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Afrique, Tunisie : La Nouvelle Donne


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Tariq Ramadan
Mercredi 26 Janvier 2011

Afrique, Tunisie : La Nouvelle Donne
Nul ne peut contester le caractère soudain et imprévisible du soulèvement tunisien. Le suicide par immolation du jeune Mohamed Bouazizi a mis le feu à un mouvement qui a pris la forme d’une rébellion transformée en une révolution populaire. Des années d’étouffement et de frustration ont donné à cette mobilisation la force et la puissance nécessaires à renverser le dictateur Ben Ali. Ce dernier, à la surprise générale, a quitté le pays vite, très vite. Etrangement vite.
De plus en plus de sources mettent aujourd’hui en évidence le rôle tout-à-fait central et critique des États-Unis pendant la crise et sa gestion. On savait depuis longtemps que Washington était très engagé en Tunisie (comme d’ailleurs Israël, et de façon continue et plurielle) dans les domaines de la sécurité, de l’information, et des intérêts géostratégiques. Le dictateur Ben Ali a été formé par les services militaire et sécuritaire américains. Sa relation de bonne entente avec l’Europe passait par la France alors même que son système s’appuyait sur le soutien américain et la collaboration israélienne. Tout cela était connu et le silence complice de l’Occident vis-à-vis du régime corrompu et tortionnaire de Ben Ali tenait de la simple protection des intérêts multiples dans la région. Peu importe que celui-ci tuât, torturât ou spoliât son peuple tant que la sécurité et les intérêts régionaux et stratégiques étaient maintenus. Rien de nouveau, au demeurant.
Or l’immédiate réaction américaine, face à une rébellion massive que personne n’avait prévue, fut proprement étonnante et à vrai dire intelligente et habile. Le Président Barack Obama a très vite salué le courage du peuple tunisien alors que les nations européennes, au premier rang desquelles la France, restaient interdites et déstabilisées par l’évolution rapide de la situation. C’est que Washington avait un temps d’avance sur tous les autres « gouvernements amis » de la Tunisie. C’est en effet sur le conseil et l’orientation de la Maison Blanche et de son commandement militaire que le Ministre des affaires étrangères et le commandant en chef de l’armée tunisiens ont géré la situation. Après quelques heures de troubles et d’hésitations,j il s’est agi d’aller très vite et deux décisions se sont imposées : exiler le dictateur et faire jouer à l’armée un rôle de médiation et de protection. Le Président Ben Ali est proprement tombé dans un piège : le Ministre des affaires étrangères l’a persuadé de quitter "pour un temps" le pays et de revenir quand les choses auraient été maitrisées. Ben Ali a quitté la Tunisie en pensant qu’il y reviendrait et qu’il se rendait en France (ce qui explique les premières informations lancées sur sa possible destination). Son avion est parti sur Chypre et ce sont les Américains qui ont négocié, avec le Gouvernement saoudien, les termes de l’exil du dictateur : isolement, interdiction de mouvement et d’expression publique, neutralisation absolue.
Ainsi l’administration américaine a pris de court la France et l’Europe et s’est assurée des bénéfices politiques et géostratégiques fondamentaux dont l’impact va sans doute s’avérer déterminant pour l’avenir. La rapidité de cet exil piloté a d’abord permis, paradoxalement, de circonscrire la potentielle influence de la révolution tunisienne sur ses voisins du monde arabe. Au-delà du caractère soudain du mouvement, et malgré les imprévus inévitables, la situation restait et reste relativement sous contrôle. L’armée, dont le commandement fut et demeure un allié des États-Unis, a su préserver une image fondamentalement positive tout en s’assurant un rôle crucial d’observateur, de médiateur et de gardien des intérêts de la nation. Un acquis de taille qui pourrait être déterminant selon l’évolution de la situation puisqu’il faut tenir compte, d’une part, des contestations vis-à-vis du gouvernement transitoire (maintenant à des postes clefs des anciens du régime - en contact avec les administrations étrangères - ) et, d’autre part, de l’organisation d’élections libres dans six mois. L’administration Obama a particulièrement bien réussi son opération et ce retour décisif sur la scène nord-africaine, et plus globalement africaine, n’est point dû au hasard ou à son penchant humanitaire et démocratique.
De la Côte d’Ivoire au Soudan, en passant par le Sahel et le Sud de la Méditerranée, le continent africain reste un enjeu stratégique majeur sur le triple plan de l’économie, de la géostratégie et, bien sûr, de la sécurité. L’influence européenne, et particulièrement française, traverse en ce moment une période de crise et de dé-légitimation grandissante en Afrique face à la présence américaine et chinoise. Ces dernières puissances semblent permettre aux dirigeants africains de se décentrer de la relation centenaire et difficile entretenue avec l’Europe, sa mémoire et ses intérêts.
Les enjeux sont conséquents. L’exploitation des matières premières reste à l’évidence un enjeu économique de taille et la découverte récente de gisements pétroliers dans le Sahel (Niger et Mali) n’est point de nature à calmer les appétits des grandes puissances. Derrière les gouvernements, les « régimes amis », les « élections troubles et troublées » et les tensions sociales et militaires, les Etats-Unis et l’Europe – avec la nouvelle présence des Chinois – se livrent à une lutte d’influence politique et économique acharnée et décisive. Le spectre du terrorisme s’est installé dans le Sahel et justifie la présence des forces occidentales amies au nom de la sécurité internationale. Les bases militaires américaines et françaises, avec des agents et experts européens et israéliens, sont engagés dans la lutte contre le terrorisme dans la région. La stratégie de surveillance et d’intervention armée est violente, brutale, sans concession : il s’agit de « tuer tous les terroristes » sans faire de prisonniers (pourquoi ?). Tous les protagonistes de l’enlèvement de deux jeunes Français au Niger ont été éliminés après que le gouvernement français ait pourtant annoncé l’arrestation de deux des kidnappeurs avant de se rétracter. Semaine après semaine des raids ont lieu et les morts (terroristes, bandits et trafiquants) se multiplient sans qu’aucun progrès ne soit enregistré. Comme s’il fallait que l’état d’alerte demeure et justifie au nom de la sécurité, la présence militaire et l’ingérence politique. Dans une région qui est devenue économiquement intéressante puisque les gisements pétroliers y sont conséquents.
La violente extrémiste est un fléau qu’il faut combattre, de façon claire. Il faut néanmoins ne pas être naïf et concevoir que celui-ci est parfois un épouvantail que l’on agite pour protéger d’autres intérêts. Le dictateur Ben Ali était un rempart à l’islamisme, disait-on, et cela justifiait qu’on le soutenât. Aujourd’hui le Sahel, comme le Sud Soudan d’ailleurs, sont des enjeux économiques et stratégiques réels et l’agitation de la menace islamiste, violente et extrémiste, cachent des intentions ô combien moins louables.
Alors que le peuple tunisien essaie de préserver les acquis de sa révolution, les puissances américaine, européenne, chinoise et russe cherchent à s’assurer un rôle en Afrique. Il faut également ne jamais oublier le rôle d’influence déterminant des services israéliens dans toute l’Afrique du Nord jusqu’au Soudan (comme l’a relevé le dernier livre de Pierre Péan, par exemple, comme d’autres enquêtes l’avaient montré au Maroc, en Algérie, au Rwanda, en Erythrée ou encore en Ethiopie). Il est question d’intérêts économiques, de sécurité et de contrôle militaire stratégique. La révolution tunisienne est aujourd’hui unanimement saluée et l’ancien dictateur voué aux gémonies, mais les calculs et les ingérences vont bon train derrière la scène des théâtres publics et médiatiques. L’administration américaine observe attentivement et n’est pas loin de l’évolution de la situation en Tunisie : elle fera ce qu’il faut pour empêcher que ses intérêts – et ceux d’Israël et de lses alliés en Egypte, en Jordanie, et au Moyen-Orient de façon générale, ne soient mis en danger.
A l’heure où les fronts iranien et libanais semblent monopoliser médiatiquement ce qui relèverait de la politique américaine et européenne, il est urgent de ne point minimiser cet autre front de la politique africaine et régionale. Sous peine de saluer naïvement une « révolution tunisienne » sans avoir pris la mesure de ce qu’il reste à faire encore pour lui assurer l’indépendance politique et la transparence démocratique. Et de sourire à la lumineuse victoire promise quand d’autres forces gèrent cyniquement, dans son ombre, les dividendes de leur nouvelle influence et de leurs bénéfices acquis.
Cette lucidité nous manque trop souvent : la lucidité des réalistes, actifs et positifs, et non les illusions des rêveurs passifs et des émotifs naïfs.

La révolution en Tunisie, prémices d’un printemps arabe ?

La « révolution de jasmin » tunisienne est-elle le début d’une onde de choc démocratique dans le monde arabe ? Le scénario semble peu probable pour Tariq Ramadan, professeur d’Études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford.

« Un verrou s’est brisé, il faut espérer le réveil des peuples »

On est encore étonné de la rapidité avec laquelle s’est effondré le régime Ben Ali... Qu’est-ce-qui a fait la spécificité de ce mouvement de révolte ?
D’abord, il faut faire très attention à la façon dont on formule les choses : ce n’est pas le système Ben Ali qui est tombé, c’est Ben Ali qui est parti. Le système est toujours là, et ce sera plus long de s’en débarrasser.
Ensuite, je dirais qu’il y a plusieurs facteurs qui ont déclenché cette révolution tunisienne. Depuis un certain nombre d’années, la gouvernance reposait sur le clientélisme et les passe-droits. Même si les chiffres donnaient une impression de réussite économique, la population étouffait sous le manque de liberté. Il ne faut pas oublier que c’était un des régimes policiers les plus sophistiqués d’Afrique du Nord. Deuxième élément, ce mouvement est strictement populaire. Personne ne pouvait prévoir que l’étincelle - l’acte quasi sacrificiel de Mohamed Bouazizi - déclencherait un incendie. Enfin, le troisième facteur, c’est que l’armée a choisi l’apaisement en décidant de ne pas suivre les ordres appelant à la violence.
Les islamistes d’Ennahda, parti interdit depuis 1991 et absent du gouvernement d’union, demandent à être légalisés. Pourraient-ils représenter une alternative politique crédible ?
Sur le principe, tout développement vers une démocratie réelle, transparente, respectueuse de l’état de droit, de l’égalité citoyenne et du suffrage universel doit permettre à toutes les forces politiques - celles qui n’étaient ni inscrites dans la géographie de la dictature ni dans la violence - d’exister dans le jeu démocratique. C’est ce que dit notamment Moncef Marzouki [opposant historique de la gauche laïque au régime Ben Ali, NDLR].
Maintenant, je ne pense pas qu’Ennahda représente une alternative à brève échéance : la population tunisienne est très jeune, les caciques du mouvement ont vécu loin du pays et sont âgés. Les islamistes auront certainement une voix dans le jeu démocratique, mais je ne pense pas que ce sera la plus forte.
L’opinion publique réagit à cette révolution, surtout en Algérie et en Égypte, mais aussi au Maroc, en Jordanie, au Yémen... La révolution tunisienne marque-t-elle le début d’un printemps arabe ?
Je l’aimerais et je le souhaite, mais je crois que c’est plus complexe que cela. C’est vrai qu’on a vu ces derniers jours des hommes et une femme s’immoler par le feu en espérant que quelque chose allait se déclencher. Le premier à réagir à ce qui se passait en Tunisie a été Kadhafi, tous les autres dirigeants sont restés silencieux mais ont immédiatement mis en marche l’appareil sécuritaire. Je ne vois donc pas à brève échéance quelque chose qui se déclencherait de la même façon dans ces autres dictatures. Tous les cas sont singuliers.
Y a-t-il néanmoins des pays plus vulnérables que d’autres ?
Il y a des pays arabes où on est à la limite de l’explosion - ou de l’implosion - sociale. Par exemple en Egypte, où la présidentielle approche et où l’on assiste à la passation de pouvoir entre le père et son fils [Hosni Moubarak est au pouvoir depuis 1981, son fils Gamal est pressenti pour prendre sa suite, NDLR]. Les Egyptiens étouffent. Je pense aussi à la Jordanie, la Libye, la Mauritanie, enfin l’Algérie, qui a vécu des manifestations récemment. Au Maroc c’est un peu différent, car Mohammed 6 a intégré les partis d’opposition au jeu politique.
Je ne pense pas qu’il y aura un effet domino immédiat, mais c’est sûr qu’un verrou s’est brisé, qu’un espérance est rendue possible. Ni les opposants politiques, ni les intellectuels n’ont réussi à enclencher une révolte, c’est le peuple qui est descendu dans la rue et qui a mené un mouvement pacifique et non-violent. Il faut donc espérer le réveil des peuples qui vivent sous une dictature, qu’elle soit arabe ou non.
Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a appelé le 19 janvier à répondre à « la colère et la frustration sans précédents » de la population, lors d’un sommet des pays arabes en Egypte, sur fond de crainte de contagion des événements tunisiens.
La révolution tunisienne fait aussi penser à la révolution avortée en Iran en juin 2009...
Encore une fois, ce n’est pas le même régime et pas la même situation. En Tunisie, le régime était en fait une sorte de réseau à la fois corrompu, mafieux et dictatorial. En Iran, il ne faut pas oublier que le mouvement conservateur au pouvoir est populaire pour un pourcentage important de la population. Autre différence : la révolte sur Internet, notamment les réseaux sociaux, a touché massivement la population en Tunisie, alors qu’en Iran, cette « révolte 2.0 » n’a concerné que certaines couches de la population.
Les dirigeants arabes ont-il peur ?
Il y a de l’inquiétude, c’est certain. Quelque chose s’est passé, et de façon extrêmement rapide. Les régimes arabes ont donc raison d’être inquiets. On voit aussi que le regard des États-Unis a changé : tout ce qui se passe en Afrique aujourd’hui est un enjeu et le président américain l’a bien compris. Il a donc salué le courage du peuple tunisien beaucoup plus vite que ne l’ont fait la France ou l’Europe, qui ont réagi tardivement et timidement.
Il faut maintenant que nous Occidentaux nous mobilisions, en demandant à nos dirigeants non pas de soutenir la révolution tunisienne une fois qu’elle a eu lieu, mais de soutenir la démocratie pour que les réformes soient engagées dans ces pays qui sont nos alliés, pour le meilleur mais souvent pour le pire.
20.01.2011Propos recueillis par Laure Constantinesco


Source : http://www.tv5.org/cms/chaine-franc...


Mercredi 26 Janvier 2011


Commentaires

1.Posté par Jetuilelle le 27/01/2011 09:58 | Alerter
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Tariq Ramadan - VIDEOS AND NEWS
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2.Posté par AS le 27/01/2011 11:37 | Alerter
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le tir est rectifie... bon on est encore loin du GIA AQMI ce sont les israeliens de FRance mais ca va dans la bonne direction n'est ce pas sheykh Abdel Qader ? ... effectivement plusieurs nouveaux gisements de gaz, au niger, au mali, algerie et de petrole ont ete decouverts et la cote d'ivoire... semble etre le chemin le plus court pour les acheminer cote americain... pour les francais ils sont exclus eux memes leurs haines et leurs racismes inculques depuis tel aviv ne fait d'eux que des spectateurs... si tu ajoutes le fait que les americains les lachent des la premiere pression forte exercee sur la CIA a Paris... tu as tout compris...

provoquer des revolutions c'est soit les perdre soit les gagner... or meme les perdre signifie en fait le morcelement des pays africains a l'image du soudan,

les chinois raflent la mise, obama, netanyahu, cameron, merkel et autres racialles sionistes eux perdent la boule... meme les bresiliens et les russes arrivent a s'imposer facilement

3.Posté par AS le 27/01/2011 11:40 | Alerter
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La violente extrémiste est un fléau qu’il faut combattre, de façon claire. Il faut néanmoins ne pas être naïf et concevoir que celui-ci est parfois un épouvantail que l’on agite pour protéger d’autres intérêts. Le dictateur Ben Ali était un rempart à l’islamisme, disait-on, et cela justifiait qu’on le soutenât. Aujourd’hui le Sahel, comme le Sud Soudan d’ailleurs, sont des enjeux économiques et stratégiques réels et l’agitation de la menace islamiste, violente et extrémiste, cachent des intentions ô combien moins louables.

voila le GIA AQMI c'est la DST DCRI... c'est facile a ecrire

4.Posté par Why not le 28/01/2011 18:47 | Alerter
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Encore et toujours ,

Pourquoi est ce que Tarik Ramadhan n'a parle de la Tunisie qu'apres la revolution , pourquoi a-t-il refuser de parler de la Tunisie lorsque les gens lui ont demander a muitples reprises en 2009 et 2010 ?

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