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Algérie: La grande lessive


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Mardi 23 Juillet 2019 - 00:30 Comment on cocufie les peuples


La justice mène un «djihad» contre la corruption. A voir la réaction des Algériens, on comprend qu’un point de non-retour a été franchi.


Saïd Boucetta
Dimanche 16 Juin 2019

L'ex premier ministre Sellal à son arrivée à la prison d'El Harrach
L'ex premier ministre Sellal à son arrivée à la prison d'El Harrach
L’actualité politico-judiciaire a connu un coup d’accélérateur. Deux anciens Premiers minis-tres et un ministre ont passé leur première nuit en prison, mercredi et jeudi derniers. Même si ce développement de la situation était attendu, il n’en demeure pas moins qu’il constitue une première, pas seulement en Algérie, mais dans le continent africain et dans le Monde arabe. L’on a, en effet, vu des régimes passer de main en main, avec ce que cela suppose comme règlements de comptes et autres chamboulements dans les travers du pouvoir. En Algérie, il est entendu que le processus est totalement différent, voire inédit, en ce sens que le déclic annonçant la «fin d’une époque» était populaire et appuyé par l’institution militaire. La révolution, pacifique, comme la qualifient désormais de nombreux observateurs nationaux et étrangers, est entrée dans une sorte de cercle vertueux où chaque vendredi apporte son lot de détermination citoyenne, conforte l’unité du peuple et consolide la confiance entre ce dernier et l’armée.
Cette symbiose, dont les manifestants ne manquent pas d’en faire étalage dans toutes les marches et à travers les 48 wilayas, a participé largement à la consécration du caractère patriotique et pacifique du soulèvement populaire. Il devenait ainsi, naturel de voir le pays s’engager sans tarder dans le démantèlement du système finissant. La pression populaire et le soutien de l’ANP ont eu pour effet, quasi immédiat, la libération de l’institution judiciaire qui ne voyait, de fait, aucune entrave à l’accomplissement de ses missions, du moment que les Algériens entonnaient avec insistance, la nécessité de «faire le ménage» dans les milieux politico-économiques. «Vous avez bouffé le pays, ô voleurs !», scandé toutes les semaines et, hier encore, lors du 17e vendredi de mobilisation populaire, était une claire injonction à la justice d’ouvrir le dossier de la corruption.
Les premières actions judiciaires donnaient déjà, faut-il le reconnaître, un aperçu de ce qu’il allait advenir de beaucoup de hauts responsables politiques, dont les noms revenaient assez souvent dans les slogans des manifestants. Les arrêter, juste pour faire plaisir au peuple, comme cela s’est déjà produit ailleurs, n’était manifestement pas la meilleure chose à faire. Il fallait laisser le temps aux enquêteurs de s’assurer de la véracité des accusations. A ce propos, il convient de souligner la solidité de pas mal de dossiers qui, disent certains «observateurs» assez proches de la pratique judiciaire, justifient amplement la mise sous détention provisoire des hauts responsables concernés, même si le bénéfice de la présomption d’innocence leur est garanti.
Assistant en direct sur leurs écrans de télévision ou carrément en face de la Cour suprême et de la prison d’El Harrach, les Algériens ont pu assister à la fin d’un régime, qu’on dit gan-grené par la corruption. Quoi qu’on dise sur les tenants et les aboutissants de tout ce qui s’est produit, ces deux derniers jours, entre la Cour suprême et la prison d’El Harrach, la satisfaction de la majorité des Algériens était indéniablement présente. L’on a bien décelé dans pas mal de témoignages, une forme de joie, à voir des responsables qui ont été aux commandes du pays sur une période de 20 ans, voire 25 ans pour l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, passer «judiciairement» la main. Au-delà du fait judiciaire, il y avait dans l’attitude des Algériens une envie d’en finir avec un pouvoir qui s’est usé.
Mais, il faut bien souligner que la problématique, pour nombre de citoyens, est prioritairement liée à l’usage qu’on fait du pouvoir en Algérie. Les cinq dernières années ont montré les limites d’une approche «autocratique» du pouvoir qui a généré des dérives que l’enracinement de deux Premiers ministres ne saurait endiguer. Il faut des procès justes et surtout ne se tracer aucune ligne rouge. On évoque à ce propos, une fournée d’autres ministres qui sera convoquée, dans le courant de la semaine prochaine et l’offensive de la justice n’est pas près de s’arrêter.
A voir la réaction des Algériens, on comprend qu’un point de non-retour a été franchi dans le traitement de la corruption et surtout dans le rétablissement de la confiance entre le peuple et les autorités. Mais cette confiance demeure fragile. D’ailleurs, les Algériens l’ont souligné dans leurs manifestations d’hier. Ils veulent rentrer chez-eux, mais après s’être assurés que la nouvelle République est véritablement en gestation. La grande lessive de ces deux derniers jours est un signe…



Dimanche 16 Juin 2019


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