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Coronavirus : « Cet alarmisme sert les intérêts de la spéculation financière


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Entretien avec Andrea Fumagalli, économiste


Sacha Biazzo
Mardi 3 Mars 2020

Quelles seront les retombées sur le système économique italien de la propagation du coronavirus et pourquoi la bourse de Milan a-t-elle perdu 5,4% en une seule journée ? Nous l’avons demandé à Andrea Fumagalli, un expert en économie politique, qui explique comment l'alarmisme contre la contagion sert les intérêts de la spéculation financière.

Dans les bureaux des analystes économiques et parmi professeurs d'université, il y une question récurrente : « Quelles seront les retombées du Coronavirus sur le système économique ? » Les premiers signes viennent de la bourse de Milan qui, le premier lundi suivant la propagation du Coronavirus dans le nord de l'Italie, a enregistré une baisse de 5,4%, mais on s'attend à des répercussions dans de nombreux secteurs : du tourisme à la restauration, des transports aux exportations. Pour tenter d'analyser la situation, nous nous sommes tournés vers un expert, Andrea Fumagalli, professeur associé d'économie politique à la faculté d'économie de l'université de Pavie depuis 2001.

Professeur Fumagalli, quelles sont les retombées du coronavirus sur le système économique italien ?

Si nous voulons faire une analyse économique par rapport à l'Italie, il est certain que le Coronavirus aura des répercussions négatives tant au niveau international avec l'effet de la réduction des exportations italiennes, qui est la seule variable positive qui existe dans la croissance économique italienne, mais il y aura des répercussions sur tous les secteurs du tourisme, de la restauration et même de l'industrie manufacturière. Il y aura des retombées dans le secteur électronique, dans le secteur automobile, dans le secteur textile, dans le secteur agroalimentaire, dans le secteur chimique, mais aussi dans le secteur des services, comme le commerce électronique. Le risque est donc qu'il y ait des répercussions transversales. Certains secteurs sont immédiatement touchés, par exemple, l'industrie chinoise de la restauration est certes immédiatement touchée, mais aussi le transport et le tourisme. Mais il y a aussi un effet beaucoup plus indirect sur l'ensemble de l'activité économique.

Sur le plan économique mondial, quelle est la situation dans laquelle surgit le Coronavirus ?

Il est clair que cette situation de Coronavirus tombe à point. Nous sommes dans un contexte international qui a vu la tension économique entre les USA et la Chine et le développement de politiques protectionnistes par les USA et Trump envers la Chine. Nous sommes dans une situation où il y a une redéfinition des aspects géopolitiques mondiaux et aussi des arrangements monétaires. La question du contrôle financier reste ouverte. C'est ici que se joue cette partie. Le Coronavirus contribue à la redéfinition des structures financières afin de définir, par exemple, si la bourse de Shenzhen ou celle de Wall Street est plus importante.

Quel sera l'impact réel de tout cela sur les travailleurs ?

Ce qui est complètement exclu de cette dynamique de réactions de valeur financière, ce sont les secteurs liés aux travailleurs qui n'ont que des revenus du travail et c'est un élément d'instabilité et de problème, parce que sûrement, s'il y aura un ralentissement de la non-croissance économique italienne qui ne sera pas supérieure à 0,3 % mais deviendra négative, les premiers qui paieront, nous savons très bien qui ce sera, c'est-à-dire les niveaux d'emploi, il y aura une augmentation de la précarité, une réduction de la consommation, une réduction des niveaux de vie et une augmentation de la pauvreté.

Pourquoi la bourse de Milan a-t-elle fait un plongeon ?

Il faut distinguer l'alarmisme de l'alarme, car l'alarme est justifiée, il existe des foyers d'infections qui doivent évidemment être contrôlés et surveillés. Mais l'alarmisme a deux valences : d'une part, il est fonctionnel aux marchés financiers, d'autre part, il est fonctionnel au contrôle. Pourquoi est-il fonctionnel pour les marchés financiers ? Parce que les marchés financiers sont dirigés par la spéculation financière, et que la spéculation financière tire sa sève des niveaux d'incertitude et de peur. La spéculation financière est un mécanisme tel que, au moment même où il y a de la peur et de l'incertitude, la possibilité de spéculation augmente, à la hausse ou à la baisse, selon les titres qui sont touchés. Aujourd'hui, la bourse de Milan a chuté de 3,5 % (puis de 5,4 %, NdlR) et le différentiel a immédiatement augmenté pour atteindre plus de 150 points. Il n'y a pas de conditions économiques objectives pour le permettre. Tout ce qui crée de l'incertitude, c'est de la sève pour la spéculation. La spéculation financière joue sur les attentes, de sorte que si une situation d'urgence est créée, elle crée des tensions et donc des attentes positives ou négatives selon le cas. C’est sur ces attentes que se fait la spéculation. Plus il y a de chaos, plus il y a d'incertitude et plus la spéculation galope.

Y a-t-il un point de non-retour au-delà duquel nous ne pouvons pas aller ?

Imaginons qu'à un certain moment, Milan se bloque, qu'une ordonnance soit prise – il est difficile de croire que ça puisse arriver – pour arrêter toutes les activités commerciales, toutes les activités de production, tous les transports et que personne ne puisse plus entrer ni sortir de la ville. Comme dans les 11 municipalités du foyer de Lodi, si une situation devait être créée de telle sorte qu'il y ait une urgence sanitaire, une véritable pandémie, mais ne s'agit de toute façon pas d'une pandémie, jusqu’à quel point les intérêts économiques sont-ils sacrifiables par rapport aux intérêts de la vie ? Nous vivons depuis 200 ans dans le capitalisme et ce sont 200 ans où les raisons économiques ont toujours primé sur les raisons de vivre.

Donc comment le système économique va-t-il s’y prendre pour contenir cette situation ?

Je suis tout à fait convaincu que cette épidémie va être arrêtée, car toutes les conditions technologiques sont réunies pour le faire et il est dans l'intérêt du pouvoir économique de le faire. Si c'était quelque chose qui n'avait aucun intérêt pour le pouvoir économique, alors on pourrait laisser faire et dire « Après nous, le déluge », mais il y a un intérêt. Le pouvoir financier fonctionne en exploitant une situation à court terme et ça, la dynamique de l'instabilité structurelle, les profits, il les fait à court et très court terme. On exploite et on alimente une situation, mais elle doit ensuite prendre fin, car si elle va trop loin, vous tuez la poule aux œufs d'or. La poule doit être étranglée, mais pas au point de mourir. Sinon, elle ne vous pondra plus les œufs d'or.



Traduit par Fausto Giudice

Merci à Tlaxcala
Source: https://www.fanpage.it/attualita/coronavirus-leconomista-questallarmismo-e-funzionale-alla-speculazione-finanziaria/
Date de parution de l'article original: 25/02/2020
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=28240


Lundi 2 Mars 2020


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