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Complexe militaro-industriel : le complot de la mort


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Nous vivons et luttons dans une ère évidente de capitalisme militarisé et de violence de capitaux.
Les idéologies de guerre, d'occupation, de sécurité nationale et de répression de la dissidence, au niveau interne et à l'étranger, font fortement progresser les opportunités d’affaires dans le monde entier.


Par Aziz Choudry


Lundi 15 Décembre 2008

Complexe militaro-industriel : le complot de la mort
Comme l’a dit succinctement le journaliste américain partisan du libre marché, Thomas Friedman : "La main cachée du marché ne fonctionnera jamais sans un poing caché - McDonald's ne peut prospérer sans McDonnell Douglas, le constructeur de F-15. Et le poing caché qui garde le monde en sécurité pour les technologies de la Silicon Valley est appelé l’Armée, la Force aérienne et les Corps de Marine américains."(2)


Capitalisme militarisé : le complexe militaro-industriel en 2008

C’est quoi, le complexe militaro-industriel en 2008 ? Où est-il ? A quoi ça ressemble ? Je ne suis même pas sûr que la phrase, utilisée de manière aussi célèbre par l'ancien président américain Dwight Eisenhower (3) en 1961, soit la meilleure description pour englober les nombreuses facettes et les tentacules de l’industrie de la guerre et de la sécurité et des liens et des connexions entre les capitaux et ses alliés politiques.

Est-ce que des termes comme "industrie de défense" et "commerce des armes" englobent aujourd'hui de façon appropriée les profiteurs de guerre, dont les effets dévastateurs peuvent également être trouvés dans le mur de l'apartheid high-tech construit par Israël pour isoler la Cisjordanie et Gaza (4), et son homologue dans l'hémisphère occidental à la frontière entre les États-Unis et le Mexique (5), dans les programmes de simulation de col sur ordinateur fournis aux armées américaine et britannique par le CAE au Canada (6), dans les entreprises privées d’armées de mercenaires comme Blackwater, DynCorp et Aegis(7) en Irak, en Afghanistan, et ailleurs (8), dans les services de renseignements externalisés, l'informatique, les services d’interrogatoires et de traduction de L-3/Titan (9), dans les énormes budgets d’aide militaire que les États-Unis donnent aux gouvernements d'Israël, du Pakistan, d'Egypte et de Colombie (10), entre autres, et dans les opérations de cœur des Forces d'opérations spéciales américaines basées aux Philippines qui font du "travail humanitaire" : des services médicaux, dentaires et autres services sociaux, y compris des projets d'infrastructure dans de nombreuses collectivités éloignées - des services qui devraient être la fonction d'un gouvernement, à Mindanao(11), autant que cela l’est dans la production d'armes et les exportations d'armes.

Comme toutes les sociétés internationales, ces sociétés bénéficient du patronage et des relations aux plus hauts échelons des gouvernements et de leurs forces armées, des allégements fiscaux, du soutien à l'exportation, et de tous les autres types d'avantages qui les aident à bien se concentrer sur leurs résultats : le profit.

Les administrations américaines, indépendamment de leur allégeance à un parti, sont pleines de politiciens ayant des investissements et des intérêts commerciaux dans l'industrie de la défense et des profiteurs de guerre, peut-être le plus symbolisé de manière frappante par les liens de Dick Cheney avec Halliburton et ses contrats de plusieurs milliards de dollars pour fournir la construction, l'hospitalité, et autres services à l'armée américaine après l'invasion de l'Irak en 2003.(12)

Mais ce sont les affaires comme d'habitude pour le capitalisme militarisé américain. En avril 2008, le rapport du Centre Pour une Politique Responsable indique que les membres du Congrès américain ont investi 196 millions de dollars de leur propre argent dans des entreprises qui reçoivent des centaines de millions de dollars par jour de contrats du Pentagone pour fournir des marchandises et des services aux forces armées américaines, allant des fabricants d’avions et d’armes aux producteurs de fournitures médicales et de boissons non alcoolisées.(13)

Pour citer un couple typique d’exemples de va-et-vient de fonctionnaires hauts placés entre les services publics et le service privé, le conseil d'administration de General Dynamics comprend un ancien chef d’Etat-Major-adjoint de l'armée américaine, un ancien général de l’armée de l’air américaine, un ancien chef des opérations navales de la marine américaine, et un ancien chef du service des achats de la Défense du Ministère britannique de Dla Défense (14), tandis que les anciens et actuels dirigeants de CAE au Canada comprennent un ancien ministre canadien du Commerce international et l’ancien secrétaire général du Premier Ministre Mulroney (15).


Tueurs à gages, beaucoup d'argent, pas de règles

L’embauche d’armées privées par les gouvernements et les entreprises n’est pas nouvelle. La Compagnie privée britannique des Indes orientales avait embauché des mercenaires pour livrer des guerres par procuration et prendre le contrôle de l’Inde.(16).

Mais la croissance exponentielle et la sophistication et la mondialisation de sous-traitants dans l'industrie de la sécurité privée comme Blackwater et DynCorp, qui tirent plus de 90% de leur activité de contrats avec le gouvernement américain, sont frappantes.

Si les militaires de carrière partent souvent littéralement avec un meurtre, comment cela doit être encore pire avec les mercenaires en raison de l'absence de tout contrôle de leurs activités, sans aucun régime de réglementations efficaces, même s’ils sont engagés par des gouvernements et payés sur des fonds publics. Ils opèrent en toute impunité et immunité. Ils recrutent et déployent d’anciens militaires et policiers du monde entier, certains d'entre eux étant d'anciens combattants de la plus répressive des forces militaires au monde (17).

Sur son site Web, Blackwater, dont le contrat avec le Département d'État américain a récemment été renouvelé (18) en dépit de l'indignation face à l'un des nombreux incidents au cours desquels leurs gardes ont tué 17 civils irakiens à Nisour Square, Baghdad, le 19 septembre dernier, demande : "Nous traitons les autres avec le plus haut degré de dignité, d'égalité des chances et de confiance. Nous respectons les cultures et les croyances des personnes dans le monde"(20).

Sur le terrain, "Blackwater n'a aucun respect pour le peuple irakien", a déclaré un officiel du ministère irakien de l'Intérieur à un reporter du Washington Post en 2007(21). "Ils considèrent les Irakiens comme des animaux, même si en réalité je pense qu’ils ont plus de respect pour les animaux. Nous avons vu ce qu'ils font dans la rue. Quand ils ne sont pas en train de tirer, ils jettent des bouteilles d'eau sur les gens en les traitant de tous les noms. Si vous terrifiez un enfant ou une femme âgée, ou si vous tuez un civil innocent qui est dans sa voiture, n'est-ce pas du terrorisme ? "


Que des dollars, aucun sentiment

Un rapport de Février 2008 du Centre pour le Contrôle et la Non-prolifération des Armes indique que le budget du Pentagone pour l'année fiscale 2009, ajusté à l’inflation, est le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale : 515,4 milliards de dollars (22): plus important même que pendant les guerres du Vietnam et de Corée, ou au plus fort des dépenses de la Guerre Froide de Reagan. Les États-Unis dépensent plus que les 45 pays les plus dépenseurs au monde combinés, ce qui représente 48% du total mondial des dépenses militaires, 5,8 fois plus que la Chine, 10,2 fois plus que la Russie, et 98,6 fois plus que l'Iran.

Le même rapport cite le Bureau de la Gestion et du Budget américain qui estime que le total annuel du financement pour le Département de la Défense à lui seul s’élèvera à 546 milliards de dollars au cours de l'exercice 2013 - une estimation prudente. Le total des dépenses du Pentagone, qui n’inclut pas le financement pour le Département de l'Energie ou pour des opérations actuelles de combat pour la période de l’année fiscale 2009 atteindra 2.6 milliards de dollars en 2013.

L'an dernier, le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) (23) estimait que les dépenses militaires mondiales en 2006 atteignait 1.204 milliards de dollars - une augmentation de 3,5% en termes réels depuis 2005, et une augmentation de 37% sur une période de 10 ans depuis 1997. En 2006, les 15 pays ayant les plus fortes dépenses représentaient 83% du total mondial.

Alors que le complexe militaro-industriel et les dépenses militaires américaines écrasent le reste du monde, cela a eu un effet multiplicateur sur d'autres pays, associé à son aide militaire et son hystérie « sécuritaire » mondiale. Le Japon a récemment annoncé une amélioration importante de son armée tandis que la Corée du Sud, la Chine et la Russie ont augmenté leurs dépenses militaires(24). 2008 est une année record pour les dépenses de la Défense israélienne (25).

En 2006, quatre des 100 plus importants fabricants d’armes au monde étaient des entreprises israéliennes : Israël Aircraft Industries, Israel Military Industries, Elbit Systems et Rafael(26).

Un rapport d’octobre 2007 de Radio-Canada, basé sur les données douanières portant seulement sur les exportations spécifiquement à usage militaire, a constaté qu’entre 2000 et 2006, les exportations d'armes du Canada avaient augmenté de 3,5 fois, période pendant laquelle le Canada, le sixième plus grand fournisseur au monde, a exporté 3,6 milliards de dollars canadiens en biens militaires. Mais il y a peu de transparence sur le contrôle des armes, et la véritable situation des exportations militaires canadiennes est difficile à suivre, puisque le gouvernement fédéral n'a pas publié les rapports annuels fournissant au Parlement des informations détaillées depuis 2002.

Une ancienne filiale de SNC Lavalin basée à Montréal, SNC TEC, par exemple, fabrique des munitions d'armes légères pour l'armée américaine (SNC TEC a été vendu en 2006 à General Dynamics, après que des militants anti-guerre aient mis en évidence la connexion des sociétés canadiennes dans les balles tirées par des armes à feu américaines en Irak)(27).


Un permis de tuer : La façade du contrôle des armes

Identifier et suivre les nombreux tentacules des armes et des agents de destruction massive est désespérément difficile. Malgré les critiques du secret et du manque de transparence des gouvernements du Tiers-Monde en termes de dépenses de défense et des opérations militaires, de nombreuses lacunes existent dans les soi-disant pays industrialisés en ce qui concerne le contrôle des armements.

Par exemple, la plupart des expéditions militaires du Canada vers les États-Unis ne sont pas traçables, car elles ne nécessitent pas de permis gouvernementaux en raison d'un accord de défense signé entre Ottawa et Washington dans les années 1940. Certains critiques ont noté que les exigences de l'octroi de licences d'exportation sont tellement minimes qu'il est possible que certains de ces équipements aillent à des parties tiers.(28)

Certains gouvernements européens ont mis à mal, contourné ou ignoré les critères nationaux à l'exportation et le code de conduite européen sur les exportations d'armes.

L’Espagne et d’autres pays (y compris les États-Unis et la Grande-Bretagne) ont autorisé des transferts de matériel et d'autres formes d'assistance à la Colombie par des forces de sécurité de l’Etat et des paramilitaires qui ont commis d’importants abus aux droits de l’homme.

Des armes légères italiennes ont également été expédiées à des pays en conflit ou où se produisent des violations des droits de l'homme, dont l'Algérie, la Colombie, l'Erythrée, l'Indonésie, l'Inde, Israël, le Kazakhstan, le Nigéria, le Pakistan et le Sierra Leone.(29)

Le militant et écrivain britannique, Mark Thomas (30) montre comment l’entreprise britannique de technologie de pointe, Radstone, n’a pas besoin de permis d'exportation pour fournir les composants informatiques comprenant le "cerveau" du drone Predator, un véhicule aérien sans pilote fabriqué par General Atomics Aeronautical Systems, qui a été utilisé par la CIA pour tirer des missiles au Yémen contre des membres suspectés d’appartenir à Al-Qaida en 2002, et dans des zones tribales sous administration fédérale du Pakistan en 2006, cette dernière attaque tuant peut-être plus de 25 personnes dont 5 femmes et 5 enfants.

Le chercheur britannique, Anna Stavrianakis (31) explique que "au lieu d’agir pour limiter les exportations d'armes, les règles pour les évaluations des demandes d’exportation d’armes sont vagues et interprétées de manière à faciliter les exportations". Elle continue, "la position en faveur de l'exportation des gouvernements successifs du Royaume-Uni, les relations étroites qu'ils entretiennent avec l'industrie de l'armement, et l'accent mis sur la puissance militaire comme un indicateur de prestige sur la scène mondiale, tout doit être remis en cause, car cela constitue les paramètres de l'octroi des licences".

Selon un rapport de 2006 d’Amnesty International(32), plus de 200 camions militaires chinois – fonctionnant normalement avec des moteurs diesel américains Cummins - ont été envoyés au Soudan en août 2005, malgré un embargo sur les armes des États-Unis imposé aux deux pays et la participation de véhicules similaires dans la mort et l’enlèvement de civils au Darfour.

Les équipements militaires chinois sont régulièrement livrés à la Birmanie, y compris la fourniture en 2005 de 400 camions militaires à l'armée du Myanmar. Des exportations militaires chinoises ont été envoyées au Népal en 2005 et au début de 2006, y compris la fourniture de fusils et de grenades de fabrication chinoise aux forces de sécurité népalaises, qui ont brutalement réprimé les mouvements populaires.

La Chine est également impliquée dans l'augmentation du commerce illicite des pistolets de fabrication chinoise Norinco en Australie, en Malaisie, en Thaïlande et en particulier en Afrique du Sud, souvent utilisés pour des crimes comme des vols à main armée et des viols.

De nombreux gouvernements, des Philippines à l'Inde, en passant par la Colombie, mènent des guerres ostensibles ou déguisées contre les mouvements de résistance et les opposants au gouvernement, pour favoriser un climat de peur dans lequel les armes et les équipements sont utilisés pour contenir la dissidence interne et la répression sécuritaire contre les "ennemis de l'intérieur" - les mouvements de résistance des pauvres, les mobilisations de femmes, des peuples autochtones, des paysans sans terre, des paysans et des travailleurs, les mouvements contre les accords de libre-échange et de réformes néolibérales. Les conflits fonciers et l'accès inéquitable aux ressources sont alimentés et exacerbés par la militarisation des activités des entreprises comme l'exploitation minière, le pétrole, le gaz, l'agriculture industrielle et les industries forestières.

Par exemple, un juge de tribunal d’un district aux États-Unis a accepté qu'il existe des preuves montrant que Chevron a payé et équipé l’armée et la police nigérienne pour tirer sur les manifestants et torturer les manifestants qui s'opposaient aux activités de la compagnie pétrolière dans la région du delta du Niger(33).

Freeport McMoran a payé l'armée, la police et des forces de sécurité privées indonésiennes qui ont attaqué les communautés locales autour de sa mine de cuivre et d’or Grasberg(34).

Et n'oublions pas la façon dont le fondateur et président d’Aegis, un ex lieutenant-colonel de l’armée britannique, Tim Spicer,(35) qui a également créé Sandline, une autre entreprise de mercenaires engagée par le gouvernement de la Papouasie-Nouvelle-Guinée il y a d'une décennie, pour 36 millions de dollars pour une funeste tentative de renversement d’un mouvement d’indépendance autochtone à Bougainville, qui avait fait fermer l'énorme mine de cuivre à Panguna, appartenant à une filiale de Rio Tinto(36). L'armée et l’argent, en effet.

Comme l’a fait remarquer un analyste/journaliste uruguayen, Raul Zibechi, les périphéries urbaines des pays du tiers monde sont également devenues des zones de guerre où les États tentent de maintenir l'ordre basé sur la mise en place d'une sorte de "cordon sanitaire" pour maintenir les pauvres isolés de la société "normale"(37).

Ces confinements militarisés des pauvres montrent que les élites politiques et économiques ont peur des contestations du pouvoir de l'État des mouvements urbains de pauvres. La fragilisation systématique de la capacité des États à assurer le bien-être de leurs populations, couplé au pourcentage disproportionné du budget national dépensé pour la militarisation a avivé la pauvreté et les conflits.
Kollsman Inc, une filiale d’Elbit implantée dans le New Hampshire, une entreprise israélienne impliquées dans la construction du mur de l'apartheid en Palestine occupée, a été engagée par le Département de la Sécurité de l’Etat(38) dans le cadre d'un consortium qui inclut également une filiale de Boeing, Boeing Integrated Defense Systems Unit pour développer SBInet, un système de sécurité de haute technologie pour les frontières entre les États-Unis et le Mexique (et les frontières États-Unis-Canada), dans le cadre de l’Initiative sur la sécurité des frontières(39).
Comme l’a dit le groupe d’activistes basé à New-York, Ad Hoc Coalition for Justice in the Middle East and Desis Rising Up & Moving (DRUM), "Elbit va importer la technologie militaire israélienne, testée sur les Palestiniens, pour l’utiliser contre les immigrants pauvres ici." (40)

La militarisation et les disciplines de libre-marché exécutoires sont des outils qui permettent à des pays «sûrs» pour les investisseurs étrangers, au détriment des droits des communautés locales à déterminer leur propre futur(41). Les accords de l'OMC fragilisent les politiques sociales et environnementales, mais protègent l'industrie de la guerre par le biais d'une "exception de sécurité" dans l'Accord général sur les tarifs douaniers et le Commerce (GATT) (article XXI) (42).

L'exception de sécurité stipule qu'un pays ne peut pas être empêché d’agir s’il estime qu’il est nécessaire de protéger les intérêts essentiels de sa sécurité ; des actions liées au trafic d'armes, de munitions et de matériel de guerre et un tel trafic d'autres produits et matériaux sont effectués directement dans le but d'approvisionner un établissement militaire (ou) effectué en temps de guerre ou autre situation d'urgence dans les relations internationales.

Bien qu’un ajustement structurel et une libéralisation de l'investissement et du commerce soient imposés dans l'ensemble de la région Asie-Pacifique et au-delà, les budgets de la santé, de l'éducation et les budgets sociaux sont réduits, et le soutien à la plupart des industries ou agriculture locales a été démantelé, les aides et les subventions aux sociétés liées à l'industrie de la défense ainsi que des niveaux élevés des dépenses militaires continuent.


Les machines à tuer capitalistes font une transformation sensible au sexe : Des femmes résistent

Le fardeau de la guerre, des conflits, de la violence et du capitalisme militarisé frappe les femmes de façon disproportionnée. Les impacts sur les femmes sont constatées non seulement dans les zones de conflit, mais par la prolifération des armes légères et la militarisation graduelle des communautés et de la société dans son ensemble, ce qui conduit à davantage de violence contre les femmes dans des contextes domestiques et communautaires, les viols, les violences sexuelles, les déplacements de population et l'exaltation de la masculinité guerrière.

Les femmes sont plus susceptibles de devenir des réfugiés de guerre. Il n'est pas surprenant alors, que ce soient aussi des femmes qui ont mené la résistance contre la militarisation, la guerre et la violence, contre les bases militaires américaines et la masculinisation de la société et le comportement social. Ce sont généralement les femmes qui ramassent les morceaux dans les communautés déchirées par la guerre, la violence et la répression étatique.

Cynthia Enloe note que les travailleurs sociaux qui se penchent sur les questions de la violence domestique "sont d'accord sur le fait que le service militaire est probablement plus propice à la violence domestique que toute autre occupation",(43). Pendant ce temps, nous sommes soumis aux affirmations constantes que l'un des principaux objectifs de l'invasion et l'occupation américaine de l'Afghanistan est de libérer les femmes afghanes.

S'exprimant sur ce sujet, Sunera Thobani note : "Une bataille dans la guerre idéologique devait être menée sur le terrain des relations entre les sexes ... rallier les populations occidentales sur des fantasmes de sauver les femmes musulmanes serait plus efficace que leur ralliement autour de la politique ouvertement impérialiste d'assurer le contrôle des États-Unis sur l’approvisionnement en pétrole et en gaz naturel."(44)

Tout comme les prétendues préoccupations humanitaires servent de justifications pour des guerres impérialistes à peine voilées pour les ressources(45), les sous-traitants de l’armée et les entreprises profiteuses de guerre se dépeignent elles-mêmes comme globales, socialement progressistes et sensibles aux sexes.


Sur leurs sites Web, les cœurs de métier de ces sociétés sont recouverts d’un masque superficiel qui pourrait nous faire oublier que c’est en faveur de la guerre et pour tuer des gens. Par exemple, des sous-traitants du Pentagone comme Northrop Grumman se vantent de leur "diversité" (46) et présentent leurs femmes cadres.

Les industries de la Défense canadiennes et américaines ont mis en place des organisations telles que Women in Defence and Security (WiDS)(47), signé des mémorandums d'accord avec le ministère de la Défense Nationale, et sont membres de l'Association Canadienne des Industries de la Défense et de la Sécurité (CADSI)(48),une association de l'industrie de plus de 550 sociétés membres dans les industries de la défense et de la sécurité au Canada pour "favoriser la promotion des femmes leaders dans les professions de la défense et de la sécurité au Canada".

Raytheon, le fabricant de bombes "destructrices de Bunkers", de missiles Tomahawk et Patriot, larguées en Irak et en Afghanistan (49), causant de nombreuses victimes proclame: "La diversité à Raytheon est sur l'inclusion - en fournissant une atmosphère où chacun se sent valorisé et habilité à effectuer à un haut niveau de performance, indépendamment des nombreuses différences entre les gens"(50).

Booz Allen Hamilton basé en Virginie(51), l'un des plus grands fournisseurs de technologie et de personnel aux agences d’espionnage américaines comme la CIA, le NSA, la Defence Intelligence Agency (DIA), ainsi qu’au Département américain de la Défense et au Département de la Sécurité Nationale (l’ex-Directeur de la CIA, R. James Woolsey, est aujourd'hui Vice President de Booz Allen), se vante également sur la façon dont il est engagé dans la diversité de la main-d'œuvre "parce que nous croyons que la diversité des horizons contribue à différentes idées, qui conduit à son tour à de meilleurs résultats pour les clients.
Pour nous, la diversité signifie toutes les façons dont des individus diffèrent les uns des autres, la race, le sexe, l'origine ethnique, les capacités physiques, le niveau d'instruction, le pays d'origine, l'âge, l'orientation sexuelle, les compétences, les revenus, le statut marital, la situation familiale, la religion, l'expérience de travail, et le service militaire".

Ensuite, il y a les Services de Défense Aegis(52) dont les employés ont été filmés au hasard tirant à l'arme automatique sur des voitures civiles sur la route de l'aéroport de Bagdad(53), qui prétendent : «Notre égalité des chances met l'accent sur notre politique visant à créer un environnement de travail complet et non discriminatoire, où tous les employés ont les moyens d’assumer leur individualité et encouragés à l'utiliser afin de réussir".

L’entreprise destructrice de l’environnement, Greenwashing, est assez ignoble. Mais il y a quelque chose de particulièrement obscène dans la façon dont ces sociétés se cachent derrière une telle mission et des déclarations et engagements de valeurs de «diversité», en complément des revendications des militaires en Afghanistan de libérer les femmes afghanes.


Conclusion

De nombreuses ONG font campagne pour des instruments comme un Traité mondial sur le commerce des armes. Mais quand on voit l'éventail des industries et des acteurs politiques qui bénéficient du capitalisme militarisé, et la façon dont les États-Unis, Israël, et d'autres grands producteurs et utilisateurs de bombes à sous-munitions ont refusé d'assister le mois dernier à la Conférence diplomatique de Dublin sur les bombes à sous-munitions qui adopté un traité international interdisant les bombes à sous-munitions qui causent des dommages inacceptables aux civils(54), il doit être clair que nous devons aller au-delà de ces stratégies pour affronter le système qui apporte des profits obscènes à quelques-uns, au détriment des autres, par le biais de contrats militaires et des profits de guerre . Ce système est le capitalisme.

Ceux d'entre nous qui font de la recherche doivent continuer à dénoncer et s'opposer à la militarisation et à la violence du capitalisme sous toutes ses formes, dans nos communautés, aux niveaux national et international.

Pour ce faire, nous devons soutenir, renforcer et entretenir les mouvements de masse qui comprennent l'interdépendance de la guerre, de la mondialisation néolibérale, des profits des entreprises, de la répression de la dissidence, du "maintien de la paix", de la "reconstruction", de la criminalisation et de la militarisation de l'immigration, de la violence contre les femmes, et du colonialisme.



NOTES

1 Gil Scott-Heron. Work For Peace. Taken from the album Spirits, TVT Records, 1994.

2 Thomas Friedman, 28 Mars 1999, New York Times Magazine, Manifesto for the fast world


3 http://www.cnn.com/

4 Voir http://stopthewall.org

5 BBC News. US-Mexico ‘virtual fence’ ready. 23 Février 2008.
http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/7260179.stm

6 www.cae.com

7 Jackie Northam. Une enterprise anglaise obtient le plus important contrat de sécurité en Irak.
http://www.npr.org/templates/story/story.php?storyId=14586525

8 Par exemple, des employés de DynCorp en Colombie, travaillant comme sous-traitants pour le Département d'État américain dans sa soi-disante guerre contre la drogue, se sont engagés en tant que combattants dans des opérations de contre-insurrection contre les rebelles (voir http://www.colombiajournal.org/colombia19.htm).
Un certain nombre d’employés et de superviseurs de DynCorp qui ont été engagés sous contrat dans des opérations de maintien de la paix des Nations Unies dans les Balkans ont été impliqués dans des réseaux de prostitution forcée, y compris les enfants. (voir Kelly Patricia O’Meara. US: DynCorp Disgrace. Insight Magazine. 14 Janvier 2002, http://www.corpwatch.org/article.php?id=11119)

9 Pratap Chatterjee. Le sous-traitant des services de renseignements en Irak: Un rapport sur L-3/Titan. CorpWatch. 29 avril 2008. http://www.corpwatch.org/article.php?id=15017;
Titan, l'un des sous-traitants civils employés par le Pentagone et dont les employés ont été impliqués dans l'abus de prisonniers irakiens à Abou Ghraib.
Voir, par exemple, Peter Beaumont, les entreprises responsables d'abus dans la prison d'Abou Ghraib sont récompensées. The Observer, 16 Janvier 2005
http://www.guardian.co.uk/world/2005/jan/16/usa.iraq

10 Centre Pour l’Intégrité Publique. http://www.publicintegrity.org/militaryaid/

11 Roland Simbulan. Forces militaires des États-Unis: Asservissement négocié par un gouvernement illégitime. Bulatlat. Vol. VIII, n ° 5, Mars 2-8, 2008.
http://www.bulatlat.com/

12 http://www.corpwatch.org/article.php?list=type&type=15

13 http://www.opensecrets.org/

14 http://investing.businessweek.com/

15 Richard Sanders. Nous n’avons pas réellement dit “NON” aux missiles de Défense
http://www.policyalternatives.ca/

16 Tim Spicer, Fondateur et président d’Aegis, (qui détient le plus gros contrat de sécurité en Irak), qui préfère le terme «société militaire privée» à «mercenaire», dit d’un ton approbateur que ce modèle historique est un précédent aux soldats de fortune d'aujourd'hui. Voir Tim Spicer. (1999). Un Soldat peu orthodoxe : Paix et Guerre et l'affaire Sandline. Edimbourg: Mainstream Publishing.

17 Il s'agit notamment d'anciens soldats et policiers chiliens, sud-africains, Bosniaques, philippins, salvadoriens et colombiens. Bill Berkowitz. Mercenaries' R 'Us. Alternet. 24 Mars 2004. http://www.alternet.org/waroniraq/18193/;
Danna Harman. Exploiter les entreprises latino-américaines pour l'Irak. Christian Science Monitor 3 Mars 2005. http://www.csmonitor.com/2005/0303/p06s02-woam.html

18 James Risen. Iraq Contractor in Shooting Case makes comeback. New York Times. http://www.nytimes.com/

19 CNN. Un témoin de l’incident Blackwater : “C’était l’enfer”.
http://www.cnn.com/2007/WORLD/meast/10/02/blackwater.witness/index.html

20 Blackwater Worldwide. Company Core Values.
http://www.blackwaterusa.com/company_profile/core_values.html

21 Steve Fainaru. Où les règles militaries ne s’appliquent pas. Washington Post. 20 Septembre 2007.
http://www.pulitzer.org/year/2008/international-reporting/works/fainaru05.html

22 Centre pour le Contrôle et la Non-Prolifération des Armes Christopher Hellman et Travis Sharp. Fiscal Year 2009 Pentagon Spending Request Briefing Book
http://www.armscontrolcenter.org/

23 http://yearbook2007.sipri.org/chap8

24 John Feffer. La course aux armes cachée de l’Asie. 16 Février 2008. http://www.alternet.org/story/77225/

25 Une autre année record dans les dépenses de défense en 2008. Haaretz, 28 Décembre 2007.
http://www.haaretz.com/hasen/spages/939217.html

26 http://www.amnesty.org/en/library/asset/

27 SNC se débarrasse de son unite de munitions. Montreal Gazette. 24 Février 2006. http://www.canada.com/montrealgazette/


28 Canadian Broadcasting Corporation (CBC). News In Depth: Arming The World.
http://www.cbc.ca/news/background/arming-the-world/

29 Helen Hughes. Europe’s Deadly Business. Le Monde Diplomatique, 11 Juin 2006. http://mondediplo.com/2006/06/11armscontrol

30 Mark Thomas (2006). As used on the famous Nelson Mandela. Reading: Ebury Press.

31 Anna Stavrianakis (2008). La façade du contrôle des armes http://www.caat.org.uk/publications/

32 Amnesty International. Chine: Entretien du conflit et violations des droits de l'homme. Juin 2006.

33 Constance Ikokwu. Chevron en procès aux États-Unis pour des meurtres au Nigéria. This Day (Lagos). 16 août 2007.
http://allafrica.com/stories/200708160007.html

34 Down to Earth. (Mai 2003). Fonds de protection de militaires exposés. http://dte.gn.apc.org/57Frp.htm

35 http://www.aegisworld.com/index.php/tim-spicer

36 Roger Moody. Le Mineur Mercenaire. Multinational Monitor. Juin 1997
http://www.multinationalmonitor.org/hyper/mm0697.09.html

37 La militarisation des périphéries urbaines mondiales, Rapport spécial sur le programme politique des Amériques.
(Washington, DC: Center for International Policy, http://americas.irc-online.org/am/4954

38 Kollsman, Inc Kollsman va participer au Programme de Sécurité Nationale SBInet de l’équipe de Boeing pour montrer des technologies au Sommet sur la Gestion des Frontières, 23-25 Oct. Communiqué de presse 31 Octobre 2006
http://www.kollsman.com/company/news/pr_10312006.asp

39 http://www.boeing.com/defense-space/sbinet/index.html

40 http://nyc.indymedia.org/en/2006/11/78913.shtml

41 Aziz Choudry. (2003). Guerre, Mondialisation et OMC: Forever New Frontiers. Third World Network. http://www.twnside.org.sg/title/twr151n.htm

42 Accord général sur les tarifs douaniers et le Commerce, art. XXI, Oct. 30, 1947, 61 Stat. A-ll, 55 U.N.T.S. 194

43 Cynthia Enloe. (1983). Does Khaki Become You? London: Pluto, p.87.

44 Sunera Thobani. (2007). Exalted subjects: Studies in the making of race and nation in Canada. Toronto: University of Toronto Press, p.218.

45 Voir, par exemple, Jean Bricmont. (2006). Impérialisme humanitaire: Ulitiser les droits de l'homme pour vendre la guerre. New York: Monthly Review Press, et Sherene Razack (2004). Dark Threats and White Knights: The Somalia Affair, peacekeeping and the new imperialism. Toronto: University of Toronto Press.

46 http://www.northropgrumman.com/diversity/workforce.html

47 http://www.wids.ca/

48 http://www.defenceandsecurity.ca/

49 http://www.corpwatch.org/article.php?list=type&type=13

50 http://www.raytheon.com/diversity/

51 http://www.boozallen.com/

52 http://www.aegisworld.com

53 War On Want. Corporate mercenaries. http://www.waronwant.org/Corporate+Mercenaries+13275.twl

54 Christian Science Monitor, 30 Mai 2008. Global cluster-bomb ban draws moral line in the sand.
http://www.csmonitor.com/2008/0530/p04s06-woeu.html

Source : http://www.globalresearch.ca/
Traduction : MG pourISM

 
 
 


Lundi 15 Décembre 2008


Commentaires

1.Posté par redk le 15/12/2008 11:58 | Alerter
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Israël l'entité sioniste chez qui l'AIEA ou la communauté internationale ne lui posent aucunes questions quant ta son arsenal nucléaire!!
http://www.dailymotion.com/video/xgqtg_israels-secret-weapon_news

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