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Deux partisans d’Aube dorée tués en Grèce par un tireur à moto


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Christoph Dreier
Jeudi 7 Novembre 2013

Deux partisans d’Aube dorée tués en Grèce par un tireur à moto
Vendredi, deux partisans du parti fasciste Aube dorée ont été tués dans un meurtre organisé de façon professionnelle à Neo Iraklio, dans la banlieue d’Athènes. Bien que les circonstances de la fusillade restent floues, le gouvernement s’en sert déjà pour promouvoir un renforcement des pouvoirs de l’Etat.
Les séquences TCF (cameras de sécurité) auraient montré que deux hommes masqués étaient arrivés à moto au siège local d’Aube dorée. Laissant la moto à une quarantaine de mètres de l’entrée ils ont rejoint à pied un groupe de quatre jeunes gens qui surveillaient l’entrée.
L’un des deux aurait tiré sur le groupe à une distance de 15 mètres avec une arme semi-automatique. Après quoi, il aurait visé la tête à bout portant.
Deux hommes sont morts sur le coup. Un autre dont le pronostic vital est engagé se trouve à l’hôpital. Le quatrième a été capable de s’enfuir dans le bâtiment et n’a pas été blessé. Selon la police, des douilles de 13,9 mm ont été trouvées sur les lieux du crime.
Bien que la police ait initialement dit que les deux coupables portaient des casques, la vidéo montrerait que l’un d’eux portait une casquette de baseball.
Aube dorée a déclaré que les deux victimes étaient des membres du parti. La mère du blessé, Alexandros Gerontas, a dit que son fils était plutôt un sympathisant qu’un membre du parti.
Aube dorée est un parti ouvertement fasciste qui a pour emblème une croix gammée modifiée et qui est responsable de nombreuses attaques contre des migrants, des homosexuels et des adversaires politiques, dont des meurtres. Nikos Michaloliakos, le dirigeant d’Aube dorée, se trouve actuellement en prison pour soupçon de constitution d’une organisation criminelle. Lors des dernières élections, le parti avait obtenu près de 7 pour cent des voix.
L’identité des coupables n’est pas connue à ce stade. Personne n’a jusqu’à présent revendiqué la responsabilité de cette attaque et l’arme n’a pas pu être mise en rapport avec un précédent délit. Il reste à savoir si les meurtres sont la conséquence de conflits internes au parti, une provocation d’Etat ou l’acte réactionnaire d’un groupe terroriste anarchiste. Du fait des liens qu’Aube dorée entretient avec les milieux criminels, on ne peut exclure qu’il s’agisse d’une querelle entre clans.
Néanmoins, dès le début la police a prêté des motifs politiques à cet acte. Elle a déclaré que l’unique groupe à avoir commis ces dernières années de tels meurtres était la « Secte des révolutionnaires, » qui avait revendiqué le meurtre d’un policier en 2009 et d’un journaliste en 2010.
De plus, des membres de la « Conspiration des noyaux de feu » auraient lancé un appel depuis la prison pour la constitution d’un front uni de toutes les organisations terroristes contre les fascistes. Un autre candidat éventuel est, selon la police le groupe « Lutte révolutionnaire », notamment Nikos Maziotes qui est en fuite.
Les médias et les représentants des principaux partis politiques ont aussi immédiatement présumé l’existence d’un motif politique derrière le crime. Le quotidien Tu Vima a titré son article « Douze balles contre la démocratie » en écrivant qu’il s’agissait « clairement d’un acte de terrorisme. » Le plus grand parti d’opposition, la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) a qualifié vendredi dans un communiqué de presse le double meurtre d’« attaque contre la démocratie. »
Le gouvernement se sert de l’attaque pour détourner l’attention des attaques sociales brutales qu’il est en train d’imposer à la grande majorité de la population et de son renforcement de l’appareil d’Etat.
« La société grecque agira de concert et impitoyablement contre les meurtriers, » a dit le porte-parole du gouvernement Simos Kedikoglou. »
Le récent meurtre du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas par un partisan d’Aube dorée a été utilisé pour renforcer l’appareil d’Etat contre l’opposition de la classe ouvrière. Les représentants du gouvernement ont à plusieurs reprises affirmé que l’Etat devait agir contre « les deux extrémités » du spectre politique.
A cet égard, le gouvernement pourrait compter sur le soutien de SYRIZA. Il y a deux semaines, le parti avait appuyé l’initiative du gouvernement de limiter le financement d’Etat de partis soupçonnés de constitution d’une organisation criminelle. Cette loi était fondée sur le réactionnaire paragraphe 187 qui inclut explicitement les grèves et les protestations sociales comme étant des activités potentiellement criminelles.
Le gouvernement compte de plus en plus sur des mesures répressives pour réprimer les protestations sociales. Des travailleurs grévistes ont déjà été placés cette année trois fois sous le régime de la loi martiale et contraints de reprendre le travail.
Les protestations des travailleurs du secteur public à l’encontre des licenciements de masse décrétés par le gouvernement se déroulent depuis des semaines. Une grève générale est prévue aujourd’hui. Les travailleurs des transports publics, de la santé et de l’administration publique y participeront aux côtés de ceux du secteur privé pour s’opposer à l’impôt sur la propriété qui frappera de nombreux travailleurs.
La troïka, que forment le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne, est en train d’accroître la pression exercée sur le gouvernement pour qu’il impose rapidement de nouvelles coupes. Faute de quoi, elle menace de mettre un terme au versement de nouvelles tranches d’aide à la Grèce. De nouvelles négociations sont prévues cette semaine.
Dans ces conditions il est parfaitement possible que l’attaque de vendredi dernier ait pu avoir été une provocation ou une semi-provocation de l’Etat. Il existe dans l’histoire grecque un certain nombre de cas où des attaques terroristes commises par des groupes anarchistes ont servi à renforcer l’appareil d’Etat. Il a été démontré que ces groupes sont infiltrés ou ont choisi d’entretenir des liens étroits avec l’Etat.
En 2002, les attaques perpétrées par le groupe « Novembre 17 » et notamment le meurtre de l’attaché militaire britannique Stephen Saunders avaient servi à insérer l’article 187 dans le code criminel.
Le groupe avait reconnu avoir commis 23 meurtres entre la date de sa création en 1975 et celle de sa dissolution en 2002. Néanmoins, aucun des membres du groupe ne fut interpellé jusqu’en 2000. Des preuves ont été apportées à maintes reprises de l’existence d’étroits liens entre l’organisation et les plus hautes sphères de la politique.
La « Secte des révolutionnaires, » la « Conspiration des cinq noyaux de feu » et « Lutte révolutionnaire » sont issus directement ou indirectement des vestiges du groupe « Novembre 17 ». Idéologiquement, ces groupes se caractérisent par un mélange d’individualisme et de nationalisme extrêmes. Leurs actes terroristes servent objectivement à renforcer l’appareil d’Etat contre la classe ouvrière et à mettre en place des formes de régime autoritaires.
Des actes de violence individuels contre les fascistes n’ont rien à voir avec une lutte authentique contre la menace du fascisme. Cette lutte requiert au contraire la mobilisation indépendante de la classe ouvrière sur la base d’un programme socialiste. Les diverses tendances petites-bourgeoises qu’elles soient armées ou non, sont clairement opposées à l’émergence d’un tel mouvement.

WSWS


Jeudi 7 Novembre 2013


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