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Aube dorée


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Jean-Michel Dhimoïla
Mardi 4 Août 2015

Aube dorée
Un débat interne a quelque peu animé le Comité de soutien au peuple grec de Lyon ces derniers jours, et je voulais y revenir de manière indépendante sur ce blog. Plusieurs questions étaient soulevées, notamment ces deux : 
  1. Faut-il mener des opérations pour contester la légitimité d'Aube dorée ?
  2. Leur volonté d'aider le peuple relève-t-elle de la volonté d'embrigadement ?
Je préfère parler des sujets avec un peu de recul, aussi je ne souhaite pas m'étendre sur les événements qui se déroulent en Grèce actuellement, notamment depuis le 26 juin, date à laquelle Alexis Tsipras a choisi de consulter son peuple par référendum. Mais le ralliement de Tsipras à l'austérité a remis sur le devant de la scène le discours d'Aube dorée qui reste le seul parti, avec les communistes du KKE, à toujours rejeter cet appauvrissement de la population, et le seul parti à respecter le choix exprimé par le peuple lors du référendum.
 
 
En premier lieu, afin de dépassionner le débat, je précise que je ne me prononcerai pas sur des actions illégales d'Aube dorée. Les Grecs ont une justice souveraine et leurs propres lois. Si des actions illégales sont commises, il appartient à la justice grecque de se prononcer pour les faire condamner. Je pense bien évidemment au meurtre du rappeur dont est accusée Aube dorée. Si je commençais à me plonger dans l'étude des crimes, il faudrait également me pencher sur le meurtre de deux de leurs militants, vraisemblablement par des personnes d'extrême gauche. Ceux qui meurent l'ont rarement mérité et il n'est pas dans la spiritualité chrétienne de souhaiter de telles choses. Lorsque le sang commence à couler, il n'y a plus ni blanc, ni noir, seulement du rouge.
 
De plus, la justice française m'a appris à être prudent à l'égard des accusations médiatiques. La multiplicité des faits reprochés ne valent pas condamnation.
 
Plantu - cool Raoul
 
J'ai entendu que les députés d'Aube dorée avaient contesté le nombre de juifs morts durant la seconde guerre mondiale, lors de la première intervention de leurs députés au parlement. Là encore, il y a des lois qui s'appliquent. Je précise pour les lecteurs français que les lois grecques ne sont pas les lois françaises, et qu'une chose condamnable en France ne l'est pas forcément en Grèce. Aube dorée est un parti politique ; la constitution grecque prévoit qu'aucun parti ne peut être interdit (au contraire par exemple de l'Ukraine qui vient d'interdire le parti communiste).
 
Abstraction faite des états d'âme relatifs à un courant d'idées que l'on est en droit de ne pas partager, reste donc les comités de soutien qu'Aube dorée a mis en place pour aider le peuple. Aube dorée agit-il ainsi afin d'embrigader ceux qu'il aide ?
 
On peut poser la question de manière beaucoup plus large. Lorsque les socialistes français ont promis de ressusciter les emplois jeunes et d'en créer 300 000 s'ils accédaient au pouvoir, en 2012, emplois d'une durée de 5 ans qui prendraient fin sitôt que les français auraient à choisir une nouvelle orientation politique pour le pays, était-ce de la philanthropie ? N'était-ce pas le même raisonnement que celui attribué à Aube dorée, à savoir un embrigadement de ceux qui auraient un jour à voter, non pour leurs idées politiques, mais pour sauver leur poste ? Les socialistes n'avaient-ils pas déjà usé de ces mêmes moyens entre 1997 et 2002, sous le gouvernement Jospin ? Ne l'ont-ils pas fait pour d'autres élections encore ? Et soit dit en passant, non seulement les 300 000 emplois jeunes n'ont pas été créés en 2012, mais l'économie a perdu 620 000 emplois directs depuis mars 2012.

Je ne critique pas, bien évidemment, le fait de créer des emplois. Mais faudrait-il qu'aider des personnes avec une arrière-pensée intéressée soit une chose louable quand il s'agit des socialistes, mais que la même manœuvre soit condamnable lorqu'il s'agit d'Aube dorée ? Soit nous acceptons de fermer pudiquement les yeux sur la démagogie qui anime les partis politiques, soit nous la condamnons chez tous ceux qui en usent. En fait, seuls ceux qui agissent pour le bien de tous, et de manière totalement désintéressée, peuvent être considérés comme ne cherchant pas à embrigader les autres.

Une telle conception est la base du christianisme. Le Christ dit en effet clairement : Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent (Matth. 5, 44).

Ce principe fondateur est essentiel et il n'est pas possible de s'en affranchir, pas même pour les membres du clergé. Lorsque ceux-ci rejettent tous ceux qui ne partagent pas strictement leur conception, tentent de prendre un ascendant psychologique sur ceux qu'ils côtoient, excluent arbitrairement les uns et les autres, pour garder leur petit pouvoir illusoire ou faire prévaloir une préférence nationale, comme nous avons pu le constater avec le père Nicolas Kakavelakis de Lyon, alors il est légitime de considérer ces méthodes comme condamnables. C'est alors abusivement que ceux qui en usent se prévalent du titre de chrétiens.
 
 
La question de la volonté de récupération dans les actions d'Aube dorée devant être écartée au motif qu'elle est hors de propos et démagogique, il reste la question de la légitimité des actions que ce parti entreprend pour aider la population grecque. 
 
Le dimanche 5 juillet, j'ai vu, devant une petite église de Crète, une dame qui pleurait. Elle était Crétoise et présentait un document de l’hôpital qui ne pouvait plus soigner son fils, faute d'argent de cette femme. Elle demandait de l'aide à ceux qui sortaient de l'église. 
 
Ce cas est typique de la dégradation du système de santé grec, mis à mal par les mesures d'austérité réclamées par les créanciers de la Grèce. Aube dorée revendique de n'aider que les Grecs. Mes convictions chrétiennes font que je ne partage pas cette conception. Pourtant, devrais-je condamner l'action d'Aube dorée s'il venait en aide à cette femme, alors que je ne peux pas moi-même l'aider ? Le plus grave est-il qu'Aube dorée n'aide que les Grecs, ou que la Grèce, qui a donné naissance à Hippocrate, ne soigne plus ses enfants que s'ils ont de l'argent ?
 
Aube dorée soulève de vraies questions, comme tout mouvement nationaliste dans un pays en crise gangrené par la corruption. Mais le nationalisme n'est pas le fascisme. Marine le Pen, ou Vladimir Poutine, sont des nationalistes, chacun avec une politique propre, mais ne sont pas fascistes, sauf dans les mots de ceux qui cherchent à les discréditer. Le fascisme utilise le terreau du nationalisme pour s'implanter et, en ce sens, il faut se méfier des dérives du nationalisme. Mais il ne faut pas confondre les deux.
 
Pour ma part, je crois que le fascisme se nourrit non seulement du nationalisme, mais surtout de la pauvreté, de l'injustice, et de l'indigence des hommes politiques, lorsque ceux-ci ne respectent pas le mandat pour lequel ils ont été élus. 
 
Lorsque Tsipras a organisé son référendum pour demander aux Grecs s'ils voulaient accepter un nouveau plan d'austérité, ou le rejeter, tout le peuple, uni derrière lui, a massivement décidé de rejeter ce plan, quelles que fussent les menaces d'exclusion de la Grèce qui émergèrent alors de tous les pays européens. Quatre jours avant l'élection, Sarkozy actait déjà l'exclusion de la Grèce de l'euro.
 
En créant cette union nationale, Tsipras avait totalement marginalisé Aube dorée. Pourtant, en anticlérical qui va à l'église, il a réussi le miracle de les ressusciter en un instant, après avoir décidé d'accepter le mémorandum que le Peuple avait massivement rejeté.
 
Le véritable combat, aujourd'hui, ne doit pas être contre Aube dorée, mais contre les mémorandums qui tuent le peuple. Si les Grecs parviennent à obtenir que le choix qu'ils ont fait le 5 juillet soit respecté, Aube dorée retournera aux oubliettes de l'Histoire, d'où Tsipras, Hollande et Merkel l'ont sorti. Mais dans le cas contraire, rien ne pourra arrêter leur progression. Au mieux, les actions judiciaires menées contre eux les obligeront-elles à s'organiser dans la clandestinité, rendant leurs actions plus dangereuses que s'ils agissaient ouvertement.
 
 
Bien sûr, on peut comprendre que des personnes qui ne réfléchissent pas trop se donnent bonne conscience par une opposition de principe à des mouvements dits extrémistes. Les milieux militants en sont remplis, et le comité de soutien au peuple grec de Lyon n'y déroge pas. Mais si toutes ces personnes de bonne volonté réunies voulaient bien réfléchir, elles se demanderaient d'abord qui est ce peuple au nom duquel elles se sont réunies pour le soutenir.
 
Le peuple est l'ensemble des personnes d'une même nation, ou d'un même pays. Il n'y a pas d'exclusion à cette définition : ni par les idées des personnes de ce peuple, ni par leurs actions criminelles ou non, ni par aucun autre critère. 
 
Il est possible de créer un comité de lutte contre Aube dorée, ou un comité de soutien à Syriza, ou un comité des adeptes des recettes de la moussaka. Libre à chacun de défendre ses idées. Mais il n'est pas possible de se revendiquer du soutien au Peuple, tout en luttant contre une partie de ce peuple.
 
L'image qui vient à l'esprit est bien évidemment celle du médecin. Celui-ci soigne tout le monde, au moins pour celui qui respecte son serment. Il soigne les riches comme les pauvres, les vieux comme les jeunes, les assassins comme les justes, ceux d'extrême droite comme les socialistes, les juifs comme les athées.
 
Dire que l'on soutient un peuple duquel on extrait une partie à cause de ses idées revient à reprocher à un médecin de soigner tout le monde. Et nier à une partie de la population le droit d'en faire partie est le déclencheur de toute guerre civile.
 
 
J'avais relevé dans un message précédent, que les hommes devaient s'unir sur ce qui les rapproche plutôt que de se diviser sur ce qui les oppose. Jacques Sapir tend à aller dans ce sens-là lorsqu'il écrit, dans un message en deux parties (1 et 2) que le combat contre l'austérité ne peut se gagner que par l'union de toutes les forces qui y sont opposées. 
 
Lui qui a été sollicité au sujet du plan B que Varoufakis tentait de mettre en place pour contourner le blocage des banques grecques par la BCE, lui dont les thèses économiques ont pu servir d'appui à Syriza, osait écrire que l'union de l'extrême gauche et de l'extrême droite était la seule voie permettant de sortir d'un système qui écrase les hommes au profit des banques.
 
Lorsque les hommes auront compris cela, ce qui n'est malheureusement pas encore d'actualité, ils seront capables de mettre en place un programme de gouvernance avec des personnes dont ils rejettent nombre de leurs idées, comme Tsipras a eu l'intelligence, en son temps, d'établir un programme économique commun avec le parti nationaliste des Grecs indépendants. Même s'il ne reste rien aujourd'hui du programme économique conclu entre Tsipras et Kamménos, la voie qu'ils ont ouverte doit servir de référence.

http://amisdelacommunautehelleniquedelyon.blogspot.fr/2015/08/177-aube-doree.html

Jean-Michel Dhimoïla


Mardi 4 Août 2015


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