Conflits et guerres actuelles

Afghanistan, Libye à quoi joue la France


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Rédaction française de French Irib
Samedi 11 Juin 2011

Afghanistan, Libye à quoi joue la France
Depuis quelque temps, l’armée française est à l’honneur, du moins, en apparence. Après une longue période d’hibernation, la voilà enfin présente sur tous les fronts, (sauf en Irak, évidemment), en Afghanistan, en Côte d’Ivoire et en Libye. Faut-il s'en réjouir ?
En fait, ce réveil de l’armée française s’articule en trois séquences distinctes, chacune ayant ses motivations circonstancielles propres et ses liens de causalité avec la suivante. On peut, ainsi, considérer que le retour à l’OTAN rendait quasi inévitable l'engagement de la France en Afghanistan, puis, difficilement évitable, la tentation de porter les armes en Libye.
Le retour à l’OTAN. Etait-il obligatoire ou nécessaire ? Comment l’expliquer ou le justifier ? De fait, cette décision, prise, personnellement, par Nicolas Sarkozy, fraîchement élu à la présidence, a procédé de deux types de motivations fort différentes. La première, commune à la plupart des chefs d’Etat en début de mandat, est de «faire différent» et, si possible, à moindre coût. Pour le président français, il convenait devant son électorat, de «marquer le coup», de faire montre, de façon spectaculaire, d’une volonté de rupture avec la position de ses prédécesseurs.

La deuxième motivation, plus sérieuse, a été la volonté de s’aligner sur l’Amérique, pour le meilleur et pour le pire. Ce n’est pas pour rien que la presse avait cru devoir affubler le nouveau président du sobriquet de «Sarko l’Américain». En réalité, on aurait pu en dire presqu’autant de ses prédécesseurs à l’Elysée. Ces derniers n’avaient pas agi autrement, lorsque l’heure était grave. Songeons au soutien inconditionnel du Général de Gaulle aux Etats-Unis, à l’occasion de la crise des fusées, à Cuba, en octobre 1962, ou de l’attitude de François Mitterrand, bien des années après, dans des circonstances analogues, lors de la crise des fusées Pershing de 1983.

La différence, et elle est de taille, entre l’action de ses grands aînés, à l’Elysée, et celle de Sarkozy, est que le geste de ce dernier relève, largement, de ce que les militaires appellent, suavement, la «gesticulation». L’expression parle d’elle-même. C’est une démonstration de force sans substance réelle. Ceci étant, le retour à l’OTAN n’a guère été récompensé, quoiqu’en ait dit une presse ignorante des réalités militaires, d’une manière significative, si ne n’est par un commandement militaire d’importance secondaire. En d’autres termes, la question peut se poser de savoir si, en l’occurrence, la France n’a pas échangé son droit d’ainesse –sa liberté de manœuvre- contre un plat de lentilles.

Ce retour paraît, en effet, comporter dans le contexte actuel, - celui de l’extension quasiment à l’infini des engagements et des domaines d’intervention de l’Alliance Atlantique - des inconvénients, voire, des risques majeurs imprévisibles et non maîtrisables, comme on va le voir.

En ce qui concerne les avantages, est-il possible, sérieusement, de se convaincre qu’une fois cette réintégration effectuée, la France pourra vraiment peser de tout son poids sur la prise de décision, au sein de l’Alliance, comme on l’a, ingénument, prétendu ? Et cela, alors que la France, avec un effort de défense ramené à sa plus simple expression, depuis des années, avec 1,6 % du PNB, ne dispose, désormais, que de capacités de défense extrêmement réduites, et, d’ailleurs, tendues à l’extrême. D’autant plus qu’en cas de désaccord majeur, il ne sera plus question de s’en aller derechef.

En tout état de cause, la France, fraîchement réadmise, pouvait, difficilement, ne pas faire preuve de sa bonne volonté , à savoir, un engagement renforcé, aux côtés des «Alliés», c’est à dire, les Américains. L’Afghanistan a été, en quelque sorte, le «prix à payer», pour le retour de la France à l’OTAN.

L’OTAN et l’Afghanistan. On quitte ici le domaine du virtuel, pour s’engager sur le chemin, beaucoup plus caillouteux, de la réalité de terrain, coûteuse en hommes, en matériels et en crédits. Ces opérations extérieures, avec 3.850 hommes, sur le terrain, qu’il faut acheminer, entretenir, puis rapatrier à des milliers de kilomètres de la mère patrie, sont –chacun le sait- fort coûteuses en crédits militaires. Qui sont restés constants. De plus, bien que les pertes humaines restent, et, fort heureusement, relativement limitées, autour d’une cinquantaine de morts , mais bien plus de blessés, il ne s’agit pas du tout d’une simple promenade militaire, mais, bel et bien, d’opérations de guerre, d’une guerre non déclarée.

Le malheur veut que cette guerre est d’évidence «ingagnable», sur le terrain. Au bout de plus de dix ans de conflit, les Talibans restent encore fort capables de monter des opérations spectaculaires, comme, tout récemment, à Kandahar, et les zones sécurisées de jour restent périlleuses de nuit. Sans compter les innombrables attentats perpétrés, au quotidien, contre les civils, comme contre les militaires. En réalité, selon les experts militaires les plus lucides (on songerait ici à l’ancien directeur de l’Ecole de Guerre, le Général Vincent Desportes, dans son dernier ouvrage, "Le piège américain"), il faudrait, pour bien maîtriser le conflit, être capable de maintenir un ratio exorbitant de forces égales à 2 % de la population, soit, pour une population afghane de 30 millions de personnes, environ, 600.000 soldats. Où les trouver et comment les payer ?

Le malheur veut que l’OTAN soit, désormais, mise à toutes les sauces, y compris, en Libye. Or, l’Alliance Atlantique, si précieuse, pendant la Guerre Froide, n’a nullement vocation à intervenir, partout, dans le monde, sous le blanc manteau des Etats-Unis. A multiplier à l’infini les missions assignées à l’OTAN, on va, inévitablement, à un échec sanglant. Dès lors, la crédibilité de l’Alliance, jusqu’ici, intacte, va gravement être mise en cause. L’OTAN va apparaître comme un «tigre de papier», comme le disent, aimablement, nos amis chinois, qui, eux, ne s’en laissent pas conter. Et cela est grave. Or, c’est bien ce qui risque de se produire, en Afghanistan, où les chances de remporter, durablement, la victoire, sont manifestement ténues, voire, inexistantes. La situation est inextricable avec une guerre que l’on ne peut pas gagner, mais que l’on ne peut pas perdre, non plus.

Il ne fallait pas que l’OTAN aille, en Afghanistan, ce «cimetière» de réputations militaires, comme les Anglais, puis, les Soviétiques, en ont fait, tour à tour, l’amère expérience. L’armée soviétique ne s’est jamais remise de son échec, en Afghanistan, et il faut y voir une des causes, et non la moindre, de l’effondrement de l’URSS. Dans le meilleur des cas, on pressent, déjà, le scénario de ce qui va se passer, comme naguère, à la fin du conflit vietnamien. L’OTAN envoie des troupes supplémentaires. Puis, on va former des forces locales, qui seront supposées prendre la relève. Puis, on déclarera, solennellement, que la guerre est gagnée sur le terrain. On évacuera, enfin, les troupes de l’Alliance. Et les Talibans seront de retour, dans le quart d’heure suivant. Un beau gâchis. Comme au Vietnam.

Mais d’autres considérations beaucoup plus lourdes de conséquences, pour la France, sont associées à la démarche adoptée. La France ne risque-t-elle pas, tôt ou tard, d’être impliquée, dans un conflit, où, pour s’exprimer brutalement, elle n’a aucun intérêt primordial ? Car, derrière l’Afghanistan, se profile la présence inquiétante, ô combien, du Pakistan, pays imprévisible et incontrôlable, car, disloqué, fragmenté, traversé de courants contradictoires, mais doté de l’arme nucléaire. Et cette question continue à être posée, avec acuité, à une diplomatie française, de plus en plus, en panne d’indépendance.

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Samedi 11 Juin 2011


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