. La seule différence c’est que maintenant ce sera pour des raisons idéologiques alors que jusqu’alors c’était surtout pour des motifs économiques.
Avant de vous quitter, j’aimerais vous poser quatre questions en guise de conclusion.
Si tout était à refaire, vous le referiez ?
Oui, globalement, car je n’ai fait que mon métier de révolutionnaire professionnel.
La chanson d’Édith Piaf, “Non, rien de rien, je ne regrette rien”, ça vous ressemble ?
Oui.
D’ailleurs, que regrettez-vous ?
Rien de ce que j’ai fait… Par contre je regrette l’évolution de l’histoire du monde, la chute de l’URSS, le fait que nous n’ayons pas encore libéré la Palestine.
Aujourd’hui, avez-vous l’âme en paix ?
Oui.

Christian Bouchet

http://www.islamenfrance.fr


Mardi 7 Juillet 2009


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