Coup de gueule

DE RIO À CANCUN : Vingt ans d’injustice climatique


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«Je suis un peu déprimé au sujet de Cancun. Le problème ne s’éloigne pas, il a plutôt tendance à s’aggraver.»

Al Gore, ancien vice-président américain, prix Nobel de la paix


Professeur Chems eddine Chitour
Jeudi 2 Décembre 2010

DE RIO À CANCUN : Vingt ans d’injustice climatique
Le lundi 29 novembre s’est ouvert la Conférence des Nations unies sur le
climat dans un climat délétère de renoncement où chacun suit le mouvement
porté par une vitesse initiale faite de naïveté concernant la nature humaine
quant à trouver la solution pour conjurer le réel péril des bouleversements
climatiques dont commencent à souffrir dans de grandes proportions les pays
démunis.

Bref rappel de l’épopée du combat perdu contre le réchauffement
climatique. Tout démarre en 1990 à New York quand le GIEC publie sous
l’égide des Nations unies, un premier rapport : il existe un risque réel que
les activités humaines et, notamment la consommation d’énergies fossiles
(charbon, gaz naturel, pétrole) puissent modifier le climat. Voilà qui est
clair! Et dire qu’en 2010, il existe des climato-sceptiques à l’image de
Claude Allègre. L’Académie des Sciences en France, après un débat
contradictoire qui a engagé plus d’une centaine de scientifiques, dans un
rapport publié le 29 octobre, a clairement pointé du doigt la pollution
d’origine anthropique. En 1992, ce fut le sommet de la Terre à Rio ; la
Conférence des Nations unies sur l’environnement adopte un programme
d’action pour le XXIe siècle appelé «Action 21» qui prend en compte les
problématiques liées à la santé, au logement, à la pollution de l’air, la
gestion des mers et des forêts, des montagnes, la désertification, la gestion
des ressources en eau et l’agriculture. En 1995 à Berlin, c’est la
première Conférence des Parties (COP1) qui établit un plan d’analyse et
d’évaluation de deux ans.

En 1997 à Kyoto, cette conférence, qui fut une réussite, a pour la
première fois chiffré l’effort de chacun. Ce fut le Protocole de Kyoto. Cet
Accord historique vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre
(GES).Il fixe des seuils contraignants pour 37 pays industrialisés. 2001 en
mars, l’avènement de George Bush aux Etats-Unis remet tout en cause. Le
Protocole risque de pénaliser l’industrie américaine. Dans la foulée, le
Canada refuse de le signer. En 2002, de mai à décembre, l’Union européenne,
le Japon, la Chine et le...Canada ratifient le traité. 2004 octobre : la Russie
ratifie le Protocole permettant à ce dernier d’entrer en vigueur. Au total,
les 183 pays l’ayant ratifié représentent moins de 55% des émissions de CO2
de 1990. En 2005, le Protocole entre en vigueur en février. 2007, Bali :
réunion de la COP 13 sans grand résultat. 2008 : la Conférence d’Accra
prend en compte la déforestation dans la mesure des GES. La Conférence de
Poznan, la même année (COP14), prépare les grandes lignes de l’accord qui
devait être signé à Copenhague. 2009 : décembre : Le Sommet COP15, qui
devait donner une suite à l’après-Kyoto venant à expiration en 2012,
s’est terminé en queue de poisson. On a vu les deux grands, Etats-Unis -
Chine, camper chacun sur ses positions devant les autres pays jouant le rôle de
spectateurs. Quelques voeux pieux, aucun accord contraignant sans précision sur
les moyens de limiter le réchauffement. 2010 du 29 novembre au 10 décembre :
nous y sommes. Scepticisme total ; même les Nations unies jugent peu probable
d’aboutir à quelque chose.

Quel est l’état des lieux de la planète?

Selon l’AIE, l’échec du sommet de Copenhague sur le climat coûtera au
monde 1000 milliards de dollars en investissements supplémentaires à réaliser
d’ici à 2030 pour infléchir les politiques énergétiques, soit 11.600
milliards en tout, selon le rapport annuel de l’Agence internationale de
l’énergie (AIE) sur les perspectives énergétiques mondiales. Dans son
rapport publié il y a un an, juste avant le sommet sur le réchauffement
climatique, l’agence estime que des investissements supplémentaires d’un
montant de 10.500 milliards de dollars étaient nécessaires jusqu’en 2030
pour infléchir les politiques énergétiques et éviter des «dommages
irréparables» pour le climat. Selon ce rapport, la planète devrait consommer
dans vingt-cinq ans, 36% d’énergie en plus par rapport à 2008, une hausse
qui masque toutefois d’importantes disparités. En 2035, le géant chinois
représentera 22% de la demande globale contre 17% aujourd’hui : les énergies
fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel) devraient demeurer en 2035, les
sources dominantes. La demande mondiale de pétrole devrait ainsi croître de
18% entre 2009 et 2035, à 99 millions de barils par jour (mbj), Du coup,
l’agence s’attend à une hausse du prix du brut, le baril pouvant atteindre
113 dollars en 2035, contre plus de 87 aujourd’hui. La part du pétrole dans
la demande globale devrait néanmoins reculer en 25 ans, de 33% à 28%, au
profit du nucléaire (qui passerait de 6% à 8%) et des énergies renouvelables
(hydraulique, éolienne, solaire, etc.) qui doubleraient de 7% à 14%.(1)

Dans le même ordre on lit dans une contribution d’Attac : «Les émissions
de gaz à effet de serre continuent à augmenter dans le monde : après la
diminution de 1,3% entre 2008 et 2009 pour les émissions de CO2 (du fait de la
crise et du ralentissement de l’activité), les prévisions pour 2010 sont en
augmentation de +3% selon le rapport du Global Carbon Project. Pour rappel, les
émissions globales devraient diminuer au minimum de 50% entre 1990 et 2050 pour
que la hausse de température n’excède pas 2°C. Par ailleurs, les
déclarations d’intention de réduction (non contraignantes) formulées par
les différents pays après Copenhague, laissent présager, si elles étaient
effectives, un réchauffement de +3 à +6°C en 2050, alors que les
recommandations du GIEC sont de +2°C maximum et alors que de nouveaux rapports
préconisent une augmentation maximale +1,5°C. Selon l’Agence internationale
de l’énergie (rapport 2010, World Energy Outlook, 2010), le pic pétrolier a
été atteint en 2006.(2)

Pour limiter le réchauffement de 2°C, il faudrait réduire globalement les
émissions de gaz à effet de serre de 25% à 40% d’ici 2020 par rapport à
1990, selon les scientifiques. Un dernier espoir reposerait alors dans la
géo-ingénierie, manipulation du climat terrestre pour contrecarrer les effets
du réchauffement climatique. L’«état» du climat à l’heure actuelle est
mauvais, selon les scientifiques. Il faudrait pouvoir réussir à atteindre
l’objectif de 49 gigatonnes de CO2 dans l’atmosphère en 2020, pour éviter
que les températures ne s’élèvent de 2°C. A l’heure actuelle, avec les
objectifs les plus ambitieux, on pourrait arriver à 44 gigatonnes de CO2
seulement...(3) Pierre Veya analyse d’une façon impartiale la situation. «Le
diagnostic est sans appel : les gaz à effet de serre continuent d’augmenter
et ont atteint en 2009 des niveaux record, selon les derniers chiffres publiés
par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) ; l’objectif visant à
limiter l’augmentation moyenne de la température du globe à 2°C dans ce
siècle, ne pourra pas être atteint. (...) Les mécanismes imaginés à Kyoto
pour stabiliser le climat et assurer une transition vers des énergies propres
et à faible teneur en carbone, tournent de fait à la capitulation. Le système
des quotas d’émissions mis en place sous l’égide de l’ONU et alloués
sur le principe de la gratuité n’ont pas permis de donner un vrai prix au
carbone ».

« La Chine, qui a elle aussi largement contribué à l’échec de
Copenhague, poursuit son double jeu. Elle investit certes, dans les énergies
propres mais maintient en parallèle des objectifs de croissance fondés sur un
recours tout aussi massif au charbon. Depuis deux ans, elle importe en très
grandes quantités du charbon américain et australien, tout en subventionnant
de manière détournée son industrie verte, usant d’un levier économique qui
lui assurera dans vingt ans un leadership quasi certain dans les énergies
renouvelables. En Europe, l’Allemagne s’interroge : à quoi bon poursuivre
seule une politique volontariste alors que les autres s’en détournent? A quoi
bon maintenir des tarifs de rachat des énergies propres élevés si les
retombées industrielles ne profitent qu’à la Chine? L’Espagne et
l’Italie n’ont plus d’argent. La France, avec le Grenelle de
l’environnement, ne tient une fois de plus pas ses promesses. Et ne songe en
réalité qu’à exporter sa filière nucléaire qui vacille.»(4)

La création d’un «Fonds vert», par exemple, promis à Copenhague par les
pays développés pour aider les pays pauvres qui pâtissent des changements
climatiques. D’ici 2012, 30 milliards de dollars doivent être mis de côté,
et 100 milliards par an d’ici 2020, pour aider ces pays à lutter contre les
effets du réchauffement et à développer des technologies plus propres. A
Cancun, une clarification sur ce financement devrait être apportée, pour
permettre «de créer la confiance dans le processus de financement global»,
selon Robert Orr, secrétaire général adjoint de l’ONU, qui s’est exprimé
devant la presse à New York. (...) Selon un rapport publié par Oxfam et le
Réseau action climat France, les promesses faites à Copenhague ne sont pas au
rendez-vous. «La France se contente de recycler une partie de son aide publique
au développement pour tenir cet engagement. Pour Eva Joly, députée
européenne : «Les 420 millions d’euros que la France devait verser ont été
prélevés sur l’aide au développement, pour laquelle l’objectif
d’atteindre 0,51% du PIB n’est même pas atteint.»(3)

Les pays du Sud dans tout ça?

Outre les calamités climatiques, les pays du Sud font face à la famine. Le
rapport de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le
développement (Cnuced) est sans ambiguïté : «Le nombre de pays très pauvres
a doublé ces quarante dernières années. Le nombre de personnes vivant sous le
seuil de pauvreté a suivi la même évolution en seulement trente ans. (...)
Pour contrer un mode de croissance ´´non durable´´ et ´´non
équitable´´, L’engagement des pays donateurs à débloquer 0,7% de leur PIB
pour l’aide publique au développement n’est toujours pas atteint, a relevé
M.Supachai, déplorant un manque à gagner de 23 milliards de dollars par an.
Enfin, ces pays [49] auront besoin d’une aide pour faire face au
réchauffement climatique, dont ils sont les premières victimes alors qu’ils
n’émettent que 1% des gaz à effet de serre, responsables de ces changements.
Déjà ´´les phénomènes météorologiques extrêmes dans les PMA ont été
multipliés par 5 entre 2000 et 2010 par rapport à 1970-1979´´»(4) «Si on
sait que la majorité des pays pauvres sont en Afrique, la kermesse de la
rencontre Afrique-Union européenne s’est terminée à Tripoli, sans
engagement concret sur la lutte contre les changements climatiques. Comme la
majorité des pays en voie de développement, c’est la promesse d’un
financement de 30 milliards de dollars sur trois ans (jusqu’en 2012) et de 100
milliards de dollars d’ici 2020 qui a poussé les pays africains à
l’adhésion au texte de Copenhague. (...) Inutile de rappeler que les Etats
n’ont pas encore reçu la totalité des versements promis. Un autre enjeu de
Cancun pour les Etats africains est le lobbying pour la gestion des financements
obtenus. Il a été acté dans la capitale danoise, la création d’un
organisme de financement : Copenhagen Green Climate Fund. Vu les sommes
mobilisables, la gestion de ces ressources financières n’est pas sans poser
des problèmes de leadership.»(6)

Pour le site Attac, il ne faut pas envisager le problème techniquement. «La
crise climatique est le résultat d’un mode d’organisation des sociétés,
de choix énergétiques, qui doivent être modifiés rapidement et qui supposent
des choix politiques et sociaux engageant, notamment les pays industriels dans
une transition écologique et sociale, seule à même d’atteindre les
objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et engageant de
nouvelles formes de coopération Nord-Sud. (...) L’échec des négociations à
Copenhague a menacé le processus onusien dans la mesure où le texte proposé
comme accord final, rédigé au mépris des règles onusiennes, enterrait de
fait le Protocole de Kyoto. (...) Suite à cet échec et aux tentatives
répétées de décrédibiliser tout processus qui associerait les pays du Sud
non membres du G20, le Sommet des peuples de Cochabamba, appelé par le
gouvernement bolivien en avril 2010, a rassemblé plus de 30.000 personnes : la
plate-forme qui en est issue a été prise en compte dans le processus de
négociations, grâce à la pression des mouvements sociaux et de quelques
gouvernements qui la soutenaient. Cela a permis de réintroduire dans les
discussions onusiennes des sujets qui avaient été éliminés par le texte de
Copenhague : nécessité d’une nouvelle phase post-2012 pour le Protocole de
Kyoto avec un traité contraignant en termes d’émissions, responsabilités
communes mais différenciées en fonction de la situation des différents pays,
reconnaissance de la responsabilité historique des pays industriels dans le
dérèglement climatique, financement de la lutte contre le changement
climatique et ses effets, refus des fausses solutions (agrocarburants,
nucléaire, geoingeniering, marchés du carbone et de la biodiversité,
inclusion des forêts et de la terre dans la finance carbone). Ces propositions
issues de Cochabamba, ainsi que la demande de l’institution d’un tribunal
international pour juger les crimes écologiques, figurent maintenant parmi les
différentes options possibles présentées dans les textes en discussion à la
Ccnucc.» (2)

Il est vrai que la Chine est dans une position très particulière : si l’on
prend ses émissions de CO2 par tête, elle est à classer dans le camp des pays
en développement (1tep/hab/an), qui doivent bénéficier d’aides contre 8
tep/hab/an pour les Etats-Unis et 4 pour l’Europe. Mais si l’on considère
les émissions globales du pays, elle est devenue le premier consommateur
d’énergie. Elle rappelle que les pays du Nord ont une responsabilité
historique dans le réchauffement climatique et attend d’eux le premier pas.

En définitive, le Monde est plus occupé par les révélations de
WikiLeaks!!!Les médias ont traité d’une façon brève l’avenir de la
planète au profit d’informations conjoncturelles. Au total, vingt ans de
dialogue de sourds, pendant ce temps, le climat se détériore et devient de
plus en plus erratique. Pourtant, les changements climatiques sont une
réalité. Faudra-t-il remettre les décisions dans les mains du G20? ou de
l’OMC comme le suggère-t-on en Europe? Doit-on confier le destin de la
planète au grand capital dont on connaît les limites de l’altruisme et
surtout l’égoïsme au point de ne rien partager? «Le niveau de vie des
Américains n’est pas négociable , disait George Bush », Nous en sommes
convaincus.

1.AIE, l’échec de Copenhague coutera 1000 milliards de dollars Le Monde.fr,
AFP 9.11.10

2.Analyse d’Attac France sur les enjeux de la COP16 de Cancún 26/11/2010

3.Climat : le sommet de Cancun en 10 questions http://www.maxiscie 30.11.2010

4.Pierre Veya : Les ratés d’un processus desséché Le Temps,Courrier
international 26.11.2010

5.Le nombre de pays très pauvres a doublé en quarante ans Le Monde.fr
26.11.10

6.Négociations climatiques de Cancun : les enjeux pour l’Afrique 30-11-2010


Pr Chems Eddine CHITOUR

Ecole Polytechnique enp-edu.dz


Jeudi 2 Décembre 2010


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