Proche et Moyen-Orient

Conflit israëlo-palestinien : les médias restent silencieux. Et la violence s'accélère


Depuis le début octobre auditeurs et téléspectateurs des principaux médias audiovisuels, comme France Inter ou les grandes chaînes de télévision, n'auront pu qu'enregistrer des événements bruts : un Palestinien tué par balles réelles sur un check point, deux colons tués dans leur voiture, puis une accélération des violences...


Michèle Sibony
Lundi 9 Novembre 2015

Conflit israëlo-palestinien : les médias restent silencieux. Et la violence s'accélère
Ce qu'ils appellent "un nouveau cycle" ou mieux, "une nouvelle spirale" de violence. Cycle ou spirale ayant l'avantage de supprimer toute temporalité inscrivant dans une circularité éternelle le retour inéluctable d'une violence immanente débarrassée de toute causalité.

Jouer la carte du dominant

Ce qui est remarquable, c'est l'absence quasi totale de commentaires de ces événements. Pas d'interviews d'experts, pas de débats contradictoires ou non, pas d'analyses sur les causes ou les conséquences, les solutions éventuelles, en d'autres termes, pas de discours sur le réel. Cela finit par interpeller. Que signifie l'énoncé brut des faits ? On peut penser qu'il ne signifie rien justement. Pourtant, cette absence est signifiante en elle-même. Ce qu'elle dit d'abord et avant tout : "il n'y a rien à comprendre, nous sommes devant des violences gratuites". Le citoyen en déduit qu'ils s'entre tuent, point. Il n'y a donc rien à penser pour l'auditeur ou le téléspectateur, renvoyé à sa seule opinion, comme les Palestiniens et les Israéliens semblent l'être eux aussi dos à dos. Mais – et c'est là le plus vicieux de la méthode car il s'agit bien d'une méthode, déjà éprouvée avec la crise syrienne à ses débuts –, ne pas donner à penser, c'est jouer la carte du dominant. Ne pas expliciter la situation syrienne correspondait à une volonté politique française de ne pas s'interposer entre Bashar Al Assad et son peuple en révolte. Même chose avec la répression de la Tchétchénie : circulez y'a rien à comprendre, parce qu'il n'y avait pas d'intervention politique décidée. L'Ukraine, par contre, c'est autre chose, attention, là on a vu, écouté, et appliqué des sanctions, blocus sur les échanges avec la Russie. Impressionnant, cette vigueur soudaine.

Les Palestiniens n'en peuvent plus

Sur la question d'aujourd'hui, les explosions multiples de révoltes en Cisjordanie échappant à tout contrôle palestinien et non commandées par des groupes politiques, il faut le souligner, traduisent que les limites du supportable sont atteintes pour de nombreux Palestiniens, dans la jeunesse en particulier.

Ils n'en peuvent tout simplement plus de l'oppression quotidienne de l'occupation, de la violence quotidienne exercée par l'armée et les colons contre eux, sans limites ni sanctions du gouvernement israélien lui même, ou de l'étranger. Ils n'en peuvent plus des fausses négociations qui ont duré plus de 20 ans, et n'étaient qu'un leurre destiné à poursuivre en toute tranquillité la colonisation. Ils n'en peuvent plus de l'Autorité palestinienne qui n'a aucune autorité sur personne sauf éventuellement sur eux-même pour les contraindre, et qui ne justifie son existence que pour son existence. Ils n'en peuvent plus de l'inertie criminelle des puissances qui auraient du intervenir pour les protéger depuis des dizaines d'années et qui laissent faire, en Ponce Pilate ravi de l'aubaine.

Le "cycle de la violence" est israélien

À la violence de la conquête, de l'occupation, de la colonisation, Israël ajoute toujours plus de violence, outil colonial majeur (et classique) de la pacification des les territoires conquis. Le "cycle de la violence" est israélien du début jusqu'à la fin. C'est la violence initiale qui engendre la résistance, armée ou non, du peuple palestinien depuis les pierres de la première Intifada, aux brigades armées des différents groupes politiques palestiniens de la seconde. Arrêter le cycle de la violence, c'est arrêter Israël. Qu'on ne demande pas comment, tous les outils sont là, seule manque la volonté politique, ce qui explique le silence de nos médias.

Alors no comment dans nos médias, pourquoi ? Pour que la violence israélienne puisse continuer de s'exercer, et que les "terroristes" de 13 et 15 ans soient punis et tués aux checks points de Qalandia ou de Shouafat. Pour que les frappes continuent sur Gaza et que l'auditeur se taise parce qu'il n'y comprend rien.

Une spirale sans issue

Le seul hic, c'est que la violence débridée finit toujours par se retourner contre soi, et l'on a depuis des années à présent des exemples multiples de la violence grandissante de la société israélienne. Cette violence s'exerce à l'égard des femmes, des juifs orientaux, des juifs éthiopiens, des gays, des travailleurs étrangers, et bien évidemment des Palestiniens citoyens d'Israël, qui sont les premiers visés, des milliers de Bédouins expulsés du Néguev. Ces derniers jours ont également vu l'emprisonnement d'une cinquantaine de jeunes manifestants en Israël.
La fameuse idée de la démocratie israélienne est entrain de s'évaporer, et le roi est nu pour l'enfant qui sait regarder. Et le fameux cycle de la violence enferme de fait Israël dans une spirale sans issue.

Cette violence détruit nos droits

À la violence de la loi du plus fort, seul peut s'opposer le droit régulateur. Laisser exercer cette violence, c'est détruire le droit, nos droits à tous.

Nous y sommes, et nous bénéficions des médias de ce système. Ceux-là même qui, pour nous informer sur la destruction du droit du travail, nous montrent l'épaisseur du code du travail et limitent leur analyse lapidaire à : "illisible, doit être simplifié". Comme ils montrent et remontrent les images d'Air France afin de nous convaincre que la violence est le fait des syndicalistes et des employés révoltés. Sur la Palestine, ils se contentent d'énumérer morts et blessés, car au fond, comme sur le reste, nous n'avons rien à en savoir de plus.

L'OBS Par L'OBS Par Michèle Sibony Agence Média Palestine et UJFP Agence Média Palestine et UJFP


Lundi 9 Novembre 2015


Commentaires

1.Posté par Aldamir le 09/11/2015 19:19 | Alerter
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Citations :
La CIA contrôle tous ceux qui ont une importance dans les principaux médias.- William Colby, ancien directeur de la CIA

Ceux qui croient connaître le monde à travers les médias connaissent en réalité un monde qui n’existe pas. D’où la difficulté de communiquer avec eux..- Victor Dedaj

La liberté de la presse est la liberté que les capitalistes ont d’acheter des journaux et des journalistes dans l’intérêt de créer une opinion publique favorable à la bourgeoisie.- Karl Marx

Si vous avez déjà accordé de l’importance à ce qui se diffuse pendant un journal télévisé, si vous vous êtes déjà intéressé à ça pendant, disons, plus de 30 secondes, c’est que vous êtes soit un de ces étudiants en comm’ qui y croient encore, soit un de ces journalistes qui voudraient nous y faire croire encore, soit vous étiez malade et alité devant la télé. Sinon, vous avez un sérieux problème de perception.
Viktor Dedaj

Sous une dictature, il y a une chose pour laquelle nous avons plus de chance que vous en Occident. Nous ne croyons à rien de ce que nous lisons dans la presse, à rien de ce que nous voyons à la télévision, parce que nous savons que c’est de la propagande et des mensonges. Contrairement aux Occidentaux, nous avons appris à voir au-delà de la propagande et de lire entre les lignes et, contrairement à vous, nous savons que la vérité est toujours subversive.
Zdener Urbanek

2.Posté par Depositaire le 10/11/2015 11:31 | Alerter
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Tout à fait d'accord avec l'article sauf sur un point : il n'y a pas et il n'y a jamais eu de "révolte" du peuple syrien contre son président Bachar el Assad. Certes, il y a eu des manifestation pour protester contre une pauvreté, contre une certaine classe bourgeoise corrompue qui exploitait le peuple, peuple qui réclamait des réformes tout à fait légitimes. Réformes que Bachar el Assad a commencé à mettre en place, un peu tardivement, mais mieux vaut tard que jamais, et qui sont freinées à cause de cette guerre. Mais dès le départ ces manifestations ont commencé par être manipulées par la mouvance des Frères Musulmans qui n'ont jamais cessé d'espérer prendre le pouvoir en Syrie, puis l'Occident s'en est mêlé en armant des snipers qui cachés sur les toits des maisons tiraient aussi bien sur les manifestants que sur les forces de police qui encadraient les manifestations et comme ça ne suffisait pas des groupes armés sont apparus et ont commencé à s'en prendre directement aux forces de l'ordre et petit à petit la situation a dégénérée. Les pays de l'Otan, et l'Arabie saoudite ainsi que le Qatar ont financé, armé, recrutés des milliers de mercenaires afin de faire tomber le pouvoir syrien. Et le conflit dure encore.

Pour ce qui est de la Palestine, puisqu'il est question de droit dans l'article, alors parlons clairement de ce droit !

Posons ces questions que j'ai déjà à maintes reprises posées dans bien des commentaires sur la situation palestinienne : Le droit international autorise t-il la spoliation de tout un peuple de sa terre ? Depuis quand ce même droit autorise t-il l'occupant illégal de massacrer ce peuple, de lui voler ses terres, de détruire ses maisons et ses moyens de subsistance, d'emprisonner et torturer ses enfants ? Depuis quand le droit international autorise t-il des colons venus voler de façon délibérée la terre de tout un peuple et qui malgré plus de 60 résolutions du Conseil de Sécurité de l'Onu qui ont valeur contraignante, ou, tout du moins, qui sont censées avoir cette valeur, à siéger à l'assemblée générale de l'Onu alors que le peuple persécuté, volé, massacré n'a droit pratiquement qu'à rien ?

Ne doit-on pas estimer que les grandes puissances du monde qui restent non seulement silencieuses et quand, rarement, elles s'expriment c'est pour inciter l'assaillant à la "mesure" en matière de répression, quand elles n'approuvent pas . "israël a le droit de se défendre" dixit François Hollande président de la France ; le même Hollande qui va à israël et qui dans un grand élan "lyrique" s'écrie qu'il voudrait chanter un chant d'amour aux dirigeants israéliens et dont le gouvernement agit autant qu'il le peut pour empêcher toute critique d'israël au nom d'une prétendue lutte contre l'antisémitisme, que ces grandes puissances en réalité approuvent dans les faits cette violation flagrante du droit international et la spoliation violente, criminelle de tout un peuple de sa terre ?
Et que dire de tous les pays qui commercent activement avec cette entité coloniale ?

Alors, si nous voulons parler du droit international, parlons-en, mais parlons-en VRAIMENT, pas de façon hypocrite. Et en parler ne suffit pas. Il faut qu'il y ait passage à l'acte par une condamnation totale d'israël, de son expulsion de l'Onu, du boycott total ce ses produits et de toutes relations diplomatique, culturelle et commerciale, ainsi que son financement, l'arrêt et l'emprisonnement de toutes les officines sionistes qui agissent pour israêl à l'étranger, comme le crif en France ou l'aipac aux états unis. Si de telles mesures étaient appliquées, je ne donne pas trois mois à israël pour disparaître !

Alors, en posant le problème de façon claire et nette, on sait parfaitement où on va. Et tous les discours hypocrites pour, soi-disant, solutionner le problème palestinien tombent d'eux-mêmes et montrent de façon flagrante toute l'hypocrisie et l'ignominie des occidentaux et des grandes puissances sur ce sujet.

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