MONDE

Ben Ali, l'arbre qui cache la forêt



Fethi GHARBI
Mercredi 26 Janvier 2011

Ben Ali, l'arbre qui cache la forêt
Frappé d'anathème, le clan Ben Ali va jusqu'à susciter l'opprobre des
dirigeants français et étasuniens! Après quelques semaines d'hésitation,
les chefs d'états occidentaux se rendent à l'évidence et tournent
subitement le dos à leur protégé. "La révolution du jasmin" comme on se
plait à la nommer les a désarçonné à tel point qu'ils se mettent à
applaudir à l'unisson le soulèvement du peuple tunisien. Voila qu'Obama en
personne félicitant ce peuple qui vient de déposer un despote ami du "monde
libre"! Cet étonnant élan pro-démocratique ne peut dénoter qu'une vision
confuse des évènements qui ont lieu en Tunisie. Beaucoup confondent ce
soulèvement avec les révolutions colorées de l'Europe de l'Est. Certains
vont jusqu'à comparer la révolution tunisienne aux manifestations d'une
partie des iraniens pendant les dernières élections présidentielles alors que
tout le monde sait maintenant qu'elles étaient manipulées en grande partie
par les services spéciaux occidentaux. Une telle manœuvre de récupération
frise le ridicule. Les tunisiens ne se soulèvent ni contre un épouvantail
communiste ni contre un épouvantail islamiste! Les tunisiens se révoltent
contre une dictature installée et soutenue pendant des décennies par les
États-Unis et la France. Encore une fois, ces puissances se présentent face au
monde non seulement comme les suppôts du diable mais comme des traitres à
l'égard de leurs propres créatures.

Voila que les médias de la droite bien pensante se jettent d'une seule voix
sur le cadavre froid de la bête, la dépeçant et étalant au soleil ses
entrailles malodorantes. On cherche par tous les moyens à étouffer dans
l'œuf cette révolution naissante, encore en ébullition. Les dirigeants
européens et nord-américains assimilent ce mouvement plus à une jacquerie
qu'à une révolution. Il suffit donc de colmater tant bien que mal les
brèches sociales par quelque aumône pour rétablir l'ordre. La fixation
médiatique sur le clan Ben Ali / Trabelsi n'a pour but que de freiner l'élan
revendicatif des masses en les détournant de leur grand dessein. Le conte de
fée tunisien s'achevant avec la mort de l'ogre et la célébration du
peuple-héros n'est qu'un leurre qui a lamentablement échoué. Ce que
revendiquent les tunisiens ce n'est point seulement la tête d'un tyran mais
et surtout le renversement d'un régime.

Le pouvoir réel en Tunisie est entre les mains du parti unique, une sorte de
chiendent dont Bourguiba a semé les germes et qui étouffe le pays voilà plus
de cinquante ans. Fondé en 1934 par Habib Bourguiba sous le nom du
Néo-Destour, il prend en 1964 le nom de Parti socialiste destourien et devient
en 1988, le Rassemblement constitutionnel démocratique. Protéen en apparence,
ce parti fait montre d'une constance inébranlable. En l'espace d'un demi
siècle, cette formation politique a progressivement investi les organes de
l'état et de la société civile. L'enchevêtrement du RCD et de l'état est
tel qu'il devient difficile de comprendre lequel des deux est au service de
l'autre. Ultralibéral mais structuré à la stalinienne, il est à la tête de
9000 cellules implantées dans tous les lieux de travail, dans chacun des
quartiers des villes et villages et même en rase campagne. Depuis
l'indépendance, le chef de l'état a toujours été en même temps le
président du parti. Le bureau politique recrute ses membres parmi les ministres
en fonction. Passage obligé pour quiconque est à la recherche d'un travail,
d'une aide sociale, d'une bourse d'études, d'une carte de soins ou même
d'un permis de construire, il compte plus de deux millions deux cent mille
adhérents "malgré eux". Le RCD constitue le seul ascenseur social pour les
cadres de l'administration publique. Plus de dix milles fonctionnaires sont
détachés auprès du parti alors qu'ils continuent à être payés par
l'état. C'est ce quadrillage systématique de la société institué par
Bourguiba qui a permis à Ben Ali et par la suite à son clan de tenir
l'ensemble de la population en laisse. Depuis de longues années, un climat de
peur et de méfiance asphyxie les gens alors que les pratiques mafieuses du chef
de l'état et de sa famille contaminent une partie des fonctionnaires. C'est
cette atmosphère explosive due à l'enrichissement illicite et tapageur des
uns et à l'extrême appauvrissement des autres qui est à l'origine de cette
révolution de la dignité et non du jasmin comme semblent vouloir la flétrir
tous ces propagandistes étasuniens et français.

Combien ils ont raison les tunisiens de dédaigner l'os qu'on leur jette!
Faut-il être dupe pour croire que la révolution a abouti et que le fruit de
leur sang leur sera servi par ceux-là même qui, il y a un mois, les
affamaient, les méprisaient et les assassinaient!

On est vraiment flatté par la visite de secrétaire d'État adjoint pour le
Proche Orient, Jeffrey Feltman qui en toute délicatesse vient discuter avec un
gouvernement contesté par la population. C'est encore plus flatteur lorsque M.
Feltman appelle les pays du monde arabe à tirer les leçons de la "révolution
du jasmin".

N'en déplaise à ce cher monsieur, cette révolution est "la révolution du
cactus" et si quelqu'un doit tirer une leçon de ce qui se passe en Tunisie
c'est bien plutôt les États-Unis : C'est mal d'avoir placé une dictature
à la tête d'un peuple qui ne vous a jamais voulu du mal. C'est mal de trahir
un ami docile et fidèle . Mais c'est encore pire de vouloir récidiver!

Fethi GHARBI


Mercredi 26 Janvier 2011


Commentaires

1.Posté par Fethi GHARBI le 27/01/2011 09:52 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Ce texte a été supprimé une heure après sa publication sur www.lepost.fr

Si quelqu'un peut m'en expliquer la raison, je lui en saurai gré

Nouveau commentaire :

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS


Publicité

Brèves



Commentaires