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Chine: pluralisme politique au lieu d'une nouvelle Révolution culturelle



Konstantin Garibov
Samedi 17 Mars 2012

Chine: pluralisme politique au lieu d'une nouvelle Révolution culturelle
La Chine commence à parler des réformes politiques, non pas à cause des craintes de la «Révolution du jasmin», comme dans les pays arabes, ni sous la pression de l’Occident. Sans le pluralisme, le pays perdra tout ce qu’il a cherché à obtenir. C’est ainsi que les experts et les politologues ont commenté la déclaration sensationnelle du premier-ministre Wen Jiabao sur le fait que la Chine a besoin de réformes politiques. Sinon, il existe une menace de répéter la tragédie de la Révolution culturelle de l’époque de Mao Zedong.

L'intérêt des pays occidentaux par rapport à cette déclaration, a été principalement suscité par le fait que le dirigeant chinois quitte son poste au sein du parti et au sein du gouvernement après le Congrès du Parti communiste de Chine. Le congrès est prévu pour l'automne de cette année. En attendant, le politologue Denis Tiourine décrit la déclaration de Wen Jiabao non pas comme une révolution de la conscience politique, mais plutôt comme un passage des rennes du gouvernement d’une personne à une autre.

«Il ne faut pas exagérer la signification des propos de Wen Jiabao sur la nécessité d'une réforme politique en Chine», considère-t-il. «En gros il s'agit d'une continuité politique. Ce sont sans doute des mots d’adieu, des mots adressés aux nouveaux dirigeants du pays pour les appeler à poursuivre une politique des réformes successives, et en douceur. Le but – c’est principalement de former en Chine un système politique pluraliste de nouveau type. Maintenant, le gouvernement chinois est confronté à une nouvelle génération de jeunes gens. Ils ont des revenus relativement élevés, ils aiment l'Internet, ils parlent un bon anglais, s’intéressent à des publications étrangères, et ont la possibilité d’aller sur des sites taïwanais. Evidemment, dans ces conditions, le développement interne du système politique chinois exige une certaine atténuation».

L'expert a reconnu la présence en Chine, d’un certain nombre de fortes contradictions sociales. Mais il n'est pas enclin à les exagérer, tout comme les démonstrations de différentes couches de la population chinoise visant à protéger leurs intérêts économiques. L'expert considère inadéquates les tentatives d‘un certain nombre de médias occidentaux de lier les promesses de Wen Jiabao de continuer la voie des réformes avec des craintes d’une «Révolution de jasmin» selon le type de changements  en Afrique du Nord et Moyen-Orient.

Pour sa part, le directeur du Centre d'études orientales de l'Académie diplomatique du ministère russe des Affaires étrangères Andreï Volodine exclut que les révérences de Wen Jiabao en direction du pluralisme sont faites sous  la pression de l'Occident.

«La Chine – c’est un grand pays, qui ne s’est jamais comparé aux pays occidentaux, et qui vit avec son propre esprit et ses propres intérêts. Et elle commence tout juste à passer progressivement d'un paradigme de développement politique à un autre. Cette transition se fera progressivement, accompagnée par des petits changements cohérents. Bien sûr, les Chinois ont tiré des leçons  du «Printemps arabe», Mais je pense que si cette expérience a une importance, elle aurait la forme d’une réflexion critique sur l'expérience chinoise actuelle. Evidemment, les Chinois ne veulent pas de répétition de la «Révolution culturelle» de l’époque de Mao Zedong, et ne veulent donc pas de développement chaotique de leur pays. C’est pourquoi Wen Jiabao et d’autres dirigeants chinois anticipent en faisant un pas à l’encontre des nouveaux processus socio-économiques et politiques.

«Evidemment, la Chine écoute le point de vue de l’Occident, mais elle ne l’écoute pas beaucoup», est d’accord le directeur adjoint de l’Institut de l’Extrême-Orient de l’Académie russe des sciences Andreï Ostrovski. «Elle prend ses propres décisions en conformité avec ces projets, qui sont fixés pour les années 2020-2050. La tâche principale de la Chine – c’est de construire d'ici à 2020 une société «d’une petite prospérité». Il s’agit dans ce cas d'une combinaison des réformes économiques et politiques. En Chine, les réformes politiques auront lieu, mais pas aussi rapidement qu’en Russie, ou dans les pays à avec une économie de transition».

Combien de temps Pékin compte poursuivre cette voie de libéralisation du système politique? Le directeur adjoint de l'Institut de l'Asie et de l'Afrique de l'Université d’Etat de Moscou Andreï Karneev estime que l'élite chinoise n’a pas encore réussi à se débarrasser de la peur provoquée par une période de la  «perestroïka» de Mikhaïl Gorbatchev et l’éclatement de l’URSS qui l’a suivi. C’est pourquoi cette catégorie ne veut aucun mouvement brusque. Les déclarations à vide sur le respect des normes démocratiques seront faites, et on dira même que Mao Zedong  a appelé à mettre en œuvre ces réformes. Mais les mesures concrètes seront très prudentes et progressives, estime Andreï Karneev.

french.ruvr.ru



Samedi 17 Mars 2012


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