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Au-delà de la Propagande. Tromperie ou vraie menace de conflit nucléaire ?


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Federico Pieraccini
Lundi 17 Octobre 2016

Au-delà de la Propagande. Tromperie ou vraie menace de conflit nucléaire ?
 

Les événements au Moyen-Orient, en Syrie et à Alep, sont au centre de l'attention mondiale. Rarement bataille n’a été aussi décisive sur l'issue de la guerre et le sort de centaines de millions de gens dans le monde.
 

    Lors du dernier débat présidentiel, Hillary Clinton a plusieurs fois exigé de créer une zone d'interdiction de vol en Syrie. Demandé à plusieurs reprises, ce concept se heurte à une révélation dans ses courriels privés, qui admet que l’implémentation d'une zone d'interdiction de vol entraînerait l’élévation de la mortalité chez les civils syriens. Lors d’une récente audition devant le Comité sénatorial des forces armées, il a été demandé au général Philip Breedlove quel genre de truc des forces armées US serait requis pour imposer un zone d’interdiction de vol au-dessus du ciel syrien. Manifestement dans l'embarras, le général a été forcé d'admettre que cela impliquerait de s’en prendre aux aéronefs et véhicules russes et syriens, ce qui ouvrirait la voie à une confrontation directe entre Moscou et Washington, une décision que le général n’était tout simplement pas prêt à prendre. Le leadership militaire a toujours fait preuve d'empressement à mettre en œuvre l'option militaire ; ils doivent cette fois avoir reniflé le risque d'un conflit direct avec Moscou.
 

    Le Kremlin a publiquement admis le déploiement en Syrie de systèmes perfectionnés S-400 et S-300V4 , respectivement antimissiles et antiaériens. L’annonce de la présence du complexe de défense est une stratégie logique ayant pour but la dissuasion. Le message est clair pour Washington : Tout objet non identifié dans le ciel syrien sera abattu . Comme les USA fondent une grande partie de leur force militaire sur l’impératif permanent d’avoir à projeter leur puissance, leurs adversaires pensent qu'ils ont des capacités que les autres n’ont pas. Par conséquent, il est très peu probable que le Pentagone veuille révéler au monde la valeur de ses systèmes furtifs et de ses « légendaires  » missiles de croisière face au S-300V4 ou au S-400. La guerre du Kosovo permet de rappeler le F-117 abattu par des systèmes soviétiques (S-125) datant des années 1960.
 

    Hillary Clinton n’est pas seule à menacer Moscou. Démontrant leur perte totale de contact avec la réalité, à Washington, les décideurs actuels s’obstinent à faire des discours agressifs. Ces dernières semaines, des réactions hystériques ont été le fait du Pentagone , du Département d'État , des plus hauts généraux de l'armée , et même des représentants de la diplomatie US . Faisant ressortir l’amertume répandue dans certains cercles de Washington, plusieurs articles parus dans The Washington Post et The New York Times , exigent que les USA imposent une zone d'exclusion aérienne en Syrie, sans tenir compte des conséquences mises en évidence par Dunford. Deux hypothèses sont à l'étude : Frapper les bases aériennes de l'armée syrienne avec des missiles de croisière, ou envoyer les avions furtifs bombarder les installations A2/AD [interdisant l’approche de la région ] de Damas.
 

    Derrière les réactions débridées et les protestations véhémentes à Washington, il y a la probabilité d’une défaite militaire. Les USA ne sont pas en mesure d’empêcher l'armée arabe syrienne et la Fédération de Russie de libérer Alep. Au cours des quinze derniers jours, l’armée arabe syrienne et la Russie ont réalisé d’importants progrès, et c’est la cause de l’escalade des tensions. Parmi les épisodes les plus significatifs les reflétant ces derniers jours, on remarque : Des jets de la coalition internationale frappent l’armée arabe syrienne et tuent 90 soldats ; des représentants du gouvernement US menacent la Russie d’abattre ses avions et d’attentats dans ses villes, ce qui entraînerait la mort de civils russes ; et Moscou rendu responsable de l’attaque contre le convoi humanitaire. Le point culminant semble avoir été atteint à l'ONU, quand les représentants US ont empêché la résolution russe condamnant les attentats terroristes contre l'ambassade de Russie à Damas. Il est intéressant de noter que quinze ans après les attentats du 11 septembre 2001, on constate que Washington lui-même a défendu le Front Al Nusra (Alias Al-Qaïda) lors d’une réunion officielle aux Nations Unies ; une chose à méditer. Mais il n'y a apparemment aucune limite aux provocations. Quelques jours après ce dénouement incroyable, le Pentagone a tenu à signaler que la possibilité d’une frappe nucléaire préventive contre la Russie est toujours valide.
 

    Il semble donc presque superficiel de faire ressortir qu'à cause des exploits de l'armée arabe syrienne, Washington, Ankara, Riyad, Doha et Tel Aviv montrent des signes sans précédent de faiblesse et de nervosité. Leur combat visant à renverser le gouvernement légitime de Assad est perdu. L'action combinée des forces terrestres, aériennes et maritimes syriennes et russes, a poussé Washington et les médias des grands groupes à passer des discours de condamnation à des menaces de plus en plus ostensibles.
 

    Le mois dernier, grâce à l'armée arabe syrienne, la situation contre les terroristes et ses alliés soutenus par l'Occident, a rapidement changé dans le nord de la Syrie. À Alep, l'armée arabe syrienne s’évertue chaque jour, avec beaucoup de réussite, à libérer la ville. Des quartiers et de vastes districts sont sous contrôle gouvernemental. Faisant pencher le cours de la guerre en Syrie en faveur de Damas, les progrès incessants des troupes fidèles à Assad mettent fin à la tentative US de renverser le gouvernement syrien légitime. La victoire à Alep signifierait la défaite quasi certaine des terroristes dans les autres régions du pays. La fermeture de la frontière avec la Turquie couperait les routes de ravitaillement, avec des conséquences et des répercussions dans toute la Syrie. Ce qui resterait ouvert, ce sont quelques lieux de passage dans le sud du pays, près de la frontière avec la Jordanie, qui ont toujours été une source de ravitaillement des terroristes. Mais cette voie de ravitaillement seule aurait beaucoup de difficulté à entretenir le conflit ou à remplacer convenablement celle fermée au nord d'Alep. En particulier dans le nord par la Turquie, et à l'ouest à travers la frontière non contrôlée avec l’Irak, les terroristes sont approvisionnés en continu. La libération de Mossoul par l'armée irakienne, d’Alep par l’armée arabe syrienne, et de Der Al-Zur dans un proche avenir, ouvrira la voie à la reprise stratégique de Raqqa, dernier bastion de Daesh, et fera même échouer le Plan B de morcellement du pays.
 

    Mis en échec sur le front nord, les terroristes seront face à la probabilité d’une disparition complète de leurs activités dans tout le pays. Certains continueront à se battre mais, sachant qu'ils ont perdu la guerre, la plupart se débarrasseront de leurs armes. Cet objectif atteint, la libération du reste de la Syrie devrait être une question de mois. Il faut se rappeler que la reprise d'Alep garantirait la défaite écrasante des sponsors régionaux du terrorisme international (Qatar et Arabie saoudite).
 

    Quoi qu’il en soit, les progrès à Alep ne sont pas les seules sources de préoccupation des ennemis de la Syrie. Aussi à cause de l’une des élections présidentielles les plus controversées de l'histoire récente, Obama et son administration sont désormais hors jeu. L’avenir incertain de la politique étrangère de Washington a incité ses partenaires, Riyad, Doha, Ankara et Tel-Aviv, à ne pas hésiter à rajouter de l'huile sur le feu syrien. S’inquiétant quant à toute inactivité future de Washington, ils sont désireux de mettre en avant leur propre solution militaire au conflit.
 

    Dans le cas d'Ankara, l'invasion de l’Irak et de la Syrie présente un grave danger qui risque de plonger la région dans plus de chaos et de destruction, avec le Premier ministre irakien n’hésitant pas à qualifier la démarche turque de dangereuse et de branle-bas pour l’expansion des antagonismes dans le conflit régional. Les problèmes de l’Arabie saoudite sont encore plus conséquents, car à cause de sa désastreuse implication dans la guerre au Yémen, du point de vue des moyens militaires et humains, elle n'a pas la capacité d'intervenir directement en Syrie. La vitesse avec laquelle la confiance s’est effritée à Riyad, est sans précédent. Ses grandes réserves de change fondent, et il semble que ce soit dû aux dizaines de milliards de dollars gaspillés dans le financement de l'intervention militaire au Yémen. Un autre exemple d’intervention militaire indépendante concerne Israël. Quatre ans après le conflit syrien, Israël poursuit sa guerre secrète contre le Hezbollah et les troupes iraniennes qui, engagés dans les régions bordant Israël, combattent le Front al-Nusra et Daesh. Pour Tel Aviv, il y a encore deux options souhaitables pour la crise syrienne, toute deux en ligne avec sa stratégie : Soit la perpétuation du chaos et du désordre, soit la balkanisation de la Syrie. Dans les deux cas, l'objectif est d'étendre la sphère d'influence d’Israël bien au-delà des hauteurs du Golan, qui sont occupées illégalement depuis des années.
 

    Les tentatives infructueuses de la Turquie, d’Israël et de l’Arabie saoudite, qui visent à changer le cours des événements en Syrie, ont mis en évidence des malentendus stratégiques croissantes entre les USA et ses partenaires régionaux, des malentendus qui obligent souvent Ankara, Riyad et Tel-Aviv à se tourner vers la Fédération de Russie pour une entrevue confidentielle, car Moscou est le seul acteur capable de normaliser la délicate stabilité au Moyen-Orient.
 

    Pour Moscou et Damas, il reste évident que certains risques existeront toujours dans l’avenir proche, malgré une stratégie globale bien réfléchie. Accélérer la libération d'Alep a aussi pour objectif accessoire de réduire au minimum les capacités d’action de la prochaine administration US. C’est en quelque sorte une course contre le temps : Alep doit être libérée afin de planifier en détail la voie vers la fin du conflit, avant l’entrée en fonction du prochain président des USA, en janvier 2017. Il faut encore voir si Clinton ou Trump projettent d’aller au-delà des menaces vides d'Obama, mais Damas et Moscou n’ont forcément pas l’intention d'être pris au dépourvu, surtout avec la probable présidence Clinton.
 

    Après des années de négociations avec la diplomatie schizophrénique des USA, Moscou et Damas ont décidé de se protéger de toute décision soudaines pouvant émaner de l’« État profond  » US. Déployant les systèmes antiaériens les plus avancés, Moscou a traité le bluff de Washington comme personne ne l’avait fait en des années. Pour Moscou, la ligne rouge a été franchie par les tragiques événements du 17 septembre à Der al-zur. L’instauration par les Russes d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus du ciel syrien a été évoquée à plusieurs reprises , mais dans les heures qui ont immédiatement suivi la lâche attaque contre les troupes syriennes, incroyablement, le Département de la Défense et le Département d’État US ont proposé de créer une zone d'exclusion aérienne qui servirait à clouer au sol les avions russes et syriens. S’il y a pour Damas et Moscou des propositions effrontées et provocatrices, celle-là en était une.
 

    Percevant la menace, afin de protéger les cieux Syriens, Moscou a immédiatement réagi en déployant des systèmes de pointe (S-300 et S-400), des armes capables d’abattre les missiles de croisière, les avions furtifs, et même les missiles balistiques. Pour s’assurer que Washington a bien compris le message, le ministère de la Défense russe a répété ce qui avait déjà été annoncé publiquement : Tout objet non identifié serait abattu immédiatement, car les opérateurs russes n’auraient pas assez de temps pour vérifier le point de lancement, la trajectoire et l’objectif terminal de tous les objets détectés. C’est une mise en garde claire visant les USA et leur vieille stratégie faisant appel à de grandes quantités de missiles de croisière pour détruire les systèmes antiaériens, et permettre ainsi l’instauration d’une zone d'exclusion aérienne, comme cela s’est passé en Libye. Faisant allusion au rayon d’action des systèmes S-200, S-300 et S-400 (et toutes les variantes) qui pourrait surprendre beaucoup d’observateurs internationaux, le ministère de la Défense russe a précisé que même les avions furtifs US de cinquième génération pourront facilement être pris pour cible. Cette déclaration semble aussi confirmer indirectement une autre théorie qui reste pure spéculation : Lors de l’attaque US du 17 septembre contre l’armée arabe syrienne à Der Al-Zur, quelques jets de la coalition internationale auraient été accrochés par les systèmes antiaériens russes ou syriens (peut-être S-300 ou S-400), ce qui aurait forcé les avions à se retirer avant de se voir probablement abattus.
 

    Quelles que soient les intentions qui se cachent derrière les menaces hystériques de Washington, Moscou a proposé plusieurs scénarios asymétriques pour répondre à toute attaque directe contre son personnel en Syrie. En plus des systèmes S-300 et S-400, le ministère de la Défense a ostensiblement déclaré connaître les positions précises des forces spéciales US en Syrie ; une allusion claire à la capacité syrienne et russe d’attaquer les soldats US opérant aux côtés des terroristes ou des rebelles modérés.
 

    Publicité plus qu’intentionnelle, toutes les conférences de presse récentes du major-général Igor Konashenkov ont clairement dévoilé les nouveaux systèmes de défense aérienne déployés en Syrie. À part la dissuasion constante, l’un des instruments privilégiés adoptés par Moscou, les mots exceptionnellement forts, directs et précis du ministère de la Défense russe, laissent entendre aisément que Moscou et Damas sont à bout de patience, surtout après la séquence d’événements récents, ainsi que les menaces répétées.
 

    Avec un tel scénario, les USA ne pourront compter que sur une seule arme : Les plaintes, les menaces et les cris hystériques amplifiés par les médias dominants, les généraux et les porte-parole officiels des dizaines d’organismes gouvernementaux de Washington. Rien qui ne puisse vraiment arrêter l'action libératrice de l'armée arabe syrienne et de ses alliés.
 

    Les USA ne disposent d’aucune autre alternative leur permettant d’éviter une issue au conflit indésirable pour eux. Quel que soit leur choix, il n'existe aucun moyen de changer le cours des événements en Syrie. Même les généraux US ont dû admettre qu'une zone d'exclusion aérienne en Syrie est hors de question. Il est facile pour l’amiral Kirby, porte-parole du Département d’État US, de lancer des menaces vides, mais il est plus coton pour les militaires de les mettre en œuvre tout en évitant l’apocalypse nucléaire. Quel que soit le résultat des prochaines élections présidentielles, la guerre en Syrie est irrémédiablement perdue pour les USA et ses partenaires régionaux, et l'hystérie et les provocations de ces dernières semaines sont le symptôme de la frustration et de la nervosité inédites ces dernières années, dont font preuve les USA.
 


Strategic Culture Foundation , Federico Pieraccini, 16 octobre 2016

Original :
www.strategic-culture.org/news/2016/10/16/going-beyond-propaganda-nuclear-conflict-deception-or-real-threat.html
Traduction Petrus Lombard



Lundi 17 Octobre 2016


Commentaires

1.Posté par saidab le 17/10/2016 14:17 (depuis mobile) | Alerter
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Ainsi soit-il. Que le diable perde ses cornes, sa barbichetter et sa que fourchue ; et que sa boîte se referme sur lui jusqu''à sa dissolution dans nos consciences. Que les enfants n''entendent jamais plus parler de domination, sur aucun peuple.

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