Sciences et croyances

Ainsi pendille une queue



Rens van der Sluijs
Samedi 20 Décembre 2014

Ainsi pendille une queue

Ionosphère de Vénus sous une pression de vent solaire normale (à gauche) et sous une très basse pression (à droite). Les lignes jaunes matérialisent les contours du champ magnétique solaire.
© ESA/Wei et collègues, 2012.


Thunderbolts, Rens van der Sluijs, 17 décembre 2014


    Les communiqués directs concernant des changements spectaculaires de l'aspect des planètes sont rares dans les sources antiques.


    Un exemple classique est un extrait du peu connu astronome grec Castor de Rhodes (1er siècle avant notre ère), cité par son contemporain, le grammairien romain Marcus Terrentius Varron, qui fut à son tour cité par le père de l'Église Augustin d'Hippone (354-430). D’après ce très bref passage, une fois, la planète Vénus « changea de couleur, de taille, de forme et de course, une chose jamais vue avant ni depuis. » Cette information, souvent reprise par les théories du catastrophisme, présente vraiment une énigme.


    Une approche prudente serait de supposer que l'observation du changement apparent de Vénus était due à quelque modification des propriétés de la Terre elle-même. Après tout, le « rayon vert » et la « lueur bleue » fréquemment vus sur Vénus, comme le scintillement de tous les corps célestes, sont dus à des remous dans l'atmosphère terrestre. Toutefois, bien qu’ils puissent expliquer les changements de couleurs de Vénus et, éventuellement, de sa taille, ils n’affecteraient ni sa forme ni son orbite. Un choc passager dans le mouvement de la Terre sans aucun vrai changement de Vénus, est une solution tout aussi improbable, puisqu’il modifierait en même temps la position de toutes les autres étoiles et planètes – une chose non rapportée par Castor.


    Écrivant en 1823, le philologue allemand Johann Gottlieb Radlof (1775-1827/1829) fut sans doute le premier à défendre franchement une interprétation littérale de ce récit. D’autres spécialistes du catastrophisme, dont Alexander Braghine (1878-1942) et Immanuel Velikovsky (1895-1979), lui emboîtèrent le pas : Apparemment, Vénus fut observée jadis changeant d’orbite. Dans l’ordre des choses, cette interprétation oublie un aspect crucial du témoignage d'Augustin, qui n’est que rarement – voire jamais – mentionné : « Vénus ne resta pas longtemps sur sa nouvelle trajectoire, elle reprit sa course normale. » Si les caractéristiques de la planète retrouvèrent leur état antérieur en quelques années tout au plus, il va de soi qu’une véritable modification de son orbite est hautement improbable.


    Contrairement à la situation sur Terre, le champ magnétique natif de Vénus est presque négligeable. Sa magnétosphère est induite par le vent solaire enveloppant. Les données satellites montrent que la planète arbore parfois une magnétosphère aux proportions considérables, « s’agitant » au vent solaire. Les conditions et les variables impliquées précises font l'objet de recherches en cours. Se pourrait-il que l'hypothèse selon laquelle, lors d’un événement exceptionnel, la queue de Vénus émettait de la lumière visible, aille dans la bonne direction ? La brève apparition de l’appendice vénusienne pourrait expliquer à la fois tous les changements mentionnés dans le rapport de Castor : Ayant sa propre couleur, la queue [rendue visible] parut agrandir Vénus, la changer de point lumineux en traînée de lumière et, du fait de son flottement dans le vent solaire, sembla modifier l’orbite de la planète.


    Ce genre d’événement serait vraisemblablement le résultat d'une super éjection de masse coronale, sans équivalent depuis des millénaires. Un orage magnétique d’une telle intensité affecterait probablement aussi bien la Terre, et ce ne peut être une coïncidence si, selon les mathématiciens, sans quoi inconnus, Adraste de Cyzique et Dio de Naples, cités par Augustin dans le même contexte, le présage « survint sous le règne d’Ogygus », c’est-à-dire, simultanément au déluge légendaire d’Ogygès. Bien que le lien physique entre une super éjection de masse coronale et une inondation terrestre ne soit pas facile à expliquer, et que l’époque mythologique d’Ogygès soit à part entière un sujet épineux, la corrélation est sûrement pertinente. Elle fut relevée dès 1684, par Thomas Burnet (1635-1715 ?), théologien anglais et aumônier royal :

    « Qu'elle subit sa dissolution à la même époque que notre Terre, est une supposition osée. Je ne sais si chose pareille est enregistrée à propos de l’une des autres planètes, mais le corps de Mars aurait semblé fort accidenté, cassé, et en grand désordre. »


    Avec ces sentiments, écrits juste quelques années après qu’Isaac Newton eut présenté sa théorie de la gravité, Burnet se qualifie comme le tout premier spécialiste en matière de catastrophisme planétaire.



Original : https://www.thunderbolts.info/wp/2014/12/17/thereby-hangs-a-tail/
Traduction Petrus Lombard



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Samedi 20 Décembre 2014


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