Histoire et repères

De l’invention de l’antisémitisme… pour raison d’Etat…


Dans la même rubrique:
< >


Danielle Bleitrach
Vendredi 18 Août 2017

SylvestreConstantinXIII
SylvestreConstantinXIII
Il s’avère que j’ai fait des études classiques très studieuses, mon professeur de grec était un fanatique des pères de l’Eglise. Ma famille vivait une situation de drame et de séparation dans laquelle j’étais prise en otage et je ne supportais plus le lycée. Je révisais mon bac toute seule dans la merveilleuse bibliothèque de la place Carli à Marseille. Pour travailler le grec, je me suis passionnée donc pour les pères de l’Eglise, en particulier Saint Jean Chrysostome que je vais tenter de vous faire découvrir. Je me suis aussi jetée dans l’étude de Julien l’apostat et je traduisais pour m’exercer son Traité des barbes, dans lequel non seulement il raconte sa chère Lutèce (Paris), mais il tente de restaurer le paganisme. Il hait le christianisme devenu depuis Constantin religion officielle.

Quand quelques années après, je passe le certificat d’histoire ancienne, j’ai pour professeur le doyen Palanque qui nous fait un cours sur les conciles de Nicée à celui de Calcédoine, par lequel Constantin qui a embrassé le christianisme et en fait une religion d’Etat va fixer la foi. Je dois avoir été une des rares étudiantes à éprouver un tel engouement pour ce cours. Mais il me fait renouer avec ce moment où je me réfugiais dans cette bibliothèque, ses boiseries blondes et ses murs tapissés de livres reliés, le silence qui me reposait des drames que je vivais chez moi, la solitude qui m’apaisait. Je retrouvais le plaisir d’apprendre sur le mode d’une enquête policière, avec comme traces des meurtres ces invraisemblables débats sur le fait de savoir qui était le plus proche de la divinité du père, du fils ou du saint esprit. Non seulement je buvais les paroles du doyen Palanque, mais je lisais tout ce qu’il nous indiquait.

Je découvrai également que le thème de la crucifixion était emprunté aux apocalypses qui avait fleuri ça et là à la suite de la destruction du temple de Jérusalem par les romains. Les rebelles avaient été crucifiés, comme les chrétiens, qui à l’époque étaient confondus avec les Juifs sous Néron. La crucifixion était une châtiment d’esclave dans la crise de l’empire qui était aussi celle du mode de production esclavagiste et on sait à quel point le christianisme avait correspondu avec l’idée de l’égalité des esclaves. De là, je pouvais faire des hypothèses sur l’opération de communication de la mère de Constantin, Hélène, partie à Jérusalem pour y retrouver la croix sur laquelle Jésus avait été crucifié. Bien sûr elle l’a trouvée et débitée en petits morceaux distribués à toutes les églises et monastères au point que si on les rassemblait il y aurait de quoi faire quelques kilomètres de cette sainte relique. Cette invention de la crucifixion correspondait aux différents conciles qui avaient pour vocation de fixer le christianisme, religion d’Etat. La principale obédience à combattre était l’arianisme.

L’arianisme est un courant de pensée théologique des débuts du christianisme, dû à Arius, théologien alexandrin au début du IVe siècle, et dont le point central concerne les positions respectives des concepts de « Dieu le père » et « son fils Jésus ». La pensée de l’arianisme affirme que si Dieu est divin, son Fils, lui, est d’abord humain, mais un humain disposant d’une part de divinité. Le premier concile de Nicée, convoqué par Constantin en 325, rejeta l’arianisme. Celui-ci fut dès lors qualifié d’hérésie, mais les controverses sur la double nature, divine et humaine, du Christ (Dieu fait homme), se prolongèrent pendant plus d’un demi-siècle et donnèrent lieu non seulement à d’autres conciles mais à des répressions. L’arianisme posait une question politique, la plupart des peuples germaniques qui étaient des peuples fédérés marquaient ainsi leur autonomie(1). Les Wisigoths d’Hispanie restèrent ariens jusqu’à la fin du VIe siècle et les Lombards jusqu’au milieu du VIIIe siècle. Pour ces derniers notons qu’ils furent avec les juifs, les prêteurs d’argent de l’Europe.

Parce que l’arianisme avait beaucoup à voir avec le judaïsme, voici ce que vous pouvez lire dans Wikipédia sur Saint Jean Chrysostome (saint Jean Bouche d’or) (2):

« Ce sont les relations amicales entre les Juifs et les Chrétiens qui ont amené Chrysostome à proférer ses violentes attaques contre les Juifs. Les motifs religieux ne manquent pas, car de nombreux Chrétiens ont l’habitude de célébrer les fêtes de Roch Hachana, de Yom Kippour et de Souccot. « Quel pardon pouvons-nous espérer, si nous courons à leur synagogue, simplement par impulsion ou par habitude, et si nous appelons leurs docteurs et magiciens chez nous». Ailleurs Chrysostome écrit : « J’invoque le ciel et la terre comme témoins contre vous si vous vous rendez aux fêtes où retentit le Shophar, ou si vous participez aux jeûnes, ou observez le chabbat, ou si vous observez un rite juif important ou non, et je serai innocent de votre sang ». Chrysostome combat non seulement les inclinations pro-juives du point de vue religieux des habitants d’Antioche, mais aussi le fait que les Juifs étant considérés avec beaucoup de respect à cette époque, les Chrétiens préfèrent régler leurs problèmes juridiques devant les tribunaux juifs, car le serment juif leur semble plus impressionnant et plus contraignant que le leur. Chrysostome affirme que les jours de chabbat et de fêtes juives, les synagogues sont pleines de Chrétiens et principalement de femmes qui aiment la solennité de la liturgie juive, qui aiment entendre la sonnerie du Shophar le jour de Roch Hachana et qui applaudissent les fameux prêcheurs selon la coutume de l’époque.

Une théorie apologétique plus récente soutient qu’il essaye au contraire de persuader les Chrétiens judaïsants, qui ont conservé pendant des siècles des liens avec les Juifs et le judaïsme, de choisir entre le christianisme et le judaïsme.

Chrysostome tient les Juifs pour responsables de la crucifixion de Jésus, les accuse de déicide et leur reproche de continuer à se réjouir de la mort de Jésus. Chrysostome soutient tout au long de ses écrits que le judaïsme a été vaincu et remplacé par le christianisme. Il essaie de le prouver en montrant que la religion juive ne peut exister sans un temple, des sacrifices et un centre religieux à Jérusalem, et qu’aucune des institutions religieuses ultérieures à la destruction du Temple de Jérusalem, ne peut se mettre à la place des anciennes. Chrysostome raille les Patriarches, qui selon lui, n’étaient pas des prêtres, mais s’en donnaient l’apparence et jouaient seulement leur rôle comme des acteurs. Il ajoute: « L’Arche sainte, que les Juifs ont maintenant dans leurs synagogues, apparait en fait comme une vulgaire boite en bois que l’on peut acheter au marché ». Il compare la synagogue à un temple païen, l’accusant d’être à la source de tous les vices et de toutes les hérésies.

Il la décrit comme un endroit pire qu’un bordel ou un débit de boisson; c’est un repaire de fripouilles, l’antre de bêtes sauvages, un temple de démons, le refuge de brigands et de débauchés, et la caverne des diables, une assemblée criminelle d’assassins du Christ. Palladius, un biographe contemporain de Chrysostome écrit aussi que, parmi les Juifs, la prêtrise pouvait être achetée ou vendue pour de l’argent. Finalement il déclare que lui-même, en accord avec les sentiments des saints, hait aussi bien la synagogue que les Juifs, écrivant que « les démons résident dans la synagogue » et « aussi dans l’âme des Juifs », et les décrivant comme « juste bons à être massacrés ».

Mais il ne se contente pas de railler les lieux et objets religieux sacrés pour les Juifs, il essaye de convaincre ses ouailles que le devoir de tous les Chrétiens est de haïr les juifs et déclare que c’est un péché de les traiter avec respect. En dépit de sa haine des juifs et du judaïsme, Chrysostome, comme l’ensemble de l’école d’Antioche, montre dans son exégèse une dépendance à l’égard de la Aggada (textes réglementaires non fixés par la Torah) qui prédominaient à l’époque parmi les Juifs de Palestine. Weiss a pu montrer quelques parallélismes avec les Aggadistes et que l’influence de la Aggada peut être notée dans les écrits de Chrysostome. »

Il faudrait également que je vous raconte la suite de mes découvertes studieuses. Parce que je n’ai pas choisi l’antiquité mais le Moyen-âge pour y poursuivre mes investigations. J’avais Georges Duby comme enseignant et il était difficile de résister à la fascination intellectuelle qu’il exerçait. J’ai fait sous sa direction mon premier mémoire de recherche sur l’iconographie des cloîtres provençais et l’évolution des mentalités du 11 e au 13 e siècle. J’ai retrouvé à cette occasion tout ce que j’avais pu acquérir sur les thèmes et leurs origines. Je vous ferai grâce de la relation du peuple déicide à la crucifixion. Il faudrait que je revienne sur les glissements entre l’arianisme de l’hispanie et l’apocalypse et les sculptures instrument de propagande du christianisme contre les musulmans mais aussi les juifs.

Je ne peux m’empêcher quand je suis confrontée à l’actualité politique de souvent la mettre en relation avec ce bagage jamais oublié et qui ne cesse d’être enrichi au gré des besoins politiciens….



(1) comment parce que les germains ont choisi l’obédience d’Arius, un évêque égyptien, ce fou inculte d’Hitler va-t-il inventer une race les aryens (un peuple basané indien) encore un mystère du recyclage. Comme celui du complot des juifs hérité du Moyen-âge ?

(2) Marianne avec qui je viens de discuter me signale l’importance de Saint Jean Chrysostome (appelé en russe Zlatoust) en Russie et dans le culte orthodoxe… qui se veut effectivement le descendant direct de Constantin, le tsar étant le César, Moscou étant la troisième Rome après Byzance… je suis sûre que l’on pourrait découvrir que ce réac antisémite de Soljenitsyne a biberonné du Saint jean Chrysostome qui a un magnifique style… Comme d’ailleurs Léon Bloy chez nous… rien ne se perd, rien ne se crée… mais c’est lassant ce passage de témoins de millénaire en millénaire…


Vendredi 18 Août 2017


Nouveau commentaire :

Actualité en ligne | International | Analyse et décryptage | Opinion | Politique | Economie | Histoire et repères | Sciences et croyances


Publicité

Brèves



Commentaires