Economie et pouvoir financier

Banque Mondiale, FMI et BCE , les banquiers du désastre.


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Charles François
Mardi 18 Mars 2014

Banque Mondiale, FMI et BCE , les banquiers du désastre.

Afrique, pays émergents, Europe...le prétexte de la Dette

Afrique, pays émergents, Europe...le prétexte de la Dette
Banque Mondiale, FMI et BCE , les banquiers du désastre.
François Charles et Abla Merzougui Lahket*
www.lautreafrique.info
17/03/2014


« Désormais, privation de soins, mortalité infantile, sous-nutrition, corruption des dirigeants, délitement des services publics, économie informelle, chômage de masse…ne sont plus le triste privilège des pays en développement. Les mêmes maux s’abattent aujourd’hui, par exemple, de la même façon, et pour les mêmes raisons, sur les grecs et les centrafricains. Sachant que, si les africains, en général, subissent la loi d’airain du FMI depuis les années 70/80, ce n’est que depuis quatre ans que la « crise de la Dette » ravage la Grèce, on peut mesurer ce qui attend sa population. »


 La « crise » de la Dette partout

Alors que l’Europe voit la Grèce arriver à la tête de l’Union, les chiffres concernant la catastrophe qui frappe ce pays demeurent consternants. Un pays d’Europe où le taux de chômage, donné à 28% au mois de novembre 2013, n’en finit pas de grimper mois après mois et frappe désormais 60% de la jeunesse (1) Un pays en Europe où on souligne que 45% des immeubles d’Athènes, équipés du chauffage central au fuel, n’auront pas été fonction cette saison en raison du prix élevé du mazout et des coupes drastiques opérées sur le pouvoir d’achat (2).

Selon une étude réalisée par la Fédération des Petits et Moyens Commerces et Artisans de Grèce, ce sont moins de 10% des personnes sans emploi qui touchent une allocation. 90% laissé sans rien !

On le sait, ce pays, comme tant d’autres avant lui, est depuis quatre ans, soumis aux diktats de la tristement célèbre Troïka (FMI, BCE, Union Européenne) qui, chaque mois, envoie ses sbires, armés de nouvelles « réformes », surveiller la bonne obéissance des gouvernants.

Comme depuis longtemps déjà en Afrique, on assiste désormais à Athènes, au prétexte d’honorer le service d’une dette abyssale, on assiste à la mise en oeuvre d’une politique ultra austéritaire. Une Dette certes, mais au demeurant illégitime et qui, par le jeu des intérêts et des taux consentis, ne fait que creuser son propre trou. Une situation infernale qui, vue d’Afrique, a un air de « déjà vu » :  Dette, intérêts de la Dette, remboursement, endettement, emprunts… Autrement dit, on rembourse, plus on rembourse. Sachant que, plus on rembourse plus on doit et plus les banques s’enrichissent pour mieux nous prêter aux fins de…les rembourser.

Parce qu’on sait comment cela s’est passé et continue de se passer, précisément en Afrique, on imagine sans peine, pour la Grèce, les conséquences sur la survie de ses services publics, de la santé, de l’école, de l’Etat, de l’avenir même du pays…

Europe, Afrique, mêmes causes, mêmes effets   

A un observateur non averti, il pourrait paraître osé, voire abusif, de mettre sur le même plan un pays européen, aux origines mêmes de l’idée d’Europe, membre de l’Union Européenne et qui plus est, momentanément à la tête de l’Union, et un pays africain pauvre, exsangue, affamé, déchiré, dépourvu d’Etat, dépourvu de tout, livré aux pilleurs, militairement occupé et en voie d’éclatement.

Pourtant…Il faut pourtant bien garder à l’esprit que si la Centrafrique est aujourd’hui dans cet état de mort clinique elle le doit bel et bien, elle aussi, au FMI et à la Banque Mondiale. En effet, ce pays, comme tant d’autres avec lui en Afrique, préalablement endetté par les bons soins de la Banque Mondiale, s’est toujours plié par la suite aux recettes, pour ne pas dire aux diktats, de ces institutions concernant les remboursements de sa Dette.

Les menaces proférées alors à l’encontre de l’Afrique, comme elles le sont désormais pour  l’Europe, suivaient un programme clair : désengagement maximum de l’Etat ! Autrement dit, privatisations massives et mise en oeuvre du slogan favori des FMI-boys (3) : « moins d’Etat possible ! ». Ces mesures-programme assassines avaient un nom, connu comme le loup blanc sur le continent : Les PAS. (Plans d’Ajustement Structurels)

« Vendez-tout ! » tel était alors le cri de guerre des agent du FMI, le pied sur les tarmacs africains, fraichement débarqués de leurs avions spéciaux (3ibid). Et immédiatement, passent alors par pertes et profits, les services de l’Etat, la santé, l’école, la protection sociale, les ressources minières… Ainsi, durant des années et des années, la Centrafrique, entre autres, par gouvernants-marionnettes interposés, a tout bradé, tout vendu, tout concédé, tout gratté jusqu’à l’os.

On sait le résultat : en tant qu’Etat, la RCA ne possède quasiment plus rien et n’est plus en mesure d’exercer un quelconque pouvoir. Même ce qui reste de sa police et de son armée, faute de moyens, échappe à son autorité et Catherine Samba-Panza, présidente intérimaire, n’a plus d’autre choix, que d’appeler des forces étrangères à son secours.

C’est bien ce mortel désengagement de l’Etat, obtenu par les prêteurs-tueurs à gages, qui produit aujourd’hui ces résultats dramatiques pour la Centrafrique : Un pays en voie de disparition avec des fonctionnaires dispersés aux quatre vents et impayés depuis des mois et des mois (4); une famine qui, selon les ONG sur place, menace l’ensemble du pays; des régions entières, notamment dans le Nord qui, faute de logistique minimum pour les encadrer, sont littéralement abandonnées à leur sort; les habitants laissés sans protection, livrés aux organisations pseudo-étatiques et aux bandits de grand chemin…

Une situation évidemment catastrophique pour les populations!

Un épisode supplémentaire du désastre dont l’Afrique est coutumière ? Certes, mais gare ! Jamais vraiment morts, les plans d’ajustement structurels, renaissent toujours de leurs cendres. Sous de nouveaux oripeaux et d’autres appellations contrôlées, ils sont toujours là à guetter leurs proies et se répandent désormais largement hors d’Afrique. Nouvelle cible, le continent européen. La porte d’entrée choisie, la Grèce. Et les choses ne trainent pas : on y annonce déjà que 30% des grecs n’ont plus accès aux soins et que la mortalité infantile a augmenté de…43% ! Des chiffres « africains » en somme…

S’agissant des pays d’Europe qui ne « comprendraient pas bien », Christine Lagarde, patronne du FMI, comme le faisait régulièrement DSK à l’attention des africains, remet clairement les pendules à l’heure :  » Il y a des signes évidents que tout ne va pas bien…Il n’y a pas lieu de crier victoire. Il faut faire plus…Je sais qu’il y a beaucoup de choses compliquées à prendre en compte pour l’instant…. Mais il ne peut y avoir de relâchement…nous ne devons pas ralentir le rythme des réformes. » (5)

 » Le rythme des réformes… » Hier pour les africains, aujourd’hui pour les grecs, et puis les ukrainiens, les italiens, les espagnols, les portugais…les mêmes mots, les mêmes menaces. Alors oui, désormais, privation de soins, mortalité infantile, sous-nutrition, corruption des dirigeants, délitement des services publics, économie informelle, chômage de masse…ne sont plus le triste privilège des pays en développement et les mêmes maux s’abattent aujourd’hui de la même façon, et pour les mêmes raisons, sur les grecs et les centrafricains. Sachant que, si les africains subissent la loi d’airain du FMI depuis les années 70/80, ce n’est que depuis quatre ans que la « crise de la Dette » ravage la Grèce, on peut mesurer ce qui attend sa population.

Déstabilisation et interventions

Déstabilisations et interventions sont les deux pieds, bien connus des africains, de la domination des pouvoirs financiers et néo-impérialistes. Rançon de la Dette, le toujours « moins d’état » conduit inexorablement, partout et dans tous les cas, à la déstabilisation des institutions du pays attaqué. Oukases des créanciers, corruption des élites, incapacité des « politiques », délitement des institutions, montée des forces anti-démocratiques…tout ce qui est depuis longtemps subi en Afrique est aujourd’hui à l’oeuvre à Athènes, en Ukraine et dans tous les pays « candidats » à l’Union Européenne. Comme ils l’ont été pour l’Afrique, les remèdes sont chaque fois pire que le mal.

Là où passent le FMI, les conditions de la paix sociale disparaissent pour longtemps. Pire, les guerres et les dislocations suivent les diktats du FMI à la trace !

Sur le continent africain, les « solutions » préconisées ne conduisent, par la guerre, qu’à l’éclatement et à la disparition des états en tant que tels et, concernant l’Europe, à des situations renvoyant aux heures les plus noires de son histoire. Totalement inféodés à leurs créanciers, engagés jusqu’au cou dans le remboursement imbécile d’une dette illégitime, incapables de vraies solutions, les « politiques » ouvrent des boulevards aux ultra libéraux de tout poil, sortis tout droit des films d’actualités en noir et blanc.

C’est ainsi qu’on trouve maintenant, parmi le flot montant des extrêmes droites à travers toute l’Europe, des fascistes et des néo-nazis affichés, au sein du gouvernement ukrainien; c’est ainsi qu’on voit des fascistes et des néo-nazis déclarés, attaquer physiquement les étrangers et, après un passage au gouvernement, constituer une réelle force électorale en Grèce; c’est ainsi qu’on voit des groupes paramilitaires, proches des exécutifs, prêts au coup de force dans maints pays de l’est de l’Europe; c’est ainsi qu’on voit nombre de gouvernement européens revenir sur des conquêtes sociales et sociétales…

Et, eu égard à la volonté politique des « aidants », il y a fort à craindre pour l’avenir. En Ukraine, par exemple, où les appétits sont aiguisés par les fortes odeurs de gaz et du pétrole caucasiens, la situation financière du pays est totalement catastrophique. Par delà les inquiétants bruits de bottes, l’Ukraine, selon de nombreux experts, est tout simplement menacée d’un défaut de paiement, autrement dit de faillite !

Quand on sait que le FMI et l’UE ont promis une aide de plusieurs milliards de dollars au gouvernement provisoire « sous conditions » et que ces conditions sont « la mise en place de mesures libérales et de fortes restrictions budgétaires » ! On se pince.

La stratégie du choc permanent

Lorsque, en 2007, Naomi Klein publiait son ouvrage du même nom (6), elle montrait parfaitement à quel point les apôtres américains du capitalisme ultra-libéral avaient, dès les années 70, mesuré l’intérêt de « taper » fort et vite sur les peuples lorsque ceux-ci avaient subi un traumatisme grave. Selon ces néo-libéraux, les populations, « sous le choc », seraient alors disposées à suivre les dirigeants sans penser à contester leurs orientations. Une catastrophe naturelle, par exemple, peut constituer un traumatisme collectif propice à ces attaques. Frapper dans ces circonstances était alors désigné par son inventeur, sous le nom de « traitement de choc ». (7)

Comme on le sait, les capitalistes sont des gens pressés et peu enclins à attendre d’incertains évènements météorologiques qu’ils leur offrent les opportunités de réaliser leurs réformes et contre-réformes. Alors, s’arrangeant avec l’histoire ils interviennent sur son cours, comme au Chili, où après avoir aidé à renverser le président élu, ils collaborent très activement, aux côtés du dictateur Pinochet à la « reconstruction économique  » du Chili (8). Parce que bien sûr, pour nos libéraux, les coups d’état, comme les guerres, les attentats, les crises économiques aigües sont au registre des « chocs propices ».

La Banque Mondiale et le FMI ont déjà largement montré à quel point ils sont les fidèles, et ô combien efficaces, adeptes de cette Stratégie du choc.

En Afrique, par une situation de crises économiques, sociales et politiques permanentes, terrorisant les populations, ils contribuent à maintenir le plafond de verre qui empêche le continent tout entier d’accéder au progrès économique, à la liberté d’action et pour tout dire, à l’indépendance.

En Europe, plaçant les peuples sous les coups de fouets de la « crise », du désendettement « nécessaire » des états et du paiement de la Dette, ils poussent les dirigeants à imposer, les mesures d’une austérité drastique. Sont donc immédiatement visés la protection sociale, le service des retraites, la santé, la protection des privés d’emploi, l’école publique…

On le voit, quel que soit le continent, les tenants de cette stratégie, banquiers du désastre, ont un programme commun : faire que l’Afrique ne puisse jamais prétendre à son s’émancipation et, s’agissant de l’Europe, ramener cette dernière le plus vite possible à la situation d’avant les progrès sociaux.
François Charles et Abla Merzougui Lahket (lautreafrique.info)
 
* Abla Merzougui Lahket est collaboratrice au magazine « l’autre Afrique » et au site lautreafrique.info (www.lautreafrique.info)
 
1/ Autorité des Statistiques Grecques (Elstat) le 13 février 2014
2/ Société de distribution du gaz EPA
3/ Maniant l’humour, les africains, après les visites des agents du FMI, avaient coutume de dire : « Là où passe le FMI, les services publics ne repoussent plus. »
4/ Dans les années 2000, alors que l’Etat était déjà au bord de la faillite, Ange Patassé, président de l’époque, avait déclaré aux fonctionnaires, toute honte bue, que pour payer leurs arriérés de salaires « il pouvait débloquer dix millions de dollars américains sur sa cagnotte personnelle. »
5/ Rapport devant le CESE (Conseil Economique et Social Européen)
6/ Naomi Klein « la stratégie du choc » Acte Sud
7/ Milton Friedman, économiste ultralibéral et conseiller de nombre de dirigeants politiques par le monde, les enjoignait d’imposer aux populations les réformes politiques les plus douloureuses immédiatement après une crise grave, avant que les gens ne se soient ressaisis.
8/ Le programme économique fut entièrement rédigé par les néo-libéraux de Chicago et mis en oeuvre sur place, à Santiago, par des dizaines d’américains, et de quelques chiliens « convertis », qu’on appelât bien vite les Chicago boys.



Mardi 18 Mars 2014


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