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Brown déclare que les troupes britanniques en Irak seront réduites à 2 500 soldats


Le premier ministre Gordon Brown a ouvert la session parlementaire, lundi, avec la promesse de réduire à 2 500 le nombre de soldats britanniques en Irak, si la situation le permet. La remise de Basra entre les mains des forces irakiennes, actuellement en cours, verra le nombre de soldats passer à 4 000 et sera suivi d’une réduction supplémentaire de 1 500 soldats.


Chris Marsden
Jeudi 11 Octobre 2007


Par Chris Marsden


Brown a promis que les Irakiens ayant collaboré avec l’occupation britannique pourraient faire valoir leur droit à une aide financière pour se réinstaller autre part dans la région ou en Grande-Bretagne suivant des « conditions convenues » non spécifiées.

Son annonce est une preuve non pas de succès à Basra, mais plutôt de l’importance de l’échec de l’armée britannique et du degré d’inquiétude du Parti travailliste (Labour) à se distancer de toute la débâcle irakienne.

Brown cherche désespérément à retirer l’Irak de l’ordre du jour politique. C’est la question qui a causé le plus de dégâts à la situation politique du Labour et il n’a pas réussi, à ce jour, à ne faire porter la responsabilité que sur son prédécesseur, Tony Blair. La visite à Basra, la semaine dernière, du premier ministre en prévision d’une élection législative anticipée surprise s’est retournée contre lui, et le voilà accusé d’opportunisme et de jouer sur le chiffre des réductions du nombre de soldats.

Le gouvernement était tellement tendu que, d’après certains reportages, la police a subi des pressions pour interdire qu’une manifestation de la Coalition « Mettre fin à la guerre » ne défile devant le parlement, se servant pour ce faire une loi datant du dix-neuvième siècle et qui avait été utilisée pour la première fois contre les Chartistes. Finalement, la police a reculé moins d’une heure avant le début de la manifestation, rappelé des centaines de fourgons remplis de policiers anti-émeute. Mais au moment où Brown faisait son annonce, plusieurs arrestations de manifestants se produisaient devant Westminster.

Maintenir la présence actuelle à Basra ainsi qu’une base au palais de Basra devenait intenable, étant donné l’importance de l’insurrection confrontant une force qui avait déjà été diminuée pour passer de 45 000 soldats à moins de 5 000. Même garder une plus petite force à l’aéroport de Basra pose problème. Actuellement, la Grande-Bretagne jouit d’une occasion du fait de la cessation des hostilités entre les principaux groupes chiites, l’Armée du Mahdi et le Conseil suprême de la révolution islamique en Irak, et du fait de la volonté de ces deux groupes et des insurgés sunnites d’accélérer le retrait de la Grande-Bretagne en réfrénant leurs attaques. Mais cette situation ne pourra pas durer indéfiniment.

Un commentaire critique de l’annonce de Brown par le correspondant de guerre du quotidien conservateur Telegraph, Thomas Harding dit, « Un officier m’a dit le mois dernier : "il y a un potentiel de 20 000 insurgés armés à Basra et avec nous qui sommes quelques milliers ici mélangés à quelques centaines de civils irakiens, qui sait ce qu’ils pourraient faire ?" »

Le correspondant en affaires internationales de la BBC, Paul Reynolds, a dit de l’arrêt des hostilités entre shiites rivaux à Basra et de l’accalmie des attaques sunnites contre les forces d’occupation : « Une autre interprétation est que les deux groupes se préparent à une possible guerre civile, ou du moins à une confrontation prolongée, avec formation de nouvelles alliances dans cette perspective (alliances semblables à celle des sunnites avec les Etats-Unis contre al-Qaïda.)

Ces faits signifient que les déclarations de Brown d’un transfert ordonné ont été universellement rejetées par les médias, avec l’un d’entre eux, le Herald, concluant qu’« il est impossible de dissimuler l’impression que la politique irakienne de la Grande-Bretagne est dans un état épouvantable. »

Le gouvernement a prétendu que ses réductions avaient été convenues avec la Maison-Blanche et Washington a réagi à l’annonce de Brown par de vagues remarques de soutien, déclarant que cela « est dans la logique de plans précédemment annoncés par les Britanniques » et qu’« aller dans la direction d’un statut de surveillance est l’issue souhaitée pour toutes les forces de coalition en Irak ».

Néanmoins, des sources militaires britanniques ont déclaré que l’inquiétude des Etats-Unis de voir la Grande-Bretagne perçue comme « fuyant » avait retardé de cinq bons mois la mise en place de la réduction du nombre de soldats. De plus, Washington ne peut éviter un certain embarras politique devant le fait que la Grande-Bretagne soit délogée de Basra par la force. Comme le fait correctement remarquer le Los Angeles Times, du point de vue de l’Irak, « la "coalition des volontaires" n’existe plus. Les uns après les autres, ses membres ont cédé le terrain ensanglanté aux Irakiens en lutte et à l’inflexible président américain… La Grande-Bretagne est notre allié proche, et donc sa décision de partir est d’une grande importance. »

Militairement, tout le sud de l’Irak est dans le chaos. MSNBC News rapporte que les représentants militaires américains « s’inquiètent que la présence britannique réduite dans le sud de l’Irak n’ouvre des brèches sécuritaires le long des routes à destination et en provenance du Koweït. Les routes sont vitales pour les forces américaines. Et tout ce que les Américains ne peuvent transporter hors du pays par voie aérienne quand finalement ils partiront doit faire le voyage potentiellement dangereux en direction du Koweït en passant par la province de Basra.

« L’armée américaine s’inquiète aussi de la sécurité des champs pétrolifères du sud et craint que l’absence d’une importante force britannique ne décourage de futurs investisseurs considérés comme essentiels pour moderniser l’infrastructure pétrolière délabrée de l’Irak. La sécurité le long de la frontière iranienne, au cas où les Britanniques partiraient, est une autre cause d’inquiétude », rapporte Associated Press.

Les dernières mesures en date de Brown, ne signalent cependant pas son intention de rompre avec les Etats-Unis, que ce soit politiquement ou militairement. Washington est prêt à accepter que la Grande-Bretagne réduise son implication militaire directe au sud de l’Irak parce que la Grande-Bretagne a promis de maintenir sa « surveillance » des forces irakiennes. L’intention d’utiliser les troupes irakiennes comme une force mandatée est depuis longtemps un objectif partagé par Londres et Washington. La condition continuellement placée par Brown sur toute réduction du nombre de troupes, à savoir qu’elle est convenue par les commandements militaires et qu’elle dépend de certaines conditions, lui donne la possibilité non seulement de mettre fin à d’autres réductions de troupes mais aussi de renvoyer au Moyen-Orient celles qui ont déjà été redéployées ailleurs.

Il est à noter que Brown a indiqué son soutien à toute action militaire que Bush entreprendrait contre l’Iran et confirmé le rôle important actuel joué par les troupes du Royaume-Uni en Afghanistan.

Dans son discours à la Chambre des communes, Brown n’a pas manqué de lancer un appel à l’Iran et à la Syrie pour qu’ils cessent leur soutien aux « terroristes et groupes armés » qui opèrent en Irak. Lors d’une précédente conférence de presse, il avait dit qu’il n’écartait aucune possibilité quand on l’avait interrogé sur la probabilité d’une attaque militaire sur Téhéran.

Le nombre de soldats qui a, jusqu’à ce jour, été retiré d’Irak est en fait moins élevé que le nombre de soldats envoyés en Afghanistan où la Grande-Bretagne a annoncé une accélération importante de sa campagne militaire. Brown a déclaré dans son discours, « Nous devons soutenir les forces des Etats-Unis et de l’OTAN en Afghanistan. Nous avons près de 8 000 soldats, près de 20 pour cent des forces armées, en Afghanistan », chiffre plus important que celui cité précédemment par le ministère de la Défense.

La Grande-Bretagne projette d’envoyer en Afghanistan tous les trois bataillons réguliers du Régiment de parachutistes, soit autour de 2 000 soldats, et des centaines de membres des forces spéciales. Ce sera la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale que l’ensemble du régiment de parachutistes est impliqué dans une unique action militaire. On s’attend aussi à ce que jusque 1 400 soldats écossais, dont le bataillon Black Watch et les Highlanders soient envoyés. Des avions de guerre Eurofighter Typhoon, équipés de nouveaux missiles pour des attaques terrestres, seront déployés pour la première fois aux côtés d’un nouvel escadron d’hélicoptères Merlin.



(Article original anglais paru le 10 octobre 2007)


Jeudi 11 Octobre 2007

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