FRANCE

Disproportion, crime, émotion Brèves remarques sur la langue des maîtres


Études de cas > Politiques sécuritaires
Disproportion, crime, émotion

Brèves remarques sur la langue des maîtres

par Pierre Tevanian, 16 décembre

La cour d’appel de Paris vient donc de transformer en sursis les peines de prison ferme infligées en première instance à sept policiers qui avaient accusé un homme à tort. Les faits remontent au 9 septembre 2010, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) : un policier, Lyonnel Alidor, était blessé à la jambe, percuté par une voiture après une course-poursuite. Lui et ses collègues décidaient alors de mentir et accusaient dans leur procès-verbal le conducteur de la voiture qu’ils poursuivaient. Ce dernier, qui avait en outre été frappé par trois policiers, était placé en garde à vue pour tentative d’homicide sur fonctionnaire de police, un crime passible de la perpétuité ! Parce que ces faits sont gravissimes, et plus encore la clémence de la Cour d’Appel, nous republions les réflexions que nous avaient inspiré l’affaire il y a tout juste un an, lorsque le ministre de l’Intérieur avait publiquement mis en cause la condamnation des policiers en première instance. Avec cette conclusion amère : c’est ce ministre inrresponsable qui vient, un an plus tard, d’avoir gain de cause.


Pierre Tevanian
Vendredi 16 Décembre 2011

Disproportion, crime, émotion  Brèves remarques sur la langue des maîtres
« Sans naturellement méconnaître la nature des faits qui ont été reprochés aux policiers, ce jugement, dans la mesure où il condamne chacun des sept fonctionnaires à une peine de prison ferme, peut légitimement apparaître, aux yeux des forces de sécurité, comme disproportionné. Notre société ne doit pas se tromper de cible : ce sont les délinquants et les criminels qu’il faut mettre hors d’état de nuire. »
Ainsi s’exprime Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, aussitôt rejoint par la totalité des élus UMP de Seine-Saint Denis : les sénateurs Philippe Dallier et Christian Demuynck ainsi que les députés Éric Raoult, Patrice Calméjance et Gérard Gaudron.
« Soutien et solidarité » avec les sept policiers condamnés, ont même ajouté les cinq parlementaires UMP. Que cinq élus et un ministre de l’Intérieur désavouent ouvertement une décision de Justice, voilà qui est assurément critiquable, et les voix n’ont pas manqué, d’Elisabeth Guigou à Martine Aubry, pour le critiquer. Elles ont cruellement manqué, en revanche, pour souligner que sur le fond, au-delà de cette question de principe, la déclaration ministérielle exprime, avec un cynisme et une décomplexion rarement atteintes, une conception de la police plus que critiquable.
Car de quoi parle-t-on ? D’une peine de six à douze mois de prison, pour des policiers qui, en produisant de manière délibérée et concertée un faux témoignage sur un accident causé en réalité par un des leurs, ont fait accuser un innocent et lui ont fait encourir la prison ferme à perpétuité – avec, au passage, un tabassage en règle pendant la garde à vue [1 ]. Quelques mois de prison pour avoir tenté de faire emprisonner à vie un innocent : nous sommes encore loin d’une impitoyable Loi du Talion, assez loin même de la peine maximale prévue par la loi pour un « faux en écriture publique commis par une personne dépositaire de l’autorité agissant dans l’exercice de ses fonctions » (quinze ans de réclusion criminelle et 225 000 € d’amende  [2 ]), et c’est pourtant dans ces quelques mois de prison que le ministre de l’Intérieur voit une sévérité « disproportionnée ».
C’est ce jugement qui, toujours selon le ministre, « se trompe de cible » puisque, selon ses mots toujours, « ce sont les délinquants et les criminels qu’il faut mettre hors d’état de nuire ». Ce qui revient à dire ceci : que les sept flics ripoux soutenus par les cinq élus pourris ne sont ni des criminels ni des délinquants. Ce qui revient à dire ceci : que tabasser, mentir, accuser à tort, faire emprisonner à vie un innocent n’est, lorsqu’on est policier, ni un crime ni un délit.
Voici donc en résumé à quelle réforme du vocabulaire nous sommes invités :
- un policier est par définition, donc quoiqu’il fasse, le contraire d’un délinquant ou d’un criminel ;
- il s’en suit qu’un jugement qui condamne un policier est par définition disproportionné et mal cadré [3 ].
Ce langage, la pensée qu’il véhicule, et la très réelle impunité policière qu’il vient soutenir  [4 ], ni Martine Aubry ni Elisabeth Guigou ne s’en inquiètent – Elisabeth Guigou va au contraire jusqu’à « comprendre l’émotion » des policiers qui ont manifesté pendant trois heures devant le Palais de Justice.
La responsable socialiste s’oppose en somme au ministre Hortefeux, mais dans sa langue. Elle aussi réforme le vocabulaire, en faisant d’une action politique particulièrement radicale (manifester en uniforme devant un tribunal) une simple « émotion », et en décrétant « compréhensible » un corporatisme particulièrement détestable (puisqu’il va jusqu’à soutenir collectivement, publiquement, syndicalement, les pires ripoux).
Dans une autre langue, je conclurai en disant que c’est bel et bien un comportement criminel qui a été sanctionné, et que le ministre, les parlementaires et les syndicats qui s’en offusquent se posent donc en complices – ce que fait aussi, à un degré moindre, l’opposante socialiste qui critique les uns mais comprend les autres.

Notes

[1 ] Cf. Nouvelobs.com.
[2 ] Article 441-4 du Code Pénal 
[3 ] La phrase d’Hortefeux est, si on la relit, d’une remarquable – et terrifiante – transparence : « fonctionnaire » et « prison ferme », ça ne peut pas aller ensemble !
[4 ] Cf. aussi Pierre Tevanian, « Pour le Malien ».

http://lmsi.net


Vendredi 16 Décembre 2011


Commentaires

1.Posté par said le 16/12/2011 12:08 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

de toutes façons la gauche et la droite sont issues d un meme moule et vivent pour une meme ideologies celle que leurs ancetres leurs ont transmis le fachism il ne pourront jammais etre objectifs dans leurs loies ou leurs articles car leurs domination doit dure dans le temps de plus entre le sionisme la franc maçoonnerie on vois où vont leurs objectifs

2.Posté par heidegger le 16/12/2011 20:15 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

le peuple croit qu'ils vivent dans une démocratie,mais dans peut de temps ,je penses que leurs enfants paieront
l'addition ,la france n'est pas une démocratie mais une monarchie constitusionnelle sans roi .il n'y a pas de justice
car si le peuple et nos politiques ont peur de leurs police ,cela démontre la fin et se couche devant elle pour avoir
la paix ,cela demontre que nous vivons dans un pays policier :DOMMAGE ,c'est trop tard

3.Posté par Autopsy le 16/12/2011 20:19 (depuis mobile) | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Et c'est à cause de ce soutien inconditionnel de ces sinistrés pourris à ces poulets, que ces derniers pourraient provoquer des émeutes (deja vu), décredibiliser des manifestations pacifiques (déjà vu), ils sont même capables d'utiliser cette dérive gouvernementale pour régler leurs propres comptes personnel et cet article donne une idée aussi sur le nombre d'innocents (n'ayant pas de bol) en prisons ... la karcherisation avec impunité

4.Posté par humez le 25/03/2012 18:21 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

brice hortefeux un sacré trou du cul avec qui je ferais bien un combat de boxe sur un ring car pour la haine il y a le sport mais aussi un arbitre; vous n avez pas le droit de taper un fonctionnaire mais lui a droit de vous faire ce qu il veut pour moi ce gars n est qu un charlatan , il n a rien a faire au gouvernement comme bien d autres ,mais ce qui m ennui le plus c est qu il arrive a monter les pauvres contre les riches mais aussi le contraire lui il m erite l enfer a long terme et moi je ne juge pas , je constate

Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES


Publicité

Brèves



Commentaires