Lobbying et conséquences

En faisant une "exception pour la Palestine" à la liberté d'expression, ceux qui veulent interdire la campagne BDS déclarent la guerre à la démocratie US


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Il y a quelque chose d’immoral qui se produit à Washington D.C, et ses conséquences peuvent être graves pour beaucoup de monde et en particulier pour la santé de la démocratie usaméricaine.


Ramzy Baroud
Jeudi 31 Août 2017

Le gouvernement US déclare la guerre au mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) palestinien. L’offensive anti-BDS est en cours depuis plusieurs années, mais surtout depuis 2014.

Depuis, 11 États usaméricains ont adopté et promulgué une loi visant à criminaliser le mouvement soutenu par la société civile et qui vise à faire pression sur Israël pour mettre fin à son occupation de la Palestine.

Washington mène maintenant la lutte, légitimant ainsi le comportement antidémocratique des États pris individuellement. Si les efforts du gouvernement US réussissent, une démocratie usaméricaine déjà en difficulté tombera encore un peu plus bas, et de nombreuses personnes pourraient être punies pour avoir fait le choix d’agir en fonction de leurs valeurs politiques et morales.

Le projet de loi 720 du Sénat (S.720), également connu sous le nom de Loi sur le boycott anti-israélien, a été largement rédigé par le puissant et notoire lobby pro-israélien à Washington, le Comité israélien des affaires publiques d’Israël (AIPAC).

Selon son propre « Agenda de lobbying 2017 », l’AIPAC a fait de l’adoption du projet de loi sa priorité absolue.

Le Congrès US se plie aux intérêts israéliens et par sa « main-mise » sur les élus, l’AIPAC prend le pas sur les électeurs usaméricains.

Ainsi, il n’était pas surprenant de voir 43 sénateurs et 234 représentants de la Chambre soutenir le projet de loi, qui a été présenté pour la première fois en mars.

Bien que le Congrès ait habituellement soutenu Israël et condamné les Palestiniens – ainsi que tout responsable politique ou entité ayant osé reconnaître les droits des Palestiniens – le Congrès va cette fois encore plus loin et met en péril les droits fondamentaux de ses propres électeurs.

Le Premier amendement à la Constitution US a été le pilier de la défense du droit des individus à la liberté d’expression, à la liberté de la presse, « le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre ». Ce droit, cependant, a souvent été remis en cause lorsqu’il s’applique à Israël. Le Centre pour les droits constitutionnels appelle cela « l’exception pour la Palestine à la liberté d'expression ».

Le projet S.720, cependant, s’il est adopté, consolidera le nouveau statut des USA, celui d’une « démocratie défectueuse », par opposition à une nation disposant d’une pleine démocratie qui légifère et applique toutes les lois équitablement et de manière égale pour tous ses citoyens. La loi transformerait en crime le fait de soutenir le boycott d’Israël pour tout citoyen US.

La punition de ceux qui enfreignent la loi proposée ira de 250 000 dollars à 1 million, et/ou à 20 ans de prison.

Le projet de loi a déjà eu de nombreux effets sur de nombreux groupes dans le pays, en particulier parmi les militants afro-américains qui luttent contre le racisme institutionnalisé. Si le projet de loi est adopté, ce précédent deviendra alors la norme, et les dissidents se retrouveront devant les tribunaux pour leurs simples opinions.

En ce qui concerne Israël, le Congrès US est uni. Les législateurs républicains et démocrates agissent souvent de manière contraire aux intérêts de leur propre pays, juste pour plaire au gouvernement israélien. Ce n’est pas un secret.

Cependant, le danger réel est que de telles lois aillent au-delà de l’allégeance aveugle traditionnelle à Israël, le gouvernement punissant alors les personnes et les organisations pour les choix qu’elles font, les valeurs qu’elles défendent ou pour une simple demande d’informations sur un problème qu’elles pourraient juger préoccupant.

Le 17 juillet, l’Union américaine des libertés civiles (ACLU) a publié une lettre demandant aux législateurs qui ont signé la version du projet de loi soumise au Sénat de reconsidérer leur décision.

« Le projet de loi punirait les entreprises et les particuliers, en se fondant uniquement sur leur point de vue. Une telle condamnation est en violation directe du premier amendement », déclare l’ACLU.

Une seule personne, jusqu’à présent, aurait reconsidéré son soutien, la sénatrice démocrate de New York Kirsten Gillibrand. Elle a demandé que son nom soit retiré de la liste des co-signataires.

La réaction de l’AIPAC a été immédiate, appelant son armée de partisans à faire pression sur la sénatrice pour qu’elle remette son nom sur la liste et « réaffirme son engagement à lutter contre la délégitimation internationale d’Israël ».

Pourtant il y a quelque chose de positif dans tout cela. Pendant de nombreuses années, on a perçu à tort que l’exigence israélienne d'un soutien US contre les Palestiniens et les Arabes n’était, en aucun cas, celle d’un pays étranger s’immisçant ou entravant le système politique des USA ou compromettant la démocratie US.

Mais aujourd’hui, la loi anti-BDS est la plus flagrante de ces interventions, car elle touche au Premier amendement, le fondement même de la démocratie US, en instrumentalisant les législateurs usaméricains pour mener à bien ce terrible objectif.

Ce projet de loi met Israël en pleine lumière, ainsi que ses hordes de partisans au Congrès. De plus, il présente aux défenseurs des droits humains l’opportunité de défendre la campagne BDS, ce qui revient à défendre les droits du peuple palestinien comme les droits de tous les USAméricains. Ce serait la première fois depuis de nombreuses années que la lutte pour les droits des Palestiniens pourra être débattue ouvertement et contextualisée d’une manière qui fera comprendre à la plupart des USAméricains que cela concerne leur vie quotidienne.

En fait, c’était l’un des objectifs du BDS, dès le départ. Alors que le boycott et la délégitimation de l’occupation militaire israélienne sur les Palestiniens sont au cœur du mouvement soutenu par la société civile, le BDS vise également à susciter un débat urgent sur Israël et la Palestine.

Par inadvertance, le Congrès est en train de rendre cela très possible.

Le projet de loi et les initiatives législatives aux USA – et en Europe – sont également une source d’espoir en ce sens que tout cela ramène aux événements mêmes qui ont précédé la disparition du régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Les gouvernements US et britannique en particulier s’opposaient au mouvement de libération sud-africain, condamnaient le boycott et ont soutenu jusqu’au bout le régime raciste et autoritaire de P. W. Botha. L’ancien président US Ronald Reagan voyait Nelson Mandela comme un terroriste. Mandela a dû attendre 2008 pour être retiré de la liste US de terroristes.

Il est clair que les USA, le Royaume-Uni et Israël étaient les partisans les plus ardents de l’apartheid en Afrique du Sud.

Maintenant, c’est comme si l’histoire se répétait. La version israélienne de l’apartheid se bat pour une légitimité et refuse de céder d’un seul pas. Elle veut coloniser toute la Palestine, maltraiter son peuple et violer le droit international sans tolérer un seul mot de condamnation, qu’il vienne d’un individu ou d’une organisation.

Le gouvernement US n’a pas non plus beaucoup changé. Il continue de soutenir la forme israélienne de l’apartheid, tout en rendant sans honte hommage à l’héritage de Mandela et à sa lutte anti-apartheid.

Bien que le nouveau chapitre de la lutte anti-apartheid ait pour nom « Palestine », les USA et leurs partisans occidentaux continuent de répéter les mêmes politiques qu’ils ont pratiquées à l’encontre du peuple sud-africain.

En ce qui concerne les véritables défenseurs des droits humains, indépendamment de leur race, leur religion ou leur citoyenneté, c’est leur moment ! Aucun changement significatif ne se produira sans que les peuples ne soient unis dans la lutte et les sacrifices.

Dans un de ses discours, l’abolitionniste et ancien esclave usaméricain Frédéric Douglass déclarait : « Le pouvoir ne concède rien sans y être obligé. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais ».

Le Congrès US, avec l’aide de l’AIPAC, criminalise cette exigence de justice.

Les USAméricains ne devraient pas tolérer cela, sinon dans l'intérêt des Palestiniens, au moins dans le leur propre.


Traduit par Lotfallah
Edité par Fausto Giudice

Merci à Chronique de Palestine
Source: http://www.palestinechronicle.com/the-palestine-exception-war-on-bds-is-now-a-war-on-american-democracy/
Date de parution de l'article original: 09/08/2017
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=21368


Jeudi 31 Août 2017


Commentaires

1.Posté par Depositaire le 31/08/2017 09:40 | Alerter
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Depuis quand les états unis sont une "démocratie" ? Est-ce de la démocratie que de renverser des gouvernements qui ne veulent pas s'aligner sur eux ? Est-de de la démocratie que de défendre envers et contre tout israël dont le caractère criminel n'est plus à démontrer ? Est-ce de la démocratie qui a poussé les états unis depuis 200 ans à fomenter des guerres, à, détruire des pays, des cultures, parce qu'ils avaient le seul tord de ne pas s'aligner aux états unis et de refuser la présence des multinationales américaines prédatrices ?

Alors soyons justes. Comme le disait un psychiatre polonais, les états unis sont en passe de devenir un pays peuplé de psychopathes ! C'est sans doute exagéré, pour la population en général, mais certainement très vrai en ce qui concerne les dirigeants.

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