Néolibéralisme et conséquences

Capital Markets Union : L'UE travaille à un nouveau krach financier


Financement créatif : la Commission européenne vient d'annoncer le lancement de l' Union des marchés des capitaux, le plan d'action contre la spéculation pour créer un «vrai» marché unique des capitaux. Mais il est basé sur de nouvelles dynamiques spéculatives, comme la relance de la «titrisation», l'acquisition de sociétés, l'implication des assurances et sur l'épargne des fonds de pensions


Luigi Pandolfi
Mardi 13 Octobre 2015

Février 2015: le commissaire européen Lord Hill et la porte-parole de Juncker, Vanessa Mock,  annoncent le lancement d'une consultation sur l'établissement d'une "Capital Markets Union"
Février 2015: le commissaire européen Lord Hill et la porte-parole de Juncker, Vanessa Mock, annoncent le lancement d'une consultation sur l'établissement d'une "Capital Markets Union"
Une fois atténués les dégâts occasionnés au système par la finance créative ces dernières années, par des opérations généreuses de recapitalisation des banques, tout est prêt en Europe pour que le grand carrousel de la spéculation puisse tourner plus fort et plus vite qu'avant. On en est tellement convaincus dans les étages supérieurs de la Commission européenne, que, pour lubrifier les engrenages, ils viennent de sortir un "plan d'action" pour briser les obstacles restants à la libre circulation des capitaux au sein de l'UE. Présentée comme un «pilier» du plan trisannuel européen de 315 milliards d'investissement, mieux connu comme "plan Juncker", l'initiative, appelée Capital Markets Union (CMU), viserait à "aider à créer un véritable marché unique pour le capital. dans tous les 28 États membres de l'UE ", à" diversifier les sources de financement pour les entreprises " et, en conséquence, à "stimuler l'emploi. " Nobles objectifs, pourrait-on dire. Dommage que ce soit un sentier déjà battu à fond dans les trois dernières décennies, et qui a conduit l'économie mondiale au bord du gouffre il y a seulement huit ans.

En tête des objectifs du plan il y a, en fait, le «renouveau de la titrisation", à savoir ce système qui permet aux banques de se défaire de leurs créances, en les cédant, contre paiement, à des SPV (Special Purpose Vehicles ou Fonds communs de titrisation) qui les débitent en tranches, les recomposent et en font des titres négociables, des paquets de prêts bancaires vendables sur le marché. Ces dernières années, de telles opérations ont servi aux banques non seulement à engranger de l'argent frais en déchargeant le risque d'insolvabilité sur les investisseurs (y compris les petits épargnants), mais aussi à contourner les règlements en vigueur sur la relation entre prêts consentis et patrimoine détenu. En soustrayant de leurs bilans une part toujours plus grande des créances de citoyens ou d'entreprises, les banques, en un mot, ont réussi à augmenter de façon exponentielle leurs activités de création d'argent à partir de rien, alimentant des bulles spéculatives et en multipliant à l'infini les probabilités d'insolvabilité à l'intérieur du système.

Face aux problèmes économiques et sociaux graves qui affligent l'Europe, la Commission européenne n'a donc rien à proposer qu'une augmentation des activités financières, à nouveau le recours aux destinées fabuleuses de l'économie de papier. Ils n'ont pas de doutes : «si l'on pouvait ramener les volumes de titrisation dans l'UE aux niveaux moyens qu'ils atteignaient avant la crise, cela permettrait de générer entre 100 et 150 milliards d’euros de financements supplémentaires pour l’économie"; Comme si à la base de la Grande récession, dans laquelle, à certains égards, nous sommes encore plongés, il n'y avait pas eu justement une croissance hypertrophique de la finance spéculative et le système bancaire parallèle (Shadow banking system), dans les activités duquel les titrisations ont toujours eu un poids majeur.

Pour ne pas courir un risque de «minimalisme», néanmoins, aux côtés des titrisations, le plan donne une grande importance à d'autres activités financières, comme, par exemple, les sociétés de capital d'investissement (private equities) et le capital-risque (venture capital). Littéralement, ce type d'activité consiste à lever des fonds et de les diriger vers la participation au capital d'entreprises afin de réaliser, à moyen terme, un gain en capital (capital gain) par le biais de la cession des participations. Dans la pratique, il s'agit d'un mécanisme visant à acquérir le contrôle d'une entreprise par un fort effet de levier financier, c'est-à-dire par l'achat d'actions de celle-ci pour un montant supérieur au capital détenu.

Bref, en s'endettant. Comme si souvent, cependant, ces transactions ont pas eu pour but le développement de l'entreprise acquise, mais seulement de maximiser les profits au détriment de l'entreprise et des travailleurs. L'histoire de nombreuses entreprises qui ont fini entre les mains de ces fonds, présente en fait, a peu près le même tableau : entrée du fonds dans le capital, restructuration dure, la vente de d'entreprise (aussi par morceaux). Le tout en quelques années, avec le seul objectif de sortir de l'opération avec des bénéfices mirobolants. C'est pourquoi, d'ailleurs, on a parlé de «fonds sauterelles»*, au sujet de ces instruments. Exactement comme des sauterelles, des fait, ces «investisseurs» se sont souvent jetés sur des entreprises en bonne santé, en ont profité pour leurs fins spéculatives, pour ensuite les démanteler ou les laisser en ruines.

Comme si tout cela ne suffisait pas, la Commission s'est déclarée également déterminée à "supprimer les obstacles prudentiels injustifiés" qui "empoêchent les assureurs de jouer un rôle important dans les projets d’infrastructure européens". Une manière, là aussi, d'étendre le rayon d'action de la spéculation financière, en y subordonnant les besoins réels et les demandes des communautés locales. Et ça ne s'arrête pas là. La boucle est bouclée avec les fonds de pension, des instruments de collecte de l'épargne, canalisés dans le circuit de la finance spéculative. La Commission assure que son but est d' "d'offrir aux ménages de meilleures solutions pour préparer leur retraite". En fait, il s'agit de l'intention d'augmenter les régimes privés au détriment des régimes publics, ce que le plan appelle le «troisième pilier» de l'Union des marchés des capitaux. Cela a-t-il quelque chose à voir avec les politiques d'austérité de ces années? Tout bien considéré, on dirait bien que oui.

En termes généraux, le plan ne fait que confirmer la dérive de cette Europe, de berceau de l'État-providence à laboratoire du radicalisme néolibéral. Après tout, ses «dirigeants» n'en font pas mystère. Même en cette occasion concrète :"l'Union des marchés de capitaux", lit-on dans le plan, " "devrait permettre une plus grande concurrence et la création de marchés plus liquide" afin d'accroître la "la compétitivité européenne". Des " marchés plus liquides", donc. Encore plus déréglementés, libres de "lacs et entrelacs", juste au moment où les vicissitudes de l'économie européenne et mondiale auraient du faire réfléchir sur la nécessité de leur limitation plus sévère.

Après avoir répondu à la crise qui a éclaté entre 2007 et 2008 avec le durcissement des politiques d'austérité, l'Europe se repose aujourd'hui, pour se remettre à flot, sur les mêmes acteurs qui ont provoqué cette crise. En fait, elle ne fait que multiplier les risques d'un nouveau krach financier.

NdT

* En 2005, le président du Parti social-démocrate allemand (SPD), Franz Müntefering, avait déclaré : "Nous devons aider les entreprises qui ont leur propre avenir et les intérêts de leurs salariés comme perspective, contre les nuées de sauterelles irresponsables qui mesurent la réussite à l'échelle d'un trimestre, aspirent la substance des entreprises et les laissent démantelées après les avoir dévorées." Cette déclaration a déclenché en Allemagne le "débat sur les sauterelles".

Traduit par Fausto Giudice


Mardi 13 Octobre 2015


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