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Attaque chimique d’Idleb : Assad gagne du temps pour la bataille dans l’est de la Syrie


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Bien que le régime ait l’avantage dans l’ouest de la Syrie, Assad envoie un avertissement alors que la Turquie et les États-Unis réalisent une poussée contre l’État islamique dans l’est


Maysam Behravesh
Vendredi 7 Avril 2017

L’attaque chimique survenue ce mardi dans la ville de Khan Sheikhun, dans la province syrienne d’Idleb, qui est toujours contrôlée par les rebelles opposés au régime d’Assad, a pris au dépourvu de nombreux observateurs à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Compte tenu des symptômes physiques qui ont frappé les victimes et les survivants, dont la suffocation, la plupart des médecins et des experts en armes chimiques estiment qu’il s’agissait d’une attaque chimique « aérienne » lors de laquelle un agent neurotoxique tel que du gaz sarin a été largué depuis le ciel. Jusqu’à présent, au moins 70 personnes ont été tuées et beaucoup plus ont été blessées.

Si aucune partie n’a revendiqué l’attaque, les preuves existantes laissent toutefois entendre que c’est le régime d’Assad qui est à l’origine du carnage, bien que l’apparente irrationalité stratégique de cet acte ait poussé de nombreux observateurs à s’interroger sur ses raisons.

La réaction des alliés

La tragédie de Khan Sheikhun représente l’attaque chimique la plus meurtrière de la guerre civile syrienne depuis août 2013. À l’époque, un bombardement aérien au gaz sarin dans la région de la Ghouta, près de Damas, a tué plusieurs centaines de personnes. Cette attaque, qui avait franchi la « ligne rouge » de l’ancien président américain Barack Obama, avait toutefois finalement entraîné, avec la médiation russe, le désarmement de l’arsenal chimique de la Syrie.

Même les plus fidèles alliés d’Assad, à savoir les Russes et les Iraniens, semblent avoir été surpris et même consternés par l’attaque de cette semaine.

L’Iran, qui a constamment offert au régime syrien un soutien militaire et politique inébranlable à travers la guerre civile, a refusé de jeter l’opprobre sur une des parties en conflit et a simplement condamné l’acte « quels que soient ses auteurs ou ses victimes ».

Le ministère russe de la Défense a d’autre part confirmé que la force aérienne syrienne avait mené des attaques aériennes dans la région de Khan Sheikhun, mais a affirmé que les frappes aériennes visaient un « entrepôt terroriste » où un arsenal de « substances toxiques » avait été stocké.

Pourtant, le discours russe, qui pointe du doigt un prétendu entrepôt chimique de l’opposition syrienne, a été rejeté d’un point de vue scientifique. « Je trouve cette [affirmation] assez fantaisiste », a affirmé Hamish de Bretton-Gordon, directeur de Doctors Under Fire et ancien commandant du régiment britannique de défense contre les armes nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques (NRBC), « Axiomatiquement, si vous faites exploser le gaz sarin, vous le détruisez. »

Ainsi, si l’on convient que le gouvernement syrien a commis une nouvelle attaque chimique mortelle contre son propre peuple, ses motivations ne sont toujours pas faciles à déterminer. Après tout, qu’est-ce que le régime d’Assad pourrait tirer d’un acte aussi abominable sur le plan moral et contre-productif sur le plan politique ?

Les motivations stratégiques d’Assad

Stratégiquement parlant, le timing de l’attaque pourrait fournir des indices. Le carnage de Khan Sheikhun s’est produit exactement un jour après l’attentat à la bombe survenu dans le métro de Saint-Pétersbourg et, peu de temps après, l’administration Trump a déclaré que l’éviction d’Assad du pouvoir en Syrie ne représentait plus la priorité de Washington en matière de politique étrangère.

En ce sens, Assad a peut-être été motivé à tester le changement de politique du gouvernement américain à l’égard de la guerre civile syrienne tout en ayant l’assurance que l’atmosphère de ressentiment qui régnait au Kremlin après l’attentat de Saint-Pétersbourg signifiait que les Russes étaient prêts psychologiquement, sinon politiquement, à encaisser un tel choc.

Pourtant, pour mieux comprendre la « logique » stratégique de l’assaut de Khan Sheikhun – qui, par ailleurs, semble plutôt inconsidéré et contre-productif –, il convient d’observer le tableau plus large de la guerre civile, notamment la campagne internationale contre l’État islamique en Syrie et en Irak.

Le régime tourné vers l’est ?

D’aucuns pourraient naturellement avoir tendance à penser que, compte tenu du cours récent des événements favorable à Assad et de l’ascendant qu’il a gagné par conséquent dans la guerre, il n’y avait aucune raison pour le régime de se livrer à un acte aussi peu conventionnel. Ainsi, les rebelles ont peut-être tendu un piège au gouvernement et l’ont incité à attaquer Idleb, pense-t-on. C’est pour l’essentiel ce que le discours russe laisse également entendre.

Le nœud du problème réside toutefois dans le fait que si le régime syrien jouit en général d’un avantage dans la moitié ouest du pays – obtenu essentiellement après la reprise d’Alep, puis consolidé avec l’évacuation de Homs par les rebelles –, le contrôle qu’il exerce sur la moitié orientale est sans doute mince. Ce constat s’applique en particulier à la province riche en pétrole de Deir ez-Zor proche de la frontière irakienne ainsi qu’à Raqqa, ville d’importance stratégique qui est actuellement la capitale du groupe État islamique.

À cet égard, l’attaque chimique de Khan Sheikhun, aussi risquée puisse-t-elle avoir semblé, pourrait être destinée à détourner l’attention internationale vers la province d’Idleb dans le but ultime de préparer la concentration des ressources du régime dans l’est et le nord-est.

Dans ce vaste morceau de territoire, tous les ennemis du gouvernement syrien, des Turcs aux Américains, sont bien mieux placés pour gagner du terrain après la défaite de l’État islamique en Irak. Il n’est pas étonnant que, dans une démarche sans précédent, l’armée américaine a récemment transporté par les airs environ 500 combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes à la périphérie de Raqqa. La ruée internationale vers la partie orientale de la Syrie a commencé depuis longtemps.

Compte tenu des rumeurs dans certains milieux occidentaux au sujet de la formation potentielle d’une zone autonome pour les Arabes sunnites et les Kurdes dans l’est de la Syrie, l’assaut non conventionnel de Khan Sheikhun peut également servir de « signal coûteux » visant à prévenir les adversaires du régime syrien que celui-ci est prêt à réaliser de grands efforts pour assurer sa souveraineté territoriale, y compris même des crimes de guerre et des massacres en masse de civils.



- Maysam Behravesh est candidat au doctorat au Département de sciences politiques et chercheur au Centre d’études du Moyen-Orient (CMES) de l’université de Lund. Il a été rédacteur en chef de la revue Asian Politics & Policy publiée par Wiley et assistant éditorial pour le trimestriel Cooperation and Conflict, publié par SAGE. Maysam est également un contributeur régulier pour des médias en langue persane, dont BBC Persian.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : le président syrien Bachar al-Assad s’exprime lors d’une interview accordée à la chaîne danoise TV2, en octobre 2016 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.


Vendredi 7 Avril 2017


Commentaires

1.Posté par newage2012 le 07/04/2017 23:13 (depuis mobile) | Alerter
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En réalité c'est l'OTAN qui gagne du temps afin de pouvoir déclencher leur guerre contre Damas qui conduira à la 3ème Guerre mondiale si recherchée par les globalistes dans le but d'instaurer le nouvel ordre mondial.

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