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Avoir 15 ans au Brésil


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anne roy nobrega
Mardi 4 Octobre 2011

Avoir 15 ans au Brésil
Avoir 15 ans au Brésil

15 ans, la jeune brésilienne est présentée officiellement à la société lors d’un merveilleux bal
des débutantes.
Engoncée dans son adolescence, la jeune fille en fleur revêtira sa robe de bal, blancheur
virginale, avant-goût du mariage, pour une soirée inoubliable où ses parents recevront en son
honneur ses jeunes amis tout aussi apprêtés, leur famille au grand complet, proches et notables
de la ville.
Il convient de recevoir à la hauteur de son statut. Les dépenses sont colossales et le faste est
de mise.
Notre expérience ici n’est pas des moindre, il s’agit d’un grand propriétaire terrien leader de
l’industrie du soja au cœur d’un des états phare pour ce secteur, Uberaba, Minas Gerais.
La jeune Olivia, troisième et dernière fille de la famille clôturera donc le triptyque des festivités
de 15 ans familiales qui ne coûtent pas moins de R$ 200 par personnes (en parité de pouvoir
d’achat, compter 200!),.
Environ 250 personnes se retrouvent dans les salons de la Maison Blanche, lieu de réception
des plus chics de la ville, les coiffeurs et salons de beauté n’ont pas désempli du samedi, “tenue
sociale complète exigée” conformément à la dernière ligne en lettres anglaise du carton
d’invitation.
A 10h30, une heure après l’heure officielle du début de la réception, les premiers invités se
présentent aux réceptionnistes en smoking, descendent de leurs voitures aux vitres teintées et
tendent négligemment leurs clés aux chauffeurs qui partiront garer les voitures de ces
messieurs.
Défilé de robes longues en taffetas, drapés satinés et joailleries scintillantes, les femmes vont
perchées sur des talons interminables et d’une finesse confondante aux semelles rouges
(Louboutin est donc arrivé jusqu’ici), coiffures travaillées, cheveux lissés ou délicatement ourlés,
de 4 à 65 ans, les convives sont sur leur 31 pour assister à cet anniversaire qui s’annonce aux
dires du tout Uberaba, “une très belle fête”.
La décoration, réalisée par une artiste en vue de Sao Paulo est très élégante; d’énormes
bouquets de roses en centres de table sont habilement éclairés par des spots en hauteur, les
tentures murales aux motifs modernes flanquent d’immenses miroirs aux encadrures bois
patinées, les espaces “lounges”, salons anglais canapé et table basse en bois massif alternent
avec les tables rondes dressées pour le dîner
En marge de ce salon de roses et de lumières tamisées se dressent les buffets…
Le buffet froid propose sushi et canapés aigres-doux, fromages italiens et crêpes dentelle
fourrées au serrano espagnol, tandis que le buffet chaud, un peu plus loin, offre des risotto de
ceps, de morue ou de tomate mozzarella, poêlé á la demande, ou des pommes de terres
fourrées. Les serveurs virevoltent autour des roses pour compléter le festin apportant sur leurs
plateaux argentés des petites terrines de bobo de camarão (plat à base de crevette du
Nordeste) et tartelettes de fondue de poireaux.
D’autres servent les boissons; whisky “importés”, cocktails de tout type, rafraichissements et
mousseux italiens. Autant de breuvages qui petit à petit feront oublier aux adolescents pré
pubères leur acné et la largeur d’épaule de leurs costumes neufs.
Sur la piste aux couleurs disco, les carrés d’acrylique s’illuminent au rythme des talons claqués
par les jeunes filles au son du « baile funk », au fur et à mesure de la nuit, les danses se
déchainent, les filles s’émancipent et les flirts se multiplient dans les coins du salon… Dans les
toilettes, les larmes succèdent aux rires avinés, les adolescentes partent en vrille… les vestes
sont déjà tombées. Vers 2h00 du matin, de jeunes échevelés débitent sans pudeur les surplus
d’alcool consommés sans modération… Bois du Red label, tu seras un homme mon fils !
Vers 3h00 les premiers convives quittent la fête en passant par la table des douceurs (le gâteau
de 5 étages rose et blanc est entouré artistiquement par des myriades de fleurs en papiers
renfermant des chocolats fourrés au confit de maïs, à la praline ou au chocolat amer, les
« brigadeiros », sortes de truffes au lait concentré et petits pots de verre remplis de crème au
chocolat au nom de la fêtée), à la sortie, chacune de ces dames reçoit une paire « d’Havaianas »
roses bonbon percée d’un petit nœud argenté dans un sac en tulle rosé…
La réception s’est terminée après 6h00 au petit matin, j’ai assisté à ma première « festa de 15
anos », Alice au pays des merveilles, exubérance et folie, étrangeté onirique. Pour ma part, à
4h30, je retirais patiemment les 37 épingles à cheveux piquées dans mon chignon « efeito
natural » et m’endormais fatiguée et endolorie d’être restée perchée sur 8 cm de talons avec
mon centre de gravité fortement compromis en ce 6ème mois de grossesse
Vais-je vouloir que ma fille fête ses 15 ans au Brésil… je ne sais pas encore…










Mardi 4 Octobre 2011


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