Proche et Moyen-Orient

Des responsables en Iran et au Liban mettent en garde contre les retombées de la chute d'Alep


Un diplomate réformiste iranien, un ancien dirigeant du Hezbollah et un universitaire libanais mettent tous les trois en garde contre des graves répercussions de la chute d’Alep


Karim El-Bar
Jeudi 22 Décembre 2016

La chute d’Alep, et en particulier la manière dont la ville a été prise par les forces pro-Assad, a révélé de profondes divisions parmi les chefs politico-religieux chiites à travers le Moyen-Orient.

D’après divers médias iraniens, l’ayatollah Mohammad Emami Kashani, l’ecclésiastique qui dirige les prières du vendredi à Téhéran, a déclaré la semaine dernière que le « triomphe d’Alep » était une victoire « des musulmans sur les infidèles », qui a porté un coup aux rebelles syriens largement sunnites ayant combattu les forces pro-Assad pour le contrôle de la ville.

Ce partisan de la ligne dure de 78 ans donne un sermon hebdomadaire à l’université de Téhéran, une importante responsabilité qui tourne entre les membres de haut rang de l’élite cléricale de l’Iran.

Mais le cheikh Subhi al-Tufayli, un des principaux ecclésiastiques chiites du Liban, a donné son propre sermon enflammé du vendredi.

« Les avions de guerre russes bombardent la nation de Mohammed [les musulmans], a-t-il lancé. Et malheureusement, nous sommes avec eux aujourd’hui comme nous étions avec eux hier : heureux face au meurtre d’enfants musulmans. »

Tufayli a été le premier secrétaire général du Hezbollah, de la fondation du groupe (en 1989) à 1991. Il a critiqué précédemment l’implication de l’Iran mais aussi du Hezbollah dans la guerre civile syrienne.

Tufayli a fustigé l’implication du Hezbollah dans la guerre civile syrienne en octobre dernier.

« Faites attention », a-t-il déclaré à sa congrégation. « Tous les efforts, la pression, l’armée et la guerre sont contre la véritable opposition syrienne. Alors que les factions du groupe État islamique doivent rester pour le régime et ses alliés afin qu’une comparaison puisse être établie entre les deux. Personne n’accepterait l’État islamique, donc ils doivent accepter le régime. »

À la fin de son sermon, Tufayli s’est lâché : « Ces gens [les forces pro-Assad] prétendent combattre des organisations terroristes. Vous [les forces pro-Assad] êtes leur mère et leur père. Vous les avez élevés [le groupe État islamique] et vous continuez encore. Vous ÊTES les terroristes. Vous êtes les meurtriers, en secret et en public. Et laissez-moi vous dire une chose : Si vous prenez Alep – et une centaine d’autres Alep –, vous serez vaincus. »

« Je suis certain que les Russes n’auront aucun répit en Syrie », a-t-il affirmé au sujet de l’intervention de Moscou en Syrie.

« Ils seront combattus jusqu’à ce qu’ils soient vaincus, a-t-il déclaré. « Et je conseille à ceux qui se tiennent à leurs côtés [la Russie] de se retirer. Ne soyez pas heureux du massacre des enfants d’Alep ! Ne soyez pas heureux des déplacements forcés à Alep ! »

Le ton dur de son sermon n’est pas nouveau pour Tufayli, qui a précédemment comparé le bombardement d’Alep à Kerbala, une bataille importante dans l’histoire islamique qui est pleurée par de nombreux chiites musulmans comme une catastrophe.

كربلاء هذا العام في حلب ، و رضيع الامام الحسين تحت انقاض بيوتها. #حلب

— الشيخ صبحي الطُفيلي (@SobhiTfaily) September 25, 2016

Traduction : « Cette année, Kerbala est à Alep et le bébé de l’imam Hussein est sous les décombres de leurs maisons. »

« Il faudra deux décennies pour résoudre cela »

Le diplomate réformiste Mir Mahmoud Moussavi, membre d’une dynastie politique iranienne de premier plan, s’est joint aux critiques de l’assaut d’Alep en affirmant que la chute d’Alep n’était que « deux nuits de joie » qui préoccuperaient Téhéran pendant les trente prochaines années.

« Le massacre de 300 000 personnes et le déplacement de 12 millions d’autres en Syrie n’entraîneront que la haine et la violence ; Il y aura 10 millions de familles syriennes touchées qui vivront dans un climat de haine », a-t-il déclaré dans une interview accordée au journal réformiste Sharq.

« Il faudra deux décennies pour résoudre cela », a-t-il affirmé, ajoutant que « les choses empir[aient] en Syrie ».

Mir Mahmoud Moussavi vient d’une famille politique importante en Iran. Il est le frère de Mir Hossein Moussavi, Premier ministre iranien de 1981 à 1989.

Mir Hossein Moussavi est également connu pour avoir affronté Mahmoud Ahmadinejad lors des élections présidentielles de 2009, qu’il a perdues alors que le scrutin a fait l’objet d’accusations de fraude, ce qui a déclenché des protestations généralisées. Il vit depuis lors en résidence surveillée.

Hareth Sleiman, analyste politique et universitaire chiite libanais, a également dressé un tableau sombre des perspectives de paix dans la région à la suite de la chute d’Alep.

« Vous avez planté les graines de la mort, de la destruction, de la haine et de la sauvagerie », a-t-il écrit sur sa page Facebook. « Attendez donc la saison des récoltes. »

Il a décrit les événements récents à Alep comme « une honte pour l’humanité et un déclin de son statut ».

« Honte aux monstres Poutine, Khomeini et Assad et aux mercenaires des quatre coins du monde, à ceux qui dansent de joie face au crime et à ceux qui se réjouissent face au sang des enfants et aux larmes des femmes », a-t-il poursuivi.

« La victoire dont l’"axe de la résistance" se réjouit ne sera pas une victoire pour vous, ni aujourd’hui, ni demain », a-t-il écrit.

« L’heure est venue de lancer les conquêtes islamiques »

L’opinion de ces hommes sur la prise d’Alep est on ne peut plus éloignée de celles de l’élite militaire du pays.

« L’heure est maintenant venue de lancer les conquêtes islamiques », a déclaré aux médias iraniens Hossein Salami, général du corps des Gardiens de la révolution islamique (GRI).

« Après la libération d’Alep, les espoirs de Bahreïn seront concrétisés et le Yémen se réjouira de la défaite des ennemis de l’islam », a-t-il ajouté en référence à d’autres conflits qui sévissent dans la région.

Néanmoins, à l’occasion d’une rencontre conjointe à Moscou entre les ministres des Affaires étrangères de la Russie, de la Turquie et de l’Iran, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a déclaré qu’il ne pouvait y avoir qu’une solution politique au conflit syrien, et non militaire.

Cette déclaration survient après des informations selon lesquelles ce sont l’Iran et ses intermédiaires qui ont déstabilisé l’accord russo-turc portant sur l’évacuation Alep, estimant que l’accord laissait trop de terrain aux rebelles syriens.

Essentially what we are witnessing right now is whose word has more sway in Syria: Vladimir Putin or Qassem Soleimani

— Kareem Shaheen (@kshaheen) December 15, 2016

Traduction : « Pour l’essentiel, ce à quoi nous assistons en ce moment est un rapport de force pour savoir quelle parole a le plus d’influence en Syrie, entre celle de Vladimir Poutine et celle de Qassem Soleimani. »



Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.


Jeudi 22 Décembre 2016


Commentaires

1.Posté par ATR le 22/12/2016 11:18 (depuis mobile) | Alerter
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Ça c''est sûr la chasse aux chiites va être ouverte dans la région...

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