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ECHEC EN DEMI-TEINTE DU G20: La guerre des monnaies continuera


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«Le dollar est notre monnaie et votre problème.»

John Connally s’adressant aux Européens en 1973


Professeur Chems Eddine Chitour
Mardi 16 Novembre 2010

ECHEC EN DEMI-TEINTE DU G20: La guerre des monnaies continuera
Les 11 et 12 novembre a eu lieu la réunion du G20 institué en 2008 suite à
la faillite de banques américaines dont la fameuse Lehmann Brothers. Cette
nouvelle réunion s’est achevée sur un consensus mou; chacun est d’accord
sur le bout des lèvres avec naturellement beaucoup de non-dits. «Entre-temps,
écrit Julie de la Brosse, quatre G20 se sont tenus pour changer les règles de
l’économie mondiale. Avec un succès mitigé...Pour limiter la spéculation
sur les changes ou les matières premières, certains Etats ont aussi relancé
l’idée d’une taxe sur les transactions financières. Mais ils se sont
heurtés aux mêmes difficultés: celles de parvenir à un consensus global,
sans lequel le système mis en place est inefficace. Autre sujet se heurtant aux
égos nationaux des géants du G20, la guerre des monnaies qui concentre
actuellement toutes les inquiétudes. Aujourd’hui, de nombreux économistes
mettent en garde les grandes puissances du G20 contre la renaissance du
protectionnisme (746 mesures qui nuisent aux échanges internationaux auraient
été prises depuis le premier G20 selon les économistes de Global Trade
Alert).»(1)

Les Américains à la peine  

 Pascal Riché nous explique brièvement les enjeux du sommet de Séoul: «
Depuis quelques jours, on ne parle que de cette «guerre des monnaies» dont le
G20 (les vingt pays qui représentent 90% de l’économie mondiale) serait le
champ d’opérations. Qu’appelle-t-on la «guerre des monnaies»? Cette
guerre-là n’est pas très nouvelle. Les grands pays industrialisés
«s’affrontent» à coups de dévaluations compétitives: plus leur monnaie
baisse, plus cela dope les exportations et, sur leur marché, plus cela freine
les importations de produits étrangers au profit de produits concurrentiels
nationaux. Dans cette «guerre», les Européens ne vont pas vraiment vers la
victoire: depuis juin, l’euro a grimpé de 13% par rapport au dollar et de 10%
par rapport au yuan chinois. Les Américains peinent à relancer leur machine,
dont le moteur est la consommation et l’investissement intérieurs (les
exportations étant un moteur accessoire) ».(2)

« La Réserve fédérale décide donc de déverser des liquidités pour
soutenir l’économie. Elle a ainsi décidé de racheter pour 600 milliards de
dollars de bons du trésor. S’il y a plus de monnaie, sa valeur baisse, la
valeur du dollar baisse donc face aux autres monnaies. Les monnaies asiatiques,
à commencer par le yuan, évoluent dans le sillage du dollar: quand il baisse,
les autorités monétaires chinoises baissent aussi leur monnaie, pour ne pas
subir de conséquences fâcheuses sur leurs exportations. Elles vendent donc du
yuan contre des dollars pour maintenir la parité entre les devises des deux
pays. L’euro, lui, trinque. Il grimpe contre toutes les autres monnaies.
L’euro est géré avec une philosophie allemande: on ne joue pas avec la
monnaie. Le seul objectif de la Banque centrale européenne est de maintenir un
bas taux d’inflation. Voilà comment l’Europe se transforme en dindon de la
farce. Les Américains, eux, suivent une politique qui leur est chère, le
«benign neglect» (douce insouciance): ils se satisfont de la baisse du dollar,
qui est bonne pour leur économie. La réserve fédérale américaine a pour
objectif officiel de poursuivre une politique monétaire aboutissant au plein
emploi. La Banque centrale européenne de juguler l’inflation. Il me semble
que chacun essaie d’atteindre ses objectifs respectifs. Outre la parité
monétaire, la Chine est surtout détentrice massive de dollars. Elle n’a donc
aucun intérêt à voir sa valeur baisser, d’autant qu’elle a manifesté une
relative bienveillance à l’égard des États-Unis en rachetant tout aussi
massivement ses bons du trésor ».(2)

  Pour Jean Matouk professeur d’économie, la guerre des monnaies a de tout
temps existé: «Les guerres de monnaies se sont succédé dans l’Histoire
soit pour dominer la circulation, soit pour dominer le commerce, et ce dès
l’Antiquité. Aux temps modernes, même si cette recherche de la primauté de
circulation - livre au XIXe siècle, dollar au XXe - est restée un enjeu, les
valeurs des monnaies sont devenues surtout des armes dans une guerre économique
pour la croissance et l’emploi. Dès septembre 1931, pour réduire l’impact
de la crise déclenchée en 1929, la Grande-Bretagne sort de l’étalon or et
dévalue la livre de 40%, engageant une première phase «guerrière» de
dévaluations compétitives et obligeant les autres pays à dévaluer à leur
tour.(3)  

 « En 1944, à Bretton Woods, on construit le système de l’«étalon de
change or». Seul le dollar est lié à l’or et est inattaquable. Les autres
monnaies sont liées au dollar et, entre elles, par des taux de change fixes.
Mais «sous» ce dollar-roi, les guerres «seigneuriales» entre monnaies
européennes se poursuivent. La livre est contrainte d’être dévaluée en
1967, sous la pression de ceux que le Premier ministre britannique appelle alors
les «gnomes de Zurich», aujourd’hui appelés traders. Le franc se dévalue
très régulièrement par rapport au mark, au florin, et aux monnaies des pays
du Nord. Entre 1949 et 1989, il perd 280% de sa valeur par rapport au mark. Ce
constat montre, au passage, l’inanité des propositions de sortir de l’euro
pour reprendre le cycle inutile des dévaluations compétitives. Ce système de
l’étalon dollar favorise hautement les Etats-Unis, permettant à leur banque
centrale, la Federal réserve system, une création monétaire totalement libre
grâce à laquelle ils peuvent développer leurs entreprises dans le monde
entier et consolider leur «impérialisme» économique ».(3)  

 En 1971 puis 1973, parce que maintenir le lien fixe entre dollar et or
devient gênant pour les Etats-Unis, Nixon décide, en deux étapes, de
supprimer tout lien avec l’or. C’est l’époque où John Connally
s’adressant aux Européens: «Le dollar est notre monnaie et votre
problème.» On ne saurait mieux définir l’impérialisme monétaire.» Les
changes deviennent flottants dans le monde entier, et les Etats-Unis utilisent
largement l’arme monétaire: en laissant le dollar se dévaluer - jusqu’à
3,99 francs pour un dollar - fin 1979, les Américains favorisent leurs
exportations, en particulier agricoles; en le laissant se réévaluer, à partir
de Reagan, jusqu’à 10 francs pour un dollar, ils réduisirent le coût de
leurs importations, notamment pétrolières, et facilitent une nouvelle
extension de leurs multinationales. Les accords du Plazza de 1985, à Paris,
visent, apparemment, de manière consensuelle, à ramener le dollar vers un taux
de change plus raisonnable. En fait, les fermiers américains et certains
milieux industriels ne supportent plus le dollar à 10 francs. Les Etats-Unis
signent alors l’accord. Succès apparent: le dollar baisse rapidement. Tant et
si bien qu’on tente, par les Accords du Louvre, en 1987, d’enrayer sa
baisse. Peine perdue! Le dollar est alors en guerre contre les monnaies des
autres pays développés pour la croissance de l’économie américaine avec
moins d’importations et plus d’exportations. Entre 1972 et 1988, il baisse
de 350 yens à 150, et de 4 à 1,7 mark, soit une dévaluation de 58% «contre»
les deux champions de l’export». (3)  

 «Certains pays d’Europe, dont la France, l’Allemagne et la
Grande-Bretagne créent le «serpent» monétaire (1972), puis le Système
monétaire européen (1979).Dans cette nouvelle phase, ce ne sont plus les Etats
qui décident brusquement de dévaluer ou de réévaluer. Ce sont «les
marchés» qui, en vendant massivement la monnaie d’un pays, le mettent en
demeure soit de changer sa politique, soit d’accepter la dévalorisation
progressive ou, carrément, une sortie du système fixe. Rappelons comment
Georges Soros a fait chuter la livre. Finalement, en 1993, sous l’effet
d’une spéculation intense, les marges de fluctuations sont élargies à 15%,
signant la mort du SME. La guerre des monnaies continue aujourd’hui, et depuis
plusieurs années, entre dollar, yen, et deux nouveaux partenaires, l’euro et
le yuan chinois. Guerre «froide» entre yuan et dollar, puisque les Chinois
maintiennent depuis 1994 un cours fixe entre leur monnaie et le dollar, avec une
légère réévaluation en 2008. (..)Pour accepter que le taux de change du yuan
favorise moins ses exportations, la Chine doit substituer de la demande
intérieure de consommation à des exportations, dans la formation de son PIB.
Elle le souhaite, mais une telle transformation prend plusieurs années. Elle va
donc procéder à des ajustements de change comme elle vient d’ailleurs de
l’annoncer, en acceptant officiellement de lier sa monnaie non plus
exclusivement au dollar mais à un «panier» de monnaies. Mais la
réévaluation du yuan se fera à son rythme, pas au nôtre.»(3)

 Il reste que le moteur de la gestion du monde est le couple sino-américain.
Comme l’écrit Alexandrine Bouilhet: «Les tensions entre la Chine et les
Etats-Unis ont empêché tout accord contraignant sur les devises. Le dossier
des déséquilibres du commerce international restera à traiter par la
présidence française du G20. Après douze heures d’âpres négociations, le
G20 de Séoul a accouché d’un compromis a minima sur les monnaies, reflet des
tensions très fortes entre Américains et Chinois sur le yuan et le dollar. Le
G20 appelle à «renforcer la flexibilité des taux de change», afin qu’ils
«respectent mieux les fondamentaux économiques». Rien ne forcera donc Pékin
à apprécier plus franchement sa monnaie, sous évaluée de 40% face au dollar,
d’après certains experts».(4)  

  Les dirigeants des pays du G20 ont renouvelé à Séoul leur engagement à
travailler ensemble à la prospérité de la planète. Le vaste déséquilibre
entre les pays émergents à forte croissance et les pays développés peinant
à sortir de la crise, est pointé comme étant à la source de tous les
problèmes. D’autant plus que les seconds s’endettent auprès des premiers.
Le G20 va donc mettre en place des «lignes directrices» composées d’une
«série d’indicateurs» pour aider à identifier les grands déséquilibres
commerciaux qui «nécessitent des actions préventives et correctives». Les
pays du G20 ont réitéré l’engagement d’ «aller vers des systèmes de
taux de change déterminés par le marché». Ils le feront en «augmentant la
flexibilité des taux de change pour refléter les fondamentaux économiques
sous-jacents et en s’abstenant de dévaluations compétitives de leurs
monnaies. Le président chinois, Hu Jintao s’est engagé à continuer sur la
voie d’une réévaluation du yuan. Mais, a-t-il averti, cela ne pourra se
faire que dans un «environnement extérieur favorable» et de manière
progressive. Les pays membres affirment qu’ils vont «s’opposer au
protectionnisme sous toutes ses formes». Les nations du G20 ont renouvelé leur
promesse de venir en aide aux pays à faibles revenus par des approches
taillées sur mesure pour chaque pays receveur. Le but est de les mettre sur la
voie d’une «croissance durable». Ils réaffirment leur engagement à
combattre le changement climatique et «n’épargneront aucun effort pour
parvenir à un résultat équilibré et couronné de succès à Cancun» qui
commence fin novembre.(5)  

 Voilà comment les grands de ce monde comptent aider les pays en
développement et s’occuper du climat. «On attendait [les chefs d’Etat
Ndlr] d’eux, écrit Alain Faujas, qu’ils mettent un terme à la «guerre des
monnaies» en obligeant les protagonistes à cesser de mettre la pagaille dans
l’économie mondiale, la Chine en inondant le monde de ses exportations grâce
à un yuan sous-évalué et les Etats-Unis en arrosant de liquidités leur
économie pour faire repartir leur consommation au risque de creuser leur
déficit et de faire s’effondrer le dollar. Au lieu de fixer des objectifs et
des dates pour un retour à l’équilibre, le sommet s’est contenté de
charger le FMI d’élaborer, pour le printemps 2011, des indicateurs
acceptables par tous et destinés à déterminer à partir de quel niveau
d’excédents ou de déficits un pays devient «dangereux» pour les autres. Le
FMI sera ensuite chargé de persuader les «déviants» de revenir dans les
clous. L’impression de semi-échec, qui demeure, tient au fait que le G20
n’est plus porté par l’urgence comme à Washington, il est entré dans
l’après-crise.(6)»


Une réforme indispensable  

 A sa façon, le site Attac résume les vrais problèmes et les solutions
proposées On lit: «La guerre des monnaies fait rage et menace de dégénérer
en crise financière et géopolitique. La Chine protège ses gigantesques
excédents commerciaux en conservant une monnaie sous-évaluée. Les États-Unis
créent 600 milliards de dollars pour faire baisser leur devise. L’Allemagne
étouffe la zone euro par sa politique d’exportation agressive basée sur le
dumping social. Que propose le G20 pour dissiper les nuages noirs qui
s’amoncellent à l’horizon? Le G20 n’engage pas la moindre action contre
l’hégémonie de la finance: aucun élément sur la taxe sur les transactions
financières, qui aurait un effet direct sur la spéculation, aucun effort pour
entraver l’évasion fiscale, aucune proposition pour séparer les activités
bancaires de dépôt de celles uniquement dévolues à la spéculation, ce qui
serait la meilleure solution aux banques «too big too fail». Mais on retiendra
surtout la consternante détermination du G20 d’aller vers «un système
monétaire international où les taux de change sont davantage déterminés par
le marché». Alors qu’aucune mesure n’a été prise pour limiter la
spéculation sur le marché des changes, qui représente 3000 milliards de
dollars par jour; alors que cette spéculation provoque d’incessants
mouvements de yo-yo entre les devises, sans aucun rapport avec les fondamentaux
des économies nationales; (...) la réforme du système monétaire
international est plus que jamais indispensable. Il faut dans l’immédiat
taxer et réglementer drastiquement la spéculation sur les devises, mais aussi
sur les matières premières, les dettes souveraines...À terme, il faut viser
le remplacement du dollar par une monnaie commune mondiale.(7)»  

  Cette guerre des monnaies qui ne dit pas son nom aura des répercussions
fâcheuses sur les petits pays. Un pays comme l’Algérie suit les Etats-Unis
et les errements du dollar pour les bons de Trésor. Il faut bien que l’on
nous explique pourquoi l’Algérie n’a pas fait comme l’Inde qui a acheté
200 tonnes d’or au FMI en 2009? Pourquoi garder des dollars qui s’effritent
et qui rapportent moins que l’inflation au lieu d’être injectés dans
l’investissement productif? Plus largement, qu’avons-nous à faire de ces
masses d’argent pour des hydrocarbures bradés alors que le dernier rapport de
l’Agence internationale de l’énergie (AIE), du 4 novembre annonce la fin
inexorable du pétrole qui sera de plus en plus cher. Pourquoi extraire des
hydrocarbures plus que nous pouvons absorber? Qu’allons-nous laisser à la
prochaine génération quand la rente aura disparu et que nous n’aurons pas
procédé à temps, aux mutations nécessaires pour sortir de la malédiction du
pétrole et ren-trer dans l’économie de la connaissance, seule ceinture de
sureté pérenne. Cette question est posée à ceux qui ont le difficile
privilège d’amener cette Algérie à bon port.  

1.Julie de la Brosse: Deux ans de G20 pour rien?L’Expansion 10/11/2010  

2.Pascal Riché: La «guerre des monnaies» expliquée aux nuls Rue89
10/11/2010  

3.Jean Matouk: L’imminente «guerre monétaire» sévit depuis
l’Antiquité Rue 89 02/11/2010  

4.Alexandrine Bouilhet:G20: compromis a minima sur les monnaies Le Figaro
12/11/2010  

5.Ce qui a été décidé au G20 L’Expansion.com 12/11/2010  

6.Alain Faujas:Un G20 mi-figue mi-raisin Le Monde.fr 12.11.10  

7.G20 de Séoul: vive le marché libre!.Attac France 12 novembre 2010
http://www.france.attac.org/spip.php?article11875

Pr Chems Eddine CHITOUR  

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


Mardi 16 Novembre 2010


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