Conflits et guerres actuelles

Afghanistan : la « saison de la guerre » est ouverte


Dans la même rubrique:
< >


Vadim Fersovitch
Vendredi 10 Mai 2013

Afghanistan : la « saison de la guerre » est ouverte

La neige a fondu sur les cols de l'Hindou Kouch et les talibans ont annoncé le début d'une nouvelle offensive d'été contre les troupes de la coalition et les forces de sécurité afghanes, baptisée « Khalid ibn al-Walid ». En Afghanistan, les actions armées printanières des tribus pachtounes est une tradition millénaire. Sous des appellations et des mots d'ordre différents, plus ou moins intenses, elles étaient déclenchées régulièrement, bien avant l'apparition des « occupants » britanniques, soviétiques et américains, ici, ainsi que sur le territoire de l’actuel Pakistan.

Les combats contre les montagnards étaient menés par les garnisons d'Alexandre le Grand, des khans mongols et des troupes expéditionnaires de l'Empire des grands Moghols. Rien n'a changé avec la formation d'un Etat uni. Chaque année, à la fin de l'hiver, les monarques et les présidents de l'Afghanistan collectaient de l'argent et formaient une armée. Autrement, le pouvoir était remplacé. Pour le moment, personne ne parvient à abolir la cinquième saison de l'année, celle de la guerre. Même une ingérence militaire étrangère massive. Les talibans, vont-ils proposer quelque chose de neuf cette année ? Le général Mohammad Zahir Azimi, porte-parole du ministère afghan de la Défense, prédit des affrontements de grande envergure et d’une forte intensité.

« A mon avis, cela tient à deux raisons. Premièrement, les talibans ont rassemblé plus de combattants et nous, nous disposons à l'heure actuelle de suffisamment de soldats. Deuxièmement, au lieu du contingent américain qui réduit sa participation aux opérations de combat, ce sont nos soldats qui combattront les talibans ».

Les prévisions du général prennent déjà corps. Le 2 mai, le ministère afghan de l'Intérieur a déclaré qu’au « cours des 24 dernières heures la police afghane, soutenue par l'armée et les forces de l'OTAN, avait éliminé 59 talibans ». Dans les provinces de Kandahar et de Helmand, deux responsables talibans ont été tués et le 3 mai, un chef de détachement opérant en coordination avec les talibans et le Mouvement islamique d'Ouzbékistan a été abattu dans la province de Baghlan au cours d'une opération spéciale. Pour riposter aux frappes préventives portées par les troupes gouvernementales sur l'ensemble du territoire afghan et aux pertes se chiffrant par plusieurs centaines de personnes, les combattants intensifient la « guerre des mines » et enlèvent des dizaines de policiers dans les postes de contrôle du nord du pays. Ils s'attaquent même aux forces spéciales des armées occidentales. Le 5 mai, un groupe de l’Unité des forces spéciales de la Bundeswehr (KSK), expédié pour vérifier les résultats d'un raid aérien dans la province de Baghlan, est tombé dans une embuscade et a engagé le combat avec les talibans. Un membre de la KSK a été tué pour la première fois en 12 ans de présence de cette unité d'élite en Afghanistan.

En attendant, les pertes des forces alliées sont sensiblement inférieures à celles de la même période de 2012. Pourtant elles augmentent constamment depuis l'ouverture de la « saison de la guerre ». Depuis le début du mois d'avril le nombre de morts s’est chiffré à 23, contre 50 depuis le début de l'année. Plus de 30 tués appartiennent au contingent militaire des Etats-Unis. En mai, sept Américains ont été tués dans différentes régions afghanes. La cause principale des pertes essuyées par les troupes d'occupation tient aux bombes artisanales. En ce sens, les nouvelles sont désagréables. Il semble que les talibans aient trouvé un moyen simple et efficace pour lutter contre les véhicules blindés les plus modernes. Ils ont commencé à employer des explosifs plus puissants contre les véhicules blindés lourds autrefois invulnérables et dotés de moyens technologiques de protection contre les mines. Ainsi, fin avril, quatre soldats britanniques et neuf Afghans ont été tués dans une explosion du même type sur une route au nord de Lachkargah, capitale de la province de Helmand. Six personnes ont été blessées. La Grande-Bretagne était totalement choquée : pour la première fois des hommes étaient tués dans un Mastiff, engin de 15 tonnes considéré comme invulnérable face aux mines. Mais ce cas n'est pas unique. Le 2 mai, quatre jours seulement après cet incident, un autre Mastiff a explosé dans le district de Maywand de la province de Kandahar. Bilan : cinq soldats américains et un interprète tués. Le gouvernement britannique a déclaré qu'il enquêterait sur le matériel, mais le problème semble ailleurs. La bombe qui a explosé en avril avait été visiblement placée sur la route lors de sa construction et attendait son heure. Ainsi personne ne sait combien de surprises attentent les blindés occidentaux lors du retrait des troupes.

Quant aux pertes parmi la population civile, cette année elles sont plus importantes. La directrice de la division des droits de l'homme au sein de la mission de l'ONU en Afghanistan, Georgette Gagnon, a déclaré que le nombre de civils tués et blessés au cours des quatre premiers mois de 2013 a augmenté de 18 % par rapport à la même période de l'année précédente. En 2013, 682 civils ont été tués, contre 550 en 2012. Les données relatives au mois d'avril sont en attentant préliminaires et tout porte à croire que le bilan des victimes s'alourdira encore.

Les causes du regain d'activité des combattants sont évidentes. Elles sont d'ailleurs traditionnelles. Le 1er mai, un conflit armé entre les gardes-frontières afghans et pakistanais avec utilisation de l'artillerie a eu lieu sur un secteur contesté de la frontière afghano-pakistanaise dans le district de Gochta de la province de Nangarhar. Les Pakistanais se sont mis à construire un poste frontière sur le territoire réclamé par la partie afghane. Un garde-frontière afghan a été tué et deux gardes-frontières pakistanais ont été blessés. Le président afghan Hamid Karzaï a déclaré à ce propos à Kaboul que l'Afghanistan ne reconnaîtrait jamais la ligne Durand et a même appelé les talibans à « tourner leurs armes contre les ennemis de leur terre natale ». Les coups de feu ont repris le 6 mai, pour la deuxième fois en cinq jours. Sediq Seddiqi, porte-parole du ministère afghan de l'Intérieur, a expliqué qu’ils (les talibans) « ont repris la construction du poste frontière, alors que les gardes-frontières leur avaient demandé de s’en abstenir. Les Pakistanais ont ouvert le feu contre eux. Nos gardes-frontières ont riposté. Selon la partie pakistanaise, les Afghans ont tiré les premiers ».
Il semble que la ligne Durand est obstacle insurmontable à toute tentative de création d’un front commun 'Afghanistan-Pakistan contre les montagnards agressifs. Faute d'un tel front, le problème de cette guerre qui perdure ne saurait être résolu. Ce qui veut dire qu'il faut accepter la « saison de la guerre » de cette année et se préparer à la saison nouvelle. De telles saisons seront encore nombreuses.

http://french.ruvr.ru



Vendredi 10 Mai 2013


Nouveau commentaire :

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences


Publicité

Brèves



Commentaires